A M. LE COMTE MAGNUS DE LA GARD1E
[Amiens,] 20, juin 1667.
Mazarin remercie Magnus de la Gardie de l'envoi du polirait de la reine Chris tine et lui promet de s'occuper des intérêts de son frère, auquel il a fait donner commission de colonel d'un régiment de cavalerie. Il termine en lui parlant de la situation des affaires :
L'asseurancequeles Espagnols ont de MM. les Estats des Provinces- Unies, qu'ils ne mettroient point cette année en campagne, leur a donné commodité de joindre généralement toutes les forces qu'ils ont dans les Pays-Bas, jusques mesme aux garnisons qu'ils avoient dans leurs places frontières du costé desdicts sieurs Estats et de iesfaire agir contre nous; ce qui leur a donné moyen de s'emparer de
Iuini647. quelques postes que nous avions pris l'esté dernier, et, comme nous pensions nous servir de l'armée de M. le mareschal de Turenne , que nous avions appelée seulement pour donner un combat avec plus de certitude de la victoire et aprez la renvoyer en Allemagne, il est arrivé nouvelle que la vieille cavalerie avoit refusé d'obeyr et de passer dans les Pays-Bas, sous prétexte de quelques monstres1 qui leur sont deues; mais, en effect, pour ne vouloir pas quitter les bons quartiers où elle est de là le Rhin. J'ay creu devoir informer de tout cecy Vostre Excellence, sçachant que l'affection qu'elle a pour cette couronne luy fera tousjours prendre part à tout ce qui iuy arrive de bien ou de mal. Vous sçavez, Monsieur, combien la France a contribué à l'establissement, et depuis à la grandeur de MM. les Estats, et je vous prie de considérer en quel tems ils prennent la resolution de se séparer d'elle, ou, au moins, de cesser d'agir, ce qui nous faict le mesme préjudice.
Archives des Affaires étrangères (Allemagne). Minutes des négociations de Munster, tome XV.
MAZARW A CROISSY 2.
[Paris,] fin de juin 16/17 (sans dale plus précise).
(extrait.)
Mazarin lui recommande de se rendre immédiatement près du duc de Bavière.
11 est plus nécessaire que jamais qu'il y ayt quelqu'un prez de luy dans la conjoncture présente, où les ennemis font tous leurs efforts pour luy faire changer de volonté et altérer la bonne intelligence que ce prince veut entretenir avec cette couronne. . . . Vous ne sçauriez faire trop d'avances à M. l'evesque de«Virzbourg (Wûrtzbourg) de
' Mois de solde. ment de Paris, qui fut souvent chargé de
3 Croissy-Fouquet, conseiller au Parle- négociations diplomatiques.
l'affection que Leurs Majestez ont pour sa personne et ses interests, de juillet ni'17. laquelle il recevra toujours des preuves aux occasions où elles pourront luy en donner. Je croy qu'il n'espargnera rien de ce qui dépendra de luy pour porter M. le duc de Bavière à demeurer ferme dans l'union avec laquelle il a tesmoigné vouloir vivre avec Leurs dictes Majestez.
Mazarin insiste encore, à la fin de sa lettre, sur la nécessité d'avoir près du duc de Bavière quelqu'un qui puisse lutter contre les partisans de la maison d'Autriche.
GLXXVII1.
Original signé; Bibl. imp. de Saint-Pétersbourg. — Copie envoyée par M. Léouzon Le Duc.
Al PRÉSIDENT DE BELLIÈVRE.
Amiens, 6 juillet 1667.
(extrait.)
Je vous diray, pour response aux vostres du iU [et] 27 du passé et icr juillet, que nous ne sçavons icy quoy que ce soit des négociations de la reyne de la Grande-Bretagne et du prince de Galles avec les presbytériens, et moins encore qu'ils doivent sortir de ce royaume, comme vous me marquez que le bruit en est parmy les Indépendants, et vous devez croire qu'il ne viendra rien à ma connoissance sur ce subject, dont je ne vous informe incontinent.
Quant aux propositions que Talon nous a faictes de la part de M. le marquis d'Ormond * et mylord Digby 2, qui consistent à faire des levées pour la France, et d'engager ledict sieur marquis d'Ormond au service du Roy, on résoudra au plus tost ce qu'on leur doit respondre, et l'on vous envoyera la depesclie, afin qu'elle puisse estre envoyée par la voye que vous me mandez estre asseurée.
Mazaiin déclare ensuite que la France ne veut pas faire de levées d'Anglais.
1 Jacques Butler, duc d'Ormond. (Voyez 2 Georges Digby. (Voyez table alphabé-
table alphabétique. ) tique. )
mazarix. — 11. 57
Inillot i G 'i 7 .
GLXXIX.
Archives des Affaires étrangères (Allemagne). Minute des négociations de la paix de Munster, tome XV. — Minute de la main de Lyonne.
AU DUC DE LONGUE VILLE
[Paris,] 1 3 juillet 1667.
Le duc de Longueville avait re'ponduà Mazarin qu'il s'était mépris sur sa pensée, et que jamais il ne l'avait regardé comme un adversaire de la paix. Le 1 3 juillet, Mazarin, en répliquant au duc, affirme encore son amour de la paix :
Je vous prie de tenir tousjours pour maxime certaine que je ne souhaite au monde rien avec tant de passion que la paix, non-seulement pour le bien de la chrestienté et pour l'advantage de la France , pour lequel je donnerois sans reserve tout ce que j'ay de bien et de vie, mais encore pour mon interest et mon repos particulier, et vous estes trop clairvoyant pour n'en estre pas pleinement persuadé. H est vray que je l'ay tousjours souhaitée glorieuse et seure pour cette couronne, en quoy, vous qui estes le chef de la négociation, avez autant d'interest que moy; car il ne m'est jamais tombé dans l'esprit que, ne pouvant l'obtenir aux conditions que nous prétendions, nous deussions laisser de la faire pour cela l. Je suis et seray tousjours de cet advis -, et je m'asseure que vous ne croirez pas que l'interruption de nos progrez en soit cause ; car, s'il y a jamais un tems dans lequel il fallut tenir ferme et parler haut, c'est, à mon advis, celuy-cy, non pas pour avoir moyen de se venger des petits advantages que les ennemys ont remportez sur nous; mais parce que c'est l'unique moyen pour avoir la paix.
Je ne puis pardonner, dans mon ame , la meschanceté des ministres de MM. les Estats, c'est-à-dire de la province de Hollande, qui a esté cause de la précipitation avec laquelle furent signez les articles le 8 janvier. Car, s'ils nous eussent seulement donné quinze
1 Mazarin veut dire, je pense : Nous 'levions renoncer pour cela k foire h p" ■ -> l'avis que la paix est nécessaire.
DU CARDINAL MAZAR1N. 451
jours de tems, et qu'Us eussent osté aux Espagnols toute espérance de Juillet 16' taire rien séparément de la France, il y auroit quatre ou cinq mois que la chrestienté seroit en repos et que j'aurois eu le bien de vous revoir icv; mais n'y ayant aucun remède pour le passé, il faut travailler sur un autre pied pour l'advenir.
Je desirerois extrêmement de voir partir Pennaranda de l'assemblée pour quelque tems, puisqu'aussy bien, dans l'humeur qu'il est, il n advancera pas beaucoup les affaires, afin que sa sortie vous donnas! un prétexte plausible de faire une course jusqu'icy, où je puisse vous entretenir seul à seul à mon plaisir, et vous faire voir le fond de mon ame pour ce qui vous regarde, et sur toutes les choses qui se sont passées depuis que je n'ay eu le bien de vous voir.. Je suis bien asseuré que vous en demeureriez satisfaict; que tous nuages, de part et d'autre, seroient entièrement dissipez , et que vous me croiriez vostre serviteur à un plus haut point que vous ne faictes.