tome XVI, P h() et suiv
A M. DE LONGUEVILLE
[Paris, | 9 août 16 -'17.
(extrait. )
Jarrivay hier en cette ville, ayant prévenu d'un jour Leurs Majestés.
Mazarin, passant ensuite aux affaires, appelle l'attention sur celles de Bavière. Il faut me'nager le duc et tâcher de le mettre au mieux avec les Sue'dois, en maintenant ses troupes sous son autorité, afin qu'elles ne passent pas aux ennemis.
Nous avons eu hier nouvelle, ajoute Mazarin, que M. le mareschal deTurenne, aprez avoir arresté le gênerai Rose l, ce qu'il exécuta en un teins et en un lieu où il courut hazard luy-mesme de sa personne, avoit retiré d'entre les mains des mutinez les regimens du jeune Rose'2.
1 Voyez Mémoires de Turenne, p. '116 qu'il y avait plusieurs Rose , ou Rosen, dans
(édit. Michaud et Poujoulat). Rosen était ac- l'armée française. Le général était Rhcinhold
ensé d'avoir excité la révolte des Weymariens. ou Rheinholl Rosen , et son jeune frère Jean
1 On a vu ci-dessus, p. 2.3, notes 5 et 6, Rosen.
AoùiiG^. le sien et celuy d'Ohein (Olieiin), et, ce qui est beaucoup à estimer, tous les officiers de l'armée généralement, en sorte qu'il n'est pas demeuré dans le corps desobeyssant un seul caporal. Il mande qu'il estoit sur le point d'aller contre le reste avec un corps de cavallerie, huit cens hommes d'infanterie et quatre pièces de canon, et qu'il esperoit, ne leur donnant pas le tems de se recognoistre, se prévaloir de leur estonnement, ne doubtant point, s'il vient une fois à bout de les diviser, qu'ils ne reviennent tous. Nous avons eu nouvelles, par l'occasion \ que ledict mareschal fait conduire à Nancy un gentilhomme de M. le comte de Vendosme, qu'il a faict arrester à Hailbronn, et qui passoit en Flandre avec des lettres de créance de son maistre à l'archiduc pour luy faire de grandes propositions sur les moyens de troubler le royaume. Nous en pourrons sçavoir le destail, Sa Majesté ayant envoyé ordre à M. de La Ferté-Senneterre de faire traduire icv ledict gentilhomme.
Ledict sieur mareschal de Turenne me mande une particularité qu'il est bon de faire sçavoir aux ministres de Suéde et la leur faire bien considérer et valoir: c'est qu'il avoit résolu, dez qu'il apprit la trahison de Jean de Vert2, de marcher droit, avec toutes les forces qu'il avoit pu mettre ensemble, pour se joindre à M. le gênerai Wrangel en quelque lieu advancé qu'il eust esté, sans attendre mesme les ordres de la cour, sçachant bien que l'intention de Leurs Majestez est de préférer la seureté de l'armée de Suéde à toute autre considération, et les interests des alliez aux leurs propres.
Mazarin transmet ensuite à M. de Longueville des avis qu'il a reçus de Bruxelles. 11 insiste sur les intentions des Espagnols de continuer la guerre.
Ils appréhendent extrêmement, ajoute Mazarin, la conclusion de la paix de l'Empire avant que leur traité avec cette couronne soitadjusté. quand mesme ils seroient asseurez de pouvoir estre assistez par l'Empereur comme archiduc.
1 C'est-à-dire par la même occasion. réuni les troupes qu'il commandait à celles
'' Jean de Werth, général bavarois, avait de l'Empereur.
Août i()'i7
GXC1.
Archives des Affaires étrangères (Rome), tome CIII. — Minute de la main de Lyonne.
A FONTENAY-MAREl IL.
[Paris,] i3 août 16/17.
(extrait.)
Mon advisest de ne nous engager à rien, ni à Naples, ni en Sicile, que nous n'y soyons appelez, parce qu'il seroit à craindre , sans cela, que la eomparilion de nostre armée ne servist qu'à faire accommoder toutes choses, soit que les peuples, pour tesmoigner qu'ils ont tousjours esté fidèles au Roy catholique, employassent contre nous les armes qu'ils ont en main, soit que les ministres dudict Roy, nous voyant si proches, leur accordassent au delà de ce qu'ils peuvent demander.
Cependant Mazarin laisse l'ambassadeur, qui est sur les lieux, libre d'agir selon les circonstances.
On a esté ravy icy d'apprendre que Genuino et les autres vous eussent depesché un homme expiez. Je crois que vous n'aurez pas manqué de leur promettre de grandes rescompenses et à cet homme-là en particulier, les choses réussissant, et on espère que, quand vous aurez eu des nouvelles, comme il vous l'avoit promis, de son arrivée à Naples, vous profiterez du voyage qu'on a faict faire à l'armée navale en ces quartiers-là.
Archives des Affaires étrangères (Allemagne); négociations de Munster, t. XVI, f° 53.
— Minute de la main de Lyonne.
A M. D'AVAUX
[Paris,] 16 août 16/17.
(lATIi.WT.)
Vous déduisez les particularitez des refus que font aujourd'huy les impériaux de plusieurs choses qui regardent les interests du Roy, où il n'avoit pas paru auparavant qu'ils deussent faire la moindre dilli-
Aoùi i64y. culte. J'ai examiné les motifs qui les peuvent portera cette nouvelle conduite, parmy lesquels je trouve fort bonne la reflexion que vous faites que Volmar et ses collègues, n'ayant pas une autorité suffisante, ne veulent peut-estre qu'amuser le tapis, en attendant des nouvelles de ce que le comte deTrautmansdorffavoit fait résoudre à son arrivée à la cour impériale. D'ailleurs, nous ne devons pas nous estonner que les Espagnols , qui ont eu l'adresse et le pouvoir de faire retirer de l'assemblée Trautmansdorff, qui souhaitoit la conclusion de la paix, trouvent encore plus de facilité à faire parler Volmar comme bon leur semble , estant une personne qui dépend entièrement d'eux, et, il faut se tenir pour dict qu'il n'advancera pas un seul pas qu'autant que Pennaranda le lui permettra, et je connois cela à tel point que je doubte fort que, quelque ordre précis que l'Empereur luy puisse donner, il soit exécuté, s'il est contraire au désir et aux conseils dudictrPennaranda.
Mazarin trace un tableau de la situation avantageuse des affaires en Allemagne: L'arme'e de la Landgrave de Hesse ne rencontre point de re'sistance; Kœnigsmark vient de prendre trois places.
Wrangel a pris Egra , et tant s'en faut qu'il appréhende les forces de l'Empereur, qu'il seroit à désirer qu'il les apprehendast davantage, afin que l'événement d'un combat, qu'il pourra peut-estre risquer, ne change point la face des affaires, qu'il soit bon ou mauvais. Le duc de Bavière est aussy puissant et considérable qu'il a jamais esté [et] est irrité au dernier point contre la maison d'Austriche et tesmoigne plus d'envie que jamais de se lier à la France. M. le mareschal de Turenne, ayant retiré la plus grande partie des mutinez, espère de ramener bientost les autres dans le devoir, et, cela estant, il sera en estai de rendre au Roy des services plus utiles qu'il n'a peu faire jusqu'icy, puisque, de quelque costé qu'il agisse, ce sera directement contre la maison d'Austriche, et non pas, comme il a faict par le passé1, contre1
1 Turenne avait jusqu'alors combattu sur- mais, avant la fin de l'année 16^7, ce prince
tout les Bavarois. Mazarin persistait à croire se déclara de nouveau contre la France et
que le duc de Bavière avait rompu avec la Suède. Turenne fut alors forcé de marcher
l'Autriche et était dévoué au parti français; contre lui.
un de leurs adherens, que nous avons trouvé moyen de séparer \oùi 1647. d'elle.
Mazarjn déclare ensuite que Ton peut compter sur les Suédois, auxquels on a payé les termes de subsides échus. Il ne pense pas qu'il y ail lieu de faire avec eux de nouvelles conventions, cdans une crise d'affaires, qui nous esclaircira bientosl de ce qu'on doit se promettre de la paix de l'Empire."
Dans une addition à sa lettre, Mazarin engage d'Avaux à adoucir l'esprit des ministres de la landgrave de Hesse envers le duc de Bavière.
GXGIII.
\rchives des Affaires étrangères (Allemagne). Minutes des négociations de Munster, t. XVI , f° 68. — Minute de la main de Lyonne.
AU DUC DE LONGUEVILLE
[Paris,] 16 août 1 667.
(extrait.)
Mazarin engage le duc de Longueville à lui faire savoir s'il juge quelques nouvelles dépenses nécessaires pour la négociation. Il ajoute :
Vous verrez ce qu'on a résolu sur le sujet de Pau et de Knut, en suite de ce qu'a traité en dernier lieu M. Servien avec M. de la Thuillerie à la Haye, et de la lettre que M. le prince d'Orange m'a escrite en leur faveur. La diversité des tems et des conjonctures oblige souvent à tenir des conduites tout-à-fait différentes et opposées, et toutes deux ne laissent pas d'estre bonnes et prudentes. On peut croire que ces gens-là seront à l'advenir plus soigneux mesme que les autres de ne s'exposer pas à encourir de nouveau l'indignation de Leurs Majestez.
Ce qui se passe à Naples et en Sicile est tres-considerable , et je suis bien aise de voir que tout concourt à vous faire bientosl sortir de Munster avec beaucoup de gloire, puisque, si les Espagnols ne sont pas dans un dernier aveuglement, il semble que la révolte de deux royaumes doit bien estre capable de leur faire désirer la paix sans delay.
UAZABIH. — Il 60
47/i LETTRES
Voiït i li'17.
GXCIV.
Archives des Affaires étrangères (Rome), tome GIU. — Minute de la main de Lyonne.
A FONTENAY-MAREUIL
Paris, 2t août 1667.
(extrait.)
Mazarin le félicite, au nom de la Reine, des diligences qu'il a faites pour engager de plus en plus les peuples des royaumes de Naples et de Sicile à secouer le joug des Espagnols. Il ajoute :
Il ne se peut rien de mieux que ce que vous avez fait représenter par les personnes que vous y avez envoyées exprez , ou par le retour de celles qui vous estoient venu trouver de leur part. Comme on ne doit nullement doubter des intentions du Pape, en tout ce qui regarde les advantages d'Espagne, on croit bien facilement ce que vous me mandez des ordres qu'il a donnez à son nonce à Naples, pour contribuer de tout son pouvoir à apaiser la révolte de Naples.
J'ay veu, par la mesme depescbe1, comme vous et mon frère, et l'abbé de Saint-Nicolas, aviez creu qu'il ne falloit pas perdre un moment de tems de faire paroistre nostre armée navale à la veue de Naples . et que vous estimiez que l'Estrade 2 devoit s'embarquer dessus avec toutes les troupes qu'il commande, et veu aussy ce que vous en aviez
escrit au duc de Ricbelieu Mais vous trouverez bon que je vous
Hise que, bien qu'il y ayt beaucoup de bonnes raisons pour appuyer cet advis , celles pour ne le faire pas sont encore plus puissantes; car, en premier lieu, quoyque les instances que fassent les soulevez soient bonnes , et qu'il faille faire toutes cboses possibles pour les obliger à continuer de nous rechercher et pour traiter avec eux, neantmoins l'exacte prudence ne permet pas qu'à moins qu'ils se soient auparavant rendus maistres de quelque place qu'ils offrent de nous remettre outre les mains, ou qu'ils ayent faict des actes d'hostilité contre l'Es-
1 Celte dépêche était du 5 août 16/17. — 2Godefroy d'Estrades. (Voyez tome I, p. 92 A.)
pagne, qui ayant rendu les choses irréconciliables, on se hazarde à a^ùi 16A7 envoyer l'armée navale et faire mettre pied à terre à un corps françois sur la parole d'un peuple qui change de moment à autre de resolution, d'autant plus qu'il pourroit aysement arriver un tel accident, et pour cela il ne faudrait que le moindre gueux qui y donnast le branle et à le proposer aux autres, que ces soulevez, croyant de bien expier leur crime par le sang de nos troupes, se resoudroient de les tailler en pièces; ce qui seroit d'un gain inestimable pour les Espagnols, nonseulement dans la conjoncture présente qu'ils nous priveroient d'un corps tres-considerable et qui peut servir ailleurs fort utilement, ou là mesme quand nous y verrons toutes nos seuretez.
D'ailleurs, que nostre armée n'aille point à Naples, il n'y a pour nous aucun deschet de réputation; mais qu'elle y paroisse sans réussir, et peut-estre mesme qu'elle fasse un effect contraire et contribue à faire aussytost tout adjuster entre le peuple et les Espagnols, nostre honneur s'y trouve bien avant engagé, et cela descrie nos affaires. Avezvous pas veu quel bruit a fait la levée du siège de Lerida? Quel esclatfit, l'année dernière, celle d'Orbitello? Et nous en estions pourtant quittes en n'attaquant pas lesdictes places.
Mazarin ajoute que d'Estrades n'a pu exécuter le mouvement que Fontenay- Mareuil lui demandait de faire, parce qu'il doit se tenir aux ordres du prince Thomas. Ce dernier se concertera avec le cardinal Grimaldi, qui est entre le Piémont et Piombino. Us sont en négociation avec le duc de Modène, que les troubles de Naples pourront détacher de l'Espagne. Cependant on enverra l'armée navale à Naples, avec des forces suffisantes, s'il y a apparence de pouvoir s'y établir ou de porter quelque grand coup aux Espagnols; par exemple, si un soulèvement général du peuple les chassait entièrement.
Ce pendant, nostre armée, demeurant à Porto-Longone, et faisant tousjours asseurer les soulevez qu'elle est prez de s'avancera Naples, et de faire mettre pied à terre à un corps de troupes considérable, toulesfois et quant que nous verrons de le pouvoir faire en seureté par les moyens qu'on peut concerter ensemble, fera le mesme effect et fomentera la sédition tout aussy bien que si elle n'estoil esloignée de Naples
loûi 16^7. que de deux iieues à la mer, et ainsy, sans s'engager, on donnera cœur aux soulevez de s'emporter toujours plus avant contre les Espagnols, et de rendre les choses irréconciliables entre eux. L'employ de nos troupes [ailleurs] n'empeschera pas non plus que, s'il y a lieu de venir à bout de quelque chose de grand dans le royaume de Naples, on ne les y envoyé aussytost, et que cela ne se puisse faire facilement, les faisant embarquera Oneille, si elles se sont jointes à l'armée de Piémont, ou à Via Regia, si elles sont demeurées du costé de Modene. Et non-seulement alors on pourroit y faire passer le corps de Piombino, mais les meilleures troupes de l'armée de Piémont, d'autant plus que la fin de la campagne approchant, il n'y aura plus subject de craindre pour les places de Piémont et du Montferrat. Que si les soulevez trouvoient à redire que nous fassions esloigner nos troupes dans le tems qu'ils auroient plus besoin qu'elles s'approchassent d'eux, on pourra leur dire que le mauvais air de la maremme de Toscane nous a forcez de les dépayser, pour les maintenir jusques à ce que nous voyions plus clair dans les moyens de les employer à leur service et pour leur bien. On pourra mesme adjouster qu'on l'a faict pour contraindre les Espagnols de changer la resolution qu'on sçait qu'ils avoient prise d'envoyer à Naples presque toutes les forces qu'ils ont dans Testât de Milan, les faisant passer par les terres de l'Eglise, afin de s'en servir à chastier les soulevez. On leur pourra dire, en outre, comme il est vray, que nous avons en Provence un corps de quatre mille hommes destinez pour l'Italie; que l'armée navale demeurera tousjours à Longone, où elle recevra le renfort de tous les vaisseaux qu'on a faict partir de ponant1, et qui pourront, à leur passage à Toulon, embarquer lesdicts quatre mille hommes.
L'armée navale est pourvue de vivres pour le mois d'octobre; on leur donnera des provisions pour plus longtemps, s'il est nécessaire. Fontenay-Mareuil sera remboursé des avances qu'il a faites pour le service du Roi.
Pour moy, continue Mazarin, je fais plus de fondement sur la révolte 1 Des mers occidentales.
de Sicile, et il ne faut rien oublier pour la fomenter et porter les Août 16/17. peuples à chasser les Espagnols et se mettre en republique, sous la protection du Roy, à condition de donner des assistances à cette couronne, que vous pourrez stipuler, ainsy que vous adviserez.
Mazarin parle ensuite de la promotion de cardinaux qui avait e'te' projetée, et dit qu'il est sûr que cette dignité a été' offerte au comte d'Ouate1, mais qu'il a refusé de l'accepter sans le consentement du roi d'Espagne, son maître.
Que Sa Majesté fasse mon frère cardinal sur la nomination du roy de Pologne, et la Reyne luyen aura la mesme obligation que s'il l'avoit faict de son propre mouvement, et on fera des grâces à la signora doua Olympia 2 et à son neveu 3, et enfin on ira au-devant de tout ce que Sa Sainteté pourra désirer pour Elle ou pour les siens. Roncalli % sera, je m'asseure, arrivé maintenant à Rome avec une nouvelle lettre bien pressante que le roy, son maistre, escrit de nouveau au pape en laveur de mon frère. Le prince Casimir5, quittant le chapeau, comme il y paroist tout résolu, il ne reste plus de prétexte au pape de faire la moindre difficulté, puisqu'il ne peut plus dire d'avoir satisfaict ledict roy par la promotion de son frère, qui ne sera plus cardinal.
Mazarin exhorte l'ambassadeur à bien veiller sur les correspondants qu'il entretient à Naples, estant bien à craindre que ce ne soienlgens à double intelligence.
GXCV.
Archives des Affaires étrangères (Allemagne). Minutes des négociations de Munster, t. \V1. P 81 . — Minute de la main de Lyonne.
AU DUC DE LONGUEVILLE
[Paris,] 22 août 1 6A7.
( extrait. 1
Mazarin se plaint des Espagnols qui privent lachrestienté des bienfaits de la paix :
Vous ne sçauriez croire, ajoute-t-il, à quel point de meschanceté
Ambassadeur d'Espagne à Home. ' Envoyé du roi de Pologne.
• Voyez ci-dessus, p. 2 48, note 3. : Casimir Wasa, frère du roi de Po-
Le cardinal Pamphilioou PamOlio. logne. (Voyez table alphabétique.)
Aoùi 10/17. noire et diabolique sont allées les propositions qu'a faictes ce faux Rare \ et auxquelles tout le conseil d'Espagne a non-seulement adhéré, mais résolu de n'obmettre aucun effort possible pour les faire réussir. Certainement, si on donnoit à cognoistre aux Espagnols qu'on en sçait le destail, vous ne les aborderiez jamais qu'on ne vist la honte imprimée sur leur visage Nous avons esté extrêmement en peine icy poulie choix d'un vice-roy de Catalogne, quand M. le Prince reviendra, et, aprez avoir bien examiné Testât présent de la province et les qualitez des subjects sur lesquels on peut jeter les yeux , en France, pour cet employ, qui sont en nombre assez médiocre, parce que ceux-cy pour une raison, ceux-là pour une autre, ne se trouvent pas fort à propos, on a sceu de M. le Prince, qui en a extrêmement approuvé la pensée, que l'on ne pouvoit prendre une meilleure resolution que d'y envoyer mon frère l'arche vesque2 pour vice-roy, afin de prendre soin du gouvernement politique, et un de MM. les mareschaux de France pendant la campagne, pour commander et faire agir l'armée. La raison est que, comme on ne peut envoyer personne en ce pays-là aprez M. le Prince, qui repare à beaucoup prez la perte qu'ils feront en luy pour toute sorte de respects, il importe surtout de guérir l'esprit aux peuples des impressions que les malaffectionnez leur donnent, à l'instigation des Castillans, que la France veut les abandonner, et de leur faire voir qu'on est résolu de soustenir leurs affaires aussi vigoureusement qu'on a jamais faict. Vous me cognoissez assez, Monsieur, pournedoubterpas, je m'asseure, que, quand on feroit choix, pour cet employ, d'une personne qui me fust ennemye, j'aurois la mesme passion de voir réussir les affaires sous sa conduite, et les mesmes soins de luy en faire donner les moyens que je sçaurois prendre pour un frère; mais tout le monde ne le croira pas comme vous, et, quand les Catalans auront parmy eux
1 On trouve mentionné, parmi les per- probablement en prenant son nom qu'un
sonnages de cette époque , Henri de Lancy, imposteur avait fait à l'Espagne les propo-
baron , puis marquis de Rare ou Raray. Il sitions dont parle Mazarin. servait alors comme sergent de bataille, et 2 Michel Mazarin , archevêque d'Aix.
devint maréchal de camp en 1657. C'était (Voyez table alphabétique.)
une personne qui m'est si proche et qui me doit estre si chère, il sera Août 16/17. assez malaisé aux ennemis de leur faire croire que la France a dessein de les sacrifier; au contraire, ils se persuaderont aysement que l'on n'oubliera rien pour faire prospérer les choses sous la direction de mon frère, et cette opinion est une des choses les plus importantes que nous ayons à souhaiter pour ce pays-là.
GXCVI.
Archives des Affaires étrangères (France), tome XXII, f" /jo'i-ZioG. — Copie du temps.