‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáereChapitre 68 sur 146 · A MADAME LA PRINCESSE DE PHALSBOURG · texte numérisé non relu

A MADAME LA PRINCESSE DE PHALSBOURG

[Paris,] a3 août 16/17.

Le cardinal Mazarin a esté bien ayse d'apprendre que M"ela princesse de Phaltzbourg ayt eu satisfaction du petit service qu'il luy a rendu, luy faisant envoyer un passe -port du Roy; il seroit bien plus ravy s'il avoit occasion de la servir en chose importante; ce pendant il escrira aux généraux des armées de Sa Majesté aux termes qu'elle le désire, pour faire bien observer le passe-port, le cas arrivant.

Les ad vis qu'a ledict cardinal des desseins et pensées de 22 - ne sont pas qu'il veuille passer avec ses trouppes en Allemagne, si ce n'est peut-estre aprez que les Espagnols s'en seront servis toute la campagne et seront bien ayses qu'il aille chercher des quartiers ailleurs.

Si je pouvois dire tout ce que j'ay faict, depuis que j'ay part aux affaires de ce royaume, pour gagner l'affection de 22 et pour le servir. je suis asseuré que ladicte princesse advoueroit que, sans manquer à ce que je dois à mon maistre, je ne pouvois aller plus avant. Est-ce avoir eu intention de rendre les choses irréconciliables que d'avoir ratifié de bout à autre un traitté que Plessis-Besançon 3 avoit apporté, proposé par 22 et paraphé parluy-mesme? mais, à son retour, qui fut à huict ou dix jours de là, il ne trouva plus personne à qui parler.

1 Voyez, sur la princesse de Pbalsbourg, ■ Ce chiffre désigne ie duc de Lorraine,

t. I des Lettres de Mazarin, p. 648, note. ' Voyez table alphabétique.

Il est vray que, depuis, on a marché avec une grande circonspection, pour ne pas s'exposer au blasme ny à la risée du monde, si on se laissoit attraper deux fois de suite dans le mesme piège.

La personne qui vint icy dernièrement a eu grand tort, si elle a rapporté qu'on excluoit tous partis, hors de luy rendre quelque chose en autre lieu que ses Estats. On pourroit envoyer des lettres qu'il a escrittes icy depuis son arrivée à Bruxelles, par lesquelles il asseure d'avoir rendu compte à son maistre de toutes les advances que le cardinal luy avoit faictes pour luy donner des marques de son affection.

Le mal de toute cette affaire est dans la meffiance, et cet homme-là, s'il veut dire la vérité, tesmoignera qu'on luy a souvent déclaré que pourveu que 22 fist quelque action qui le rendist irréconciliable avec les Espagnols, et qu'il nous asseurast pour jamais de la fermeté de son attachement, il pouvoit espérer de la bonté de la Reyne la pluspaii des choses qu'il désire.

On a passé mesme plus avant; car on ne pretendoit pas qu'il fist cette action qu'il ne fust asseuré, en mesme temps, par un traitté, de ce qu'on feroit pour luy aprez qu'il l'auroit faite; mais véritablement nous voulions ce gage de sa foy, afin que la France ne blamast pas la Reyne d'avoir, pendant sa régence, restitué un prince qui luy faict la guerre depuis si longtems, sans pouvoir mesme s'asseurer que les grâces qu'on luy auroit faictes fussent bien recognues.

Quant à ce que vous dictes de la négociation de Munster, il est vray qu'on l'en exclut, et on l'en excluera tousjours, si ce n'est qu'il veuille accepter le party qu'on y a proposé; mais ce n'est pas à dire qu'on rejette tout traitté particulier, pour ne pas le vouloir comprendre dans le gênerai; il est bien juste que, si la France luy fait des grâces, elle en ayt seule le mérite, et qu'il n'en ayt l'obligation qu'à elle. Les Espagnols, cependant, sont bons de luy vouloir persuader qu'ils feront pour luy ce qu'ils ne peuvent faire pour eux-mesmes; dez qu'ils penseront avoir trouvé leur compte dans leurs interests, il verra s'ils arresteront un moment le traitté pour les siens. C'est la première chose que nous ont

déclaré les plénipotentiaires d'Espagne dans la négociation, que pourveu Août 1 6V7. que les couronnes fussent contentes, il ne falloit pas s'arrester aux satisfactions particulières des princes qui les auroient suivies.

Manusc. de la Bibliolh. Mazarine, n° 1719, tome II, f° a3i verso. — Copie du temps.

A M. DE TURENNE

[Paris,] 27 aoûl 1667.

(extrait.)

Tous les advis que nous avons portent que les reistres1 qui ont passé le Mein et se sont allez rendre dans l'armée suédoise sont au nombre de deux mille. On croit aussy que, quelque diligence qu'on \ apporte pour les faire retourner au service de la France, il sera bien difficile, par la crainte qu'ils se sont desjà imprimée, et qu'on leur fomentera, du chastiement de leur infidélité. Cependant la reyne de Suéde a envoyé des ordres bien précis et réitérez à M. Wrangel, en cas que ces mutinez se rendissent dans son armée, de ne rien obmeltre pour les faire rentrer, sans perdre de teins, dans l'obéissance du Roy. en leur procurant l'amnistie de leur faute; de sorte que je ne doute point que le susdict marescbal Wrangel ne s'employe tout de bon dans l'exécution des ordres de sa maistresse, et ne donne au monde cetl^ marque de l'estroite liaison et intelligence qu'il y a entre les deux couronnes , ne voulant point recueillir les mutinez de celle de France, au moins pour les incorporer dans son armée, ce qui seroit de mauvais exemple. Que sy, neantmoins, il arrivoit que, se trouvant toutes les forces de l'Empereur sur les bras, il jugeoit à propos de se devoir prévaloir d'un secours si inopiné, et qui ne luy sera pas peu utile, dans l'interest que nous avons que son armée conserve ou acquière de la supériorité sur celle de l'Empereur, nous en devons eslre bien ayses, pourveu que ce soit [pour] peu de jours.

1 Cavaliers des anciens corps weiniariens. qui avaient abandonné Turenne

M.UARI.N. II. 6l

\oùi i()'i7. Je ne sçay pas sy ledict sieur mareschal Wrangel pourra bien ramener ce corps à son devoir; il semble pourtant que, refusant de l'unir pour longtems à son armée, et l'asseurant d'une entière amnistie, il aymera mieux retourner au service du Roy, où il y a de l'argent à recevoir, que de s'attacher à celuy de Suéde, où l'on n'en donne point.

J'ay escrit tout ce que dessus au sieur d'Àvaugour ' et à MM. les plénipotentiaires, affin qu'ils fissent office pour cela auprez de ceux de Suéde, et les obligeassent d'en escrire au sens que dessus à M. le mareschal Wrangel, conformément à l'intention de leur maistresse; mais, en cas qu'il ne fust en la puissance du susdict mareschal de faire revenir à leur devoir les susdicts mutinez, et affin que nous pussions, en quelque façon, reparer cette perte, voicy ce qui m'est venu dans la pensée et à quoy je vous prie de faire reflexion, et en profliter, sy vous le jugez faisable :

C'est de traiter avec M. Wrangel, pour avoir un pareil nombre de ses reistres en la place des nostres qui voudront prendre service avec luy. En quoy il ne perdroit rien au change, puisque sans doute, comme vous sçavez, ceux-cy sont des meilleurs soldats du monde, et. d'ailleurs, n'estant pas obligé d'envoyer des officiers, puisque ceux de nostre armée sont demeurez dans l'obéissance, la chose paroist fort faisable de la part des reistres, qui ne seront pas faschez de prendre un service plus advantageux. Sy vous ne trouvez point delà répugnance en cela, vous devez envoyer en toute diligence vers M. Wrangel quelque personne capable de bien conduire cette petite négociation; j'estime que sy le sieur de Mondevergue se trouve encore auprez de vous, il seroit capable d'y bien réussir.

' Louis de Bretagne, marquis d'Avau- représenter auprès d'eux les intérêts de la gour, comte de Vertus, avait été chargé France. (Voyez la table alphabétique. ) d'accompagner les généraux suédois et de

cxcvm.

Archives des Affaires étrangères (Allemagne). Minutes des négociations delà paix, tome XVI, p. 126. — Copie du temps.

[Paris,] 3o août 16&7.

Je vous diray, sur le subjecl de la proposition du mariage de l'Infante d'Espagne avec M. de Savoie, que d'abord que la nouvelle de la mort du prince d'Espagne arriva, j'eus la pensée qu'une telle proposition se pouvoit faire, et que, dans cette prétention, les Espagnols ne viseroienl pas tant à l'aire un duc de Savoie roy d'Espagne qu'à rendre le roy d'Espagne maistre du Piedmonl et de la Savoie1. Quoy qu'il en soit, nous avons advis que le mariage de l'Empereur et de l'Infante se presse et ne s'esloigne point de la conclusion.

Mazarin se plaint ensuite des plénipotentiaires suédois, et particulièrement de Salvius.

Il semble, dit-il, et il a ainsy paru en plusieurs occasions, qu'il craigne plus de la part d'Oxenstiern qu'il n'espère de celle de la reyne sa maistresse, et qu'estant appuyé de sa protection, et cognoissant son inclination vers cette couronne, il n'en appuyé pas tousjours assez les interests , ny ne travaille assez fortement pour serrer le nœud de l'union qu'elle a avec la Suéde, conformément aux intentions de la

Reyne, et, à dire vray, au bien de son service Dans la demande

que nous faisons que l'Empereur ne puisse assister les Espagnols aprez la paix, ce luy est une belle occasion pour lever le masque et s'opposer avec vigueur à la mollesse avec laquelle son collègue nous a secondez et qui a plus servy à faire refuser noslre demande qu'à nous la faire accorder2.

1 Os mots sont soulignés dans le manus- 2 Ces mots sont également soulignés dans

ciil. le manuscrit.

Août 1 (i'17

Wi LETTRES

Septembre Mazarin parle ensuite d'une ouverture faite par Brun pour attirer d'Avaux à une 1667. conférence particulière:

Je la trouve un peu délicate, et, à dire vray, un peu dangereuse. Ge n'est pas que vous ne soyez plus habile homme que luy, mais il n'est pas sy homme de bien que vous, et vous sçavez que c'est un esprit à faire poison des meilleures choses, artificieux, semeur de faux bruicts, et grand artisan de calomnies, tesmoin les libelles qu'il a publiez contre la France et les advantages qu'il a tirez, à nostre préjudice et [à celui] de la vérité, de la conférence qu'il eut avec M. Servien.

GXGIX.

Archives des Affaires étrangères (Rome), tome CIV, f° io6. — Copie du temps.

AU CARDINAL GRIMALDI

Paris, 6 septembre 1 6^7.

(extrait.)

Mazarin déclare qu'on ne peut pas traiter avec le peuple de Naples; il blâme Fontenay-Mareuil et Michel Mazarin, qui ont procédé, en cette circonstance, avec trop de précipitation.

Gl' avvisi, che dà à Vostra Eminenza l'ordinario1, che non vi sia modo di trattare ne aggiustar cosa alcuna con popolo di Napoli , sono conforme al juditio che io ne sempre fatto, e si vede che accertatissima è slata la risolutione di non accostarsi à quella citta con l'armata navale, e molto meglio sarebbe stato che l'ambasciatore e mio fratello , in Roma, havessero proceduto più lentamente e con maggior consideratione nelle missione, che vi hanno fatte, non essendo servite che per dar modo à Spagnuoli d'irritare il popolo contro la Francia, e darli un pretesto apparente di scusar la fellonia con l'ostentare una alfectuosa fedeltà al Rè catholico, facendo perô punir quelli che sono andati à proporre di adherire à questa Gorona e ricever li soccorsi. . .

1 Le courrier ordinaire portant au cardinal Grimaldi les dépêches du secrétaire d'Etat Brienne.

lu somma, Pavidità di mangiare un frutto non maturo ci hà causato Septemh del pregiuditio. ,(''7

Mazarin désire que Ton entretienne les troubles de Naples, et que l'on s'entende avec la noblesse de ce pays.

Il meglio sarà per noi che continue la divisione, e che procuriamo di accostarsi al partito di nobili, che sara sempre il più stabile et il più sicuro. . . . Vostra Eminenza non faccia fondamento alcuno per quest' anno su la venuta del signor principe di Conde in Italia \ ne aspetti nuovi eserciti di Francia.

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