‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáereChapitre 75 sur 146 · AU MARQUIS DE FONTENAY · texte numérisé non relu

AU MARQUIS DE FONTENAY

Ecrite le 20 novembre et envoyée le 2 décembre 1667. (extrait.)

Le mémoire du Roy est si ample sur les mouvemens de Naples1, que

1 Ce mémoire . qui porte la date du 1 5 novembre 16^7, se trouve aux archives des Affaires étrangères (Rome, t. CM , fol. 2o5 v° et suiv. ). En voici les principaux passages :

«Sa Majesté a appris, par les depesches de M. l'ambassadeur, des 8, 1/1 et 22 du passé, les nouvelles révolutions arrivées à Naples depuis l'arrivée de don Johan d'Austriche avec l'armée navale d'Espagne, et (pie les choses sont enfin venues au point où l'on avoit lousjours jugé qu'elles viendraient , pourveu que nous ne nous précipitassions pas à y vouloir prendre part hors de temps , c'est-à-dire avant qu'y estre appelez par les peuples mesmes, ou qu'ils n'eussent mis les affaires dans les dernières exlremitez et hors d'apparence de reconciliation avec les Espagnols.

«C'est pourquoy Sa Majesté a esté surprise que ledict sieur ambassadeur, par une desdictes depesches , lesmoigne estre encore dans son premier sentiment: qu'il eust été bon d'y envoyer nostre armée navale dez le commencement de ces mouvemens, estant aisé à voir qu'elle n'aurait servi alors qu'à donner lieu aux ministres d'Espagne de Unie croire aux peuples qu'ils avoient un beau moyen en main d'expier leur faute en

s'opposant aux François; et pour une preuve indubitable qu'ils s'y fussent opposez en ce temps-là, il ne faut que se souvenir de l'offre que tout le peuple alla faire unanimement au vice-roi de son assistance et de toutes ses forces sur la première nouvelle qu'ils eurent que nostre armée, qui estoit arrivée à Piombino, s'advançoit vers leurs cosles. En quoy nous n'eussions pas seulement receu l'affront d'avoir entrepris mie chose sans y pouvoir réussir, mais nous y eussions encore eu le desavantage de n'y pouvoir rien espérer à l'avenir, quoy qu'il arrivast, parce que le peuple, s'estant porté une fois contre nous, et croyant nous y avoir offensez, n'y eust jamais, aprez cela, pris de conliance. :rEt d'ailleurs, le succez qu'a eu nostre retenue faict bien voir maintenant si elle a esté prudente, et si c'a esté avec grand fondement que l'on a tousjours creu icy que celle des couronnes qui ferait paroislre la première son armée navale à Naples serait la plus mal conseillée et prendrait le plus mauvais parti. En tout cas, personne ne peut nier que , si nous y avions esté les premiers , quand mesme nous y aurions faict quelques progrez , ils nous seraient tres-prejudiciables aujourd'huy, puisqu'ils auraient indubitablement obligé les Espagnols de ne

ii.'r

je n'auray pas grande chose à y adjouster par celte lettre particulière. Novemb Je vous recommande seulement de nouveau d'avoir lousjours devanl les yeux pour object, en toutes les resolutions que vous prendrez, de ne rien gaster, tant qu'il sera en voslre pouvoir, dans la négociation de

ratifier pas seulement les articles accordez au peuple par le vice-roy, mais d'aller audevant , avec toute sorte de douceur et de llalterie, des autres satisfactions qu'il eust peu désirer, sans oser jamais songer d'entreprendre de le réduire par la force ; ce qui , neantmoins, estoit seul capable de mettre les affaires hors de tout accommodement entre eux, et, par conséquent, ce que nous avions le plus à souhaiter, voire plus que de nous emparer d'aucun poste de ce royaumelà, pour important qu'il soit.

^11 eust esté seulement à desirerque noslre armée navale eust peu paroistreen ces costeslà un peu aprez que l'ennemi y est arrivé, comme tous les ordres en avoient esté donnez d'icy. Mais les tems, qui ne luy ont pas esté favorables, et le deffaut de victuailles l'en a empesché. Dez que Sa Majesté eust avis qu'elle avoit relasché dans les ports de Provence, elle y depescha un courrier pour ordonner à M. le duc de Richelieu et à tous les officiers et capitaines de préparer toutes choses à grande haste , pour se remettre à la mer sans aucune perte de tems. A quoy elle aura trouvé facilité, parce que l'on avoil donné ordre par avance à Toulon d'y faire faire grande quantité de biscuit, de sorte que le père carme, que M. le cardinal d'Aix et ledict sieur ambassadeur avoient jugé à propos d'y envoyer pour le mesme effect. aura trouvé qu'ils se preparoient en grande diligence, et si le vent peut estre favorable, ils ne tarderont pas à paroistre à la \ue de Naples. Le bailly de Valença\. ayant sccu , dudict père, que le peuple man-

quoit de canons et de poudres principalement, il pourroit bien faire devancer l'armée de quelques jours par deux bons vaisseaux qui leur porteraient ce secours.

«On a envoyé audict bailly une longue instruction de tout ce qu'il aura à faire , sur les divers cas, qui peuvent arriver, des resolutions que le peuple pourroit prendre , ou de se donner au Roy, ou d'en choisir un dans la famille royale. On a envoyé aussy un pouvoir sous le nom de M. le duc de Richelieu , qui commande l'armée , pour traiter avec eux, et tant ledict sieur duc que ledict bailly ont ordre de s'entendre avec ledict sieur ambassadeur, luy donner part soigneusemeut de tout ce qui se passera, et prendre ses bons advis sur les choses importantes , quand le tems pourra permettre qu'ils les attendent.

cr II pourroit mesme arriver tel accident que la présence dudict sieur ambassadeur y seroit tres-necessaire, et, en ce cas, Sa Majesté trouve bon qu'il puisse quitter sa résidence pour le tems qu'il faudra qu'il mette à faire ce voyage, et on mande audict sieur duc (de Richelieu) que son pouvoir de traiter devra estre commun avec ledict sieur ambassadeur. »

Le Mémoire se termine par la recommandation de reprendre plusieurs affaires que l'on avait laissées en suspens pour hâter la promotion de l'archevêque d'Aix à la dignité de cardinal , telles que celle des Rarberins, sur laquelle l'ambassadeur recevra des renseignements par les gens d'affaires desdits Rarberins.

Novembre

la paix, et je veux croire qu'il ne vous sera pas mal aysé, avec un peu d'application, d'en venir à bout, et ne laisser pas pour cela de profiter, autant que nous le pouvons désirer, de cette révolution.

Je vous diray aussy en confidence, à vous seul , que, si quelque chose m'en donne mauvaise opinion et me faict de la peine, c'est la personne de M. le duc de Guise *, appréhendant que son voyage ne nous embarrasse bien et nous nuise, pour le peu d'expérience et de pratique qu'il a dans le maniement des affaires, le plus adroit et le plus fin politique n'estant pas trop bon pour celle-cy. Je considère que le courage et la valeur, qui est la partie qu'il possède principallement, n'est pas la plus nécessaire en ce rencontre , et d'ailleurs il se laisse entièrement conduire aux conseilz de Modene2, qui est un homme léger, de meschantes inclinations et peu sensé, à ce qu'on me dict, et qu'enfin le chastouillement continuel qu'il aura de la royauté, qu'on m'asseure que ce Modene luy promet, se meslant d'astrologie, pourra le porter à praticquer des moyens, non-seulement de le ruiner, mais de faire perdre à cette couronne les advantages qu'elle pourroit autrement espérer avec raison dans une si favorable conjoncture. C'est pourquoy je vous conjure, de tout mon cœur, de vouloir penser sérieusement aux remèdes, afin que nous ne perdions pas une occasion qui ne retourneroitplus3, et je me flatte qu'il sera d'autant plus aysé de les y apporter, que je ne doute point que les offices que vous et le cardi-

1 Le duc de Guise avait accepté le titre de général du peuple de Naples et s'était rendu dans cette ville , sans attendre le consentement de la France. On a vu plus haut, p. 5o6, que Mazarin avait écrit à l'ambassadeur que le lîoi s'opposait formellement à ce que le duc entreprît cette expédition. MM. Loyseleur et Baguenault de Puchesse ont publié, dans l'ouvrage intitulé Le Duc de Guise à Naples (Paris, Didier, 1875, p. 12 7), une lettre en date du 5 octobre 1667, par laquelle le Roi aurait donné son ap-

la date de cette dépêche ne peut être exacte. On y parle de la république de Naples , qui ne fut proclamée que le 26 octobre de la même année.

2 Esprit de Raymond de Mormoiront, comte de Modene, auteur d'une histoire du soulèvement de la ville et du royaume de Naples, ouvrage publié en 1 666-1 G67, et plusieursfois réimprimé. La dernière édition est de 1826 (Paris, Sautelet, 2 vol. in-8°).

3 II y a bien , dans l'original , ne retournerait plus , dans le sens de ne se retrouveroil

probation au projet du duc de Guise ; mais plus.

nal, mon frère, avez faicls, en faveur dudict sieur duc, auprez du député Novembre du peuple, qui vous estoit venu trouver, ne les ayt principalement '* "7 obligez à la resolution qu'ilz ont prise de le faire leur gênerai. Il s'est rencontré que vous nous avez mis hors de mesure pour ce choix; car, eu mesme temps que vous nous avez faict sçavoir la nécessité qu'il y avoit d'envoyer un chef au peuple pour le commander, et que vous marquiez qu'on avoit parlé de M. le comte d'Harcourt et de M. le mareschal de la Meilleraye, nous avons sceu que la resolution avoit esté prise en faveur de M. de Guise ; ce qui ne nous a pas donné le loisir ny le moyen de délibérer et d'en faire partir un autre.

En mon particulier, j'ay beaucoup d'amitié pour mondict sieur de Guise, et, si le Roy doibt tirer de l'advantage du commandement des armes, j'ayme mieux que ce soit par son moyen que par celuy d'un autre, et, aprez vous avoir dict tout ce qu'il me faict craindre, je trouve ma consolation dans la reflexion que je fais, que, comme les Espagnolz sont affoiblis et le peuple fort animé et en estât de fournir autant de gens qu'on voudra pour combattre, si ledict sieur duc, qui a grand courage, peut avoir le bonheur de faire quelque belle action, il pourra donner telle pente aux choses , que , pour ce qui est des Espagnolz, ils perdent tousjours espérance d'y remettre jamais leurs affaires.

Je viens tout présentement de recevoir vostre depesche du 6 du courant, par laquelle j'apprends la continuation des mouvemens de Naples, et qu'il y a moins d'apparence que jamais à l'accommodement, quoyque les ministres d'Espagne mettent toutes pièces en œuvre pour y parvenir. Si on juge à propos d'y envoyer quelques bons officiers et peu de troupes pour secourir et fortifier le peuple dans sa resolution, comme aussy quelques officiers d'artillerie, il faudra que vous vous adressiez à M. de Refuge1, qui aura ordre de les fournir des postes de Toscane 2.

Claude, marquis de Refuge ou de " Piombino et Porto - Longone , qui

Refuges, nommé maréchal de camp le étaient au pouvoir des Français. (Voyez

10 mars i646, et lieutenant général le p. 337, note 3, et l'introduction en tête du

a3 mars i65a. présent volume.)

Novembre Que si on a besoin d'y en faire passer un nombre plus consi-

',''7- derable, on les devra tirer de Lombardie et de Piedmont, et, en

ce cas, vous pourrez vous adresser à ceux qui y commandent les

armes de Sa Majesté, ou à M. le cardinal Grimaldi pour leur en es-

crire.

Ce seroit un grand coup, si, sans hazarder la dignité du Roy, vous pouviez aller sur l'armée navalle faire un tour à Naples, ne doutant point que vostre présence ne mist bientost toutes choses au poinct que nous pouvons souhailter, suppléant à ce que M. de Guise n'aujoit faict1.

Il est absolument nécessaire, si vous n'allez pas, que le bailly de Valençay2 ayt une copie du mémoire que Sa Majesté vous adresse. J'avois commencé à faire travailler pour luy en envoyer une; mais, soit pour ne pas retarder le courrier, soit pour ne pas bazarder cette pièce <fue vous pourrez luy faire tenir beaucoup plus seurement, y ayant moins de trajet à faire, j'ay creu qu'il valoit mieux se remettre à vous de la luy adresser par la première commodité que vous en aurez, donnant ordre bien exprez à celluy que vous en chargerez que, s'il se voyoit en péril imminent d'estre priz par les Espagnolz, il jette les depesches dans la mer. Je crois mesme que, comme ce mémoire doit estre communicqué audict bailly et à M. l'abbé de Saint-Nicolas, si celuy-cy n'est pas allé à Naples, on l'en pourroit charger luy-mesme quand il y ira 3.

Il ne suffira pas d'envoyer audict bailly des extraits dudict mémoire, ou la substance de ce qu'il contient; mais je vous prie de luy envoyer la pièce entière, jugeant bien important qu'il la voye, parce que les

' Déjà , le 1 7 novembre, Mazarin écrivait ! Henri d'Estampes Valençay ou Valencey.

à Fonteuay-Mareuil, en parlant des projets (Voyez la table alphabétique.) ilu duc de Guise : «• II sera bien nécessaire, 3 L'abbé de Saint-Nicolas (Hemi-Ai-

si vous ne pouvez le destourner de faire ce nauld) n'alla pas plus à Naples que Fon-

voyage, de luy donner pour adjoint l'abbé tenay-Mareuil, et le duc de Guise resta

de Sainl-Nicolas ( Henri- Arnauld ) , qui l'as- abandonné à lui-même et aux conseils de

sislera de ses bons conseils en toutes occur- Modène et de Cerisantes, qui inspiraient

rences.n (Voyez aux Analyses.) peu de confiance à Mazarin.

divers raisonnemens qui y sont peuvent luy donner beaucoup de lu- Novembn miere pour se bien conduire en des cas qu'on n'a pas preveu et qui l6ù7' peuvent arriver.

Je commence un peu à douter de la vérité de l'advis qu'on nous a donné de Provence du passage de l'armée navale des ennemis en Espagne, voyant que les lettres de Florence du 1 1 n'en disent rien.

Je vous prie encore une fois sur toutes choses d'avoir grand esgard et une particulière application à ce qui vous est ordonné par le mémoire du Roy que, quelque traitté qu'on soit obligé de faire avec ces peuples, il ne nous mette pas en estât de ne pouvoir conclure la paix» dez que les ennemis donneront les mains à des conditions raisonnables, sans manquer à ce que nous aurions promis à ces peuples K Le coup le plus advantageux qui pust arriver pour la France, et qui establiroit aussy le plus promptement, et avec plus de solidité, les privilèges et advantages du peuple, et enfin la félicité que luy et la noblesse peuvent souhaitter, seroit que, de concert avec cette couronne, ilz estassent un Roy qui, par sa haute naissance et par le mérite de sa personne, sceust chasser les Espagnolz des postes qu'ils tiendroient, et mettre hors de doubte, par sa valeur et par sa présence, la conservation et la deffence du royaume contre touttes les forces que les ennemis sçauroient assembler pour y entrer2. Il est certain qu'alors ledict royaume deviendroit, en peu de temps, un des plus florissans et des plus tranquilles de l'Europe, parce que la noblesse s'eslant porté à l'acclamation dudict roy non moins que le peuple, et tous leurs différends estant assoupis, tous les princes d'Italie s'interessant d'ailleurs ta maintenir ledict roy, pour les raisons contenues dans ledict mémoire,

' On voit ici une des causes qui empê- un nouvel obstacle en acceptant le protec-

chèrenl Mazarin de soutenir énergiquement torat de la république de Naples. la révolte de Naples. Il espérait et souhai- ! On peut comparer un mémoire du se-

tait, quoiqu'on luy ait reprocbé le con- crétaire d'Etat Loménie de Brienne , publié

traire, la conclusion de la paix avec l'Es- dans les Lettres et instructions relatives à

pagne. Il était déjà arrêté par la protection l'expédition du duc de Guise à Naples, édi-

que la France avait promise à la Catalogne tées par MM. Loyseleur et Baguenault de

et au Portugal; il ne voulait pas se créer Pucbesse. p. 906 et suiv.

M VZtFIV. II. 67

Novembre il est indubitable que les Espagnolz n'auroient plus de moyen de remettre le pied dans le pays, et en perdroient bientost toute espérance.

Je ne sçais encore quelles pensées M. le Prince i peut avoir là dessus; mais il me paroist impossible que, voyant jour à se procurer un si grand establissement, il ne s'y appliquast de touttes ses forces et de tout son esprit, recoguoissant de pouvoir, par la dépression des ennemis de cette couronne, s'cslever luy-mesme au poinct d'estre maistre d'un si beau, si grand et si opulent royaume.

C'est pourquoy, comme il est vraysemblable qu'on ne pouiroit que maïaysement induire le peuple à vouloir pour roy M. le duc d'Anjou2, ou M. le duc d'Orléans, qui n'iroient point en personne à Naples que (ont n'y fust en pleine tranquillité, il y a apparence que, pour peu de reflexion qu'ilz fassent que leur félicité, leur bien et leur seureté, despend d'avoir promplement un roy, ilz se résoudront à demander mondict sieur le Prince, qui est le plus propre qu'ilz puissent rencontrer, dans cette conjoncture, soit pour sa naissance, soit pour ses qualitez personnelles, soit pour avoir desjà sa succession asseurée , ayant desjà un filz3, et estant en estât d'en avoir beaucoup d'autres, soit enfin qu'estant de la maison royalle, cette considération convieroit Sa Majesté à redoubler de moitié les efforts qu'elle pourroit faire pour secours «l'un autre qui n'auroit pas l'advantage d'estre de son sang.

Je m'advance plus outre, et ne feins4 pas de dire, affin que, si la conjoncture se présente de donner cette impression au peuple, vous puissiez vous en prévaloir : que, si il estoit une fois arrivé à Naples, sa seule personne, dans la grande réputation qu'il s'est acquise, est capable de faire perdre aux Espagnolz toutte espérance de pouvoir y

' On a vu ci-dessus, p. £67 et /i85, que prit le lilre de prince de Condé après la

Mazarin n'espérait pas déterminer le prince mort de son père en 1 686 , et vécut jusqu'en

de Condé à se charger du commandement 1709. Saint-Simon, qui a raconté sa mort,

de l'armée qu'on enverrait à Naples. donne des détails très-étendus sur sa vie et

2 Philippe de France, frère de Louis XIV, son caractère. (Voy. ses Mémoires à la date

que l'on appelait souvent le petit Monsieur de 1709.)

pour le distinguer du duc d'Orléans (Gaston). ' Et ne crains pas de dire. Henri-Jules de Bourbon -Condé, qui

DU CARDINAL MAXAR1N. 531

conserver ce qu'ilz y occupent encore, et aprez en avoir esté chassez. Noteto d'y remettre jamais le pied.

H est vray que , comme le plus grand affront qu'il pust recevoir seroit celuy d'avoir pris la qualité de roy et de la perdre, il n'y faudrait pas que le peuple en vint d'abord à cette acclamation; mais seulement qu'il resolust de la faire en tems et lieu, et cependant qu'il y allast, comme gênerai de Sa Majesté, commander ses forces et celles du royaume, estant ponctuellement convenu auparavant avec eux qu'ilz l'ediroient pour roy.

H me semble qu il seroit bien à propos que l'on establist quelque brigantin pour aller et venir de Rome à Naples, affin que vous puissiez avoir des nouvelles de ce qui se passe.

J'ay tousjours oublié de vous dire qu'à présent que nous commencerons d'avoir presque autant d'affaires et d'interests en Italie que les Espagnolz, vous pourriez, pour leur donner plus de poids et de réputation, imiter l'ambassadeur d'Espagne, qui tient souvent des congrégations avec les cardinaux nationaux, ou autrement attachez à son party, pour consulter sur les incidens qui arrivent, et cela, comme vous sçavez, faict beaucoup de bruict à Rome. H me semble que, si vous en usiez de cette sorte, nous y pourrions faire le mesme esclat et sans que vous y parlassiez, ny proposassiez en ces assemblées que des affaires communes et celles seulement que vous voudriez, on pourroit les tenir en plus de crédit, et en mesme tems satisfaire beaucoup, par cette apparence, l'esprit des cardinaux de nostre nation1.

Vous aurez veu, par une lettre que je vous escrivis par le sieur de Greinville, ce que je vous ay mandé sur le sujet de la signora Olympia2; j'y adjouste maintenant, par ordre de Sa Majesté, plus positivement, que vous pouvez lui promettre que le Roy luy baillera l'investiture de Piombino, pour en jouir en la mesme forme et aux mesmes

1 11 ne sagit pas seulement ici des car- d'Esté, protecteur des affaires de France à dinaux français, mais de tous les cardinaux Home, le cardinal Grimaldi, etc. favorables à la France, comme le cardinal 2 Voyez ci-dessus, p. 2^8, note 3.

Novembre conditions que le sieur prince Ludovise en jouissoit, lorsque cette place ,')''7" et Porto-Longone estoient entre les mains des Espagnolz , et ainsy vous aurez dez à présent quelque chose de bien effectif pour donner à cette dame une marque solide de l'affection de Leurs Majestez.

Quand vous parlerez au pape de la protection que Sa Majesté veut donner aux Napolitains, il me semble qu'il n'y aura pas danger, pour le faire avec plus de dignité, de tesmoigner que Sa Majesté s'y porte principallement. parce qu'ilz ont esté autrefois subjectz de cette couronne '. Cette raison n'auroit pas esté bonne à mettre dans la lettre que Sa Majesté luy escrit, de crainte qu'on ne l'eustpeu faire voir à ces peuples, et il me semble que vous la pouvez toucher en passant, lorsque vous parlerez à Sa Sainteté.

Page 1