‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministáereChapitre 81 sur 146 · CCXXXVIII · texte numérisé non relu

CCXXXVIII

archives des Affaires étrangères (Suède), t. Vit, P 890 verso et suiv. — Copie du temps.

A M. CHANUT

Paris, 27 décembre 1667.

Mazarin insiste sur le danger auquel la France s'est exposée en rompant la trêve d'Uni et sur son désir de maintenir inviolablement l'alliance avec la Suède :

De sorte, dit-il, que nous avons préféré le hazard auquel nous exposions nostre armée, attirant sur elle les forces de Bavière et de l'Empereur, avant qu'elle se pust joindre à celle de M. Wrangel, au scrupule de laisse; un soupçon mal fondé contre nostre sincérité, que nos ennemis avoient jeté dans l'armée des Suédois, et, aprez cette jonction, nous nous trouverons reduicts à la nécessité d'aller disputer nos quartiers dans la Souabe et le Wurtemberg, et en chasser les ennemis, ou de décider le tout par le hazard d'une bataille.

Gela, certes, nous faiet regretter que l'erreur, dont Brun a prévenu lis plénipotentiaires de Suéde, nous ayt conduits à un accessoire si fascheux, el osté lu paisible possession des quartiers de là le Rhin, qui nous tlonnoient moyen de nous advancer sans opposition vers M. Wrangel, quand nous eussions esté en estât de le faire; mais aussy

Décembre cela faict voir qu'il n'y a rien que nous ne fassions plustost que de ,6/,7- biaiser en la moindre chose qui concerne la considération, et il est certain que la fermeté de Leurs Majestez est telle de ce costé-là, que plustost que de l'effleurer en quoy que ce soit, Elles s'exposeroient aussy gayement à quelque Lazard qu'EUes pussent encourir, qu'Elles marcheroient à des victoires et à des conquestes certaines.

Je sçay bien que tout le monde condamnera d'imprudence nostre conduite et qu'elle ne nous apportera pas seulement du préjudice, mais encore de la honte; mais, en ayant preveu les conséquences, nous n'avons pas laissé de nous y porter, et nous avons mieux aymé faillir en rendant de la complaisance aux volontez de la reyne de Suéde, que de bien faire en ne luy en rendant pas. Ce qui me llatte1 le plus en mon particulier est de voir que les Espagnols, qui ont trouvé cette praticque, ayent tiré delà defliance des Suédois pour nous le fruit qu'ils s'en estoient promis, qui est de nous faire rompre hors de saison avec Bavière.

Mais que sert-il de se débattre davantage sur cette perche ? La pierre en est jetée; la rupture avec Bavière est accomplie; son agent, chassé de cette cour; et, puisque la reyne de Suéde a désiré contentement de voir ce prince aux mesmes termes et en la mesme posture avec la France qu'avec la Suéde, elle l'a maintenant receu, et avec un tel sentiment de nostre costé que nous n'avons que le déplaisir de ne nous trouver assez tost en estât, non-seulement de contrepeser ses forces , mais encore d'en avoir assez pour luy faire sentir ce que peut la vengeance qu'un juste subject irrite. Gela pourtant arrivera.

C'est pourquoy dictes hardiment à la Reyne que, si l'Empereur, sur l'esprit duquel les Espagnols sont absolus, et les princes de l'Empire, qui suivent leurs mouvemens, se confirment dans l'aversion que les autres ont de la paix et se portent à la continuation de la guerre, pourveu que les deux couronnes se défassent de tous les subjects de soupçon et de jalousies qui les ont travaillées et agissent dans l'union

' II y a bien Jlatte dans la copie; il sens génëral de la phrase. Cependant flatte semble que frappe conviendrait mieux au peut s'entendre dans un sens ironique.

et concert qu'elles doivent, elles ne se rendront pas seulement supe- Décefabre rieures aux forces des ennemis en Allemagne, mais qu'elles la contraindront de demander la paix dont ils se montrent si esloignez.

Pour ce qui est du marquis de Brandebourg l, dont l'humeur est si suspecte aux Suédois, il est certain qu'il ne s'est rien traité pour luy en cette cour, et qu'aprez les recherches qu'il eu a faictes, on a renvoyé le tout à MM. les plénipotentiaires, afin que, conférant, sur les propositions qu'on avanceroit de sa part, avec les plénipotentiaires de Suéde, ils n'accordassent rien sans leur consentement et qui n'eus! esté concerté avec eux.

En un mot, donnez, en une fois pour toutes, des asseurances à la Reyne et à ses ministres, que la considération de l'alliance et de l'amitié que cette couronne a avec celle de Suéde prévaudra tousjours, dans l'esprit de Leurs Majestez, à toute autre considération qui pourroit intervenir à l'esgard de tout autre prince d'Allemagne; que ce que nous venons de praticquer à l'endroit de Bavière en est une preuve qui ne reçoit point de réplique.

La peinture que la Reyne vous a faicte de l'humeur des princes d'Allemagne ne sçauroit estre plus naturelle. Aussy sommes-nous icy dans le mesme sentiment et posons pour fondement indubitable que la conservation des advantages que les deux couronnes ont acquis en Allemagne ne dépend que de leur seule puissance; ce qui faict voir la nécessité qu'il y a qu'elles s'entr'entendent bien et que rien ne puisse rompre ny altérer cette harmonie.

ADDITION A LA LETTRE ADRESSÉE A M. CHAiNUT.

Si le gentilhomme qui est chargé des responses de Leurs Majestez aux lettres que la Reyne de Suéde a escrites icy, touchant l'augmentation du subside et la rupture de Bavière, n'arrivoit pas sylost que les depesches qu'on vous a faictes sur ladicte augmentation, vous ne laisserez pas de traicter comme sy vous les aviez rcceus, et je crois que,

' Frédéric-Guillaume de Hohenzollern, (Voyez la table alphabétique.)

Décembre sans cela, la Reyne ne fera pas difficulté d'adjouster foy à tout ce que vous direz et promettrez en suite de ce qui vous a esté mandé ',

Je vous prie surtout de faire tous efforts possibles pour se faire prévaloir en cette occasion de deux mille chevaux2, dont nous aurions grand besoin; mais que cela soit dict sans retracter nos premiers ordres, ny le pouvoir qu'on vous a donne de faire ce que vous estimeriez plus à propos.

Nous songeons ici à renouer l'alliance avec la Suéde plus estroitement que jamais, en cas que la paix de l'Empire se conclue et que cette couronne-là soit dans la mesme disposition. Elle pourroit nous assister de ses forces et y trouveroit un advantage incomparable de maintenir son armée sur pied, sans qu'il lui en coustast rien, que nous nous obligerions de luy rendre en tout ses besoins. Je vous prie de sonder le gué adroitement; car les ministres de Suéde à Osnabriick n'ont jamais voulu s'ouvrir là-dessus; ce qui devroit augmenter le soupçon que les bruits que Brun faict courir, que Oxenstiern a promis que la Suéde n'assisteroit point la France, sont véritables, si nous n'avions entière confiance en la bonté de la Reyne.

Archives des Affaires étrangères (Allemagne), tome LXXXVI. — Minute de la main

de Lyonne.

[Paris,] 28 décembre 16A7.

Les diilicultez que M. le mareschal de Turenne aura de pouvoir concerter, avec M. Wrangel, ce qui se peut faire de mieux dé part et d'autre dans la conjoncture présente, pour remettre les affaires communes en Allemagne, à cause de l'interposition des armées ennemies

Voyez ci-dessus, p. 55 1. vaux en échange des Weimariens qui avaient

8 G'est-à-dire de se prévaloir de l'occa- abandonné Turenne, comme on l'a vu cision pour se faire donner deux mille che- dessus, p. Mi&. note a .

iti'r

(jui se trouvent entre ces deux généraux, ont fait résoudre de depes- Décembre cher à Munster le sieur du Perron, qui est le gentilhomme qui a desjà esté trouver M. Wrangel de la part dudict sieur Mareschal , et qu'il a depuis envoyé icy pour nous faire sçavoir sa rupture contre Bavière, afin qu'aprez avoir veu les ministres de Suéde et leur avoir dict tout ce que vous autres, Mssieurs, jugerez plus à propos, il passe à l'armée suédoise pour informer M. Wrangel de Testât de ce costé-cy, et, aprez avoir bien particulièrement sceu ses intentions et ce qu'il peut faire de son costé, le rapporter à M. le mareschal de Turenne par le plus court chemin, se servant du sauf-conduit que vous luy donnerez, par le moyen duquel nous croyons qu'il pourra passer en toute seureté.

Nous y aurons encore un advantage, que les ministres de Suéde et M. Wrangel apprendront de la vive voix de ce gentilhomme, qui a esté présent à tout, comment les choses se sont passées, et avec quelle sincérité et quel désintéressement nous avons rompu sans hésiter, quoyque nous connussions fort bien tous les préjudices qui nous en arriveroient aussytost.

Le sieur de la Court mande , par sa dernière depesche, que M. Oxensliern luy avoit dict que Wrangel ne marcheroit point et n'entreprendroit rien qu'il ne sceut que M. de Turenne eust rompu. Si cette seule considération le retenoit, il pourra maintenant estre en marche, y ayant apparence qu'il en aura bientost l'advis, et que les vives instances que luy faict Mme la Landgrave l'auront encore hasté.

Mazarin insiste ensuite sur la dilficulle', pour l'armée de Turenne réduite à six mille hommes , de trouver des quartiers convenables jusqu'à sa jonction avec Wrangel.

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