AU DUC DE MERCOEUR
(extrait.)
Stenay, 3o juillet 1657.
Je suis surpris de voir, par la lettre que vous avez pris la peine de m'escrire, du 17 de ce mois, qu'on ayt accordé de nouveaux advantages à M. le marquis de Cordes^; car l'intention du Roy n'a esté que de *luy conserver simplement ce qui appartient à sa charge de lieutenant de Sa M*^ au gouvernement de Provence, et dont ceux qui l'ont précédé ont jouy. Si les expéditions qu'on a envoyées luy donnent quelque chose de plus, c'est une pure libéralité de ceux qui les ont faictes, à laquelle le Roy n'a point de part; mais, après tout, il est bon de terminer cette affaire et de reunir tous les esprits qu'elle pourroit
' D'après ane coDversation qu'il eut à ce sujet avec Brieune, et qui est rapportée par ce deraier {Mémoires ^ p. i55), le moyen trouve par Servien eût ëtë que Brandebourg se conGât fren la parole que le Roi lui donnera de se rendre médiateur, quand Neubourg serait déclare empereui*. — Je doute (répondit Brienne) que Télecteur de Brandebourg prenne jamais ce parti -Ih, un homme sage ne choisissant pas d'ordinaire
son ennemi pour être son maître.'» Ce sont, on le voit, \k peu près les mêmes termes dont se serait servi d'Avaugour dans sa lettre à Mazarin.
^ M. de Cordes est recommandé Tannée précédente à la reine Christine par Mazarin. (Voy. t. Vil, p. 665.) La bai-onnie de Cordes, en Provence, avait été én^ en marquisat au profit de G. de Simiane, baron de Caseneuve, en 161 5.
JuiHpi 1697. avoir divisez, toutes les partialitez et bouilleries ne pouvant que prejudicier au service de Sa M*^.
Gomme l*abbé Ondedei, la piuspart du temps, ne me suit pas dans les voyages que je suis obligé de faire avec le Roy, le mieux sera de me mander directement les choses que vous avez à me faire sçavoir, sans vous adresser à luy, et vous pourrez, s'il vous piaist, vous servir du chiffre que je vous fis donner Tannée passée.
Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i A, f* 9o3 v*; minute. — Passages à chiffrer soulignes.
À M. DE TURENNE
Slenty, 3o jailiet 1667.
(extrait.)
On s^accommoderoit fort à agir suivant vos pensées après le siège de Montmedy^ si Ton n'estoit sollicité parles Electeurs et princes d'Allemagne affectionnez à cette couronne de n'en esloigner pas un corps considérable de troupes pour favoriser la liberté des suffrages dans la diète de Francfort*,, en cas que, comme le bruit en court, le roy de Hongrie, à la persuation des Espagnols, prétende intimider les Electeurs avec une forte armée et les porter ainsy à estre favorables à son élévation , et pour cette raison aussy ils font instance que le Roy veuille, dans la fin de ce mois, ou plus tost, se transporter à Metz.
Neantmoins, s'il y avait lieu d'entreprendre quelque chose du costé de la mer, comme l'ambassadeur d'Angleterre, qui est venu en dili-
* Les projets deTurenne, tda quon les * Ilsprëtendaieolqueia présence du Roi
peut imaginer d'après ses Mémoires, où il et celle d'une forte armée française, aux
n'est pas prodigue de commentaires, eussent frontières ou dans le voisinage de TAlle-
été de se jeter rapidement sur la Flandre, magne, seraient nécessaires pour résister
qu'il eslimMt pouvoir surprendre avant l'ar- h la pression exercée sur les lecteurs par
rivée de l'armée ennemie. la maison d'Autriche.
gence à Sedan, m'en a faict de nouvelles instances, le Roy pourroit Juillet 1657. bien retourner de delà avec les forces que nous avons icy et remettre un peu plus tard son voyage à Metz.
Sa M*^ voudroit aussy qu'il y eust lieu d'attaquer Rocroy, n'y ayant rien de si importât dans la conjoncture présente, et, en ce cas, la Reyne pourroit demeurer à Sedan, à Meziere ou [à] Charlevîlle, qui ne seroit pas loin du siège, et l'on est persuadé icy que la chose se trouveroit plus facile qu'on ne croit^; que, la circonvallation une fois faicte, le secours seroit impossible, et que l'on pourroit bien employer un corps de huit ou dix mille hommes pour garantir les places de la Somme ou des environs.
Mazarin dit ensuite que, si Ton voulait se résoudre à prendre des quartiers d'hiver daos le Luxembourg, on pourrait s'emparer d'Arlon ou d'autres places de cette contrée. Il ajoute :
Ce qui me met en peine est que l'ambassadeur d'Angleterre a laissé conter tout doucement que l'on avoit faict beaucoup de despense pour préparer la flotte, afin que rien ne manquast de leur part pour l'exécution des entreprises qu'on avoit projetées du costé de la mer, et que M. le Prolecteur s'attendoit bien que le Roy auroit la bonté de le desdoromager d'une partie de ce qu'il avoit dépensé pour cet effecl.
Enfin l'on se deffendra le mieux qu'on pourra, sans rien oublier pour le contentement de mondict sieur le Protecteur, estant tout-à-fait advantageux au service du Roy d'entretenir une bonne correspondance avec lu y, et cognoissant comme vous qu'il n'y a infanterie sur laquelle nous devions faire fondement que sur celle que nous avons et que Jious pourrions tirer à l'advenir d'Angleterre.
^ Tel n'était pas l'avis de TureAne, qUi feûue* ..*... savait bien que l'on n'avait
parie même de ce projet avec quelque nen de rcfgle pour les entreprises, la Cour
ironie : ^Le Cardinal, dit -il, proposa à croyant toutes dioses bonnes» pourvu
M. de Turenne le siège de Roccoi, ce que qu'elles pussent réussir y» {Ménmre»,
les ennemis, jugeant faisable, s'en appro- p. /i 84.) Au lieu de se diriger vers Rocroi.
cbèrent avec toute leur arinëe. M. de Tu- Turenne lui tourna le dos.
Juillet 1667. Je VOUS prie de bien songer à ce qui est de Rocroy, et, en cas que vous jugiez la chose tout-à-fait impossible, je songeray à ce que vous m'avez escrit touchant cette place pour qu elle ne tire plus du royaume les advantages qu'elle en a tirez jusques à présenta
La marche des ennemis à Fonsomme^ me faict craindre qu'ils ayent pluStost dessein de faire quelque course en France du costé de Noyon que d'entreprendre sur aucune place, estant à portée, comme vous estes, de leur rompre leurs mesures. Je vous prie seulement de songer à Corbie, de renvoyer le sieur de Seyron à la Fere avec deux ou trois cens hommes, ou d'envoyer ce nombre de soldats au major qui y commande en son absence.
Marsin s'estoit advancé byer au soir à Saint-Léger, qui est à deux lieues de Virton^, avec cinq ou six pièces de canon et un corps de sept à huit mille hommes, dont je suis bien asseuré qu'il y avoit près de trois mille de milice; et quoyque j'ozerois bien respondre qu'il n'entreprendra rien à force ouverte, et que peut-restre il bazardera seulement quelque chose pour tascher de jeter dans Ja place trois ou quatre cens hommes, neantmoins tout le monde a jugé nécessaire d'envoyer ordre à M. de Rambures* de s'advancer avec les trois regimens que vous avez destachez de l'armée, et il pourra estre ce soir bien prez d'icy. J'avois eu la pensée de vous le renvoyer; mais il a fallu céder à l'instance de plusieurs personnes, qui ont creu tout-à-fait nécessaire de faire advancer ce petit corps.
On n'a pas encore attaché le mineur au corps de la place. Je ne vous manderay plus qu'on m'a promis qu'absolument il le sera la nuit prochaine, parce que je vous l'ay escrit tant de fois, sur les asseurances qu'on m'en donnoit, qu'à la fin je suis rebuté et ne puis plus
^ On aurait peine à croire, si le fait * Auj. village du d^p. de T Aisne, arr.de
néiaii atteste par un grand nombre de Saint-Quentin.
contemporains, que cette petite place de ' Voy. sur Virlon, ci-dessus, p. 70, noter.
Rocroy eût assez terrorise le pays pour ^ Il s'agit probablement, dans ce pas-
qu'une grande ville comme Reims, par sage, de Charles, marquis de Rambures,
exemple, se fût décidée à lui payer une mort en 1671. Il avait épousé, en i656,
sorte de tribut mensuel. Marie Bautru , fille du comte de Nogent.
respoïldre de rien à Tadvenir. M. Fabert qui fut hyer visiter tous les Juiiiei 1657. travaux m'asseure pourtant que tout estoit fort bien disposé; que nous estions maistres du fossé ; que Ton travaiiloit à loger des pièces en divers endroits pour abattre toutes les deffeoses, et que cela pourroit estre faict aujourd'huy. Apres quoy, il n y pourroit plus avoir aucune difficulté à attacher le mineur.
C'est une chose estrange que les Espagnols, estant d'accord depuis Irois semaines que nous prenions [sic) Montmedy» et nous y faisant tous nos efforts, nous n'en puissions venir à bout par fopiniastreté du gouverneur, qui ne se peut résoudre à complaire ny aux Espagnols ny à nous; mais, à la fin, il se laissera persuader.
BibL nat.. ms. f. fr., Milangrea de Colbert, t. 5i A, f' 178 v% •— Minute.