‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 2)Chapitre 9 sur 81 · MÉMOIRE POUR LES AMBASSADEURS D'ALLEMAGNE (GRAMONT ET LIONNE · texte numérisé non relu

MÉMOIRE POUR LES AMBASSADEURS D'ALLEMAGNE (GRAMONT ET LIONNE

Stenay, 99 jniiict 1657.

(nriAir.)

Matarin leur envoie des pouvoirs, dans lesquels on a juge à propos de faire prendre au Roi (rla qualité de prince souverain en Allemagne et en Italie 1). Les ambassadeurs doivent voir, à Heidelbçrg, l'électeur palatin et tâcher de traiter avec lui , malgré ses incertitudes perpétuelles. Il ajoute :

Si BOUS estions bien asseurez des trois Electeurs ecclésiastiques et de ceiuy de Braodebourg, il ne faudroit pas hésiter à satisfaire le palatin pour avoir sa voix, luy donnant les deux cent mille escus en la manière qu*îl les demande, puisque, par ce moyen, le Roy gagneroit sa cause, et on luy pourroit niesme promettre que, la diète estant achevée, OD feroit avec luy le traité d'alliaace, changeant quelque chose

Juillet 1657. au projet dont on estoit convenu, afin qu'il fust asseuré que l'assistance du Roy ne luy manqueroit en aucune façon.

Mais quoyque je voye que le résultat de fentreveue des trois E3ecleurs ecclésiastiques soit d'agir de concert avec le Roy, que Brandebourg a asseuré de la mesme chose en dernier lieu M. d'Avaugour, qui m'en escrit, de sa part, en termes exprez, le 6"** de ce mois, de Kœnigsberg, quoyque le sieur Blondel n'y fust pas encore arrivé, et que les quatre tesmoignent assez vouloir donner leurs suffrages au duc de Bavière et exclure absolument le roy de Hongrie, je ne voye pas pourtant que, hoi^ Mayence, les autres se déclarent si positivement contre l'archiduc Leopold\ en cas que le duc de Bavière ne veuille pas songer à l'Empire, comme je l'apprends de tous costez. Au contraire, relecteur de Cologne, pressé sur le point de l'Archiduc [Leopold] par le comte de Wagnée dans le dernier voyage qu'il a faict à Bonn, il (Wagnée) n'a pu tirer rien de positif là-dessus, [l'électeur] remettant à s'en expliquer lorsque le comte de Fûrstemberg le cadet* seroit de retour de Bavière et que S. A, [El.] seroit arrivée à Francfort, où elle pourroit convenir de toutes choses avec MM. les ambassadeurs du Roy.

Mazarin insiste vivement sur les inconvénients que présenterait pour la France iVlection de Tarchiduc Léopold. Quoique ce prince ait été mallraité dans^ les Pays-Bas par les Espagnols, il ne manquerait pas de se réconcilier avec eux. Les Electeurs croient à tort qu'ils pourraient Tempéchcr de s'allier avec les Espagnols, r^e Cardinal ajoute :

Jamais ministre d'Espagne n'a tant affecté de paroistre le directeur de la conduite de la maison d'Austriche en Allemagne que le marquis de la Fuente' a faict depuis la mort de Tempereur; et le roy de Hon* grie, assisté de l'Archiduc, et par le conseil dudict marquis, non seu-

* Voy. sur cet archiduc, ci-dessus, p. 63. puis de Strasbourg, après la mort de son

* GuiUaume-Egoa de Fûrstenberg, ne frère (1689), cardinal en 1686, il vécut en 1 699 , était frère cadet de François-Egon jusqu^en 1 70^.

de Fiîrstenberg. Nommé évéque de Metz, * Ambassadeur d^Espagne )i Vienne.

lement a exécuté tout ce que rEmpereur\ son père, avoit promis à Juillet 1G57. l'esgard de la Pologne, violenté à le faire pour contenter le roy d'Espagne, [et] s'engageant dans une guerre contre la Suede^, mais il a envoyé de nouvelles troupes en Italie avec ordre de poursuivre plus que jamais le duc de Modene et les. armes' de France quil commande, agissant tout de mesme que s'il estoit Empereur. Il a porté le roy de Danemark à rallumer le feu dans l'Allemagne, rompant contre la Suéde*; il a envoyé une armée de Hongrie contre le Ragosky [et a] sollicité le Moscovite et d'autres princes [de former] des ligues et associations contre la Suéde et ses alliez, et on ne voit enfin qu'un esprit de guerre dans toutes les actions de ce prince et dans celles de l'Archiduc et une dépendance aveugle et plus entière de tous deux de ia volonté d'Espagne que princes de cette nation ayent jamais eue. Aprez quoy je laisse à penser à un chacun ce qu'on doit attendre du roy de Hongrie, ou de l'Archiduc, estant revestus de la dignité impériale, si, lorsqu'ils seroient obligez de feindre, au moins, d'avoir des pensées toutes contraires pour y parvenir, ils n'oublient rien pour faire cognoistre demon^trativement à tous qu'ils n'ont ny n'auront jamais autre but, ny autre volonté que celle du roy d'Espagne.

Mazarin conclut quil faut sopposer ënergiquement à la nomination d'un de ces princes comme Empereur et insister pour rélection du duc de Bavière, et, à son refus, pour celle du duc de Neubourg. Il termine en disant qu'en cas que les électeurs de Brandebourg et palatin les repoussassent et préférassent le roi de France :

Il faudroit s'appliquer à cela, avec grande retenue pourtant et grande modestie , tesmoignant que Sa M^^ n'a aucune ambition et n'y

^ Ferdinand III, mort le i" avril 1687. le bdnëâce futur de la couronne polonaise.

' Par le traité de Vienne (27 mai 1657) ' Armées sembletBÏi préférable; mais le

conclu entre Jean-Casimir, roi de Pologne , texte porte bien armes. et r Archiduc, roi de Hongrie^ ce dernier * Les émissaires de Léopold excitaient

s engageait h envoyer une armée pour le roi de Danemark, Frédéric III, à envahir

chasser les Suédois de la Pologne et espé- le duché de Brème, qui appartenait à la

rait ainsi assurer à un archiduc d* Autriche Suède.

MAZABIR. — TUI. 1 O

larRIMCMI lATISSiLB.

Juaiei i6$7. prétend pas; neantmoins, qu'il cédera au conseil de ses amis, s'il n'y a autre moyen que celuy-cy pour exclure la maison d'Austriche, protestant tousjours que Sa M^ aimera mille fois mieux voir l'Empire en la personne dudict sieur de Neubourg qu'en la sienne propre.

Ce long mëmoire se termine par rindication des moyens que Ton pourrait employer pour gagner les ministres des Électeurs et tous ceux qui exercent sur eux quelque influence.

Bibl. n»t,, ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i A, f 177; minute. — Aff. ëtr., France,

t. 97 9 , P 1 7/1 ; copie du temps.

A M. SERVIEN

(bxtrait.)

Stenay^ 3o juiiiet 1637.

J'ay reoeu vostre lettre du â/i de ce mois. Je vous remercie de la peine que vous avea prise d'escrire à M. d'Avaugour. J'ay veu, par sa depesche du 6 , qu'il avoit trouvé l'électeur de Brandebourg et tout son conseil résolu de traiter son accommodement particulier avec la Pologne, si le roy de Suéde ne se resolvoit à faire la mesme chose*, et quoyque ledict sieur d'Avaugour me mande que S. A. [Elect.] proteste de vouloir estre inviolablement uny à cette couronne^ et à celle de Suéde, il y aura tousjours à craindre que, si elle ne faict ce premier pas^, elle en pourra bien faire ensuite d'autres avec plus de facilité. Peut-estre que le voyage du s' Blondel* affermira ledict prince en ses

^ Quoique Tëlecteur de Brandebourg se fut allie h la Suède par les traites de Kœnigsberg et de Labiau, et qu'il eût même vendu son alliance assez cher, il redoutait la trop grande puissance de Charles- Gustave en Pologne et aussi son humeur entreprenante; et il s'appliqua à paralyser plutôt qu'à seooader sa politique.

* A la France.

* De traiter en particulier avec la Pologne.

" Blondel avait été tout spëdalement en Allemagne à cet effet au mois de juin. ( Voy. dans le tome VII, p. 5i5et5i6, les lettres de Masarin qui raocrédilent auprès de Télecteur de Brandeboui^ et du roi de Suède. ) Blondel était, Tannée précédente, charge^ d une mission djQ confiance h Saint-Guilhain.

anciennes amitiez, ou, au moins, l'engagera à se conformer entie- JHîHet 1607. rement aux voiontez du Roy dans l'affaire qui est sur le tapis \ et vous serez aisément persuadé que , dans la response que j'ay faictc à M. d'Avaugour, je n ay rien oublié pour cela.

J'ay sujet d'espérer que M"^ la princesse palatine agira comme il faut S après vous en avoir parlé dans les termes qu'elle a faict, et j'eusse bien voulu que vous eussiez pris la peine d'escrire à MM. les Plénipotentiaires ce que ladicte princesse vous a dict et encore ce que vous a proposé le sieur [Pawel]'; car l'on est bien embarrassé icy à trouver des voyes asseurées pour leur faire tenir nos depesches. Je ne lairray pas pourtant de le faire en leur envoyant l'Instruction et les nouveaux pouvoirs, approuvant fort que vous vous soyez souvenu de ce que je vous avois dict à l'esgard des qualités que le Roy devoit prendre en cette rencontre*.

Je voudrois pourtant que vous leur escrivissiez en détail tout ce que ladicte princesse et le résident [de l'électeur palatin, Pawel] vous ont dict, adressant vos lettres à Strasbourg et les recommandant au sieur de Saint- Aubin à Metz, par l'ordinaire qui part après-demain de Paris.

Je ne ferois pas difficulté de conseiller au Roy de faire donner la somme de cent mille escus à présent et tout ensemble, pourveu que l'on peut estre asseuré de l'effet de ce qui nous seroit promis; mais je ne voy pas quelle seureté solide on peut prendre là-dessus, et ainsy il faudra se remettre beaucoup à ce que MM. les Plénipotentiaires jugeront à propos, estant sur les lieux. Le personnage, dont il est question ^ n'agit pas avec sincérité; car je sçay, à n'en pouvoir pas douter, qu'il faict les mesmes propositions qu'à nous aux ministres de la maison

* L*ë1eetioii k Tempire d'Allemagne. ^ Ces qualités oompreDaient, outre le

' Auprès de Tëleeteur palatin. (Voy. ci- titre de roi de France, celui de prince sou-

dessos, p. S3 et 3&.) verain en Allemagne et en Itaik. Mazarin

' Paul dans le ms. de la Bibl. nat. On a comptait sur Teffel moral de cette dernière

vu que c'était le représentant de Tëlectcur qualité, dans la diète, car il y revient souvent.

palatin en France. * L*âecteur palatin.

Juillet 1667. d'Austriche et demande les mesmes choses, et il les flatte, les asseurant que l'Empire ne peut pas sortir de cette maison-là, et que le roy de Hongrie sera asseurement Empereur, nonobstant les diligences que les François font au contraire.

Pour ce qui est du vicariat S il sera bon de communiquer la proposition qui a esté faicte à M. de Mayence, afin de n entrer [pas] en des engagemens qui nous seroient préjudiciables; mais il me semble que cela pourroit servir pour obliger le duc de Bavière, luy remettant ce droit, pourveu que, ne voulant pas aspirer à l'Empire, il fust favorable à Televation de la personne que le Roy pourroit souhaitera

Gravel ^ me mande que M. de Mayence parle de la manière que nous pouvons désirer et sans aucune restriction; mais il ne le croit pas persuadé que les autres Electeurs ecclésiastiques se portent à 1 exclusion de l'archiduc Leopold, comme ils font à l'esgard du roy de Hongrie.

Enfin on fera ce qu'on pourra; et si l'on a de l'argent ainsy que je presse M. le Procureur gênerai d'en envoyer à quelque prix que ce soit, ou nous ferons quelque chose de bon, ou au moins nous ferons bien peur à nos ennemis.

J avois oublié de vous dire que M. d'Avaugour nous mande qu'il y auroit de la peine à faire résoudre l'électeur de Brandebourg à donner sa voix au duc de Neubourg, disant qu'il seroit mal conseillé, ayant de grands différends avec luy \ de le faire son maistre et son juge. JTay pourtant répliqué comme je devois là-dessus, et il seroit bon que vous escriviez au prince de Hombourg et ^u chanoine Arnaud de parler à M. de Neubourg, afin qu'il s'aydasl de son costé et nous donnast le

^ La dignité de vicaire impérial pendant la vacance de FErapire.

' On a vu ci-desaus que Télecleur de Bavière et l'électeur palatin prétendaient chacun à la dignité de vicaire impérial. (Voy. t. VII, p. 487.) Dana la diète, le duc de Bavière fit effectivement toutes les fonctions de vicaire de TEmpire; le Palatin se borna

à protester; la France tint à rester neutre.

' Voy. sur ce personnage, t. Vil, p. 486 , et t. VI, p. 1 63 , des Lettres de Mazarin.

* Ces différends remontaient «^ la succession des duchés de Clèves et Juliers que se disputaient les maisons de Brandebourg et de Neubourg (branche de la maison de Bavière).

moyen, en fournissant des expediens, de gaigner ledict Electeur en sa Juillet 1657. faveur ^

Il y a apparence que ledict prince de Hombourg aura changé d'advis sur le voyage qu il devoit faire en diligence à la Cour, puisque je vous ay envoyé sa depesche et que, dans celle qu'il m'escrit, \\ ne m en mande pas un seul mot.

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colhert, t. 5i A, P 300; minute.

Page 1