AU COMTE DE BRIENNE
Slenay, 3i juillet 1657.
(extrait.)
Je n'ay rien à répliquer sur ce qui s'est passé dans la conférence que vous avez eue avec M. Lockart, et lorsque vous recevrez response de M. le Chancelier ^ on prendra la resolution qui sera jugée plus à propos pour le service du Roy.
J'ay esté bien aise de voir Tesperance qu'il y a de pouvoir bientost finir la guerre entre le roy de Suéde et celuy de Danemark. Je m'asseure que vous n'oublierez pas de mander au s' de Meules^ de ne
^ Voy., sur cette affaire, le Toya^e (lie (fetfor placé par sa m^re, demandait qu'on le loi
Wo/AïiiAiMeiiFnifkrc,p.a7a,texteetnote,Il rendit,» Le Voyage de deux Holhndm en
s'agissait d'un jeune Anglais (jue son pèpe. France, en 1667, a é\i publié par M, Fau-
qui était catholique, marié à une ppotes- gère et donne de curieux renseignements
tante, avait confié au principal du oollège sur la France à cette époque, desGrassins, tr L'ambassadeur d'Angleterre, " Voy., sur M. de Meules, le tome VI,
wusla protection duquel cet enfant avait été p. 877 et 891, des Litres de Mazarin,
HAl.iBlll, — TIII. 1 1
JuiUei 1657. désemparer pas de la cour de Danemark, tant qu'il croira que sa présence pourra servir à advancer la négociation de la paix.
Le discours que M. le Protecteur a faict à M. de Bordeaux est fort sensé, et il me semble que vous pourriez respondre que Tintention du Roy n'est pas d'advancer aucune chose sur la proposition d'une ligue entre cette couronne (de France), l'Angleterre et MM. les Ëstats [des Provinces-Unies], que ceuxr-cy ont faicte*, qu'au préalable on ne soit informé des sentiments de M. le Protecteur, Sa M*^ voulant agir de concert et prendre avecledict sieur Protecteur les précautions nécessaires, afin que les ennemis communs ne tirent pas advantage de ce que lesdicts sieurs Ëstats poursuivront, sans avoir autre but que de bien asseurer leur commerce et profiter de la liberté qu'ils prelendoient avoir de pourvoir de toutes choses les Espagnols, sans se soucier beaucoup du préjudice que la France et l'Angleterre en recevroient.
Je viens de recevoir une lettre de M. de Thou^ du â4. Je ne vous dis pas ce qu'elle contient, parce que vous en aurez receu une de mesme; mais il est important que les ordres que l'on a donnez pour la mainlevée de la saisie faicte sur les biens et vaisseaux appartenant aux sujets de MM. les Eslats soient ponctuellement exécutés sans chicane et sans aucun dèlay; c'est un grand malheur, s'il y a eu du retardement.
Je vous prie de m'envoyer les pouvoirs et l'Instruction qu'il faut faire tenir promptement à MM. les ambassadeurs, et de me croire, etc.
' La proposition de ligue ëtait faite exclu- * Ambassadeur en Hollande. ( Voy. cî-
sivement par les Provinces-Unies. dessus, p. 1^.)
Âoât 1657.
Bibl. not., ira. f. fr.. Mélanges de Colbert, t 5i A, f' aii; minute. — AIT. ëtr., France,
t. 379, f" 190; copie du temps.
A LA REINE
Stenay, 1" août 1667.
(lITRAIT.)
Je croy que vous n aurez pas désagréable, quoy quon ne soit pas très esioigné^ et que vous receviez tous les jours des nouvelles du Canfdent et de ce qui se passe au siège, que je vous asseurasse de temps en temps de mes tres-humbles respects. Ils sont, je vous as* seure, au plus haut point qu ils ont jamais esté, et vous ne me sçauriez faire un plus grand plaisir que de croire que rien au monde n'est capable de m'empescher que je ne sois tout à vous et sans aucune ré* serve.
Je ne sçay pas si Mademoiselle viendra si tost à cause de la marche des ennemis, lesquels asseurement ont donné exprès avis au gouver* neur de Montmedy de le vouloir secourir. Car il se deffend tousjours avec grande vigueur et, la nuict passée, il a jeté tant de feu dans le fossé, qu'il sembloit changé en enfer. Neantmoins il n'est pas venu à bout de desloger notre mineur. Au contraire, on en a attaché un autre au bastion gauche.
L'on m'escrit de Paris que la Mer [Mazarin] est fort contente de la personne que vous cognoissez, et j'en suis tres-ayse pour l'amitié que j'aypour ***.
La Reine habitait alors Sedan.
Lir.
Bibl. nai., ms. f. fr.. Mélanges de Colbert, l. 5i A, f** 916; minute. — Aff. ëtr., France,
t. ayst P 198; copie du temps.
À M. DE GRAVEL
Stenay, 3 août 1667.
(extrait.)
Nous qui avons interest d'empescher les Espagnols de disposer de l'Empire, ainsy qu'ils ont faict jusqu'à présent, nous ne devons pas espérer d'en venir à bout, si quelqu'un des princes de la maison d'Autriche parvient à cette dignité.
^ Recommandation de seconder les ambassadeurs dans toutes leurs démarches. Indication de l*argent dont il pourra disposer.
On m'a escrit, de Vienne, que Wolmar^ après avoir visité les Electeurs ecclésiastiques, de la part du roy de Hongrie, a voit mandé qu'ils s'estoient assez tenus sur les termes généraux; mais qu'il n'âvoit pas laissé de bien recognoistre qu'ils estoient tous portez en faveur de M. l'Archiduc ^ Je croy pourtant qu'il s'abuse ^ ou, au moins, je le desire fort; car, autrement, toutes les peines que nous prenons ne serviront qu'à se faire moquer de nous, et le Roy auroit grand sujet de se plaindre de ceux qui l'auroient engagé en une affaire dont ils sçavoient bien que Sa M**^ ne sortiroit pas à son honneur. Mais j'ay. une telle confiance en la capacité et sincérité de M. l'électeur deMayence,
^ Wolmar était ambassadeur du roi de son d'Autriche, autant emporté et sans Hongrie auprès de la diète. trCe Wolmar, bornes qu*on le puisse être.» Il se troudit Gramont, était un docteur que TËmpe- vait dans Brisach dix-neuf ans auparavant, reur avait £ait baron ; mais Ton peut dire lorsque cette ville fut prise par le duc Berque son grand nombre d'années ne lui avait nard de Saxe-Weiroar, et Ton eut beaucoup pas tempéré le sang, étant, par ses dis- de peine à Fempècher d'être pendu, cours et par ses écrits en faveur de la mai- * Léopold , oncle du roi de Hongrie.
que, sur ce que vous m'avez escrit de sa part, j'ay respondu et res- Août 1657. ponds tous les jours au Roy que tout se passera à son contentement, puisque Sa M^ ne faict que suivre aveuglement les conseils que ledict sieur Electeur lui donne sur toutes choses, et que MM. ses ambassadeurs en useront de mesme, réglant leur conduite en la manière que S. A. El. leur dira estre nécessaire.
Mazarin insiste ensuite pour que les traites relatifs aux levées de troupes en Allemagne soient exactement exécutes. Avis sur le séjour du cardinal de Retz à Cologne, sur des achats de chevaux et sur les sommes à payer à Félecteur de Trêves. R pense qu'il n'y a aucun fondement à faire sur l'électeur ^e Bavière. Quant à une ligue des princes allemands, on ne peut y songer, saus y faire entrer le roi de Suède et l'électeur de Brandebourg.
Lin.
Bibl. nat, ms. F. fr., Mélangesde Gilbert, t. 5i A, f* aa3 v"; minute. — Aff. étr. , France ,
t. 973 , f** 191 ; copie du temps.
À LA REINE
Stenay, 3 août 1657.
(extrait.)
J'ay veu une lettre que les Anges [la Reine] ont escrite de Paris [Sedan] ^ à la personne que vous sçavez [Mazarin], la plus jolie et la plus obligeante du monde. 11 m'en a tesmoigné grande joye, et il a raison; car je sçays qu'il ne souhaite autre chose que d'avoir les Anges favorables. Je vous, en entretiendray à mon retour, et vous prendrez plaisir au récit que je vous en feray.
Je croy que le Roy ira au camp, je n'en suis pas encore*asseuré; car on attend une response de M. le mareschal de La Ferté pour sçavoir si les mines seront en estât de jouer ce soir. Enfin j'espère que nous
^ Les changements de noms de lieu et d*autres détails qui suivent avaient pour but de dérouter ceux qui auraient intercepté la lettre.
Août 1657. pourrons eslre de retour lundy; et ce pendant ce gentilhomme fera mes complimens à Mademoiselle \ qui sera ce soir à Sedan.4^4^*4lP
Aff. étr., France, t. a7&, P 199. — Copie da temps.
À M. SERVIEN
Stenay, 5 août 1667.
(UTBUT.) ^
Je fais, au mesme temps, response à vos deux depesches du 38 du passé et du i*' du courant, commençant par vous prier de ne prendre pas la peine d'escrire de vostre main, parce que j'en ay beaucoupe^ à lire vostre escriture.
Vous sçavez avec quelle passion et sincérité j'ay souhaité de faciliter tout ce qui pouvoit engager M. l'électeur palatin dans une parfaite amitié et union indissoluble avec leRoy, et vous sçavez aussi si j'ay eu une juste occasion de me plaindre de ce que, à mesure qu'on estoit convenu de quelque chose et que l'on croyoit l'affaire conclue, on mettoit sur le tapis d'autres points ^ discuter; et si j'ay eu desplaisir de la manière dont on en a usé jusqu'à présent, je vous laisse à penser si j'ay esté surpris de la nouvelle proposition qu'il faict de donner de grandes sommes d'argent^ pour lever et entretenir une armée de huit mille hommes pour la défense de l'Alsace, et pour en assister les allies de cette couronne; car je ne voy pas quel rapport a cecy à tout ce qui a esté traité jusques à maintenant, et si^ la prudence veut qu'on prenne des précautions pour remédier à un mal qui n'est pas arrivé et qu'on pourroit se procurer, pour y appliquer* des remèdes hors de sai-
' On trouve' dans les Mémoire (ieAf^ife • /*« beauconp de peine, L^ëeritare de
Manlpeneier (édition Charpentier, t. III, Servien est, en effet, peu facile à déchiffrer,
p. 106 et Buiv.) tous les détails sur le voyage ^ Qu^ou lui donne de grandes sommes
de cette princesse. Elle raconte son arrivée d*argent.
près de la Reine (p. i 1 1 et suiv.); ce fut ^ Dans le sens H eepenioaU,
le 1 " aoàt 1657 que W* entra à Sedan. ^ Le sens est : En wmUuU y appliquer, etc.
sou. Outre que, lorsqu'on voudra nous faire. la guerre en Alsace, ou Aoùi 1607. attaquer les Estais de S. A. EL, le Roy y envoyera, en quinze jours, une armée de vingt mille hommes, et on pourra alors convenir avec Sadicle Altesse quelle lèvera un corps de troupes, de son chef, qui pourra estre incorporé à l'armée de Sa M**^ pour la défense commune; de quoy on peut tomber d'accord présentement avec M. l'Electeur, pour exécuter la chose, quand le cas escherra.
11 devroit aussy considérer que les fondemens sont desja jetez pour faire une nouvelle liaison entre celte couronne et le roy de Suéde, et que c'est en ce temps-là qu'on pourra conclure aussy avec M. l'électeur palatin une levée de troupes, aux conditions qui seront marquées dans le traité. Enfin MM. les Plénipotentiaires ont ordre de faciliter avec S. A. El. tout ce qui peut regarder l'affaire de l'élection du roy des Romains qui nous presse, et dans laquelle, asseurement, quelque bonne parole qui luy soit portée d^e la part de la maison d'Austriche, elle a plus interest que le Roy mesme de la voir terminer comme Sa M**^ désire.
Et comme on veut bien traiter ledict Electeur et l'asseurer en sorte de l'amitié de Sa M*^ qu'il en puisse faire estât en toute rencontre , et qu'il ne faut pas douter que l'ambassadeur de Suéde ne l'oblige à se conformer aux intentions de la France et dudict Roy en ce qui est de l'élection, il y a sujet d'espérer que MM. les ambassadeurs achèveront heureusement leur négociation à Heidelberg avec ledict prince, puisque la raison et l'interest dudict prince le veulent ainsy.
J'espère mesme qu'il y sera convié par ce que M^ la princesse palatine ^ et que M. Pauvel luy aura faict sçavoir sur ce que vous luy avez dict dans les entretiens que vous avez eus avec luy; et il sera bon , si vous le jugez ainsy, que vous l'informiez de ce que je vous mande sur la dernière proposition qu'il vous a faicte.
J'ay eu plaisir de voir la lettre de [Croisic]^; elle contient des choses assez importantes, et il seroit bien nécessaire de sçavoir au vray si le
^ Anne de Gonzagae. ie nom est écril deux fois Croisie, Il a dëjà
' Le ms. porte Crois fg. Mais, plas bas, ëtë question de ce personnage, p. 6 à, note 1.
Août i657. terme designé pour commencer rassemblée à Francfort sera prolongé', comme ledict Croisic^ le marque, jusques à la fin d octobre; car, en ce cas, le Roy pourroit donner ordre à quelque autre affaire, sans s'engager à Metz*, et à entretenir une grande armée dans le Luxembourg, sans rien faire*.
J'ay veu tout ce que M. le prince de Hombourg vous a escrit, lequel je remarque, comme il arrive d'ordinaire à tous les hommes, qu'il croit aysement ce qu'il souhaite. 11 ne se peut rien adjouster au zèle qu'il a pour le service du Roy; mais j'eusse bien voulu qu'il se fust appliqué davantage qu'il n'a faict à la levée à laquelle il s'estoit engagé; car, aprez avoir tiré quatre-vingt-huit mille livres, nous sommes au commencement d'aoust, et il n'a encore envoyé que cent quarante hommes de pied et environ cent quatre-vingts chevaux.
J'ay veu la copie des lettres de M. le duc de Neubourg, et je me confirme tousjours de plus en plus qu'il ne pourroit rien arriver de plus advantageux au Roy que l'élévation de ce prince^, lequel je croy tout plein de probité et de recognoissance.
Je vous envoyé l'ordonnance pour retirer les mille escus que vous avez advancez pour la pension de Croisic.
BiW. nat., ms.f. fr., Mélanges de Colbert , t. 5i A, f 198 v*; minute. — Aff. élr., France,
t. 373, f* 19&; copie du temps.
À LA REINE
Stenay, 6 août 1657.