‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 2)Chapitre 17 sur 81 · À M. D'ESTRADES · texte numérisé non relu

À M. D'ESTRADES

Péronne, 3i août 1657.

Vous ne devez pas douter que je n aye eu beaucoup de desplaisir de la levée du siège d'Alexandrie ^ et que je n aye fort compaty à celuy [au desplaisir] que MM. les généraux en auront receu; ce qui nous doit consoler, c'est que nous avons seulement manqué à gagner et qu on nous donnera tousjours la gloire d'avoir tenté avec quelque fondement une si grande entreprise, dont le bon succez auroit rois en confusion tout le Milanois^. Ce vous sera sans doute encore un souiagement dans ce malheur de sçavoir que le gros de TEstat se soustient avec plus d'esclat et de prospérité que jamais, et que, de ce costé-cy, les armes du Roy donnent la loy partout à celles des ennemis.

Apres la prise de Montmedy et celle de Saint-Venant^, on leur a

^ De me damier au phu tSî de tos wmvettes^

' Dans une addàùm qui se trouve aa f 3o5 V*, Mazarin parie de la dâivrance d'Ardres et des prisonniers qui ont été fidts.

' Ce siège commeneé le 17 juillet 1687 fut levé le 39 août de la même année. Le dne de Modène et ia prince de Gonti oomnandident Tarmëe franeo-ilalienae. Mazarin avait place près du prince de Gonti Godeboy d*£strades, lieutenant général des années du Roi. (Voyez sur d'Es«

trades, t. I, p. gai, des Lettres de Mazarin,)

^ On trouve le récit de ce si^e d* Alexandrie dans les Mémoires de Montglat (éd. Michaud, p. 3 95). Après avoir levé le siège, Tarmëe française marcha vers Montcalvo dont elle s'empara, passa la Sesia où eut lieu une escarmouche entre le comte de Vérue et les Espagnols et entra ensuite dans la Lomeline où elle demeoiH pendant le «ois de septembre.

* La place de Saint*Veiiant s'était rendue le 97 août 1657.

Sepf. 1657. faict lever honteusement ie siège tf Ardres S n'ayant osé attendre M. de Turenne qui les alloit attaquer, quoyquils eussent faict une bonne circonvallation et qu'il y eust desjà quatre mineurs attachez au corps de la place. Ils ont perdu cinq cens hommes dans leur retraite, et s'il y eust eu quelque cavalerie proche pour les suivre , on auroit aisément deffait une partie de leur armée, qui est assez forte particulièrement en infanterie.

Je veux croire ce que vous me mandez de la désolation de la vostre; mais j'ose bien vous dire que vous aurez veu une grande résurrection en peu de jours par le retour au camp d'un grand nombre de soldats qui, pendant le siège, s'estoient retirez en Piedmont ou dans le Montferrat. Il faut tascher d'y donner ordre à l'advenir, principalement pour l'infanterie, et je ne sçay pas comment l'entendent les officiers, mais le Roy est résolu determinement de ne laisser pas repasser dans le royaume ny un cavalier ny un soldat l'hyver prochain, puisqu'ils seront aussy bien traitez en Italie qu'en France ^. Ce que je vous prie de publier et de me croire tousjours le meilleur de vos amys.

BibL nat., m8. f. fr., Melatiges de Colbert , t. 5i A, f" 267 v"; minute. — Aff. ëtr., France, t. 373, r 338; copie du temps. — D'après la minute, c'est à de Lionne seul que cette lettre est adressée,

AUX PLÉNIPOTENTIAIRES (GRAMONT ET LIONNE). -

PéroDoe, 9 septembre 1657.

(bitrait.)

Je vous fais ce mot à part pour vous donner des advis de tres-

' Auj. dëp. du Pas-de^Calajg , arr. de dène mit une partie des troupes eh quartier

Saint-Omer. (Voy., sur ia délivrance d'Ài^ d^hiver dans le Montferrat, trpour manger

dres, les Mémoires de Turenne, p. /î86.) * ie pays du duc de Mantoue» qui avait dé-

* En effet, le prince de Gonti, seul, re- sertë notre cause au printemps précédent,

tourna passer Thiver à Paris. Le duc de Mo- et il mena le reste vers le Parmesan.

gtande importance dans la négociation que vous avez entre les mains, Sept. 1657. lesquels nous avons eus, ou par les lettres qui ont esté interceptées à divers courriers que l'on a pris, ou par des endroits qui ne nous per^ mettent pas d'en douter. Ils portent que l'archiduc Leopold et Schwartzemberg ^ sont engagez à l'esgard du roy d'Espagne au delà de ce que pourroit estre mesme le roy de Hongrie^, que le prince d'Auersberg' est ennemy irréconciliable dudictSchwartzemberg, et par conséquent opiniastrement contraire à l'élection de l'Archiduc, contre laquelle il escrit en Espagne tout ce qui se peut imagiuablement alléguer; que le roy Catholique donne pouvoir à Pegnaranda* et au marquis de la Fuente^, avec défense f)articuliere de s'en servir qu'à la dernière extrémité, de donner les mains à l'élévation de l'Archiduc pluslost que de voir sortir l'Empire de la maison d'Austriche; mais il leur est fort enjoint que ce secret ne soit seeu de qui que ce soit, et moins du roy de Hongrie et dudict Archiduc que de tout autre, et ils ont seulement ordre, lorsqu'ils verront impossible l'establissement du roy de Hongrie, pour lequel ils ne doivent espargner ny promesses, ny menaces, ny aucun expédient, qu'ils croiroient propre pour le faire réussir, de dire à l'Archiduc que Sa M^ Catholique veut qu'il soit eleu Empereur et de prendre en mesme temps avec luy certaines précautions pour la seureté de ce que luy et Schwartzemberg ont faict proposer en Espagne.

Il ne faut pas s'estonner que l'Archiduc prosne partout qu'il consi-

^ Probablement Jean-Adoiphe , comte de SebfiArtzemberg, né en 161 5, créé prince de TEmpire en 1671, mort en i683.

^ I^ minute et la copie portent : le mesme roy de Hongrie; c'est un lapsus évident.

' Le comte d'Auersperg était un des principaux ministres du roi de Hongrie, Lëopold.

^ Voy. sur Penaranda, t. II, p. 106&, des Lettres de Mazarm.

MAZABIN. — flU.

^ Gaspard Teilo de Guzman, marquis de la Fuente, était alors ambassadeur d'Espagne à Francfort. Ce fut lui qui vint en France, en 1669^ faire amende honorable poui* rinsulte que le baron de Wattevîile avait faite, à Londres, à Tambassadeur de France et promettre à Louis XIV qu à Taveiiir les représentants du roi d^Espagne ne disputeraient plus le pas à ceux du roi de France. Le marquis de la Fuente mourut en 1678.

UrMIIIBIC KATIOVit.*.

Sept. «657. derera eomme son enaeiny celuy qui travaillera pour sott élévation et qu effectivement il soît persuadé de n y devoir pas songer, parce qu'on ne luy a pas donné, du costé de l'Espagne, le moindre rayon d'espe* rance pour luy, mais qu'on ]uy a mandé seulement qu'il n'y aura point d'Empereur si le roy de Hongrie ne Test pas-

En outre, nous apprenons, de toud costes, que Afayence^ a, pour le moins, autant d'inclination pour l'Archiduc que d'aversion pour le roy de Hongrie, estant persuadé que, s'il est une fois Empereur, les Espagnols n'auront point de pouvoir sur son esprit et qu'il ne songera qu'à reparer les infractions faictes au traité de Munster, [qu'à] le maintenir tousjours en sa force et vigueur, et conserver, ^à quelque prix que ce soit) ]ft paix dans TEmpire et la bonne intelligence avec ses voisins, et enfin que ledict sieur électeur [de Mayence] est prévenu^ là-dessus des erreurs dont je vous ay desja escrit au long; ce qui nous a esté bien confirmé par l'envoy du comte de Fûrstemberg, qui m'a parlé nettement de proposer l'Empire à l'Àrchiduc, dans la croyance qu'il ne l'accepteroit pas, et qu'après, Bavière y pourroît estre élevé.

Mais ee qtii me faict le plus de peine en tout cecy, c'est la certitude que j'ay d'une lettre c[ue ledict Electeur a escrite de sa main au prince d'Au«rsberg en créance^ sur le ministre que son S. A« El. tient à Vienne, lequel a entretenu au long ledict prince, de la part de son maistre, pour luy dire ses raisons qui dévoient obliger à élire Empereur l'archiduc Leopold et les diSicultez insurmontables qu'on rencontreroit en la personne du roy de Hongrie , et je sçay que la response d'Aversberg, qui a la dernière appréhension de l'élévation de l'Archiduc, a esté remplie de quantité de considérations pour monstrer audict Electeur qu'il estoit du tout impossible de songer à l'Archiduc; mais ces contestations ne font pas qu'on ne voye l'électeur de Mayence déterminé en faveur dudict Archiduc, si ce n'est qu'il ayt quelque arrière pensée en cette affaire; sur quoy il ne sera pas difficile d'estre bientost esclaircy, si vous ne Testes desjà.

^ L'âectear de Mayence. — ' Le sens est : a Veaprit rempli dn irnwn, etc. — * Awr donner créance au ministre, etc.

Maxam innste rar la néceniië de pénétrer ies inteniious de Tarêhevlque é^ Sept 1O57. Mayenoc, doot fînflne&oe sera prépondérante dans rélection de TEmpereur.

Il faut, ajoute-i-il, prendre celte occasion pour tirer dudict sieur Electeur une déclaration décisive et sçavoir positivement à quoy nous nous en devons tenir; car, en un mot, l'Empereur sera tel sujet que Ton voudras s'il [feiecteur de Mayence] veut agir sincèrement et comme il faut, et autrement, quelque soin que nous y apportions et quelque despense que nous puissions faire , tout cela n'empeschera pas quel' Archiduc ne soit eleu, si c'est le dessein de M. de Mayence, et s*il est vray, comme je n'en doute pas, qu'il soit asseuré que les deux autres électeurs ecclésiastiques suivent son advis et sa résolution. Il faut donc s'appliquer entièrement à faire prendre une bonne et ferme resolution à Mayence, après luy avoir faict toucher au doigt, comme il vous sera aisé, qu'il n^est plus question de faire des diligences, mais qu'il despend purement de sa volonté de rendre à toute la Chrestienté un service si signalé que celuy d'exclure la maison d'Auslricbe de l'Empire, puisqu'il pourroit en mesme temps, par ce moyen, faire conclure la paix générale. Sa M*^ vous ayant ordonné de luy déclarer qu Elle la désire passionnément et qu'EHe y apportera toutes les facilitez imaginables; ce qui, à mon advis, le pourroit beaucoup toucher par la considération du bien qu'il procureroit à sa patrie et de la gloire qu'il s'acquereroit en se rendant le principal instrument du repos de toute l'Europe; et comme Ton est persuadé que tout despend de luy, le Roy approuvera tous les engagements dans lesquels vous entreres, soit pour faire à sa personne et à ses proches de plus grandes gratifia cations en argent que ce que Gravel luy a faict espérer, ou pour Tas* seurer de la protection du Roy envers tous et contre tous et pour accorder des advantages d'une autre nature, comme des domaines, des abbayes et autres biens, à luy et à sa famille, ou au baron de Bennebourg, avec la seureté qu'il désirera pour ne pouvoir pas douter qu'il en ayt la possession, quand il aura rendu ce service que l'on

^ C'esl-à-dire, qué la France vendra,

tS.

Sept 1657. souhaite. En qooy vous verrez bien que, quelque considérable que puisse estre ce que nous ferons à son esgfard, nous en aurons tousjours bon marché, puisque nous viendrons à nostre but; ce qui autrement nous seroit absolument impossible.

Si vous recognoissiez cependant que toutes les offres que vous luy ferez pour sa gloire, pour les advantages de sa personne et de sa maison et pour sa seureté^ ne produisissent pas dans son esprit Teffect que nous pouvons souhaiter, il est rerois à vostre prudence d'entremesler quelque chose qui luy fist comprendre quelle seroit l'indignation de Sa M^, si, ayant eu la dernière confiance en luy et n'ayant pas voulu que ses ministres tinssent aucune conduite que celle qu'il leur prescriroit dans cette affaire. Elle voyait enfin qu'il n'auroit faict que l'amuser pour servir plus solidement la maison d'Âustriche; et, à la vérité, si cela arrivoit, il n'y a personne qui ne conseillast à Sa M'*^ de se porter à toutes sortes d'extremitez pour se venger d'une pareille trahison et d'une si grande injure.

Mazarin exprime ensuite Tespérance que l'oa pourra rétablir la paix entre la Suède, la Pologne et le Brandebourg. Il croit que Ton pourra gagner Télecteur de Brandebourg moyennant cent mille ëcus. On se prëpare aussi à faire un présent à rÉlecti'ice. Il ajoute :

Gomme je ne veux rien cacher de ce qui me tombe dans Tesprit, je vous diray que j'ay songé que Mademoiselle ^ pourroit peut-estre nous servir en quelque chose pour l'élection d'un prince qui ne fust pas de la maison d'Austriche. Car, si on jetoit les yeux sur quelqu'un à qui il ne manquast que le bien pour soustenir cette dignité, comme le frère de M. l'électeur de Cologne^, ou autre, on pourroit lever cet obstacle en la mariant avec luy, en cas qu'il ne le fust pas desja, puisqu'elle a deux cent mille escus de revenu ^ et pour deux millions de

^ M"' de Monlpensier, fille alnëe de Gas- ' Soit environ a millions de francs de

ton, duc d'Orléans. rente aujourd'hui, en tenaiit compte du

* Cet Électeur ëtait de la maison de Ba- pouvoir de Targent. C'était la plus grande

vière. fortune foacière du royaume

bois prests à couper, et quoyque je ne sçache pas ses intentions là- Sept. 1667 dessus, je ne doute pas qu elle ne fust bien ayse d'estre impératrice K Monsieur^ et M. le duc de Savoy e sont encore des sujets qui ont toutes les quaiitez que Ton peut désirer pour estre eslevez à TËrapire, et on pourroit aussy, en ce cas, marier Mademoiselle avec celuy des deux qui seroit esleu. Ce sont des pensées informes que je n ay point digérées, et que je vous mande, sans les examiner davantage, de la manière qu'elles me tombent dans Tesprit.

J ay permis au sieur Atto ' d aller faire un voyage à Francfort. C'est de luy de qui je me suis serVy assez utilement pour le commencement de la négociation que l'on a introduite avec la Bavière, et, quand il sera auprès de vous, s'il y a quelque chose à faire de ce costé-là, vous l'y pourrez envoyer, et il exécutera vos ordres sans que l'on ea conçoive aucun soupçon. Il vous dira en destail le principal motif que j'ay eu pour luy faire faire ce voyage, et je vous envoyé cy-jointe la copie de la lettre dont il est chargé, que le Roy escrit à M°^ la duchesse de Bavière*. Sur quoy pourtant et sur toute sa conduite, il a ordre de se conformer entièrement à ce que vous luy prescrirez. J'ay creu, d'ailleurs, que vous ne seriez pas faschez de le voir et de pouvoir régaler vos amis du plaisir d'entendre chanter dès airs italiens par une si belle voix.

Ml est iDtëressant de rapprocher ce projet d'une conversation que le Cardinal avait eae, quelques semaines auparavant, à Sedan, avec Hademoisdle; en disposant ainsi de la main de cette princesse, il ne parait pas devoir être désavoué par elle. On sait que Thérome de la Fronde venait de se réconcilier avec vie Mazarin?), comme dit de lui-même le premier ministre : (rCe Maiarin , qui faisait tant de mal I y> Au cours de Tentrevue, Mademoiselle lui dit : «Dieu m'a voulu laisser en état de n*avoir d'établissement (de mariage) que par vous et

vous en laisser la gloire; pour moi, je suis persuadée qu'il me sera fort avantageux , et qu'avec l'affection que vous me témoignes vous me mettrez fort bien.i (Mémoire* de Mofitpensier, p. 260.)

* Philippe de France, duc d'Anjou.

' C'était un castrat italien qui faisait partie de la musique du Roi , «r drêle , dit Gramoat , qui ne manquait pas d'intelligence » , et dont Mazarin, comme on le voit dans ce passage, se servait pour des missions secrètes.

* Henriette-Adélaïde de Savoie, dont il a été question ci-dessus, p« 98, note 3,

Sopt. 1^57.

Bibl. nat., ma. f. fr., Mèbmges de Colbert, t. 61 A, f* 994 v*; miniite. — Aff. étr. , Franoe, t. 97a, f* aAa ; copie Ai temps.

AUX PLÉNIPOTENTUIRES (GRAMONT ET LIONNE)

Péronne, a septembre 1667.

(UTlilT.)

Apres la prise de Saint-Venant S qui fut emporté presque à leur vue (à la vue des ennemis), M. de Turenne, ayant sceu qu'ils estoient allez assiéger Ardres, dont la garnison estoit assez foible et que la place estoit pressée, marcha en diligence droit à eux pour les combattre 2; mais, quoyque l'année de Luxembourg, commandée par M. d^Huxelles, ne Teust pas encore joint, que leur circonvallatiôn fust fort bonne et qu'ils eussent desja quatre mineurs attachez au corps de ia place, au premier advis qu'ils eurent de son approche, ils levèrent le siège à la haste et perdirent, dans cette retraite, cinq cents hommes avec plusieurs oflBciers et onze mineurs, outre ce qui avoit esté tué ai^x attaques. Ils ont mis, dans leurs gazettes de Flandres, qu'ils avoient pris, près S*-Venant, tout le bagage de nostre armée et tué beaucoup de monde; mais je vous puis asseurer que tout cela se réduit à la perte de cent cinquante charrettes et de deux cents hommes du régiment d'Alsace. Ces derniers advaatages, avec la prise de Montmedy, me consolent un peu de la disgrâce qui nous est arrivée en Italie par la levée du siège d'Alexandrie ; mais les Espagnols ont peu de matière de nous insulter là-dessus, puisqu'elle s'est faite sans aucuu desordre; que l'on peut dire que nous n'avons manqué qu'à gagner et que nous y sommes encore les maistres de la campagne.

Le Roy ce pendant s'estoit advancé de deçà pour donner plus de chaleur aux choses par sa présence, et quoyque je fusse attaqué forte-

^ On a vu que Saiut^Venant 8*était rendu ' Voy. les Mémoins de Turenne (p. 686,

le 6 août 1687. ëdit. Miehaud et Poujonlat).

DU CARDINAL MAZARIN. là'i

ment de la goutte la veille du départ de Sedan et que Leurs Majestés Sept. 16^7. vouiussmt avoir la bonté d'attendre que je fusse en estât de les suivre, je nay pas laissé de marcher depuis continuellement, par un temps effroyable et avec de grandes douleurs, qui ne m'ont pas encore tout-À-kit quitté, et j'aurois esté bien fasché que le soucy que j aurois peu prendre de ma conservation eust apporté le moindre retardement au service du Roy. Sa M*^ est tousjours dans Imtention de rebrousser diemin et de s'en aller à Mets; mais nous voudrions bien auparavant avoir receu vostre response sur ce que je vous ay escrit du scrupule qu'elle (Sa M'^) avoit, en cas que les choses ne fussent pas bien disposées pour nous à Francfort^ de ne s'advancer proche de l'Allemagne que pour avoir le desplaisir de voir triompher la maison d'Austriche, si elle venoitii bout de ses desseins dans la présente eslection.

LXXXIf.

BOA. nat, m%. f. fr., UtiangeM de Colbert, t. 61 A, f* 3o3 v*; minute. — Aff. ëtr., France, U 97a, f* aA4 ; copie du (emps.

À M. DE THOU

Përonoe, a «ptembre 1657.

(itnAR.)

L'on m'a escrit, de Bruxelles, que Gamarra a voit chanté victoire de la rencontre qu'il avoit eue avec l'ambassadeur de France \ contant la chose tout différemment de ce qui estoit arrivé, et [qu'il avoit] marqué, entre autres choses, que non seulement il avoit eu l'avantage dans l'affaire, mais que Dieu avoit permis que cela arrivast pour faire voir la haine que tout ce peuple-là^ a contre les François. Gomme ce

* On ¥oiU psr oe passage, qne la dis- plusieurs années. De Thon et Gamarra repaie de préséance entre les ambassadeors pcésentaient, en 1657» la France et i'Esde France et d*Espagne qui se renouvela pagne auprès des ProYinces-Unies. av«e édat, k Londres, en 166a , datait de ' hs peui4e des Provinces*Uniea.

làk

Sept 1657. n'est pas daujourd'huy qu'il commence à mentir, et qu'il n'y a pas d apparence qu'il veuille eslre plus véritable dans l'employ des ambas* sades qu'il [n']a esté <lans celuy de la guerre, je ne suis nullement surpris de ses suppositions.

Je croy seulement d'estre obligé de vous dire, en cette rencontre, que MM. les Estats ^ n'ont pas raison de ne se point vouloir déclarer pour la prééminence de celte couronne sur celle d'Espagne, veu que, dans la cour de Rome, qui a tousjours servy d'exemple aux autres, à Venise et en Savoye, les ambassadeurs du Roy jouissent en tout et partout de cette prérogative, laquelle ne leur pourroit estre disputée sans que le Pape, la Republique et le Duc leur donnassent toute assistance pour la maintenir^.

Bibl. nat., ms. f. fr.. Mélanges de Colbert, t. 5i A, f^ 809. — Minute.

À M. DE TURENNE

(extrait.)

Péronne, 3 septembre 1657.

Le sieur de La Haye * m'a rendu voslre lettre du dernier août et m'a informé du détail de tout ce qui s'est passé à la prise de Saint- Venant et à la levée du siège [d'Ardres], dont le sieur de Coulanges*

* Les États des Provinces-Unies.

" Jusqu'au règne de Louis XIV, la préséance entre ies ambassadeurs se râlait ainsi : d abord, i ambassadeur de l'Empereur; puis, tantôt sur le même rang, tantôt, comme le dit ici Mazarin, avec un avantage pour le premier, les ambassadeurs de France et d'Espagne, ensuite Tambassadeur d'An^eterre, celui de Pologne, etc. En plusieurs ^occasions, sous Louis Xill, lorsqu'un intérêt politique le commandait, nous nous résignâmes à mardier de pair

avec l'Espagne. Celle-ci avait songé k faire conférer, par le Saint-Si^e, à son roi le titre dV Empereur des Indes «, qui lui aurait donné le pas sur le roi de France, et notre gouvernement montra beaucoup d'ardeur à faire échouer cette tentative.

^ M. de La Haye était tr capitaine du régiment de cavalerie n de Turenne. Il s'était déguisé en paysan pour pénétrer dans la place d'Ardres à travers l'armée assiégeante.

* François de Chastellux de Coulanges,

nous avoit desjà apporté la nouvelle. Je me resjouis de tout mon cœur Sept. 1657. avec vous de ces deux succez, qui auront un peu mortifié le prince de Gondé, et il ne pourra plus dire que vous faictes la guerre à la hollandaises puisque vous lavez obligé à faire une retraite si précipitée, dans laquelle les ennemis ont perdu plus de monde que nous ne croyions d'abord.

On na pas sujet d'estre satisfaict de M. de Rouville^ et, de façon ou d'autre, il faut bien songer à pourvoir à cette place-là et ne retomber plus dans les mesmes inconvcntens. J'attends avec impatience de vos nouvelles par le retour du sieur Mootaulieu, qui vous aura dict toutes mes pensées, et jusqu'à ce que je sçache les vostres sur ce que vous croyez que nous devions faire présentement, j'ay faict faire halte au corps de M. d'Huxelles et au grand convoy qu'on vous envoyoit. Le Roy se réglera aussy pour son séjour suivant la resolution que vous prendrez, et l'on a sacrifié toutes les raiaons qu'il y avoit de retourner du coslé de Luxembourg pour demeurer de deçà, dans la créance que, les ennemis estant si foibles que ceux qui les traictent le plus favorablement ne leur donnent au plus que douze mille hommes, et Tarmée de Sa M**^ devant estre, au moins, de vingt-cinq mille hommes effectifs, lorsque M. d'Huxelles vous aura joinct, quand mesme vous n'auriez à présent que huit mille hommes de pied, cette grande disproportion de forces nous donneroit lieu de les pousser et de faire encore quelque chose de considérable pour le reste de la campagne. Ce n'est pas que je ne voye bien qu'il sera difficile de rien entreprendre du costé de la mer, les ennemis asseurement ne s'en [esloigneront]* point; mais il peut y avoir d'autres choses à faire, comme j'ay dict au

mestre de camp de cavalerie. ( Voy. les Mémoires de Busêy-Ralmtin, ëdit. Lalanne , t. II , p. 39.)

* C'esl-à-dire , en se tetumi sur la réserve.

* Gouverneur d'Ardres. Bassy-Rabutin, qui était beaa-frère de Rou ville, Taccuse paiement de n^igence : quoique Rouville, dit-il, Mt uu homme de courage, «il

ne tint non plus à lui qu'aux ennemis que la ville ne fut prise)». {Mémoires, ibid., p. Ao.) Ardres était en fort mauvais état, sans dehors, sans contrescarpe et presque sans garnison.

^ Je ne puis déchiffrer le mot qui suit s'en. Le sens indique que les ennemis ne voulaient point s'éloigner de la mer.

Sept. 1657. s^ de Montaulieu. Ce pendant il seroit bon, pour mieux establir lo^ contributions de Saint-Venant S que voua envoyassies vous saisir de la Motte-aux-Bois^; ce qui sera aisé, toutes lea fortifications estant abattues et ne restant que le corps du chasteau, qu'il faudra raccom* moder ou le ruiner tout^À-faict '.

J'ay bien creu qu'il seroit fort diflficile de demesler présentement ceux qui ont perdu leurs esquipages^; on tascbera neantmoins de le sçavoir au plus juste qu'il se pourra , et on leur fera un meilleur traictement qu'aux autres dans le quartier d'hyver. J'euvoye quelque assistance à MM. de Schomberg et de Varennes qu'ils doivent tenir secrète pour ne nous attirer pas d'autres gens sur les bras«

Masarin termine en revenant sur les questions d*argent et de maaitîons pour Tarmëe.

Bibi. n«t., ms. f. fr., Mélanges de CoWert, t. 5i A, f 3i 1. — Minute.

À M. DE TURENNE

P4roan6« 6 septembre 1657.

Uazarin lui annonce que le s' de La Haye, qui lui rem^ltra cetta lettre, a été nommé par le Roi gouverneur de Saint- Venant. Il ajoute :

La Cour part demain pour la Fère, et de là prendre la route de Verdun et de Metz , comme je vous ay mandé.

Je vous ay depesché, la nuit passée, le s"" de Goulanges pour vous dire la nouvelle que nous avions receue du comte de Grandpré et toutes les pensées qui m'estoient tombées dans Tesprit là-dessus. Il est certain que jamais un combat de cavalerie ne fut plus beau que celuylà. Les ennemis avoient treize escadrons complets de leurs meilleurs

^ Les contributions que lèvera le garai- ' Auj. luAneau dé la coounuae de Mor-

son de Saint-Venant., . beoque , dans le dëp. du NonL

* Ce fut à ce derniar parti que Toas^ar- * Voy. cinkasus, p. i«7, Botes & et 6,

réta. Cette place bit emég^ par Gastelnau, sur la perte d'u^e partie des éfpûpigesr de

prise le 19 septembre et rasëe ausaîtik. Tanaëe finoaçaise.

regimens, et Montai, qui les commandoit et qui cependant estoit Sopt. 1657. blessé de deux coups d'espée, avoit pris avec lu y tous les officiers d'infanterie qu'il estimoit le plus. Les escadrons s'abordèrent tous l'espée à la main^ sans que d'un costé ny d'autre ou tirast un seul coup de pistolet, et Tadivantage fut si disputé, que deux fois il pencha de l'autre costé; mais, à ]a fin, les nostres s'estant ralliez plus de dix fois, nous l'emportasmes si complètement, que Montai ne se retira pas avec quatre-vingt-dix maistres ^ Il y en avoit trois cents des leurs sur la place et plus de quatre cents prisonniers, parmy lesquels il y a soixante ou quatre-vingts officiers. Je croy mesme qu'il (Montai) aura grande peine à se sauver, parce que tous les paysans estoient armez aux passages et que M. de Grandpré a depesché cent cinquante maistres pour le suivre et estoit allé luy-mesme avec le reste aux portes de Rocroy pour luy couper [la retraite].

Cette seconde touche ne sera sans doute pas moins sensible au prince de Gondé que la levée du siège d'Ardres, et s'il envoie de non* velles troupes à Rocroy pour remplacer ce qu'il a perdu , les ennemis diminueront d'autant leur armée, et vous aurez meilleur marché de cd que vous voudrez entreprendre.

Mazaria termine en engageant Tarenne à profiter de la circonstance pour pousser vivement les enuemis.

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de (A>lbert, t. 5i A, f 378. — Minute.

Péroune, 7 septembre 1657.

(nrriArT.)

Le s' de Coulanges m'a rendu vosti e lettre du 5 et m'a entretenu de tout ce que vous l'avez chargé de me dire de vostre part. J'approuve entièrement la resolution que vous avez prise, et je suis persuadé par

On sait que ce mot est alors synonyme de cavaliers : les ebevau-lëijfers étant loujoul*s *^^ni|Mi(|oë8 d'un Taiet et les gendarmes d*un valet et d'un ëcuyer.

Sept. i657. toutes sortes de raisons qu'on en doit user comme vous faictes. Je vous diray bien davantage que j estois de ce mesme advis avant de vous depescher le sieur de Codanges, recognoissant fort bien que l'accident arrivé à Montai^ obligeroit les ennemis à mettre Rocroy en meilleur estât qu'il n'estoit auparavant; mais il a fallu céder à toute la Cour qui disoit qu'il n'y avoit jamais eu une plus belle occasion pour attaquer Rocroy et qu'il falloit, au moins, vous depescher pour vous dire ce qui estoit arrivé et sçavoir vos sentimens. Ce qui est si vray qu'au mesme temps que je vous depeschay, je Gs aussy donner ordre au marquis d'Huxeiles de suivre sa marche, et, en effect, il doit estre ce soir à deux ou trois lieues de Lillers ^, dont vous serez bien aise, puisqu'il semble, par vostre lettre, que vous ne creussiez plus que ce corps dust advancer.

Si vous m'en croyez, vous ne devez pas perdre un moment de temps à agir, et si vous pouviez prendre dès demain vos resolutions [et] si nous prenions Armentieres. ce seroit un vray poste à y laisser presque tous les Anglois dans cet hyver avec un bon chef, comme M. de Schomberg, qui auroit cinq ou six officiers françois pour agir sous luy et quatre ou cinq compagnies suisses qui feroient la garde aux portes et aux postes nécessaires avec exactitude.

Je cognois fort bien l'importance de S'-Venant et les soins qu'on doit prendre pour le conserver, et vous aurez à donner les ordres que vous jugerez à propos là-dessus, tant pour les troupes qui y devront estre que pour les fortifications qu'on y devra faire, elles munitions qu'il y faudra mettre. J'ay prié M. de Mondejeux d'y laisser six cents hommes de pied, l'asseurant qu'ils seroient payez sur les contributions qu'on establiroit. Je croy qu'il le fera et qu'il prendra, pour l'amour de moy, autant de soin de la conservation de cette place que de celle d'Arras. Le sieur de La Haye aura recours à luy, et asseurement on [en] tirera tout ce qu'il n'y sera nécessaire^.

* Voy. sur cet accident, ci-dessus, p. 1 95. ^ Tel est bien le texie de ia minute. On

* Auj. cbef-lieu de canton du Pas-de- serait tente de lire y au iieu de n'y; mais Calais, arr. de Bëthune. Mazarin a peut-être voulu dire que tout ce

Je laisse iey M. d*Ormesson ^ et le sieur Des Hayes, afin que, si vous s<epi. 1657. avez affaire de munitions de guerre, boulets, outils et autres choses semblables, ils en fassent faire les voitures ^ jusques à Arras. Ils auront l'argent nécessaire; il faudra seulement pourvoir aux escortes.

Il me semble difficile de fortifier Grandpré*. C'est pourquoy, si vous croyez, comme je nen doute point, que le prince de Gondé songeant à se venger et à restablir les contributions, qui sont perdues sans cela, envoyé un corps considérable à Rocroy, il sera bon que vous y donniez ordre, renforçant ledict comte [de Grandpré] de quelque peu de cavalerie, et vous pourriez destacher pour cela un petit régiment françois, comme pourroit estre Forticasse ou La Guillotiere^, qui sont bons officiers, et ce que vous avez du régiment de Hombourg, allemand, lequel seroit fortiffié de quelques cents chevaux, qui peut-estre sont desja à S'-Dizier et s'advanceroient à Rethel.

Vous sçaurez aussi que les quatre compagnies de Roquespine, qui estoient à la Capelle, ont faict des merveilles dans ce combat de Grandpré; mais comme il a esté fort opiniastre, on me mande qu'il y a voit trente-cinq hommes hors de combat, un capitaine tué avec quelques officiers subalternes, et presque tous les autres blessez. Je vous mets donc en considération s'il seroit bon que vous envoyassiez quelque cavalerie à la Capelle, laquelle regarderoit Landrecy, le Quesnoy, Fonsomme et tout ce costé-là.

Vous pouvez asseurer les Anglois qu'ils ne feront plus de longues marches, l'intention de Sa M'^ estant de les laisser et de les faire agir au lieu où ils sont, et ainsy, estant payez ponctuellement, tout leur

qui De serait pas nécessaire pour Arras ' D*eDvoyer des renforts de troupes à

pounnit servir pour Saint- Venant. M. de Grandpré.

* C'est-è-dire, ie transport. '^ Les régiments commandés par Forti-

* Olivier Le Fèvre d'Ormesson était alora casse ou La Guillotière. Forticasse doit avoir intendant de Picardie. C'est le rapporteur dt<^ mis ici par erreur pour Portilesse. Il du procès de Fouquet, dont le Journal en est déjà question du régiment de Fortilesse, deux volumes in-/i" a été publié dans la col- t. VII , p. a3o , et le même volume contient , leetion des Documents inédits, p. 690 , une lettre k M. de Fortilesse.

Sept. 1657. chagrin se dissipera, ils se raecommoderont et rallieront tous ceux qui peuvent estre égarer en divers lieux.

Prenez garde , s'il vous plaist , que l'argent qu on a envoyé ne soit despensé, sous quelque prétexte que se puisse estre, par ordre de qui que ce soit que par le vostre.

. Vous trouverez cy-joini le mémoire de ce en quoy consistent les troupes que mené M. d'Huxelles, dont vous pouvez faire estât jusques à un homme (car il n'y a rien de si exact), et prendre vos mesures ledessus, comme si vous les aviez comptez. Je me remets du surplus au s' Talon, qui va vous trouver.

Bibi. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i A, P 979 v*. — Minute.

À M. DE TURENNE

La Fère, 8 aepteinbre 1667.

(extrait.)

Apres vous avoir escrit hyer par le sieur Talon, j'ay faict encore reflexion qu asseurement le prince de Gondé ne manqueroit pas den* voyer de nouvelles troupes à Rocroy pour tascher de prendre la revanche de i'eschec qu'il a receu et ne laisser pas perdre ses contributions. C'est pourquoy je tiens absolument nécessaire que vous envoyiez au plus tost un renfort de cavalerie à M. le comte de Grandpré, comme ce que vous avez du régiment de Hombourg, et quelques autres petits regimens, comme je vous ay desjà escrit, et mesme, s'il y en avoit quelqu'un où il y eust des desmontez, on pourroit les remonter, quand ils seroient là.

Ayant songé que, pour conserver les AAglois, ilseroit bon d'envoyer ceux qui sont desjà malades, ou qu'on voit qui [le] tomberont bientost, en quelque lieu où ils puissent se remettre, comme pourroit estre Amiens, je vous envoyé des ordres pour en faire recevoir jusques à

nulle. Ik y seront bleu traitez, et on pourra ramasser là tous ceux Sept. 1657. qui se sont espars en divers lieux, M. de Gharost ^ m^escrivant qu il y m a plus de trente^cinq que Von a arrestez à Calais, d'où ils vouloieut passer en Angleterre, C'est pourquoy je vous prie de flaire advertir ledict comte [de Charost] et tous les autres gouverneurs de les envoyer audict Amiens. Vous ferez exécuter sur cela tout ce que vous jugerez plus à propos et ce que souhaitera le gênerai ang^ois.

S'il y a présentement beaucoup de monde dans Armentieres, je croy que, faisant semblant de vouloir aller du costé de la mer, où les ennemis croy eut tousjours qu'est nostre principale visée, ils retireroient infÎBiilliblement une partie de ce qui seroit dans ledict Armentieres, que vous pourriez après attaquer plus aisément.

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de ColbeH, L 5i A, P 3i6. — Minute.

À M. DE TURBNNE.

Relhel, lo septembre 1667.

(bxtbait.)

Je vous ay escrîl de Peronne et de la Fere sur diverses choses, et particulièrement sur la nécessité qu'il y avoit de fortifier M. de Grandpré de quelque cavalerie ; ce que je vous confirme d'autant plus encore à présent que" nous avon» eu nouvelles que le prince de Coudé a envoyé à Rocroy un corps considérable de troupes, et M. de Noir^ moustiêr nous vient d'escrire que l'on avoit envoyé dudict Rocroy huit cents chevaux dans un village du gouvernement de Mezieres, qui avoient tout fourragé et enlevé les bestiaux ,. et il ne faut pas douter qu'ils en lassent autant qu'ils pourront dans tous les autres^ et qu'ans** sytost que la Cour sera esloignée d'icy, d'où elle partira apres-demaîn matin, ils n eaoïtrent dans la Cb&mpagne avec un grand corpa pour re»*

^- Gouvermor de CSabis.

Sopi. 1657. tablir leur réputation et les contributions que, sans cela, ils voient bien perdues.

C'est pourquoy, si vous n'aviez pas encore destaché de la cavalerie pour venir icy, comme j espère que vous aurez faict, je vous prie de le l'aire sans perte de temps, et mesme plus que ce que je vous ay mandé. Faictes commander le tout par quelque bon officier qui ayt ordre d obeyr à M. le comte de Grandpré et d'exécuter tout ce qu'il luy dira. S'il y a des desmontez dans les regimens que vous destacherez, je tascheray de les remonter icy. Gomme je ne croy pas que le régiment de dragons vous soit fort utile, je vous prie de l'envoyer aussi.

Mazarin continue en insistant sur la nëcessité de mettre le gouverneur de Rocroy hors d'état de ravager le pays. Il termine en déclarant qu'il attend avec impatience la réponse de Turenne.

LXXXVUI.

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, 1. 5i, C 984; minute. — Les passages à chifBrer sont soulignés dans la minute. — Aff. étr., France, t. aya, f"" aSo et suiv»; copie du temps.

AUX PLÉNIPOTENTIAIRES (GRAMONT ET LIONNE)-

Verdun. i5 septembre 1657.

(BXTB41T.)

Mazarin rappelle les instructions données antérieurement pour forcer l'électeur de Mayence à se déclarer contre la maison d'Autriche. Il espère que, si Télectrice de Ravière accompagne son mari à Francfort, elle le décidera à accepter la dignité impériale. 11 ajoute :

Si ledicl sieur duc veut estre Empereur, l'intention du Roy est tousjours que vous concouriez de tout vostre pouvoir à son élection, parce que c est ie moyen le plus seur et le plus aisé pour exclure la maison d'Austriche de l'Empire. Les considérations que les ministres du duc de Neubourg vous ont présentées là-dessus sont des effects de leur zèle pour la grandeur de leur maistre; mais elles sont appuyées sur

un foDdement si foible et si aisé à renTerser, qu'elles ne doivent pas Sept. 1667. vous empescher de suivre vostre chemin ... Ce n'était pas que le Roy ne preferast Telection du duc de Neubourg à toute autre et niesme à celle de sa propre personne par toutes les raisons que vous sçavez aussy bien que moy; mais comme il s y rencontre de très-grandes difficultez, au lieu que celle de Bavière est comme indubitable, s'il y consent, il faut aller d'abord au plus certain, et, en cas que celuy-cy refuse l'Empire, travailler après, par toutes sortes de moyens, à ramener Brandebourg ^ et le faire consentir à l'élévation dudict duc de Neu«* bourg.

Je vous ay desja mandé les diligences que nous faisions d'icy pour nous asseurer du suffrage dudict sieur électeur de Brandebourg. La seconde lettre de M. d'Avaugour me donne lieu d'espérer beaucoup plus de luy que la première, et je croy que les sollicitations du sieur Blondel et les cent mille escus qu'on a promis de donner audict Electeur dont le Roy commencera, dès à présent, de luy faire payer une partie, achèveront de luy faire prendre une resolution favorable pour nous, malgré toutes les sollicitations d'Isola.^ et des partisans de la maison d'Austriche. Enfin son ministre est party de la Cour fort satisfait et ma dict positivement que ceux que son maislre avoit destinez pour l'assemblée de Francfort ne se desuniroient point d'avec nous et agiroient de concert sur la matière de l'élection.

Que si, outre les cent mille escus qu'on luy a promis et les advantages, qu'on luy feroil trouver dans Taffaire de Juliers ^, en cas que le duc de Neubourg soit esleu empereur, il faudroit («c)*, pour l'engager à luy donner sa voix, luy promettre encore quelques terres considérables en Alsace ^, dont le Roy reiiendroit tousjours la souveraineté, ou

* On a indiqaé ci-dessus la cause de la entre Tëlecteur de Brandebourg et le duc de

lutte entre les maisons de Brandebourg et Neubourg.

de Neubourg. Elle se rattachait à la suc- * Au lieu de : UfalUnt.

cession de Clèves et Juliers. ^ Singulières vicissitudes de l'histoire :

' Voy. sur Usola, t. VII, p. &^ 1 . toous offrions, en 1667, àfëtecteur de Bran-

' Pour laquelle 9 y avait contestation debourg (aïeul du roi de Prusse actuel) des

NUARIV. — fin. to

IHPtlHIIia SATIOSALK.

iU

Sept. 1667. quelque daché de graod revenu en France» eomme vous k proposes, Sa M*^ trouve bon que vous iuy en donniez toutes sortes d'asseuranoee, de sa part, bien entendu en cas que Teiecibn de Neubourg réussisse. Gela naura lieu quen ce seul cae, et il faudra stipuler secrètement avec ledit sieur duc de Neubourg qu'il nous eaa desdommagera après son élection. Un des medleurs moyens, et dont il est le plus important de se servir pour su^querir ledict Electeur, c est de gagner les ambas* sadears qu il devoit (sic) ^ envoyer à Francfort^. Car il est asseuré qu^il déférera fort à leurs sentimens et qu'ils donneront un grand braosla à ses resolutions touchant Telection. C'est un advis que M. le comte de Waldeck^ a donaé à M. d'Avaugour, duquel îl faut profiter, et tout ce que vous employeres pour cela ne le sçauroit estre ^us utile* ment.

Mazarin recommande aux plëuipotentiaires d'avoir soin de faire ressortir, an;^ yeux des Élecleurs, le contraste entre la conduite de la France et celle de la maison d'Autriche. La France a montre combien elle désirait la paix par les négociations ouvertes à Madrid^. 'L'Espagne, au contraire, par ses prétentions exagérées, surtoat en faveur de Gandé^ a fait éebouer ces négociations.

Si les Espagnols, ajoute Mazarin, ne se fussent pas arrestez à cette condition [du restablissement de Gondé en toutes ses charges, places

terres coosidérables en Aisace pour lui payer sa vmx qui nous devait servir à faire, dans la diète allemande, un empereur de notre goût.

^ four qu'il doit.

* Ces envoyés furent MM. de Canstein et Yèna, aymit h leur tâte, OMnme chef nominal de l'ambassade, le prince Maurice de Nassau. Les deux premiers ne firent aucune difficulté d'accepter l'argent de la France.

' Le comte de Waldeek a déjà été mentionné dans les tomes V, p. &66, et' VII, p. 61 et autres des Lettres de Mazarin. Le Qomté de Wfildeck, enclavé dans le land-

graviat de Hesse, fut érigé en principauté par remperour Léopold ea 168a , en feveur de ce ministre de l'électeur de Brandebourg, sur qui Mazarin parait fonder ici de grandes espérances, mais qui n'en fut pas moins plus tard l'un des principaux chefs des armées ioipériafes. NoDamé feld-aiarécbal et oom* mandant en chef de l'armée des Provinces- Unies, Georges -Frédéric de Waldeek fut battu à Fleurus, en 1690, par le maréchal de Luxembourg. Il mourut en 1699, à soixante et onse ans.

^ Lionne avait été envoyé à Madrid, en i656, pour négocier avec don Louis de Haro.

et gottveivemesis, condition] à laqudle Sa M^, sans perdre sa repu-* Sepi. 1657. tatioD et sans exposer son royaume, neponvoit en aucune façon donner les mains, non seulement, comme j'ay dîct, l'Europe seroit en repos, mais nous ne serions entrez en aucun engagement avec le Protecteur d'Angleterre, puisque Sa M^ ne s'y résolut que lorsque, par le retour de M. de Lâonne, elle jugea que toute espérance de paix estoit eateinte • . . Et, pour feire encore mieux cognoistre que le désir qu'a le Boy de voir interrompre à présent la continuation de l'Empire dans la maison d'Austrîche n'a pas pour objet l'espérance de foire, par ce moyen, de plus grands progrez dans la suite de la guerre, mais, au contraire, d'obliger les Espagnols, par l'appréhension qu'ils en auroient , de se résoudre enfin à consentir à la paix à des conditions raison-^ nables. Sa M*^ trouve bon que vous donniez là-dessus h M. l'électeur de Mayence toutes les asseuranees qu'il pourra désirer, le faisant pour^ tant en secret, sans que personne en ayt cognoisaanee. Et si MM. les Electeurs le désirent aînsy, vous pourrez faire toutes les advances et donner toutes les seuretez qu'on se pourra imaginer que, l'Empire sortant de la maison d'Austriche et le roy d'Espagne s opiniastrant à vouloir continuer la guerre, cela n'empeschera pas que le Roy ne vive en paix et avec une benne oorrespondance avec le roy de Hongrie et tous les princes de la maison d'Austriche d'Allemagne -, pourveu que, de leur costé, ils en veuillent (aire de mesme,

Mazarin parie ensuite de la paix générale que Téiecteur de Mayence défaire voir conclure avant Mection de TEoipereur. Il promet dV donner les maips, pourvu que Ton soit assuré que TËmpire sortira de la maison d'Autriche.

Mais, eo ce cas, ajoute le Cardinal, il faudra fort appuyer, comme l'on juge à propos, sur l'élévation (du duc) de Neoboarg, vous répliquant de nouveau que Sa M^ restimeroit plus a^vantageuse que celle de sa propre personne, et je m'asseure que vous trouverez pour cela plus grande inclination en M. l'électeur de Mayence, qui le préférera

^ Lss prinoat aotrichisnii de la branelie allemande de cette maison.

Sept. 1667. sans doute tousjours à M. l'électeur de Bavière, et concertera peut-eslre luy-mesme avec vous les moyens de la faire réussir.

Mazarin fait remarquer que le traite conclu avec TAngieterre oblige la France à prévenir le Protecteur des négociations qui seraient entamées, afin qu'il puisse envoyer ses plénipotentiaires au lieu où se tiendraient les conférences. Mazarin parle ensuite des subsides que la France paye aux électeurs ecclésiastiques, déplore la levée du siège d'Alexandrie, rappelle les succès obtenus à Montmédy etii Saint- Venant^ annonce que le Protecteur envoie des secours à la Suède contre le Danemark et la Pologne. Il refuse d'entrer dans la confédération proposée par les lecteurs ecclésiastiques, si Ton n'y comprend pas le roi de Suède et Mecteur de Brandebourg, blâme la l^èreté de Télecteur palatin et rrson esprit voli^en, quil faudra fixer par la ratification du traité conclu par les ambassadeurs, enfin il revient sur la' menace de porter la guerre en Allemagne si Ion nomme Empereur un prince autrichien. Après avoir promis de faire envoyer de l'argent aux plénipotentiaires français, exprimé Tespoir que Télecteur de C'Ologne pourrait décider Télecteur de Bavière à accepter Tempire d'Allemagne, et s'être engagé à envoyer des subsides aux différents princes, le Cardinal termine en mentionnant le voyage du Roi à Metz.

Je ra'asseure que vous approuverez fort le voyage que le Roy faict à Metz, quoyque Sa M^ nayt présentement en Luxembourg que six mille hommes; mais Elle a donné ordre à M. de Turenne d'en destacher douze mille pour le venir joindre, en cas quil ne voye pas apparence de rien entreprendre en Flandre \ ou, du moins, après quil se sera emparé de la Mothe-au-Bois, et qu'il aura faict le siège d'Armentieres^, s'il voit jour à pouvoir y réussir, quoyque les ennemis ayent

jeté trois mille hommes dans la place J'ay remarqué que, dans

vostre depesche, quand vous dictes à M. l'électeur de Mayence que, puisqu'il ne croyoit pas que le duc de Bavière voulust estre Empereur, [puisjqu'ii y avoit des diflBcultez presque insurmontables à l'esgard du duc de Neubourg et de l'impossibilité à celle du Roy ^, vous voyiez bien

^ Turenne entreprit, en Flandre Je si^ ' Ce siège ne fut pas entrepris par Tu-

de Mardick et s empara de cette ville. Il ne renne en 1667.

put aller rejoindre le Roi , comme Tannonçait ' Ce passage prouve que , dès le mois de

Mazarin. septanbre 1667, le Cardinal avait reconnu

qi] elle tomberoit nécessairement sur un prince de la maison d*Aus- Sept. 1657. triche, et qu ainsy il ne vous restoit qu'à vous retirer pour n'estre pas spectateurs du triomphe des ennemis de la France. Gela produisit un bon effect. C'est pourquoy, puisque nous reconnoissons qu'il nous est utile d'en user ainsy, il faut continuer à le faire dans les occasions : quia remédia que appUcatajuvant, reitereUasanant^; et il est vraysemblable que, quand ces messieurs vous verront parler avec fermeté et qu'ils se trouveront pressez, ils s'approcheront davantage et chercheront eux-mesmes des expédions qui nous satisferont.

Nous avons advis, de divers endroits, que lesdeiays que l'on apporte à la tenue de la Diète ^ ne sont que pour attendre l'arrivée de Pegnaranda, à quoy il y a beaucoup d'apparence, et nous en devons tirer une meschante conséquence pour nous. Car, si l'on avoit dessein d'élire un Empereur qui ne fust pas de la maison d'Austriche, on le feroit avant que ledict Pegnaranda se pust rendre à Francfort, pour n'avoir pas à surmonter les nouveaux obstacles que sans doute il y apporteroit*.

Le Roy demeurera à Metz et ne s'advancera pas davantage pour ne point donner de jalousie aux princes d'Allemagne et un prétexte aux Austrichiens de dire que l'on veut oster la liberté de l'élection.

rimpossibilitë de réamr dans la pensée qu^il avait conçue un instant, de faire élire Louis XIV empereur. (Voy., ci-dessus, la note 3 de la page 97.)

^ n dut réitérer les remèdes, dont une première application a été utile. La seconde, ib opèrent la guérison.

* La diète qui devait se réunir à Francfort pour Télection de l'Empereur.

' Comme le même acte peut recevoir plusieurs interprétations différentes , les amis de r Autriche prétendaient, au contraire , que Tajoumement de l'élection était une machination française. Ds accusaient l'électeur de Mayence de retarder volontairement, à notre instigation, «run bien général, comme cdui de l'élection, par des intérêts particuliers «.

S<»pt. 1657.

Bibl. nat. m&. f. fr., Miianges de Coihert, t. 5i A, f*" 996; minute. — Aff« ëtr., Franee, t. 379 , f" a63; copie du temps.

À M. DE GBAMONT.

Verdun, iC septembre ^657. (bxtbait.)

Je suis fort persuadé que les asseurances que vous me donnez de vostre amitié ne sont point des compliments. Je m'aaseure auss^y que vous me rendez la mesme justice, et qu il seroit assez superflu que je vous fisse de nouvelles protestations de la mienne. Je vous remercie de ce que vous me mandes touchant le gouvernement de TAlsace et de Philipsbourg^ Ce que je puis vous dire ia-<dessus, c'e^t que M. le comte d'Harcourt s'est mis en teste, d'en tirer des rescompenses exorbitantes ^, et vous sçavez que mon humeur n est pas de me presser trop et de faire les choses de cette manière -là, de sorte que chacun s'en tient à ce qu'il a.

Si M*^ la princesse de Carignan a voit esté à la Cour, je luy aurois monstre ce que vous m'escrivez de M. le prince de Baden', et vostre lettre auroit peut-estre adouci son esprit et produit plus d'effect que tout ce qu'on luy a pu dire jusqu'à présent sur ce sujet.

Je vous prie d'estre asseuré que vous n'aurez jamais serviteur phis asseuré que moy; et ce pendant je vous diray que tout présentement il vient d'arriver un garde de M. de Turenne, qui nous porte la nouvelle de la prise de la Motte-aux-Bois^, et qu'il songe à entreprendre quelque autre chose. Je suis, de tout mon cœur, etc.

^ Masarin qui avait déjà le gouvernement où il demeura jusqu'à sa mort, eu 1666. de Brisach , ëtait en négociation a vee le eomte ^ Le prinoe ( Loui» de Bade ) était gendre d*Harcourt pour acheter celui de T Alsace et de la princesse de Carignan (Marie de Bourde Pbilipsbourg. bon-Soissons) , mariée au prince Thomas de

* L'arrangement finit cependant par se Savoie^arignan.

conclure, car le comte d'Harcourt se retira ^ Turenne s'empara de la Mothe-aui-Bois

peu après dans le gouvernement d'Anjou \e i^ septembre, {Mém, de Mim$fbu,f.^^à.)

DU CAROÎNAL MAZARIN.

BiU. Hat., ms. f. fr.^MéUmguék CMert,i. 61 A, f« Si^ r-, miiivte. — Aff. étr., Franoe,

t. 379, V 964; ùOfk du temps.

À M. DE GRAVEL

Verduo, 16 fieptembre 1667.

(IXTIUIT.)

J ay esté très aise de voir ce que vous me mandez de Felecleur de Mayence; mais il seroit à souhaiter qu'il voulust s'expliquer davantage, estant certain qu'il s'est bien plus ouvert à vous sur le point de l'élection qu'il n'a faict depuis l'arrivée de MM. les ambassadeurs; ce qui me donne beaucoup d'inquiétude , ayant tousjours asseuré le Roy, en conformité de ce que vous m'en aviez escrit, que l'intention dudict sieur Electeur estoit de ne donner son suffrage à aucun prince de la maison d'Austriche dans la prochaine élection, de façon que, s'il arrive autrement, je ne sçaurois esviter le reproche qu'on me pourroit faire là-dessus avec beaucoup de raison.

Je vQus priia donc de voir S. A. El. , de ma part, pour luy représenter eu qpelle confusion je tomberois si , après avoir porté le Roy à déférer entièrement à ses conseils, à envoyer ses ambassadeurs à Francfort, à Éïire agir son arinée en Luieembourg et à s'advancer en personne à Mets, et à faire to.utes les autres diligences que S. A. El. a tesmoigné estre nécessaires, il arrivoit que tout cela n'eust servy qu'à domier plus d'esclat au triomphe des Espagnols. Et, à la v&rilé, s'il eust pieu à Sa dicte Altesse de vous tenir une seule fois le mesme discours qu'edle a faict à MM. les ambassadeurs, leur disant qu'elle recQgnoissoit comme impossible l'élévation de Bavière et de Neubourg ^ et encore plus celle du Roy, Sa M**^ n'eust eu garde d'envoyer ses ambassadeurs et d'entrer en des engagements qui ne peuvent servir qu'à donner de notables

* UélectioQ à rBraim ifi fâedeur de Bavière «t Ai ductie Neubouiigf.

Sept. 1657. advantages à ses ennemis. Je veux pourtant espérer que Sa dicte Altesse 9 touchée des raisons qui regardent ie bien et le repos de sa patrie et celuy de toute la chrestienté, de la considération du Roy qui a pour elle de lamitié et une confiance toute entière, et du hazard dans lequel je suis de voir condamner la conduite que j'ay tenue dans cette affaire, nous donnera tout sujet d*estre satisfaits de la sienne.

Mazarin insiste sur les dangers de râection d'un prince autrichien pour TAUemagne; il passe ensuite aux promesses à faire aux conseillers de rëfecleur de Mayence, rappelle les ordres qu'il a donnés pour le payement des sommes promises, parle des levées de troupes, d'achats de chevaux, de l'arrestation de deux Français, de Croissy, ami et agent de Retz, etc.

Bibl. nat, ma. f. fr.. Mélangea de Colbert, t. 5i A, P SaS. — Minute.

À M. DE TURENNE

Verditn, 16 septembre 1667.

(bxtbait.)

J'ay receu vostre lettre du t â , où j ay esté bien aise de voir que vous vous estiez occupé de la Motte-au-Bois, et la resolution que vous avez prise de le rasera Pour vous remercier du soin que vous avez eu de Saint-Venant, il faut s'appliquer tout de bon à mettre cette 'place en estât de la pouvoir conserver, et je vous prie d'y contribuer tout ce qui pourra dépendre de vous. Je feray payer ponctuellement les regimens de la Fere et d'Alsace, et toutes les autres troupes qu'on mettra dans cette garnison, et desjà jay donné des ordres lànlessus au sieur de La Haye^, ne luy procurant pas seulement les trois sols qu'il vouloit donner aux soldats', mais luy permettant d'aller au delà, s'il le falloit.

^ Deraseroe château, qui était un danger times au poids et à 5o centimes actuels,

pour Saint -Venant. d'après le pouvoir de Targent. C'était la

' Gouverneur de Saint-Venant. solde d'hiver donnée, outre le logement et

' 3 sols par jour, ëqpiîvalant k aS oen^ le poin, par le gouvernement

Tous les advys que j ay de Flandres portent que les ennemis sont Sept. 1657. dans une tre&-|[rande faiblesse et qu'eux-mesmes croyent qu'il leur sera presque impossible de parer les coups que vous voudrez leur porter. Ce que je vous dis seulement , parce que je le sçay de science certaine; car, du reste, je suis persuadé que vous n'avez pas besoin d'estre excité pour faire tout ce qui peut estre le plus advantageux pour le service du Roy et vous prévaloir de la conjoncture présente , qui est asseurement tres-favorable ; et sy je pouvois vous monstrer les advis que j'ay là-dessus, vous verriez clairement qu'on ne peut rien adjouster à l'appréhension dans laquelle sont les ennemis, M. le prince de Condé autant que pas un.

J'ay des nouvelles contraires aux vostres touchant Rocroy, d'où l'on me mande que Raxenel ^ s'en esloit retourné avec toutes les troupes extraordinaires^ que les ennemis y avoient envoyées. Neantmoins, comme ils peuvent faire des destachemens, dont vous n'aurez point de cognoissance, et que, le Roy estant en ces quartiers-cy, il est tousjours bon qu'il y ayt quelque corps considérable de troupes qui n'en soit pas esloigné, je croy que vous aurez jugé à propos de laisser joindre M. de Grandpré par les trois regimens que vous aviez destachez les premiers; et par les autres auxquels vous aviez donné ordre de s'arrester à Saint-Quentin, vous pourriez aussy en laisser advancer quelqu'un à Rethel, bien entendu qu'il ne vous seroit pas nécessaire. Car, dans ce cas, vous ne devrez pas vous affaiblir d'une seule compagnie.

Les mousquets et les piques que l'on a envoyez à Arras estoient destinez pour vous. C'est pourquoy je mande à M. de Mondejeux d'en user en la manière que vous luy escrivez; mais je suis surpris et fasché du mauvais estât où vous me mandez que sont les Anglois. On a envoyé de l'argent pour leur faire payer le reste de ce mois-cy, et comme ils sçauront qu'on prend soin des malades, qu'ils [ne] fatiguent pas

^ Je ne puis lire que ce oom. On trouve ^ C'est-à-dire, envoyées comme secours

dans la Chranohgie militaire de Pinard extraordinaire. La minute, où beaucoup

Jacques de La Rivière de Ravenel, nomme de mots sont ^rits en abrégé, porte

maréchal de camp en i65i. eaf\

MAZARIN. - TllI. 9 1

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Sept. i6§7. Mtoetiement ^ tt qu'on ies paye pOnetùèllémeai» j'e^pere (}u'il« w pourront reiAéttre et reprendre leur première yigfleilr< Au meini, je m'a^ isetire que y de de cesté^y et du vostre» on noubliern rien pour eek.

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Aff. et. , VténtiÉ, t 976, f* 36. -^ Copié dit tétlip«.

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