À M. BLONDEL
(BXTBAITb)
[ Paris] ^ là novembre 1657.
J'approuve fort la resolution que vous avez prise de suivre M. l'électeur de Brandebourg pour nous tenir advertis de ce qui se passera en ce voyage et en Tentreveue qu'il va faire avec le roy de Pologne. Ce que vous avex faict a esté aussy fort à propos pour diminuer sa froideur, qui s'augmentoit tous les jours de plus en plus entre ledict électeur et les Suédois. Vous contînuerex à agir en cette mesme conformité, nonobstant le bruit qui court et duquel personne ne doute point, que ledict Electeur se soit engagé^ par traité, non seulement avec la Pologne S mais avec la maison d'Âustriche; car, comme, d'un costé, on aura peine à accomplir les conditions qu'on luy a promises, et de l'autre, la mésintelligence qui commence à naistre entre les Polonois et les. Austrichiens, qui ont des interests tout différents, pouvant augmenter et produire l'accommodement de ce royaume-là avec la Suéde, ce roy s'estant déclaré de vouloir rendre la Prusse, il pourra aysement arriver, nonobstant toutes les promesses que cet Electeur a faites à l'Isola, qu'elles ne soyent pas exécutées et qu'il se reunisse plus que jamais avec la couronne de Suéde, à quoy il auroit sans doute
' La copie ne porte pas d'indication de Heu.
^ L'ëlecieor de Brandebourg avait, en elbt , signé le 19 septembre 1657, avec la Pologne* le traité de Wëlau dans le duché de Prusse. Les principales oooditioas du traite de Wélau étaient que Tâecteur de Brandeboui^ rendrait h la Pologne ce qu'il
occupait de ce royaume, de la Lithuanie et de Tévéché de Warmie ; qu'à cette condition , la Pologne reconnaîtrait la souveraineté de rÉlecteur sur le duché de Pnlsae. CeUe re* nondation de 1q Pologne à ses droits sur le duché ne devait avoir lieu qu en faveur de Frédéric-Guillaume et de ses descendants mties.
NoTcmbre]657. repugoance s'il voyoil qu'on ne se fiast plus en luy, et cela seroit mesme capable de le faire précipiter à faire des pas, auxcpiels il hésite encore.
Mazarin espère que le gentilhomme qu'il a envoyé de Metz à fëlecteur de Brandebourg contribuera à le détacher de rAutrîche. Il engage Blondel k agir de concert avec lui pour tâcher de gagner le comte de Schwerin, principal ministre de rÉlecteur.
Bibi. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i A, f* &o&; minute. -^ Aff. ëtr,, France,
t. ^79 , f* 3o6; copie du temps.
À M. DE THOU,
AHBAS8ADBUR EN BOLUNDE.
Paris, 16 novembre 1667.
(inBAIT.)
Le Roy est tousjours de plus en plus satisfait de vostre conduite, et vous devez estre asseuré que je ne perds aucune occasion de faire valoir le zèle et l'adresse avec laquelle vous le servez. Il est bon que vous continuiez à prendre la peine d'escrire à tous les ministres ^ du .Roy et d'advertir particulièrement M. de Gomminges^ de tout ce qui peut contribuer à raccommodement du Portugal avec MM. les Estats [des Provinces-Unies], continuant en mesme temps à faire, au lieu oii vous estes, toutes les diligences qui pourront despendre de vous pour en advancer la conclusion. 11 sera bon que vous ne vous engagiez à rien contre le sieur Borel', c'est-à-dire à demander en public sa revocation,
^ Le mot ministre est pris ici dans le France. On a vu, dans le tome précédent,
sens de repréêentantê de la France dans les que ce diplomate s^était monti*é tout à fait
cours étrangères. hostile ë la Franee et avait pris une atti-
* Ambassadeur de France en Portugal. tude presque agressive dans l'affaire des
(Voy. ie tome VH, p. &S5, des Lettres de navires eaptui-^ par Ruyter, affitire que
Mazarin.) de Thou parvint à terminer à notre hon-
^ Ambassadeur des Provinces-Unies en neur.
sans estre asseuré de l'obtenir; car autrement il en arriveroit des in- Novembre 1667. convenients qu'il faut esviter dans les conjonctures présentes.
Nous avons tousjours de nouvelles conGrmations de la partialité que M. le Rhingrave * a pour cet Estât ^. H doit estre asseuré qu'en toutes rencontres il recevra des marques de la bienveillance de Sa M*^ en^a personne et en ses enfans. En quoy je m'employeray comme je dois, par justice, par l'estime que je fais de son mérite et par l'amitié que j'ay pour luy.
Il ne faudroit pas perdre un moment de temps à gagner la personne que vous me marquez, comme ayant crédit auprez de M'^^ la princesse douairière d'Orange ^, si cela pouvoit estre utile ; car l'on mande de tous coslez que non seulement l'électeur de Brandebourg a fait son accommodement avec la Pologne, mais une liaison estroite avec la maison d'Austriche, à laquelle a eu grande part ladicte princesse, qui en a esté continuellement sollicitée par l'ambassadeur d'Espagne, ainsy que je vous ay mandé. Vous vous conduirez donc, s'il vous plaist, à l'esgard de ladicte personne suivant les ad vis que vous recevrez des résolutions dudict Electeur. Car, nonobstant les engagements dans lesquels il est entré avec l'Isola*, il se pourroit faire, par d'autres rencontres, qu'il croiroit à propos pour son service de s'en retirer, et particulièrement s'il voyoit augmenter la mauvaise intelligence entre les Polonois et les Austrichiens qui font assez cognoistre, par la rétention de Cracovie, qu'ils n'ont autre but que de se rendre niaistres de ce royaume [de Pologne], afin d'en asseurer la succession au frère du roy de Hongrie ^. Et voilà ce que produisent d'ordinaire tous les secours et assistances que la maison d'Austriche donne ! Je vous confirme qu'on ne peut rien adjouster à la passix)n que ladicte
^ LëopoId-PIiilippe-Charies, rhingrave, ^ Emilie de Solms , vt'iive du stathouder
prince de Salm , maréchal héréditaire du Pa- Frédéric-Heori de Nassau. . iatioat, prit séance, en i65â , à la diète de ^ Voy. sur Lisola, t. VU, p. 66 1. Il avait
Ratisbonne et siégea au collège des Princes. été le principal négociateur du traité de
Il mourut en i663. Wélau.
* Poar la France. * Voy. le tome VII, p. 44i et 536.
MAZARIN. — VIII. ^7
NoY«mbrei667. princesse a pour cette maison, sçacbant de science certaine quelle ne perd aucune occasion de la servir directement et indirectement, avec une ardeur extraordinaire.
Le roy de Suéde se plaint fort de MM. les Estais, m ayant faict représenter non seulement qu'ils n'oublient rien pour assister ses ennemis, mais pour les eschauffer à continuer la guerre contre luy; et, entre autres choses, on m'asseure que la ville d'Amsterdam a donné au roy de Dannemark des vaisseaux et un million de livres, sans quoy il se seroit certainement accommodé (avec la Suède). Vous voyez de quel préjudice cela est au bien public et aux interests particuliers de cette couronne ^ C*est pourquoy je masseure que vous vous employerez de la bonne manière pour empescher la continuation de cette assistance, et à porter MM. les Estais à estre plustost médiateurs entre la Suéde et le Danemark pour un bon adjustement qu'à perpétuer la guerre en fournissant à celuy-cy les moyens pour cela.
Mazarin termine par queiqued détails sur les intrigues de FEspagne dans les Pravinces-Unies.
GXVin.
Bibi. aat, ms. f^fr., Milange$ de Colbert, t. 5i A, T &o6; minute. — AIT. ëtr., France,
t 374, P 3o8; copie du temps.
À M. DE LUMBRES.
[Paris], 16 novembre 1657.
(■XTHÀIT.)
Je n ay rien à vous répliquer touchant la succession du royaume de Pologne» qu on suppose avoir eslé promise au frère du roy de Hongrie, si ce n'est qn'il n'y a rien qu'on croie si véritable à Prague et en toutes les cours des princes d'Allemagne ; mais j'ay tant de vénération pour tout ce qui vient de la part de la reyue [de Pologne], que je n'hésite pas à croire que cela n'est pas, puisqu'elle l'asseure ainsy.
* De la France.
Il est vray que la conduite que les Austrichiens tiennent, ayant voulu Novmiire t6&7.
retenir Gracovie et ayant la pensée de faire la mesme chose partout où
les armes du roy de Hongrie entreront, donne de plus en plus sujet
à tout le monde de juger que leurs pensées soient^ de s'asseurer du
royaume de Pologne, en sorte que la succession ne leur puisse estre
contestée^. Et je vous prie, sur ce sujet, de dire à la reyne quelle ne
doit pas s'estonner si la maison d'Austriche a tousjours la pensée d'es-
tendre les bornes de sa domination, puisque le principal but qu'elle a,
lorsqu'elle envoyé des secours à quelqu'un, est d'avantager ses inte-
rests et d'en tirer le plus de rescompense qu'elle peut aux despends
de celuy qu'elle secourt; car c'est une maxime de laquelle ladicte
maison se trouve si bien, qu'il n'y a pas apparence qu'elle la veuille
changer.
Le plus beau. coup que la reyne puisse faire pour sa gloire, pour le bien et les interests de son mary, pour son repos et advantage, et pour celuy de toute la Pologne, est d'employer son crédit, sa prudence et son adresse pour faciliter à tout ce qui peut servir à une prompte conclusion de la paix avec la Suéde; car par là tous les projets de la maison d'Austriche pour se rendre maistresse de ce royaumelà seront renversez, et la France luy en aura une tres-graride obligation. J'espère que l'arrivée du sieur Akakia vous aura donné moyen de mettre cette affaire en bon estai, puisque vous me mandez que ladicte reyne y seroit sincèrement portée; et quoyque le roy de Suéde demande quelque rescompense d argent pour la restitution de la Prusse, c'est un grand point qu'on l'ayt pu faire résoudre à prononcer le mot; car je ne doute pas qu'il ne se relasche après et ne se contente de quelque chose raisonnable, qui^ soit 1res advantageux à la P.ologne de luy ac-
' Il y a bien <ot«nl dans le manuscrit. noble Polonais, Michel Koributh Wisnio-
* Cette ëventualitë devait en toat cas tar- wiecki , qui était , du i este , une créature
derè se produire, puisque le roi Jean-Casimir de la cour de Vienne, auquel succéda à sou
demeura sur le trône jusqu'en 1669. A cette tour Sobieski.
époqae il eut pour successeur, non point un 'Le manuscrit porte qui; il semble qii'ii
prince de la maison d'Autriche, mais un faudrait ^V/.
Novembre 1667. corder pour se mettre en possession de toutes ses pldces en un instant, renvoyant les troupes du roy de Hongrie qui ne songent qu à achever de ravager ce royaume, [en licenciant]* les autres qui ne luy seront pas nécessaires, et establir ainsy une tranquillité qui fasse refleurir toutes choses et rende la Pologne aussy heureuse et abondante qu'elle estoit par le passé.
Je vous prie de conjurer la reyae, de ma part, d'y agir de la bonne manière, l'asseurant qu'elle ne sçauroit rien faire de plus advantageux pour la Pologne, ny pour elle, ny qui oblige tant le Roy et la Reyne. Quand il n'y auroit que ce motif, je suis asseuré qu'il feroit grand [sic) force sur son esprit.
Pour ce qui est de l'oflFre qui vous a esté faicte à l'esgard de la succession, de laquelle elle vous a dict qu'on parleroit bienlost, vous luy pouvez dire, de ma part, qu'en ayant iuformé Leurs Majestez, Elles m'ont commandé de vous escrire de la remercier et de l'asseurer qu'EUes ne perdent pas le souvenir de l'amitié qu'elle leur tesmoigne en cette rencontre; et vous luy pourrez dire qu'on employera volontiers la somme d'argent qu'elle vous a dicte pour pouvoir asseurer la succession du royaume de Pologne à quelque prince françois, ou autre qui soit amy et partial de cette couronne, et qu'on se conduira entièrement en cette affaire comme ladicte reyne nous prescrira, sans faire démarche ny diligence que par [ses] ad vis ^ et de la manière qu'elle nous fera sçavoir estre nécessaire pour conduire l'affaire à bon port. Il faudroit seulement pouvoir estre moralement asseuré que, moyennant cette despense, la chose reussist.
^ La copie porte bien à licencier; mais le * La copie porte les advis; mais il est
sens exige un participe. évident qa'il faut ses advis.
GXIX.
AIT. Ar., Pays-Bas, t 4i, f* 478. — Minule. À M. LE MARQUIS DE CARACÈNË.
Paris, 17 novembre 1657.
(extrait.)
Je n'aurois pas tardé si longtemps à faire respoase à V« Excr, à moins d'estre indisposé comme je l'ay esté jusques à présent. Elle me permettra de luy dire que, si elle avoit sceu que M. le Prince, lorsqu'on faisoit le procez à un certain conseiller du parlement de Paris pour avoir voulu suborner des officiers de la garnison de S^-Quentin afin qu ils remissent la place aux mains dudict s' Prince, fit reserver tous les prisonniers et particulièrement le sieur de la Roque-^aint- Ghamarante {sic) \ déclarant qu'il luy feroit souffrir le mesme genre de supplice auquel seroit condamné ledict conseiller, et que, depuis encore, il a faict de semblables déclarations durant la prison de Barbezieres^, tant s'en faut qu'elle eust trouvé estrange que, dans la conjoncture du procez du mesme Barbezieres, le Roy ayt donné ses ordres pour faire sauver ceux des nostres que M. le Prince tenoit prisonniers et mettre eu seureté ceux que nous avions à luy, elle auroit trouvé sans doute que cette précaution estoit tout-à-fait nécessaire et l'auroit louée comme un acte de prudence et de justice.
Comme Sa M*^ n'a rien faict en cela que pour prévenir les inconveniens dont l'effect de pareilles menaces auroit esté suivy. Elle est preste k eschanger ces prisonniers qui se sont sauvez paf son commandement, ou de les renvoyer en prison (l'escbange ne se faisant pas), si Y. Ëxc. a agréable de respondre qu'ils seront traitez en prisonniers de guerre, ainsy que M. de Fuensaldagne fit, lorsque le mar-
' Voy. les Mémoim de Saint-Simon, on ce personnage est appelé La^Ro^-Saint^Cha'marand, — ' Voy. sur Barbezieres, ci-dessus, p. 166.
Novembre 1657. quis de VandyS estant prisonnier sur sa parole, s'évada % sur ladvis qu il eut que M. le Prince faisoit instance pour lavoir en son pouvoir, afin de luy faire le mesme traitement qu on feroit icy à de certains assassins qui furent condamnez à mort^.
Pour Barbezieres, outre que le rapt commis en la personne de Girardin meritoit peine capitide, estant chose publique quil passoit encore alors pour domestique de M. le prince de Gonty et demeuroit en cette ville, y vivant en apparence comme un bon serviteur du Roy sans aucune démonstration d'estre à M. le Prince et sans avoir veu seulement ses troupes, V. ëxc. peut sçavoir d'ailleurs qu'il y avoit plusieurs années que son procez luy estoit £aict pour avoir enlevé une damoiselle^, et que mesme en dernier lieu, durant qu'il estoit à la Bastille, il avoit faict des placards tendant à sédition et entretenu des correspondances défendues à peine de la vie par les ioix du royaume ; ce qu'il a confessé auparavant qu'on iuy eust prononcé sa sentence ^. Je laisse à V. Ëxc. déjuger s'il y avoit lieu, cela estant, d'en user comme on a faict, et si un sujet prévenu de semblables crimes est exempt de la rigueur des Ioix pour avoir esté pris les armes à la main contre son roy.
Au reste, ce n'est pas d'aujourd'huy que je suis persuadé de ce que V. Ëxc. dict de la considération en laquelle sont en Espagne les interests de M. le Prince^. Car nous l'avons assez recogneu dans ce qui s'est passé dernièrement à Madrid, lorsque M. de Lionne y estoit^; et,
^ Sur Vandy, voy. le tome III, p. 455, note 5. Vandy retourna d'ailleurs eu Flandre après son évasion; mais, durant cet inlervaile, le prince de Condé trlui avait pillé et brâlé sa maison 1, comme Mazarin nous l'apprend dans la lettre datée du 1 a octobre i653.
* Le maDuaerit porte se êuada, qui n'a aucun sens.
' Probablement Ricousse et Bertaut. (Voy. t. VI, p. 45. note 3, des Lêttm de Mazarin,)
* Voy. t. VII, p. 479, des Lettres de Mazarin. Cette demoiselle était M^ de La Bazinière, sa cousine, fille du trésorier de rÉparpie.
' Cette dernière phrase est éciile sur la marge.
' Depuis la considération jusqu'à Jlf. le Prince, cette partie de la phraae est écrite en marge.
' Voy. t. VU, p. 3ia, des Lettres de Maieain, Le traité avait été rompu par suite des exigences de l'Espagne en faveur de
à la vérité, si les grands roya peuvent avoir obligation à des particu- Novembre 1657. liers, on ne peut nier que Sa M^ Catholique n'en ayt de très grandes à M. le Prince des services qu'il luy a rendus aux despens de cette couronne. Je masseure pourtant que, quand la cour d'Espagne sera informée de ce quon a faict icy à l'esgard des prisonniers, [elle] ne voudra pas que l'on mette en parallèle des criminels avec des gens de bien qui exposent si généreusement leur vie pour le service de leur prince.
Mazarin termiDe cette dépêche en déclarant que les prisonniers de guerre seront bien traites en France. Il se plaint de n^avoir pu obtenir la liberté de Valperga ^ qui, depais sept ans, est retenu prisonnier, malgré toutes les promesses qu'on lui a faites de sa prochaine délivrance.
Bibi. nat., ms. f. fr., Mélangés de Cùliert, t. 5i A, f* kûo. -^Minute.
À M. DE SGH0MBER6'.
Paris, 17 novembre 16B7.
(BrriAiT.)
J'ay receu vostre lettre du 6 de ce mois. Je vous remercie de ce que ma considération vous a faict passer par dessus toutes les difficultés que vous trouviez à la conservation de Bourbourg et qui vous donnoient de la répugnance à vous en charger^. On ne vous laissera manquer d'aucune des assistances dont vous aurez besoin pour en sortir avec honneur, et Ton donnera au service que vous rendrez en cette occasion tout le prix qui luy sera deub. On taschera de remédier à la
Condë, à qui Masarin voulait bien restituer de Téchanger contre don Inigo de Tolède, sa fcrtone et ses terres, mais non pas ses * Voy. sur PrJdérie«Armand , eomie de
places et ses gonvenMments. Schombei*g, t. YH, p. 67.
' Voyez sur le s' de Valpergue, t. Vil, ' Scbomberg commandait dans Bour-
p. i3s et 438. Il était prisonnier à Naples , et bourg : «rSans kd , dit Turenne , il est cer-
Masarin avait proposé, Tannée précédente, tain qu'il eAt fallu abandonner la ville. i»
Novembre 1657. désertion des soldats François en les traitant mieux que ceux qui demeureront en quartier d'hyver en France, et on tiendra la matn que les commandans des régi mens soient exacts à avoir le nombre qui leur est ordonné; mais,' en tous cas, comme, outre la garnison de Bourbourg ^ on laissera un grand corps de troupes dans le Boulonnois, le voisinage donnera facilité à suppléer aux inconveniens qui pourroient arriver d'ailleurs.
Pour les Ânglois, il me semble qu'estant bien payez et ayant facilité de se procurer par eau toutes les choses nécessaires pour leur subsistance, ils doivent demeurer aussy volontiers à Bourbourg qu'en un autre lieu, et mesme l'ambassadeur d'Angleterre m'a dict que cette facilité rendoit les denrées à si bon marché, que le pot de bière ne vaioit que dix-huit deniers à Mardik ^. Vous pouvez avoir la mesme commodité de faire venir d'Angleterre du bois et de la tourbe, outre que les chemins que M. de Turenne a faict faire pour la communication de Calais à Bourbourg vous donneront le moyen apparemment d'en tirer encore de ce costé-là ce qu'il faudra pour vostre provision pendant l'hyver. Il y a du couvert suffisamment pour les soldats si on prend. soin d'empescher qu'ils ne gastent les toicts des maisons; à quoy je vous prie de vous appliquer.
Quant aux deux forts qu'on a faicts sur la rivière d'Aa*, M. de Turenne m'a mandé qu'il y mettroit de bons officiers avec le nombre de troupes nécessaire pour les garantir de l'insulte. J'estime superflu de vous re-
^ On avait donne h Schomberg près de 9,000 hommes; mais, comme ils étaient mal payes, et qne d'ailleurs la place manquait de tout, ils se débandaient chaque jour. L^infanterie allait chercher des lieux où il y eAt du bois pour se chauffer.
^ Le pot de Mardick était d'environ 1 litre 93 cent, et 18 deniers représentent, intrinsèquement, 11 centimes environ. Le litre ne revenait donc i Mardick, en iSSy, quà 5 cent, i/a ; ce qui était effectivement fort
bon marché, puisque, vers celte époque, le litre de bière valait de 1 1 à 1 5 centimes à Strasboui^, de 9 à 1 9 centimes à Boulognesur-Mer, suivant qu'il s'agissait de bière simple ou double, et de 9 à 1 1 centimes à LiUe.
^ MM. de Casteinau et le marquis d'Uxelles firent construire chacun un fort sur la rivière d'Aa, qu'ils mirent en état de défense; ils jetèrent aussi des ponts sar ce cours d'eau.
commander le mesnage\ parce que je suis persuadé que vous ny Novembre 1657. oubliez rien.
Je feray donner un bon quartier aux gens d'armes escossois, et ils seront traictez le plus favorablement qu il se pourra. L'on verra , dans la refforme des troupes à laquelle on va travailler, où Ton pourra mettre vostre régiment d'infanterie, et, s'il y a moyen de le remettre après en bon eslat, on l'envoyera à Bourbourg.
11 est vray que je vous ay promis de vous faire donner douze mille francs par au sur un fonds certain, jusqu'à ce que vous eussiez quelque establissement; mais comme on vous donne des appointemens pour soustenir la despense que vous faictes à Bourbourg, je pense que vous estes assez raisonnable pour ne vouloir pas tirer des deux costez en mesme temps et pour vous accommoder en cela à la nécessité où nous nous trouvons. Ce n'est pas une chose fort essentielle pour vous, et je vous prie de vous mettre l'eqprit en repos et sur l'asseurance que je vous donne que, pour l'utile et pour l'honorable, vous esprouverez à la fin qu'on ne peut avoir plus d'estime pour vostre personne et plus de passion pour vostre interest que j'en ay.
GXXL
BiM. nat., ms. f. fr., Mèlangei de Colbert, t. 5i A, f 4i8 v"; minute. — Aff. étr., Angleterre, t. 69, T sia, et France, t. S79, f** 3iâ; copie du temps.
À M. DE BORDEAUX
Paris, 17 novembre 1667.
(kxtbait.)
Je vous diray sur le remboursement des frais de Mardick, dont on commençoit à parler de delà [en Angleterre], que je m'estonne qu'on ayt pu avoir de deça^ une semblable prétention, veu qu'il n'y a point de comparaison entre ce qu'il nous a cousté et ce que M. le Protec-
^ De ménager l'aident — * Parmi les généraux anglais qui servaient en France.
HAZAIIH. — nii. 98
MPHIIIKRIE RATIOBlie.
NoTfembpei657. teur y pcut avoir mis du sien; et, d'aiiieurs, on voit assez que nous n'espargnons rien pour sa conservation, y ayant envoyé abondamment toutes choses nécessaires, et tenant toute l'armée de ce costé-là avec une despense effroyable, à cau^e qu'il faut suppléer à fofce d'argent à la misère des quartiefs entièrement ruinez par ôe long séjour que les Ij^upes y ont faict. Aussy j'espère que nous viendrons à bout de le conserver, d'autant plus que M. de Turenne m'escrit que les fortifications nouvelles estoient palissadées et en deffense^; mais, avec tout cela, il faut se haster défaire ce qui reste et se bien tenir sur ses gardes. €ar, asseurement, les enhettiis ont résolu de l'attaquer encore et espient l'occasion de le faire, et il est bon de reveiller tousjours l'application de M. le Protecteur sur ce sujet.
M. de Brienne vous a mandé les pix)position8 que M. le Nonce et M. l'ambassadeur de Venise firent tiouchant la paix, et la i^esponse qui leur fut faicte, de la part du Rôy, lorsque Sa M*^ estoitè Melz. Depuis, M. l'Electeur de Mayence a proposé, à Francfort, de traiter la paix entre les deux couronné», avant de faire un Empereur, afin de rendre les Espagnols odieux en Allemagne par le refus d'une ouverture sy plausible et en mesme temps sy contraire à leurs fins, et de disposer ainsy les choses à une élection plus conforme au désir de Sa M^"^; et comme ces bruits de paix pouvoienl parvenir confusément de delà (en Angleterre), quoy que j'aye desjà faict sçavoir cecy plus au long à M. l'amba'Ssadeur Lockhart, vous pouvez en donner part à M. le Protecteur, ou au secrétaire d'Ëstal, afin de l'en informer, le priant de tenir la chose dans le dernier secret^.
J'ay veu toutes les nouvelles que vous m'escrivez. Je croy que vous ne serez pas fasché de sçavoir que je suis enfin délivré de mon mal, la pierre, qui me tourmentoit, s'estant rompue en deux; ce qui a esté un grand bonkeur pour moy, car eille n'auroit pas pu passer toute en-
' Eu ëtat de résister. cime ni^gociation que d'un commun accord.
^ On a vu que, par le dernier traite con- Mnzarin tenait donc à calmer les défiances (lu entre la France et l'Angleterre, les deux (pie Cromwelt pourrait concevoir à ce sunations sVtaient engagées à n'entamer m- jet.
tière que très difficilemeqt, et m's^voit ca-usé d^s douleurs iuauppor- Novembre 1657. tables.
I I I ^»^^aeM^ii I I — a— «>1KI Mil I | I I III I |. HMP' ■ ■ ■ ■ ■ ■
GXXU. Bibl. nat., nu. f. fr., MiUmge» d» CoUert, t 5i A, f* 4«i V. — Minute.
À M. DE TURENNE
P«rô, 18 novembre 1667.
(bitiait.)
Je vous ay depesché pour vous informer eu diligence des advis que je receus hyer de Flaqdrefi, sur lesquels vous aurez à prendre vos mesures. L'ioteiUion d^s ennemis est de retourner présentement à Mardik pour tascher de ruiner les travaux que l'on a faicts au vieu)^ fort, et ils auroientprîs cette résolution, voyant que lesdipts travaux s'advançoient extrêmement et que Ton ayoit commencé ^ y poser di^^s passades; ce qui leur donnoit une grande inquiétude, voyaojt qyil leur seroit impossible de recouvrer ce po^te» ^i on laissoit achever les fortifications auxquelles vous faictes travailler présentement; mais au cas qu'ils rencontrent dies difficultez qui les eçipeschent d'exécuter ce dessein, dans lequel ils ne peuvent employer qupne nuict, leur dernière résolution est d'y aller avec toutes les choses nece^^ires pour faire un siège et reprendre Mardik à qu^lqq^ prjx qnç ce soit, lorsque IVo^e du Roy s'en sera esloignée, en sorte qn'il li^y faille huit jours pour aller au secours, qui est le temps qu'ils croyenjt leur estre nécessaire pour venir h bout de leur entreprise.
Ils espèrent que, lorsque vous vea^rez le bas forjt en estât de deff^ense, vous vous retirerez et distribuerez les ordres à l'armée pour marcher et aller prendre les quartiers d'hyver, et ils attendent avec grande impatience que vous en preniez la résolution; et aujourd'huy ils pourront bien [changer]* celle d'aller renverser les travaux du vieux fort, afin
' Mot douteux.
aS.
Novembre 1667. de VOUS donner lieu de vous retirer en le voyant en bon estât et de pouvoir, aprez, former ce siège sans appréhension de secours ^
Je sçay aussy que, pour vous convier d autant plus à vous retirer, ils faisoient courre le bruit dans leur [armée] ^ qu'ils estoient aussy toutà-faict résolus à faire la retraite, et que non seulement les soldats, mais les officiers en estoient persuadez, don Juan faisant semblant destre tousjours le pied* à l'estrier pour s'en retourner à Bruxelles; et mesme il estoit dans la pensée, pour faire mieux croire qu'il ne songeoit qu'à mettre les troupes en quartier et à se retirer, de partir en effect de Dunkerque et s'en aller vers Gourtray ou Armentieres, pour revenir tout d'un coup, quand vous vous seriez retiré avec l'armée.
Enfin les ennemis, espérant que vous vous retirerez à la fin de ce mois, sont résolus d'attaquer Mardik; mais s'ils voyoient une fois le vieux fort bien fortifié, le nombre de soldats qui composent la garnison de Mardik augmenté, comme il faudra nécessairement faire, et vous résolu de demeurer avec l'armée dans les postes où vous estes, tant qu'ils se tiendront ensemble et en posture d'entreprendre quelque chose, ils seront sans doute forcez à se retirer tout de bon et remettre l'exécution de leur dessein à Tannée prochaine.
J'ay estimé à propos de vous donner sans delay cet avis, qui est très-important, et Sa M^^ s'asseure que vous en profiterez et prendrez là-dessus les résolutions qui seront les plus conformes à son service. Je suis seulement fasché que cela empesche encore pour quelques jours vostre retour, et je suis tout presl de vou« aller tenir compagnie, si vous croyez que ma présence puisse estre en quelque façon utile. Si vous estimez aussy que l'on doive faire quelque chose à l'esgard des troupes, vous n'aurez qu'à me le mander, et je feray exécuter aussytost ce que vous aurez jugé à propos'.
^ Le projet que Mazarin prête à rennemi dément fut confie au maréchal d'Aumont,
ne reçut aucune exécution ; mais cela ne gouverneur du Boulonais , était de nature' à
prouve pas qu'il n eut point été formé réd- décourager toute nouvelle tentative sur cette
lement par les généraux espagnols , parce place durant Thiver.
que ia garnison importante que Turenne * Mot douteux,
envoya dans Mardick, et dont le eomman- ' Notre armée du Nord était alors en
Prenant ia part que vous faisiez à tout ce qui me regarde, je m'as- Novembre 1657. seure que vous ne serez pas fasché d'apprendre qu'après avoir esté tourmenté pendant sept semaines , j'ay, à ia fin, jeté une pierre assez grosse, et je me trouve à présent, grâce à Dieu, dans une parfaite santé.
J'avois oublié de vous dire que j'estimerois à propos de faire une demy lune, ou quelque autre ouvrage, à Mardik, du costé de Graveiines ; car je crois que ia fortification du fort bas ne va pas jusque-ià.
Bibl. oaL, ms. f. fr.. Mélanges de Colbert, t. 61 A , ^ ia&. — Minute.
À M. DE TURENNE
Paris, a 3 novembre 1657.
(imAR.)
Après lui avoir rappelé ce qu*il lui a dit antérieurement des projets des ennemis, Mazarin ajoute :
Je croy bien superflu de vous dire qu'il faut employer soigneusement le temps pour metttre en perfection tous les travaux du bas fort de Mardik, et je serois mesme d'advis que vous en commenciez quelques autres, afin que, les ennemis rencontrant plus d'obstacles, il fust aussy plus aisé de leur faire recevoir un aiïront, s'ils entreprennent de l'assiéger, comme ils sont résolus de faire. Je vous prie d'y faire reflexion et de donner là-dessus les ordres que vous jugerez plus à propos, car enfin c'est un coup de partye et pour la réputation et pour conserver l'amitié des Ang^ois, pour faciliter nos progrez de ce costé-là la campagne prochaine, que de garder ledict poste.
Je croy aussy qu'il sera bon de laisser à Calais et dans le Boulonnois le plus d'infanterie que l'on pourra, lorsque vous serez nécessité à vous
très piteux ëtat : irles r^ments, dit Tu- dnit depuis le commencement de la guerre),
renne, n*avaient plus guère de soldats n; la désertion allait grand train, et Ton fut
comme on n'avait rien touche durant toute obligé de former des corps exclusivement
la campagne (fût qui ne 8*était jamais pro- composés d'officiers sans troupes.
No¥eiiilwe]657. retirer, afin [d'avoir] un corp6 considérable pour secourir Mardtk par mer, ainsy que les Anglois feront de leur costé, et pour cela il budroit des ordres bien précis de la manière dont on se devra conduire; car j'estime qu'outre ce qu'il y auroit d' Anglois dans les vaisseaux qui pourroient se jeter dans la place, il faudra aussi embarquer un bon nombre pour le mesme effet de ceux [des Anglois] qui seront logez dans le Bouloniiois,'et conjoinctement des François qui auront leur quartier là ou à Calais; et le s' Talon aura soin de leur faire donner de largent pour quinze jours ou trois sepmaines à bon compte de leur quartier d'hyver, et mesme on leur pourra faire quelque meilleur traitement à cause de la fatigue.
En tenninant, Mazarin répète les avis qu'il a dëjà transmis à Turenne sur les projets des ennemis et l'engage vivement à ne pas sMioigner de Mardick.
Bibl. nat., ms. f. fr., Mélangés de Colheri, t. 5i A, f 610 v**; minute. — Aff. ëtr., France, t. 97a , f* 3i5; copie du temps.
AU CHEVALIER DE TERLON
[Paris], 93 novembre 1657.
(bxtiait.)
Mazarin exprime sa joie des succès du roi de Suède. Il espère qu ils oUîgeront la Pologne à conclure bientôt la paix.
Quand le roy de Suéde croira que la France prend plus de part en tout ce qui le regarde que qui que ce soit, et qu elle n oubliera rien de ce qui sera dans la possibilité pour luy donner des marques de sa sin- /Cere amitié, Sa M^ no«s rendra justice. Car, effectivement, outre l'interest qu'a cette couronne de voir prospérer ses affaires, nous regardons avec admiration son intrépidité et sa généreuse conduite ; car Ton voit que sa fermeté et son courajge augmentent à mesure que le mimbre de ses eanemis «-accSpaMt; et^ fhdur laoy, j'empare que 4;ette vertu he-
roïque aura la rescompense qui luy est deue, et que Sa M'^ sera bien- Novembre 1657.
tost en estât de se venger de son véritable ennemy S qui, durant un
temps, lui a suscité sous-main tant de guerres, et qui, à présent, a
levé le masque pour le faire à la descouverte, par toutes sortes de voyes.
Mais, au nom de Dieu, conjurez-le, de ma part, de se rendre plus
facile que jamais pour faire son accommodement avec la Pologne,
preferablement, ou au moins, avec le Danemark, si la conclusion de
l'autre se rendoil difficile par les artifices des Austrichiens; ce que je
ne croy pas. Et surtout, je le conjure de faire agir tous les ressorts
imaginables pour ramener lesprit de TElecteur de Brandebourg, sans
sarrester à la conduite qu'il a tenue, quoy qu'elle ne soit pas soute-
nable, estant tout-à-fait nécessaire, pour ne manquer aux règles de la
prudence, de dissimuler et ne tesmoigner pas avoir la moindre con-
noissance des promesses^ dans lesquelles S. Alt. [Electorale] s'est laissé
aUer par les artifices de l'Isola. Car, s'il nous peut réussir de ramener
cet esprit et de faire la paix avec l'un des deux roys, les affaires se
mettront en telle assiette, qu'on les verra prospérer tousjours de plus
en plus, puisque, de nostre costé, on n'oubliera rien pour cela; et, de
faict, je travaille de la bonne manière, et de tous costez, à beaucoup
de grandes choses qui rejailliront asseurement à l'advantage du roy dn
Suéde.
M«JKarin amioïKe ensuite Tenvoi d'argent destine à ce prince. Il termine en pariant de Fassasîinat de Monaldeschi par ordre de la reine Christine et des senliivenls que ce meurtre a excités en France :
Je suis obligé de vous dire avec desplaisir que, par quelque mauvais conseil, la reyne de Suéde a faict tuer le marquis Monaldesqui, personne de condition, qui esloit son grand escuyer^, et que les cir-
* Cet ennemi éUit la maison d'Avtriehe, bleau, le 10 novembre 1687. On peut cou* h laquelfe Mazarin altriboe les coalitiona siiker la relation de cet asBaasîiMitfMr Marcofinméee contre la Suède. Antonio Gonti, publiée dans le Vm^^ de ' ' Voy. ci-dessus , p. 909, dmtx HoUtmdaiê à fitariêy p. ^8 et «uîk. , et
* <k meurtre avait eu Ueu à Fontaine- les AMmom Je M^*4e ÂfMmife, p. Ma.
Novembre 1667. coDstaiices de Cette action-là font regarder avec horreur dans un pays où Ion nest pas trop accoustumé de voir de semblables tragédies; car cela a esté exécuté dans une gallerie de Fontainebleau; après que la reyne luy eut parlé deux ou trois fois, se rendant inexorable à ses justifications, Sa M*® le fit confesser S et, après, un appelé Sentineily, qui estoit ennemy du défunt, assisté de deux autres, luy donnèrent cent coups en ladicte gallerie, qui n'estoit qu'à deux pas de la chambre de la reyne. Toute cette ville, depuis le plus grand jusqu'au plus petit, en ont esté si scandalisez, que je ne sçaurois assez vous le représenter, et d autant plus qu'on ne voit pas qu'il y eust sujet de se porter à cette extrémité^. Le Roy et la Reyne en ont receu un sensible déplaisir. Mais passant sur toutes les considérations qui pouvoient faire grande force sur leur esprit en cette rencontre, Elles ont
' Le père Le Bd, prieur des Trinitaires, attaché à la chapelle de Fontainebleau , reçut la confession de Monaldeschi; il a laissé une relation de ce meurtre. D'après M"' de Motteville, le confesseur était aussi effrayé que son pénitent.
' Il parait que Mazarin avait envoyé h Christine, Ghanut, ancien ambassadeur de France en Suède, pour lui reprocher le meurtre de Monaldeschi. C'est ce qui résulte de la lettre que Christine adressa à Mazarin. M. Gefiroy, membre die Tlnstitut, Ta re> trouvée au Ministère des Affaires étrangères et Ta publiée, dans le Recueil des Inetructùms données aux ambassadeurs et ministres de France en StiÀfe (Paris , 1 885 ). Voici le texte de cette lettre, qui peint le caractère de Christine :
(rMon cousin,
rrM. Chanut, qui est un des meilleurs amis que je pense avoir, vous dira que tout ce qui me vient de votre part est reçu de moi avec estime ; et s'il a mal réussi dans
les terreurs paniques qu il a voulu susciter dans mon âme, ce n'est pas faute de les avoir représentées aussi effroyables que son éloquence est capable de les 6gurèr. Mais, à dire vrai, nous autres gens du Nord sommes un peu farouches et naturdlement peu craintifs. Vous excuserez donc si la communication n'a pas eu tout le succès que vous auriez désiré ; et je vous prie de croire que je suis capable de tout faire pour vous plaire, hormis de craindre. Vous savez que tout homme qui a passé trente ans ne craint guère les sorciers. Et moi, je trouve beaucoup moins de difficulté à étrangler les gens qu'à les craindre. Pour Faction que j'ai faite avec Monaldeschi, je vous dis que, si je ne l'avais faite, je ne me coucherais pas ce soir sans la faire, et que je n'ai nulle raison de m'en repentir (/et quelques mots UUsibles.) ' Voilà mes sentiments sur ce sujet ; s'ils vous plaisent, je serai aise ; si non , je ne laisserai pas de les avoir et serai toute ma vie votre affectionnée amie.
rr CHRISTINE, n
bien fait connoistre à ladite reyne que Taction qu'elle a faite ne pou- Novembre 1657. voit estre approuvée; mais, en mesme temps, Elles ont donné toutes les marques d'amitié et daffection qu elle pouvoit désirer, et le Roi partit hyer, avec Monsieur, pour l'aller visiter à Fontainebleau ^
BîU. nat., ms. f. fi*., Mélanges de Colbert, t 5i A, f** &t5; minute. — Âff. ëtr., Angleterre, t. 69, P 919; copie du temps.
À M. DE BORDEAUX
Paris, 9& novembre 16671
Vous avez appris que, par l'application extraordinaire et la diligence avec laquelle on a travaillé à la fortification de Mardik, cette place est desjà en estât de deffense, et M. le Protecteur en doit estre satisfait; mais, pour ne se point flatter, toute la peine que l'on a prise, et la grande despense que l'on a faicte, demeureront inutiles, si Son Altesse n'a la mesme chaleur et ne faict les mesmes efforts que nous pour sa conservation; et comme je sais, à n'en pouvoir douter, que les ennemis sont résolus determinement à l'assiéger aussytost que M. de Turenne se sera retiré; qu'ils en font cependant tous les preparatife, D. Juan estant à Dunkerque pour cet effect avec le roy d'Angleterre et tous les autres officiers généraux , à l'exception du prince de Condé , qui estoit allé à Gand, plus malade encore qu'il n'avoit esté de sa fièvre tierce, et qu'il est absolument impossible que nostre arn^ée puisse demeurer plus longtemps dans ce voisinage-là sans se ruyner si fort que nous n'en aurions plus pour la campagne prochaine, n'y ayant mesme subsisté jusques à présent qu'avec de grandes fatigues et une despense prodigieuse, il faut songer sérieusement et sans delay à mettre les choses en estât que Mardik se soustienne sans l'armée, et que l'on y puisçe jeter à point nommé autant d'infanterie que les ennemis en
' La reine Christine ne revint à Paris qu*au mois de février i658 et quitta définitivement la France dans les premiers jours du Carême de cette année-là.
MAZiiu. — Tiu. 99
UFKmUS «ATIOIAU.
Novembre 1667. auFont poui' lattaquer, en sorte que, s'ils exécutent la resolution qu'ils en ont prise, ils y reçoivent apparemment un affront.
Pour cet effect, il est d'une nécessité absolue que M. le Protecteur fasse promptement embarquer sur les vaisseaux, qui sont à la rade de Mardik, un de ses vieux regimens, qui soit composé, au moins, de douze à treize cents hommes, afin qu'il puisse entrer dans la place, avec d'autres troupes que l'on tiendra prestes pour la mesme fin dans le Boulonois, aussytost que les ennemis marcheront pour l'assiéger. M. de Turenne doit vous en avoir escrit. J'en ay aussy parlé fortement à M. l'ambassadeur d'Angleterre; mais comme la chose presse et qu'elle est décisive, je vous prie d'en représenter encore, de [ma] part, à Son Altesse l'importance et la nécessité , afin que , faute de ce secours , nous n'ayons pas le desplaisir de voir toutes nos peines perdues, et que, les ennemis venant à bout de leur dessein, s'estent du pied une espine si fascheuse et se délivrent de l'inquiétude qu'ils ont des suites que peut avoir la conservation de ce poste.
J'ay advis que l'on a embarqué en Espagne, sur quelques frégates, de l'infanterie pour passer en Flandres, dont il sera bon que vous informiez M. le Protecteur, afin qu'il donne là-dessus les ordres qu'il jugera nécessaires. Ces frégates pourront arriver vers le i5 décembre, ou à la fin du mois au plus tard.
J'ay vcu toute vostre depesche du 5 de ce mois; la proposition de remboursement^ n'est pas seulement hors de la raison, mais aussy injurieuse; car on ne peut pas agir de meilleure foy que nous avons faict en exécution du traité, et le Roy l'a tellement à cœur, que c'est par là qu'il prétend commencer la campagne prochaine, ainsy que j'ay expliqué plus particulièrement à M. l'ambassadeur Lockhart. Je ne sçay
* Olivier Gromwell prétendait que les depuis le 1" avril jusqu'au 1" septembre.
Français n'avaient pas exécute les conditions k raison de a 5,ooo écus par jour, et rrqa*an
du traité de Paris, dont la principale, à ses cas qu'on lui refusât ce dédommagement, il
yeux, était le siège de Dunkerque, et de- trouverait bien moyen de se faire justice»,
mandait à être remboursé des frais que (Voy. la dépêche de Bordeaux à Mazarin
TAngleterre avait faits pour cette expédition, dans le tome 68 de la Corresp, d'Anglet,
notamment pour Tarmement de la flotte, f* 101.)
si les depesches dudict sieur ambassadeur sont conformes à ce qu'il me Décembre 1657. tesmoigne, mais il ma paru tres-persuadé et tres*satisfait de tout ce que je luy ay dict.
Je n ay rien à répliquer sur ce qui regarde les affaires de Suéde et de Brandebourg; mais, la guerre estant déclarée entre le Portugal et les HoUandois, il semble que M. le Protecteur auroit grand ihtérest, aussy bien que nous, à s'employer pour un prompt accommodement, n'y ayant que nos ennemis communs qui puissent tirer advantage de cette division.
Bibl. Dal., nis. f. fr., Mélange» de ColbeH, t. 5i A, f &&8. — Minute.
À M. DE TURENNE
Paris , 1 *' décembre 1657.
(extrait.)
Mazarin insisle sur les avis qu'il a reçus de Flandres et sur la nécessité de fortifier Mardick et Bourbourg pour les mettre à Tabri d'une attaque des ennemis. Il reproduit ce qu'il a déjà dit dans les dépêches antérieures. Il ajoute :
. On envoyé les ordres à M. le mareschal d'Aumont pour avoir l'inspection générale sur toutes les troupes qui demeureront dans le Boulenois* et sur cette frontiere-là , et comme cet employ aura beaucoup d*estendue, on luy donnera deux lieutenans généraux soubs luy, dont l'un sera M. d'Equancourt^ 11 faut que les. troupes qui demeureront à Calais et dans le Boulenois^ ayent pour objet la conservation de Mardik aussy bien que celle de Bourbourg et qu'elles se tiennent prestes à s'y jeter ed cas de siège; car encore qu'il y ayt sujet de croire que les Anglois n'y laisseront pas manquer d'hommes, nejsmtmoins, quand
' La minute porte ici et ailleurs B^io^ néral en i655, le tome Vli, p. iâ3, des naiê. Lettres de Mazarin.
' Voy. sur Daniel de Montmosency, QiaJ> ' Ici l'orthogcaphe die la minute est bien
qais d'Ësquancoarl, nomu^ lieutenant gë- BmlonoUi
Décembre 1657. il y aura avec eux des François, qui ont plus d'expérience qu eux pour la deffense des places et (jui leur pourroient donner de l'émulation , le service, sans doute, s'en fera beaucoup mieux.
Enfin, bien que la rigueur de la saison, le peu d'infanterie des ennemis, laquelle est de plus fort misérable, l'impossibilité cpi'ils auroienl d'empescher qu'avec les frégates qui sont dans la fosse de Mardik nous n'y jetions pendant le siège tout ce (jue bon nous semblera, l'asseurance que nous avons d'estre secourus de deux vieux corps d'Angleterre, le bon estât des fortifications qu'on a desja faictes et celles qu'on continue de faire, le nombre et la qualité des officiers el [de tout ce]* que l'on a choisy pour defi'endre cette place, le bon ordre que vous avez donné afin de la pouvoir secourir par l'envoy des troupes qu'on laisse à Calais et dans le Boulonois, la resolution où l'on est icy de n'espargner ny l'argent ny aucune des choses nécessaires pour la conservation de ce poste, et l'esclat que fera l'envoy de plus de cent soixante tant des mousquetaires du Roy que de mes gardes, que l'on envoyé pour se jeter dans ladicte place, bien, dis-je, que toutes ces choses deussenl persuader que les ennemis n'oseroient tenter une entreprise si hardye que celle de l'assiéger, dans laquelle vraysemblablement ils eschoueroient, neantmoins, à en juger par le naturel chaud et ambitieux de Don Juan et par la passion qu'il a de reparer par quelque action de vigueur et de réputation les malheurs qu'il a eus pendant cette campagne, dont sa gloire a esté assez ternye, on ne doit point douter qu'il n'exécute ce dessein, à moins qu'il voye une impossibilité absolue d'y réussir par les choses que nous avons desja faictes et que nous faisons encore pour l'en empescher ; et ce qui le fera davantage opiniastrer à cette resolution sera la maladie de M. le Prince de Condé^, qui l'empescheroit d'avoir aucune part à la reprise de Mardik ; car, ayant eu beaucoup de chagrin et de jalousie (quelque démonstration qu'il ayt faicte au contraire) que ledict prince seul ayt acquis quelque gloire
^ Mots douteux. ger pendant quelque temps. D aHa ensuite
' M. ie Prince , étant tombé malade , avait achever sa convalescence à Braxelies , comme dû se faire porter è Gand, où il fut en dan- on le verra plus loin.
dans celte campagne par le secours de GambrayS il ne songe qu'à Décembre 1657. faire en son particulier quelque action qui balance le mérite de cellelà et ne fasse pas moins de bruit dans le monde.
Le sieur de Baas^ commandera les mousquetaires du Roy et mes * gardes. Il mené avec luy les mareschaux des logis desdicts mousquetaires, qui ont esté à moy et sont de tres-braves gens, et j'envoye avec mes gardes le sieur de Gasau ', que je puis dire avoir faict la meilleure partye du siège de Montmedy et qui est un des meilleurs officiers qui se puisse trouver. Ge sera à vous à ordonner audit sieur de Baas s'ils [les mousquetaires] devront passer à Mardik à cheval ou à pied. Pour moy, je croy qu'il vaut mieux quils aillent à pied, et, en ce cas, il faudra leur donner un quartier pour cela dans le Boulenois, comme je Tescris à M. d'Ormesson. Baas obeyra à M. le chevalier Reynolds, à qui je mande que, par le choix des gens que le Roy luy envoyé, il peut cognoistre combien Sa M^ a à cœur la conservation' de Mardik,
Nonobstant cet envoy, je croy que vous devez mettre dans la place deux cens chevaux au moins, bien choisis, et avec de bons officiers, auxquels on fera un meilleur traictement qu à ceux qui seront en quartier d'hyver en France.
Je fais grand cas de ce qui reste d'infanterie lorraine et particulièrement des officiers. G'est pourquoy j'ay jugé à propos qu'on la laissast dans le Boulenois, car, se jetant dans Mardik, en cas de siège, cela feroit sans doute un tres-bon effect. ^
' Voy. t Vn,p. A79 etsoiv. Gondëavait^ avec sa cavalerie, délivre Cambrai investi par Tureone, dont il avait force les lignes.
* Voy.^sureepersonnage, tVI,p. 110, note 3, des Letlret de Matarin. Le baron de Baas, charge en i655 d'une mission diplomatique en Angleterre, commandait en 1687, sons les ordres de Philippe Mandni, les mousquetaires du Cardinal. Cette cir-
constance a contribue à faire confondre les deux frères , Paul , baron de Baas , et Charles , comte d'Artagnan, qui servaient tous deux dans les mousquetaires.
' IsaacdeBëondeCasauouCasaux,qui avait dëbutë comme mousquetaire dans les gardes de Mazarin, fot nomme maréchal de camp en 1676, lieutenant général en 1678 et mourut en 1681.
Dikombro 1 637.
GXXVII.
Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i A, P A5i ; miaule. — AlF. ëlr., Angleterre, t. 69, P aaa, et France, t. aya , f° 3aa; copie du temps.
À M. DE BORDEAUX
Paris ^ i*' décembre 1657.
( EXTRAIT
Je crois M. le Protecteur trop juste et trop esclairé pour avoir des meffiances de la sincérité de nos intentions sur l'exécution du traité, puisqu'il sçait les diligences que nous avons faictes pendant la campagne; que, ne pouvant pas faire plus, on a mis le tout pour le tout pour prendre Mardick et Bourbourg, et que présentement nous faisons les derniers efforts pour la conservation des deux postes, afin d'estre en estât d'attaquer Gravelines et Dunkerque à la campagne prochaine; et quand il considérera avec quelle diligence et quelle application on a travaillé à mettre lesdicts postes en estât de deffense ; que le Roy, par cette seule raison, a faict demeurer toute son armée en campagne six semaines plus qu elle n'auroit faict sans cela, dont les troupes et le pays ont esté esgalement ruynez (ce qui coustera des sommes immenses à reparer) ; qu'on a choisy des meilleurs officiers de France pour mettre dans Mardick^; qu'on y envoyé continuellement des troupes pour fortifier la garnison et quinze compagnies des gardes qu'on laisse à Calais et à Ardres, et un corps considérable dans le Boulonnois pour estre prest à s'y jeter en cas de siège; que l'on pourvoit, autant qu'il despend de nous, toutes les autres choses qui y sont nécessaires ; que Sa M^% pour monstrer combien Elle a la chose à cœur, faict partir, ce matin, cent soixante hommes de sa compagnie des mousquetaires et de celle de mes gardes, outre mes compagnies de gens d'armes et de chevaux-legers, qui feront près de quatre cens hommes des meilleui-s
^ Voy., sur ces olBciers, la lettre précédente, p. aay.
du royaume, pour aller audict Mardick, et qu'enfin Elle adesjà em- Décembre 1657. ployé plus de cinq cens mille livres pour mettre ces deux places dans Testât où elles sont, ou pour fortifier beaucoup d'autres places et postes qui ont esté nécessaires pour la communication et pour payer les troupes extraordinaires qu'on y a establies, je pense que S. A. aura lieu de croire que nous y marchons d'assez bon pied , et qu'elle ne prétendra pas qu'âpres une si grande despense nous nous chargions encore de celle qu'il faut faire pour maintenir un poste qui luy doit demeurer.
Bibl. nat, ms. f. fr.. Mélanges de Colbert, t. 5i A, f A33. — Mioute.
À M. DE TURENNE
Yincennes, 7 décembre 1607 K
Article 1". Vous aurez sceu l'extrémité à laquelle estoit réduit M. le prince de Condé. Il n'y a que cinq jours qu'il arriva encore un courrier, de sa part, à Paris pour presser le départ du s' Guenaut^, qu'on luy envoya aussytost, et ce courrier rapporta, de vive voix, qu'il estoit abandonné des médecins; mais comme, depuis, nous n'en avons point eu de nouvelles, je croy qu'il se porte mieux et que la vigueur de l'aage, dans laquelle il est, l'aura sauvé.
Article 2. Les nouvelles que j'ay de Flandres sont cpie les ennemis travailloient à tirer un secours considérable de la province de Flandres, afin de pouvoir mieux faire tous les préparatifs nécessaires pour l'at-
' OûMieniéie: Addition mise par S. Em, * François Gaënaud, Guéaaut ou Guë-
(^[friê les deux arUeles marqués i et a. Ces nault, mëdecin célèbre dont partent Guy
articles sont places au P 433 v"* du manu- Patin et Boileau. Ne en 1 5 go, il mourut le
^t On les a reproduits ici au commen-» i6 mai 1667. Il iîit nomme premier më-
ccment de la lettre. On a indique plus loin dedn de la reine Marie-Thër^. (Voy. le
Je commencement de Y addition. Diet. critique de Jal, au mot Gubnault.)
Décembre 1657. taquc de Mardik, à laquelle ils continuent d*estre opiniastrement résolus. J'envoye le chevalier de Clerville ^ voir la place et pour me rapporter Testât où il laura trouvée. Je croy mesme qu'ayant autant d'intelligence qu'il en a des fortifications, iln y sera pas tout-à-faict inutile, et je vous prie de luy donner toute Tassistance dont il aura besoin pour s'y rendre en seureté.
^ Si vous avez quelque ordre à donner à Mardik, vous le pourrez faire par ledict chevalier de Clerville.
Il y a six jours que je fis partir cent mille livres pour estre portez à Boulogne, à la disposition de M. d'Ormesson, bien entendu que préalablement il en prendroit soixante mille pour payer le mois de novembre aux Anglois.
Heureusement que Ton a assez bien pourveu Mardik ; mais je suis en inquiétude de deux choses : la première, de ne voir pas une personne dans ladicte place bien capable des choses extraordinaires pendant le siège ; car le chevalier Reynolds est bien un brave homme et qui prodiguera son sang sans aucune contrainte ; mais il n'a pas d'expérience. J'eusse voulu, ainsy que je vous ay escrit, qu'on y eust mis d'autres officiers soubs luy bien expérimentez et de la dernière reso* lution.
L'autre [sujet d'inquiétude] est qu'ayant faict surseoir de donner le commandement à M. le mareschal d'Aumont à cause de M. le duc d'Ëlbeuf ^, je crains qu'il n'arrive de cela quelque inconvénient, nonobs-
^ Nicolas de Clerville, ingénieur, maréchal de camp en 1 65a , commissaire général des fortifications en 1663, mort en 1677.
^ Ici commence l'addition mentionnée cidessus.
^ Le dnc d'Elbeuf était gouverneur de Picai^e et s'opposait à ce que le duc d'Aumont, gouverneur du pays de Boulogne, eût le commandement des troupes qui agiraient en Picardie. La compétition des gouverneurs de province, dont lautorité territoriale se posait en face de l'autorité active
des maréchaux, datait de loin. Le gouverneur de province, qui portait le titre de lieutenant général, prétendait, surtout lorsqu'il était prince et officier de la couronne, commander conjointement avec les maréchaux de France dans l'étendue de sa juridiction. De leur cAté , les maréchaux refusaient, à tort, de prendre du gouverneur Vattaeke et l'ordre de route, de reconnaître sa suprématie administrative, et comme il n'existait aucun texte positif, on se disputait, jusque devant Fennemi, à qifl commanderait..
tant que j*aye tasché d y remédier, d'ailleurs, en faisant envoyer d'autres Décembre 1657. ordres pour secourir Mardik, s'il est attaqué.
Si vous arrivez bientost, nous pourvoierons à tout; mais, par les advis que j'ay, je dois croire que les ennemis ne différeront pas la resolution qu'ils ont prise d'attaquer Mardik, quelque chose qui en puisse arriver. Il faudra voir s'ils y persisteront lorsqu'ils apprendront le nouveau renfort qu'on y a envoyé.
M. le Prince est hors de danger, à ce que rapporte un courrier que M. le prince de Gonty y avoit envoyé par permission du Roy; mais tout le monde croit qu'il n'a jamais esté en péril, quelque chose [que ses] amis ayent voulu dire au contraire.
Bibl. oat, ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i A, P' ASy v' et Ayg.