‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 2)Chapitre 25 sur 81 · À M. DE BAAS · texte numérisé non relu

À M. DE BAAS

Paris, i3 décembre 1657.

(extrait.)

Mazarin lui parle d'abord de TimportaDce de la défense de Mardick, où il se reod avec des mousquetaires du Roi et une partie des gardes de Mazarin. Dans une addition placée au f* /iyg du manuscrit, le Cardinal ajoute :

Je vous prie d avoir soin de mon neveu ^ et ne vouloir pas qu'il se hazarde mal à propos. J'ay creu qu'il estoit bon de l'envoyer en ce rencontre, et d'autant plus que les Anglois se confirmeront par cela de plus en plus que le Roy n'oubliera rieïi pour la conservation de Mardik; car le voyage de mon neveu fera que plusieurs personnes prendront le mesme party. Le reste des mousquetaires et de mes gardes partira demain avec l'équipage de mon neveu qui doit arriver à Calais quatre jours après luy. J'entends qu'il tienne, estant dans la place, une très-grande table , et qu'outre cela il y ay t du pain , du vin et grosse

* Voy., sur ce personnage, ci-dessus, ' PhilippeMandni. (Voy. t. VII, p. 609,

p. 999. des Lettres de Mazarin.)

MAZlKlIf . TlII. 3o

IMPRiaHIB JiiTIOIALr.

OccembroiGBv. viande pour tous les petits oOiciers qui eu voudront; et Coibert a donné les ordres nécessaires là-dessus au maistre d'hostel de mou neveu, et vous tiendrez la main (pie cela s'exécute de la bonne manière. Je luj ay donné mille escus pour son voyage, c'estrà-dire à mon neveu.

Je crois qu'il est à propos que les chevaux de mes gardes entrent dans Mardik, car, en certaines occasions, ils pourroient sortir avec k cavalerie; et je voudroia aussy que mes compagnies de gens d'armes et de chevaux-iegers y fussent. Le comte de Moret^ part pour les commander avec tout ce qu'il y a de cavaliers. Vous serez attaquez sans doute ; mais j'espère que les ennemis y recevront un affront. Escrivezmoy souvent.

GXXX.

Bibl. nal., ms. f. fr., Mélanges de Coibert, t. 5i A, f 48i; minute. — Aff. ëlr., Angleterre, t. 69, f' aSi ; copie du temps.

À M. DE BORDEAUX

Paris, i3 décembre 1667.

(fXTBAlT.)

M. le Protecteur a vu que Ton a tenu jusqu'à la dernière extrémité i armée du costé de la mer, pour appuyer principalement les fortifications qu on faisait à Mardik et estre en estât daller aux ennemis, s'ils en entreprenaient le siège, comme ils auroient faict sans doute s'ils avoient veu nostre armée esloignée. L'on a généralement mangé tous les fourrages qui estoient de ce costé-là, et, aprez les avoir consommez, comme aussy l'avoyne qu'on y avoil faict envoyer d'Amiens, voyant périr tous les jours quantité de chevaux, faute de subsistances, l'armée fut retirée à dix ou douze lieues de là depuis quatre ou cinq jours ^; et

* Voy. t. VII, p. 98, note a , des Lettres dit Turenne, Tannée du Roi fut obligée de de Mazarin, quitter Ruminghen, et celle des enneniis,

* Vers la fin du mois de novembre, qui avait toujours été campée derrière Dan-

bientost elle se mettra en marche pour aller prendre des quartiers Ddceinbrei657. d'hyver, aprez en avoir tiré tout ce qui a esté creu nécessaire non seulement pour avoir un corps considérable d'infanterie françoise dans Mardik et dans Bourbourg, mais aussy les gardes françoises et suisses sont demeurez à Ardres et à Calais, fortifiez des officiers et soldats qui estoient desja revenus à Paris, et l'on a laissé de plus trois autres bons régiments dans le Boulonois.

D'ailleurs, on loge quantité de troupes, tant d'infanterie que de cavalerie vers Amiens, tirant du costé de la mer, et l'on a choisy les meilleurs régiments et qui sont en meilleur estât pour s'en pouvoir servir en cas de besoin ; et je vous puis dire sans exagération que le Roy a tellement à cœur la deffense de Mardik, tant pour la satisfaction de M. le Protecteur que par toute autre sorte de raisons, qu'il a préféré cela sans peine à la conservation de son armée, laquelle est tellement desbifée \ la ptuspart des cavaliers estant à pied et l'infanterie réduite en fort petit nombre, qu'il coustera à Sa M'^huit cens raille escus, au moins ^ plus qu'à l'ordinaire, pour la remettre en estât de servir la campagne prochaine.

^ Je ne sçay pas ce que M. l'ambassadeur Lockart a pu mander de delà, mais je ne luy ay jamais dict autre chose, à l'esgard de Mardik, que ce que je vous ay escrit à vous-mesme, qui est que le dessein des ennemis estoit d^attaquer de nouveau la place, comme je vous confirme que c'est leur resolution, et qu'ils ont desjà tiré l'argent de la province de Flandres pour l'exécuter.

Vous pourrez asseurer le ministre de Brandebourg que, s'il rend quelque service consideraUe, il sera rescompensé et qu'en tout cas sa bonne volonté sera tousjours considérée, le peu de satisfaction que son maistre a receu de la maison d'Austriche par l'inexécution de tout ce qui lui avoit esté promis, joint à la paix qui se va conclure entre la

kerque, se relira aussi dans son pays sans avait le sens de gâtée {Dict. de Fureliire, aa avoir pu rien entreprendre. mot iêbiffer),

' On serait tenlë de lire debiiitee; mais * Cette dernière partie de la lettre se

je ne puis déchiffrer que desb^ée. Ce mot trouve au f 486 dans la minute.

DércmbreiG57. Pologne et la Suéde, par Tentreniise du Roy, donnera à ce prince ^ les mesmes sentimens pour cette couronne qu il avoit auparavant que risola eust empoisonné son esprit, et il trouvera icy des amys, qui ne luy manqueront jamais.

Je me remets aux depesches de M. le comte de Brienne pour ce qui est du Portugal. J'adjousteray seulement une chose que vous pouvez dire à M. le Protecteur : que, pour rendre les Hollandois plus traitables sur ce sujet, il n'y a qu'à leur tesmoigner, de sa part, comme nous, de la nostre, que nous ne pouvons pas souffrir la continuation d'une guerre^ dans laquelle Tennemy commun^ trouve son compte et profite seul aux despens de nostre amy commun, et cela suffira, sans autres menaces, pour les obliger à une suspension [d'armes] qui nous donnera lieu, aprez, de faire l'accommodement.

Je vous prie de redoubler vos offices auprez de M. le Protecteur en faveur des catholiques, et de luy dire confidemment, de ma part, que ce n'est pas seulement le zèle que je dois avoir, estant ce que je suis, qui me faict vous en escrire ainsy , mais c'est aussy qu'effectivement le mauvais traittement des catholiques en Angleterre, dans le temps que la France et l'Angleterre sont si unies, donne sujet à beaucoup de gens de parler contre moy, faisant juger par là quels préjudices on ne doit pas craindre pour la religion, les Auglois s'establissant en Flandre, et quel est le tort que cela me faict dans le monde. Il en peut arriver des inconveniens dans la politique pour ses interests. C'est pourquoy j'espère qu'il voudra bien faire considération là-dessus.

^ Il ne peut être question ici que de commencëe en 16&0, entre le Portugal et

Télecteur de Brandebourg, séduit d'abord TEspagne, à i^occasion de la séparation de

par Lisoia. ces deux royaumes, elle ne se termina qu'en

- La guerre entre le Portugal et les Pro- 1668, par le traité de Lisbonne.

vinces-Unies, dans laquelle le premier avait * Les Espagnols en guerre avec la France

déjà ' recouvré le Brésil. Quant à la lutte et TAngieterre.

I , Décembre 1657.

Bibl. nal., ms. f. fr., Mélaxges de Colbert, t. 5i A, f* âSy. — Minute.

\ M. DE TURENNE

[Paris], 18 décembre 1667.

(kitrait.)

Je n'ay aucune nouvelle de Mardik depuis vostre départ, mais je suis en peine d'une lettre, que j'ay veue entre les mains de Tabbé Fouquet, du capitaine de Picardie^ qui commande les François dans ladicte place, dont le contenu est : que les troupes consistoient en trois cens soldats anglois, soixante sergens et cinquante officiers, trois cens soldats François, soixante-dix sergens et soixante officiers et cent trente chevaux.

Sa lettre est du treize du courant. Il dict aussy que les mousquetaires du Roy et mes gardes estoient arrivez ; mais comme je croyois que la garnison fust, au moins, de deux mille cinq cens hommes, j'ay esté fasché d'apprendre ce que dessus ; car s'il pouvoit réussir aux ennemis de rompre la communication de la mer à la place, asseurement ils en auroient bon marché. J'espère pourtant que cela leur sera tresmalaisé, et que ce pendant, les secours de France et d'Angleterre entrant, ils ne réussiront pas en leur dessein ; à quoy je suis persuadé que vous contribuerez tout ce qui dépendra de vous. '"~~"~ ' -—--..— ...i ■ .1. 1 . .. . ... ■■ ,..i ■ .1» .1 . - ■ ■ .. , ■ -

GXXXII.

Bibl. nat, ms. f. fr., Mélmfe* de Colbert, t. 5i A, f* iSa. — Minute.

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