‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 2)Chapitre 27 sur 81 · A M. DE FABERT · texte numérisé non relu

A M. DE FABERT

(extiait.)

Paris, 5 janvier i658.

J avois résolu de vous escrire sur diverses provisions qu'il y a à faire et de vous prier d'en prendre le soing; mais je suis si touché de la mort de mon neveu qui estoit aux Jesuistes^ lequel meurt par le plus estrange et le plus malheureux accident du monde, que cela me faict remettre à vous entretenir au long une autre fois. C'est un jeune garçon qui promettoit beaucoup et pour lequel je vous advoue que j'avois bien de la tendresse; ce qui vous obligera sans doute, estant autant de mes amis que vous estes, à compatir encore davantage à mon affliction ^.

' Alphonse ManciDi était mort le 5 janvier i658, à l'Age de quatorze ans, des soites d'un accident arrive an collège de Clermont (aaj. Louis-le-Grand.) Ses cama- FMks da collège des jésuites, qui le bernaient» le laissèrent tomber si malheureusement, qu'il se brisa la tête et mourut des suites des blessures qu'il avait reçues. Cet accident fournit aux ennemis du Cardinal une occasion de faire éclater leur haine. Guy Patin se signale par son acharnement II écrit À Spon : «rlln des neyeiu du Mazarin, nommé Mandni, écolier aux jésuites, y fut fort blessé à la tête, le jour de Noël (1657); il en a été trépané et est en grand danger. Le Mazarin est fort affligé. G'étoiept quatre écoliers des jésuites qui le bemoient^ dont

deux le laissèrent cheoir exprès, afin qu'il fÂt blessé. 9) Patin ajoute dans la môme lettre : (r Le petit Mancini , neveu de Son Éminence, est mort de ses convulsions, avec sa tête cassée, le 5 de janvier, à fr heures du soir. On dit que le Mazarin est tout épouvanté de cette mort; cela fit résoudre le Roi, avec Son Éminence, de s'en aller crier le Roihoit au boisdeVincennes, pour consoler ce grand génie d'une perte si sensible": nempe omuU ordo exereit kistrioniam , rex , sacerdot , flebs , eques^. Le Mazarin avoit envie de faire venir un chapeau de cardinal pour ce petit neveu, etc.» Patin continue par une attaque contre l'avidité des Italiens.

• Voy. , sur ce neveu de prédilection de Mazarin, le tome VII, p. 809.

* Les faite sont traTestis : Mazario B*était retiré k Vineennes, où le Roi alla le rejoindre pour le consoler. ^ Twujomnt ïm comédie , mit, prUru, peuple, chtvaUtn. Il est inatîle (Tinsister sar la malveillance qui ne voit qn'one eomédie dans la donieor trop fondée et trop réelle dn Cardinal.

Janvier i658. Je me resjouis de tout mon cœur avec vous que M"** la marquise de Fabert se porte mieux. Je luy rendray icy tous les services qui dépendront de moy, et vous priant de faire tenir le pacquet cy-joint à M. le comte de Wagnée S je demeure, etc.

Bibl. nat., ma. f. fr., Mélanges de Colbert, t. Sa, f" a v*. — Autographe.

À M. SÉLECTEUR DE MAYENCE.

Paris, 5 janvier i658.

(bitbait.)

La personne qui aura l'honneur de présenter cette lettre à V. A. El. est un de mes secrétaires^ en qui j'ay entière conOance, et je le fais partir en diligence pour luy représenter' plusieurs choses dequ elles j'ay creu très nécessaire que V. A. eust connaissance au plus tost. Je luy ouvre mon cœur, par son moyen, comme j'ay fait jusques à présent sans aucune reserve, et je suis persuadé que le Roy peut faire un capital tres-asseuré, et que l'on peut user sans aucune inquiétude* de son amitié, nonobstant tous les bruits que les ennemis de cette couronne et peut-estre de V. A. font courir au contraire; car Sa M*^ ayant fait assez paroistre, dans les grandes choses aussy bien que dans les petites, sa confiance en la déférence qu'EUe avoit en ses sages conseils, et entendant tenir la mesme conduite et tesmoigner de plus en plus l'estime particulière qu'Ëlle faict de sa haute vertu, ne peut jamais concevoir le moindre doute de n'avoir en V. A. un bon et parfaicl amy et

' On trouvera, aux Analyses, le résamé ment remarquer quau lieu de Roussereau,

de la lettre au comte de Wagnée. on a imprime Rousseleau dans les Métnoiret.

' Ce fut Roussereau que Mazarm envoya ' Le sens est : pour représenter à V. A.

en Allemagne, comme on le voit dans les Eket.

Mémoires du maréchal de Gramont (p. 398 , * Les mots : et que Von peut user sans au-

édit. Michaud et Poujoulat). Il faut sejile- eune inquiétude , sont en marge.

tres-favorable à ses interests, d'autdnt plus que le principal et le seul Janvier i658. but de Sa M**^ est non seulement de voir bien establi le repos en AUemaigne, mais dans toute la cbrestienté, estant tousjours ferme dans la resolution de le procurer par toute sorte de voyes et y apporter, de son costé, des facilités au-delà du raisonnable. Ce que jesçay que MM. les ambassadeurs ont souvent déclaré et confirmé à Y. A. Je la supplie de donner entière créance à ce que ledict secrétaire luy dira de ma part, et d'estre persuadée qu'elle n'aura jamais personne qui s'intéresse plus en ses satisfactions et en sa gloire, et qui soit avec plus de sincérité et de passion que moy, etc. ^

Bibl. Dat., ms. f. fr., Mélangée de Colbert, t. 5i A, f* 499. — Minute.

AU MARÉCHAL D'AUMONT

Vincennes, 7 janvier i658.

(UTRAIT.)

Je n ay jamais douté que vostre présence dans Mardik et vos soins né fissent bientost changer la face des affaires. Le bon ordre que vous avez donné, à tout et la diligence que j'ay faictes, afin que vous ne manquassiez de rien et que vous eussiez des troupes capables de faire leur devoir, en cas de siège , ont produit les effets que je m'estois proposez et que je souhaitois avec passion. Car les Anglois se sont eschauffez; les travaux de la place se sont advancez dans les endroits qui estoient les plus foibles, et les ennemis se sont retirez en quartier d'hyver. Il est vray pourtant qu'ils logent les troupes en sorte qu'il est aisé de voir que leur intention est de vouloir tenter cette entreprise pendant l'hyver, c'est-à-dire à la fin de febvrier, d'autant plus qu'ils ont pour cela toutes les provisions nécessaires aux environs de Mardik. J'espère que

^ Mazarin écrivait ie même jour, à {^électeur de Cologne, une lettre que nous rësmnons aiix Analyses.

MA2ARUI. — TllI. 3 9

nruillft» RATIOVA».

Janvier i658. nous prendrons nos mesures en sorte que peut-estre ils se tromperont dans leur calcul.

Vous avez eu assez de peine pour mériter que le Boy vous en re^ mercie et qu'il m'ordonne de vous mander de vous en retourner dans vostre gouvernement, ainsy que vous verrez par ce que vous en escrit M. Le Tellier. Je vous prie neantmoins d'avoir pi w que jamais l'œil sur cette place, donnant à M. d'Ormesson tous les ordres que vous jugerez nécessaires pour cela et d'y envoyer mesme les quatre charrettes que vous lui avez demandées, si vous persistez tousjours à croire qu'elles soient nécessaires.

Je suis persuadé que rien ne contribue tant à la maladie des Anglois, qui sont logez dans le haut fort, que leur paresse et leur peu de propreté. C'est pourquoy je vous prie de dire à M. Morgan de les obliger à travailler, ce qu'ils devroient souhaiter eux-mesmes, puisque, parce moyen, ils peuvent trouver à gaigner de l'argent et vivre mieux à leur aise; mais surtout je vous conjure d'ordonner que le haut fort soit nettoyé avec grand soin, quelque despense qu'il faille faire pour cela, et de vouloir commettre quelqu'un qui se charge de le faire au plus tost, et vous verrez par expérience que, de cette sorte, la maladie cessera et les Ânglois augmenteront leur affection pour nous, voyant que nous n'oublions rien pour les bien traiter et pour donner ordre à leur santés

Bibi. nat., ms. f. fr., MUanges de CMert, U 61 A, f* 5o3 v""; imoate. — AflF. étr., France, t. 977, f* i3; copie du temps.

À M. DE LIONNE

Paris, 11 janvier i658.

(extrait. )-

J'adjousteray au mémoire cy-^oincl que j'ay une confirmation tres-

^ On trouve au folio 5oi du même manu- principaux officiers du nettoyage du haut scrit une addition à cette lettre. Mazarin y fort, par exemple, le dievalier de QenrBle. recommande au maréchal de charger un des Nous mentionnons aussi aux Aadysea^ à la

particulière que le comte Pegnaranda, qui est très-disposé à la chose. Janvier 1668. comme je vous ay desjà mandé, a receu de nouveaux ordres d'Espagne et très précis de ne laisser aucune pierre à remuer pour exciter tout le monde contre la Suéde, empescher à quelque prix que ce soit son accommodement avec la Pologne et le Danemark, engager en cela hautement le roy de Hongrie et porter celuy-cy à une rupture ouverte contre la France; car ny Pegnaranda ny le conseil d'Espagne^ ne croyent pas qu il y puisse avoir d'autre ressource pour empescher nos progrez et pour ne faire sur nous que cette puissante diversion, si ce n'est qu'il leur peust réussir de nous séparer des Anglois et les obliger à nous faire la guerre; et je sçay de certaine science que, s'il ne tenoit à autre chose pour les porter à cela qu'à sacrifier le roy d'Angleterre * et ses frères, et à consigner entre les mains du Protecteur Dunkerque, à condition qu'il le retiendra jusques à tant qu'on luy remist Calais, qui seroit attaqué à forces communes, et à luy donner, outre cela, cent mille escus par mois, le traité en seroit conclu en vingt-quatre heures; et cependant il y a des sots, des meschans recogneus tels, et d'autres qui font le mestier de dévots sans l'estre, qui m'accusent d'avoir conseillé de mettre les Anglois dans Mardik, et l'on en crie hautement dans Rome, où la mauvaise volonté s'emporte jusqu'à dire que les religieuses de Mardik ont esté violées et chassées, les églises rasées , et les moines et catholiques séculiers chassez, quoyque non seulement il n'y ayt jamais eu dans ce poste ny religieux ny églises ny habitans, mais qu'on n y ayt pas trouvé un portier. Je ne doute pas qu'on ne m'ayt creu incorrigible, voyant que toutes les crieries qu'on a faites pour avoir rais des Anglois dans Mardik ne m'ayent pas empesché de pratiquer toutes les diligences imaginables, sans pardonner à aucune despense, pour les y

date du 8 janvier, iine lettre du GardiDdl au tout contribue à détacher les Provinceschevalier de Qerviile, relative aux fortifica- Unies de la France, durant les négociations tiens de Mardick. de 16&8.

^ Gaspard de Bragamonte, comte de Pe- ' On a vu que Charles II, roi titulaire

gnaranda , était Tun des diplomates les plus d'Angleterre , s*était retii*é dans les Pays-Bas

habiles de Munster. C'était lui qui avait sur- espagnols.

Janvier i658. conserver, en contraignant les ennemis de se retirer à la fin dans leurs quartiers d'hyver sans lattaquer, comme ils avoient résolu de le faire, tous les préparatifs pour ce siège estant déjà prests à Dunkerque. Je finiray cette digression en vous disant que je ne m'estonneray pas du bruict» et qu'il ny aura rien à quoy je sois plus appliqué, durant la guerre, quà nous conserver l'amitié des Ânglois, les ennemis m'apprenant qu'ils ne sont pas si meschans qu'on le publie, puisqu'ils souhaitent si passionnément une estroite union avec eux. Je n'ay jamais rien faict qui vaille ; mais asseurement c'est quelque chose d'avoir sceu empescher la liaison qui estoit sur le point d'estre bientost conclue entre nos ennemis et l'Atiglelerre, et porté celle-cy à s'unir avec la France contre eux.

Je reviens à Taffaire par où j'ay commencé cette lettre, pour vous dire que, nonobstant le soin que Pegnaranda prendra pour faire réussir ce qui luy est ordonné, d'autant plus qu'il est conforme à ses sentimens et à la proposition que luy-mesme en a faicte en Espagne, j'espère qu'il aura de la peine à en venir à bout; car, sans parler des nouvelles asseurances que j'ay reçues encore cette semaine, de la part de la reyne de Pologne, que Ton feroit la paix asseurement avec le roy de Suéde, si Âkaquia^ porloit, comme il a faict, ce qu'on luy avoit demandé, il faudroit que l'on eust perdu tout-à-fait l'esprit dans ce pays-là^, si, pouvant recouvrer toutes les- places, restablir le calme et faire sortir du royaume les armes de la Suéde et celles de la maison d'Âustriche qui l'incommodent encore davantage, on preferoit à ce souverain bien pour eux' l'interest^ et l'advantage du roy de Hongrie et des Espagnols, qui consiste à y faire continuer la guerre.

Et, sur ce propos, je vous conjure de trouver moyen de faire remettre à M. de Lumbres vingt mille risdalles, qu'il me demande par

^ RogerAkakia, sieur de Fresne, mourut p. 16 du tome I" des Insiructians domiées

en Pologne en 1680. Ce diplomate avait été aux ambassadeurs de France en Pologne. envoyé en Pologne, en i656, avec des in- * En Pologne,

structions que M. Louis Farges a publiées ~ ' Pour les Polonais.

ordre ou de concert avec la reyne de Pologne pour gaigner entière- Janvier i658. ment à la France les deux personnes qui ont le plus de pouvoir dans ce pays-là, non seulement pour haster la condusion de la paix, mais pour acheminer l'affaire de la succession, en sorte. quelle tombe sur le prince que le Roy voudra, et il sera bon que vous escriviez à M. de Lumbres de ne donner pas l'argent que je ne voie clairement eu devoir tirer Tadvantage qu'on nous a proposé; car, quoyque je luy escrive la mesme chose, il se pourroit faire que ma depesche se perdist.

Je suis aussy persuadé que Pegnaranda rencontrera encore plus de difficulté pour porter le roy de Hongrie et ses ministres à rompre contre cette couronne, parce que je sçay qu'ils n'y sont nullement disposez, et que tant s'en faut qu'ils croyent que cela luy puisse estre aucunement advantageux, qu'au contraii^e ils appréhendent de s'attirer sur les bras la plus grande partie de l'Allemagne et de se voir esposez à retomber en de plus grands malheurs que ceux desquels II vient [sic) de sortir ^

En outre, la naissance du prince d'Espagne^ reculant les espérances que le roy de Hongrie avoit de la succession de ce royaume Ta obligé à suivre davantage les maximes d'Allemagne et à se concilier avec soin l'amitié des Électeurs et des autres prince de ce pays-là, voyant bien que, pour gouverner l'Empire avec applaudissement et approbation des Allemands, on ne doit en aucune façon se conduire par les maximes d'Espagne et se laisser régir par ses ministres.

Et quoyqu'il y eust lieu de croire, parce que la raison et le bon sens le veulent ainsy, je sçay de très bon lieu que le roy de Hongrie et ses principaux ministres ont ce sentiment; que le comte Porlia^, qui est

^ Il but lire : ils viennent, puisqu'il 8*agit ici du roi de Hongrie et de ses ministres.

' Philippe-Prosper, né en 1698 du mariage de Philippe IV avec sa seconde femme , Marie-Anne d'Autridie, fille de Tempereur Ferdinand III. Philippe-Prosper d*Autriche moumt peu de temps après sa naissance.

' Le comte Portia fut âevë, le 17 fé-

vrier 1 66a , à la dignité de prince de TEmpire. Ce personnage avait été gouverneur du roi de Hongrie du vivant du roi des Ro« mains, son frère. Si Ton en croit Gramont, il n'aurait dû son poste qu'à Tinfluence qu'il avait su acquérir sur son élève : «r Son intelligence, dit le Maréchal, était des plus bornées en toutes sortes d'affaires. Le bon sei-

Janvier i658. ccluy que Icdlct Toy aymcleplus, s en est expliqué ainsy; que Schwartr zemberg, qui na pas sujet d ailleurs daymer les Espagnols, a les mesmes sentiinens, et que Auesberg, qui leur estoit entièrement dévoué, estant tre&-mal satisfaiçt du peu d'assistance qu'ils layont donné, quoyqu'il se fust perdu pour les servir, et de n'avoir receu aucune grâce de tant qu'il en avoit demandées depuis la mort de l'Empereur, s'estoit fort refroidy et n'agîssoil plus eu leur faveur en la manière qu'il avoit faict. Je sçay, en outre, que le roy de Hongrie et ses ministres croyent que le roy d'Espagne doit, sans aucun retardement, déclarer le mariage de l'Infante ^ avec luy, cela estant à la bienséance de l'une et de l'autre maison. Et d'ailleurs, estant certain que l'on prétend à Madrid que le roy de Hongrie poursuive avec grand soin et fasse toutes les advances imaginables, mesme celle de nous faire la guerre auparavant qu'on lui donne l'Infante, il y a sujet d'espérer qu'il y pourra naistre quelque brouillerie, d'autant plus si nous avons moyen de la fomenter adroitement.

Je vous prie donc de vous y appliquer à bon escient et de dire la mesme chose à M. le mareschal de Gramont, quand il sera de retour^; car si vous pouviez trouver quelque voye pour faire parler auxdicts ministres, ou à l'un d'eux, et leur faire cognoistre que le Roy seroit trèsdisposé à vivre dans une parfaicte intelligence avec le roi de Hongrie; que toutes les raisons publiques et particulières le convient à cela, et que rien n'en peust empescher Sa M** que si Elle voyoit^ que ledict roy se soubmist aveuglement aux volontez des ministres d'Espagne, qui n'ont autre but que de procurer les advantages de cette couronne-là,

gneur volait un peu le papillon, et Ton remarquait en lui un singulier don d'oùbliance, étant nécessaire de lui présenter jusques à sept ou huit fois les mêmes mémoriaux, non-seulement pour des choses qu'il promettait, mais pour celles qu'il désirait ardemment d'achever »

^ Il s'agissait de l'infante Marie-Thérèse d'Autriche, née le do septembre 16 38, ma-

riée avec Louis XIV en 1660 (3 juin), morte le 3o juillet i683. Le roi de Hongrie épousa la sœur cadette de celte prineesse, Marguerit^Thârèse d'Autriche, en

^ On a vu que le maréchal de Gramont s'était rendu à Munich* Il revint à Fntndbrt dans le courant du mois de janvier.

' Si ce n'est qu'EIie voyait.

aux despens du repos de FËmpire et au [risque]^ de tout ce qui pour- Janvier ]058. roit arriver de la guerre ouverte dudicl roy avec la France, si cela, di&-je, pouvoit réussir, il seroit extrêmement advantageux^. Peut-estre que le comte Guillaume de Fiirstemberg', qui est fort adroit et en qui on auroit une entière conGance, pourroit trouver quelque biais pour cela; et, en ce cas, on pourroit passer plus outre; et pour donner aux ministres ou à quelqu'un d eux quelque preuve certaine de la bonne volonté du Roy et de la manière desobligeante dont ledict roy [de Hongrie] est traité depuis la naissance du prince d'Espagne, on pourroit leur dire que, si ledict roy presse pour avoir une prompte resolution sur son mariage avec Tlnfante, il recognoistra que les choses ne sont pas dans les termes qu'il croit; que ce na pas esté sans [intention] ^ que don Louis de Haro ayt refusé à son ambassadeur d'escrire à Prague pour asseurer ledict mariage, lorsqu'on a depesché un de ses gentilbommes pour donner ad vis de la naissance du prince, et que lesdicts ministres toucheront enfin au doigt que le roy de Hongrie n'aura pas contentement sur cela, [à moins] ^ qu'il ne s'engage auparavant à subir toutes les conditions que le roy d'Espagne luy voudra imposer. Or, particulièrement *, celle de rompre avec nous manque à toutes les asseurances qu'il aura données auparavant que d'estre élevé à l'Empire d'y maintenir le repos et ne permettre pas que l'on contrevienne en aucune façon à la paix de Munster^.

^ Ce mot a étë, en partie, recouvert par le relieur et est douteux.

' Le prince de Lobkowitz, ambassadeur dQ roi de Hongrie h Francfort, était, deson côté, chargé par son maître de bonnea paroles, toutes semblables, pour nos plénipotentiaires. De part et d'autre , on ne songeait qu*à endormir Tadversaire. Aussi les représentants dn roi de France, après avoir siBvi quelque temps le conseil de Mazarin en entretenant avec le roi de Hongrie des négociations secrètes, par l'intermédiaire d'un certain abbé Bonti, voyant qu'ils ne ga-

gnaient rien, préférèrent couper court à ces pourpariers.

' Voy. t. VI, p. 106 , note 1, des Lettres de Mazarin.

* Mot douteux.

* Le mot écrit en abrégé ne peut se traduire que par e^n, mais le sens de la phrase exige à mains.

* Mot douteux.

' Gomme on le voit, Mazarin, ayant à peu près renoncé à empêcher l'élection du roi de Hongrie, cherchait du moins à ce qu'il séparftt sa cause de celle de l'Espagne

Janvier IB58. Si ceb cst bien conduit, il peut produire de très-bons effects, car, après que les ministres auront recogneu la vérité de Tadvis, on leur pourroit aussy insinuer que, si le roy de Hongrie ne vouloit pas acheter ledict mariage au prix de sa réputation, du repos de l'Empire et du hazard auquel il s'exposeroit, le Roy auroit bien moyen de luy donner une femme d'aussy bonne maison pour le moins que Tlnfante et qui a prez de huit millions d'or de dot. Vous entendez bien que c est Mademoiselle^; et s il aymoit mieux une autre fille de M. le duc d'Orléan^, le Roy luy accorderoit de tels advantages, qu'ils seroient tousjours plus grands que ceux qu'il pourroit avoir d'Espagne en espousant l'Infante.

Il y a apparence que, si l'on persuade lesdits ministres du roy de Hongrie, ainsi qu'il est aysé de faire, que le but des Espagnols est d'allumer le feu dans toute l'Allemagne et de les faire rompre contre nous, ils se porteront volontiers à consentir aux conditions par lesquelles on prétendait de lier les mains au roy devenu empereur, afin qu'il ne puisse rien faire de contraire à la manutention de la paix de Munster; à quoy toute l'Allemagne s'intéresse; car plus il sera engagé k cela, et moins les Espagnols pourront le forcer à y contrevenir et le porter à la resolution qu'ils ont prise de mettre toute pièce en œuvre pour l'obliger à nous faire la guerre; et si, comme j'ay dit, ledict roy est une fois engagé de la bonne manière, il se pourra par là mettre à couvert des sollicitations et violences des ministres d'Espagne, en leur déclarant qu'outre qu'il ayme trop sa réputation pour manquer, dez son advenement à la couronne impériale, à un engagement si solennel, comme celuy dans lequel il seroit entré, il s'exposeroit trop évidemment à faire prendre les armes à presque tout l'Empire contre luy, pour en user ainsy.

Je vous dis tout ce qui me tombe dans l'esprit que je croy qui puisse servir pour empescher Pegnaranda de venir à bout de son

et se posait lai-même, dans l'mtërét aflc- Ce lut la seconde manière de sa politique

mand , en dëfensear du traite de Mun- à la diète.

gter. ' M"'deMontpenBier,(Voy.p.i4o-i4i.)

dessein, puisque, par la raison contraire, nous devons faire pour le Janvier i658. moins autant de diligence pour la paix de l'Empire et pour vivre bien avec le roy de Hongrie que les Espagnols eu feront pour la troubler et pour nous mettre sur les bras la personne et les forces dudict roy.

On avoit faict grande instance en Espagne pour avoir quelque considération qui donnast lieu au roy de Hongrie d'acquitter les promesses que le feu Empereur avoit faictes au roy de Danemark, pour le faire rompre contre la Suéde, et qui avoient esté ratifiées par le roy de Hongrie à la poursuite des ministres d'Espagne ; mais on n'a pu rien envoyer, et il est malaysé que les bonnes paroles qu'on donnera audict roy ^ luy donnent moyen de fournir aux excessives despenses qu'il est obligé de faire pour continuer la guerre*; et d'ailleurs, l'envoyé d'Angleterre le pressant continuellement de faciliter les conditions qui peuvent donner lieu à la conclusion d'une bonne paix entre luy et la Suéde, on doit espérer que, nonobstant les diligences de Peg.^ et de Brandebourg, il s'accommodera, particulièrement, si la négociation de la paix entre la Suéde et la Pologne peut réussir.

J'avois oublié de vous dire que je sçay maintenant que Pegnarauda n'est nullement satisfaict ny du roy de Hongrie, ny du comte Portia, ny de tout le reste de son conseil; qu'il souffre impatiemment et avec grande douleur de trouver des difficultez à l'exécution de ce qu'il propose; qu'il mesprise ces ministres au dernier point et qu'il n'espère pas de les pouvoir gaigner au point de les faire résoudre à donner les mains à ce qu'il estime estre du service du roy d'Espagne.

Le père Saria* mesnage les satisfactions et les rescompenses que Pegnaranda devra donner à l'électeur de Mayence et à sa famille. Il

^ De Danemark. * Pegnaranda.

* Deson côté, Mazarin avait fait remettre ^ Le père Saria était un dominicain espar 6ramontioo,oooëeus au roi de Suède, pagnol, qui avait accompagne le marquis ëpnisë à ce moment par la guerre de Po- de Castel- Rodrigo h la diète de Ratisbonne logne, pour Taider à se remettre sur pied. (i653),dans laquelle Tarcfaiduc Ferdinand , . La diversion qu'il opéra en Allemagne nous qui mourut en 1 65i , avait été proclamé roi \ fut très utile Tannée suivante. des Romains.

HAZARiN. — vm. 33

lUPttlIlCItll KiTIO<riLC.

Janvier i658. me paroist pourtant que ledîct Electeur voudra qu elles tombent toutes en la personne de M. de Schœnborn, car Benneberg^ aura son compte d'ailleurs ; par là, il semble que cet Electeur croira avoir la main nette, quand luy, personnellement, n aura rien receu de Pegnaranda et que les bienfaits auront esté receus par ledicl sieur de Schœnborn.

Je vous réplique de prendre bien garde à ne vous engager pas à faire de nouvelles promesses audicl Electeur et aux siens sans estre formellement asseuré que, par ce moyen, TEmpire sortira de la maison d'Autriche ; car il pourra arriver que ledict Electeur, sçachant que Bavière ne donnera pas à M. le mareschal de Gramont les responses que nous pouvons souhaiter et qui serviroient pour obliger Mayence à l'exécution de ce qu'il avait promis, ne pourroit confirmer à présent la parole qu'il nous a tant de fois reitérée de luy donner sa voix, s'il voit que les Espagnols ne consentent pas à la paix; et il arriveroit que nous serions obligez à exécuter ce que nous luy aurions promis, sans avoir nostre compte, et ayant donné audict Electeur le moyen de sortir honorablement et avec advantage d'une affaire dans laquelle il nous auroit trompez.

Au lieu de redemander l'argent que Benneberg a tiré de Gravel, il ne seroit pourtant pas mal pour l'intimider, en cas que cela pust servir à quelque chose, que l'on dist à quelqu'un, qui [le] luy pourroit redire, que sa conduite pourroit bien disposer le Roy à despenser dix fois autant pour le faire traitter comme il mérite. Je me remets pourtant là-dessus à ce qu'on jugera à propos sur les lieux.

Gomme tous les princes et villes de l'Empire ont interest à faire cesser les troubles du Nord et à establir un profond repos en Allemagne, il y a lieu d'espérer que la meilleure partie et les plus sages s'intéresseront en cela et feront toutes les advances pour contraindre le nouvel Empereur à l'observation de la paix de Munster, et particulièrement s'ils voyent que le Roy et celuy de Suéde se rendront («te) les chefs pour appuyer cette proposition. Il me semble que, de vostre

^ Voy., sur le baron de Benneberg, ministre de Fâecteur de Mayence, le tome VU, p. 5a3 et 5aâ, des Lettres de Mazarin.

costé et de celuy de M. de Bierenclow S vous ne devez rien oublier pour Janvier i658. engager lesdîcts princes et villes en cette poursuite. Et ceux, lesquels ont tiré quelque advantage de la paix de Munster, s'y intéresseront particulièrement, comme le Landgrave de Hesse et d autres, lequel^ je vous diray en passant avoir tiré les trente six mille livres de sa pension.

Bavière aussy a plus d'interest à l'observation dudict traité que personne, ayant tiré par la paix susdicte des avantages aussy grands que tout le monde sçayt*, et, si une fois elle estoit tout-à-faict rompue, il courroit grand risque de souffrir aussy en son particulier.

Il faudroit tascher de terminer les différends qui sont entre Bavière et le Palatin, et il sera bon que le mareschal de Gramont et vous son-giez sérieusement à vous employer en cela, par le moyen que vous jugerez plus à propos, et, quelque chose qui arrive, il faut aussi procurer l'amitié de Bavière à cette couronne. Je croy que M**" l'Électrice, sa femme, y contribuera tout ce qui pourra dépendre d'elle, et on pourra, parmy les autres moyens, ne négliger pas celuy-cy.

Je vous adresse une lettre du Roy avec un ordre de Sa M**^ pour faire retirer Croissy de Francfort Vous prendrez soin, incontinent après le retour de M. le mareschal de Gramont, que la chose soit exécutée ponctuellement, suivant ce qui est porté par la lettre^.

^ Bierenkioa, oa Kerneldow, était, avec Schnolski , ie piâûpotentiairedu rà de Suède à Francfort trCes plënipotetitiaires, dit GramoDt, nous assistaient plus de soupçons que de tonte autre chose, nous jetant en des défiances continuelles de nos meilleurs amis, ce qui est assez naturel k la nation; mais il semblait encore dans cette conjoncture qu'il y avait de ra£ketation. Bierenklou était un cavalier fort entêté et amoureux de son opinbn dont il ne se départait presque jamais ; grand et prolixe écrivain et £Eiisant sur toutes fiiatiëres des mémoires en latin qui ne finissaient point et qu'il r^rdait comme des pièces fort nécessaires. »

' Lequel se rapporte & Landgrave de Hesse.

' Le duc de Bavière avait obtenu, par le traité de Munster, la confirmation de la dignité électorale que lui avait conférée Temp^'eur Ferdinand II, ainsi que h possession du Haut-Pdalinat qui confinait au duché de Bavière.

* Sur Croissy ou Groissy-Fouquet , ancien magistrat du Parlement de Paris, naguère Tennemi du Cardinal, voyez le tome IV, p. 795, des Lettres ie Mazarm, Ce personnage doit être le même que celui dont il est parlé ci-dessus, aux pages 69, 6i et 87, dont le non> est écrit Croissic ou Croi-

Janvier i658. Pour Marigny, on n a pas cru devoir en user de mesme, car, comme c'est un homme qui n ayant plus rien à perdre» non pas mesme Thonneur, il ne fera pas grand scrupule de desobeyr à l'ordre du Roy; mais si, en sortant de Francfort, ou lorsque la Diète sera finie, vous pouviez le faire prendre et l'envoyer à Brisach ou Philipsbourg, ce sera rendre un service fort agréable au Roy. Il se pourroit faire mesme que M. l'électeur palatin, en estant recherché, se disposast volontiers à le faire arrester, lorsqu'il passera sur ses Estats. Enfin le Roy sera tresayse d'apprendre que, par quelque voye que ce puisse estre, l'on ayt . mis cet homme-là en quelque lieu où il ne luy soit pas aisé de continuer ses meschancetez avec l'effronterie qu'il a faict jusques icy^

Je voy que vous vous desfîez de Tassis, le croyant partial pour l'Espagne ; mais je vous le feray cognoistre encore davantage quand vous sçaurez que les Tassis sont Espagnols.

Pour ce qui est de la conduite que M. le Mareschal et vous devrez tenir, le roy de Hongrie et l'Archiduc venant à Francfort et les ambassadeurs d'Espagne, premièrement comme l'on ne croit pas que l'on vous fasse instance de sortir de la ville que l'on ne la fasse aux autres ambassadeurs, vous pourrez aussy vous retirer quand les autres se retireront. Si les ambassadeurs d'Espagne déclarent, par le moyen du Nonce, qu'ils sont bien aises de vivre à Francfort avec les ambassadeurs du Roy de même que l'on en a usé à Rome depuis la guerre, c'est-à-dire de se faire fidélité en se rencontrant, sans se visiter, le Roy le trouve bon ^.

sicq, et qui parait chargé d*ane misBion à Francfort auprès des Electeurs. Croissy-Fooquet avait été déjà, en i648, employé à Munster et dans des négociations en Transylvanie.

' Carpentier de Marigny, dont ii est question dans le tome VII, p. 607, des Lettres deMazarin, à Toocasion d'un libelle intitulé : Vie de la reine Christine, qu'il avait composé en Flandre, était un ardent pamphlétaire, auquel on attribue le traité : Tuer un

tyran n'est pas un crime, qui parut en i6&8. ' Non seulement nos ambassadeurs, pas plus, du reste, que ceux des autres puissances, ne furent obligés de sortir de Fraucfort, mais les procéda courtois de Gramont et de Lionne leur attirèrent les sympathies générales, et les secrétaires des ambassadeurs d'Espagne et du roi de Hongrie se rendirent à leurs réceptions, mdgré les ordres qu'ils avaient de leurs maîtres de n'y point aller.

Pour le roy de Hongrie, après les déclarations que nous avons Janvier 1 658. faictes, on ne croit pas que vous le deviez visiter, d'autant plus que vous n avez eu aucun commerce avec ses ambassadeurs pour les raisons qui vous ont esté mandées; mais si sa conduite devient telle envers le Roy qu'il ne reste plus de sujet de se plaindre de luy et que la demarche que vous pourrez faire à son esgard ne décourage pas nos alliez, Sa M^ se remet aux resolutions que vous prendrez là-dessus, dans lesquelles vous sçaurez bien conserver la dignité et les interests de cette couronne.

Bibl. nat, ms. f. fr., Mélanges de CoWeri, L 5a , f 5. — Minute.

À M. DE GRAVEL

Paris, 19 janvier i658.

(bxtbiit.)

J'ay esté bien ayse de voir, par vostre lettre du 1 5 de décembre, ce qui s'estoit passé dans l'entretien que vous avez eu avec M. l'électeur de Mayence. Je vous advoue que, de ma vie, je n'ay esté si surpris que d'apprendre le changement qui paroist dans son esprit, d'autant plus que je sçay, en ma conscience, qu'on ne luy en a pas donné la moindre occasion, mais, au contraire, un sujet de nous tesmoigner de plus en plus sa bonne volonté; et quoyque le Roy ayt grande raison de se plaindre qu'il nous ayt engagez et poussez, comme il a faict, à faire toutes ces démarches, ce qui nous touche davantage est que, soit qu'il y avoit impossibilité de faire sortir l'Empire de la maison d'Austriche, soit qu'ils n'eussent pas inclination pour Bavière, ou qu'il ne le creustpas propre ^ à soustenir sa dignité impériale , il ne nous ayt pas fait cognoistre confidemment ses intentions, respondant à la sincérité dont le Roy a tousjours usé en son endroit; car Sa M^*^auroit esté satisfaite,

^ Le sens est : «oà quHl ne crût pas Vekctewr de Bavihre propre à soutenir, etc.

Janvier i658. auFoit pris d'autres mesures, ne se seroit pas engagée aax poursuites qu Elle a faictes en Bavière et ailleurs, auroit espargné beaucoup d'argent, n'auroit pas faict instituer un traité avec le Palatin, et en6n seroit sortie d affaire avec honneur, de concert avec ledict s"" Electeur mesme.

J'espère pourtant, quelque chose que j'aye veue au contraire dans les depesches de M. de Lionne, que ledict Electeur, rentrant en luymesme et considérant qu'il est en ses mains d'obliger ou de desobliger un grand roy, qui en a si bien usé en son endroit, il prendra, à la (in, tout de bon, la resolution que S. Â. mesme cognoit bien estre le plus conforme à sa gloire, au bien de l'Allemagne et à la tranquillité publique, particulièrement lorsqu'il aura entendu Roussereau, que j'ay envoyé exprez ^ pour luy ouvrir mon cœur sur tous les bruits qui couroient.

Je croy mesme que ma seule considération fera grande force dans son esprit, puisque, sur la foy des paroles qu'il m'a données tant de fois par vostre moyen et par celuy de MM. les Ambassadeurs, j'ay respondu au Roy des choses dont l'exécution, à mon grand regret, me semble douteuse à présent. C'est tout ce que j'avMs à dire en response à vostre lettre.

GXLIV.

Bîbl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i A, f* 5i3 v**; miniifte. — AIT. ëtr., France, t. 277, f* ai ; copie du temps.

À M. DE LIONNE

Paris , 1 7 janvier 1 658.

(BXTBilT.)

Je vous fais ce mot pour vous donner part des advis que j'ay recens, afin que M. le mareschal de Gramont et vous preniez de plus en plus vos mesures là-dessus, puisqu'ils viennent de bon lieu et que vous y devez faire un fondement certain.

* Voy. ci-dessns,' p. ai8, la lettre de recommandation poor Roossereau.

On me mande de Bruxelles que Pegnaranda a faict un grand com- Janvier 1668. pliment à don Juan sur vostre depescbe interceptée et que ledict don Juan luy avoit envoyée toute deschiffrée, déclarant que cet accident luy a donné le moyen de faire changer de face aux affaires du roy d'Espagne dans la cour de Prague, et à Francfort, et particulièrement de gaigner lelecteur de Mayence, luy ayant faict communiquer par le père Saria ladicte depesche, par laquelle il luy avoit esté aysé de faire cognoistre audit Electeur le mauvais procéder des François et le peu de sujet qu il avait de se fier à eux ^ ; et comme il ne me semble pas que, dans cette depesche, il y eust rien de considérable qui pust blesser ledict Electeur et luy donner mauvaise opinion de nostre conduite, puisque, sans discontinuation , on a tasché tousjours de luy faire toucher au doigt qu on traitoit avec luy dans la dernière sincérité et qu'on ne pouvoit rien adjouster à l'affection que Sa M**^ avoit pour sa personne et pour ses interests, je suis plus que jamais en soupçon que Pegnaranda ou le père Saria ayent intermeslè {sic) de leur chef quelque article dans la depesche pour faire paroistre les intentions du Roy autres qu'elles ne sont à l'esgard des électeurs et princes d'Allemagne et du repos de l'Empire, pour changer en aversion l'amitié que ledict Electeur nous tesmoignoit auparavant.

Je ne doute pas aussy que ledict Saria, dans le voyage qu'il a faict à Heidelberg, ne se soit servy des mesmes armes pour gagner l'esprit de l'électeur palatin. C'est pourquoy il me semble qu'on pourroit communiquer en original la minute de la depesche à M. de Mayence avec les précautions que je vous ay desjà marquées et que Roussereau vous aura dictes de vive voix ^.

L'on commence à voir desjà les effects du poison que Pegnaranda

' Cette tactique des Espagnols eut, un naient de lui, et l'autre persuadé qu'ils n'é-

moment, plein succès. Gramont, b son re- taient point sans quelque fondement, tour de Munich, trouva Tëlecteur de Mayence ' La mission de Roussereau eut, parait-il ,

en rupture presque ouverte avec de Lionne; les plus heureux résultats. Gramont esdme

le premier était fort aigri par tous les dis- que ce fut trun trait de la prudence et de la

cours qu'on lui mandait de Paris qui s'y te- raffinée politique» de Mazarin.

Janvier i658. fait respandre dans ]e Nord par la négociation de Tlsola et par la déclaration du roy de Hongrie de vouloir non seulement continuer l'assistance à la Pologne pour le recouvrement de la Prusse, mais aussy donner un corps d armée à Brandebourg pour attaquer le roy de Suéde dans la Pomeranie, joingnant à ce corps les forces qu il a sur pied et celles qu y pourra joindre le roy de Pologne, sur cette declaration-là et sur celle de vouloir aussy assister le Danemark, pour prendre sa revanche contre la Suéde; car le roy de Danemark nescoute pas, comme il devroit, les propositions advantageuses qui luy sont faictes par les ministres d'Angleterre pour conclure sans aucun delay son accommodement avec la Suéde; et Brandebourg, nonobstant l'artifice dont il s'est encore servy en dernier lieu dans les conférences qu'il a eues avec Blondel, auquel il a desguisé le mieux qu'il a pu ses véritables intentions et les engagemens dans lesquels il est entré avec le roy de Hongrie, par le moyen des ministres d'Espagne, comme aussy les resolutions qu'il a prises avec le duc de Saxe dans l'entrevue qu'ils ont eue. Brandebourg, dis-je, songe avec plus d'application que jamais à exécuter son dessein contre la Suéde, faisant une infraction la plus manifeste qui, jusqu'icy, ayt esté faicte au traité de Munster par l'attaque de la Pomeranie, qui a esté donnée à la Suéde par ledict traité, du consentement de l'Empereur et des princes et Estats de l'Empire. Au mesme temps, il se lie avec Danemark pour l'empescher d'entendre à aucune proposition de paix que conjointement avec luy; et enfin il n'oublie rien, de concert avec l'Isola qui est auprès du roy de Pologne, pour empescher la paix de cette couronne avec celle de Suéde, dont la négociation estoit desjà assez advancée ^

Et je voy, par ce que m'escrit le chevalier de Terlon sur le retour d'Akakia, que l'Isola et MontecucuUi, les partisans de la maison d'Antrische, qui sont auprès du roy de Pologne, ne pouvant trouvera redire à ce que ledict Akakia avoil porté, de la part du roy de Suéde, pour la conclusion de la paix, puisqu'il avoit donné les mains tant à la restitu-

^ Voy., sur ces différends des cours du Nord, que la politique espagnole suscitait à notre préjudice, Tiotroduction du tome VU, dans laquelle ils sont résumés.

lion de la Prusse que pour traiter avec intervention des alliez du roy Janvier i658. de Pologne, avoient remué toutes sortes de pierres pour faire naistre de nouvelles difficultez et engager le roy [de Pologne] à tirer raison de la Suéde par les armes et non par la négociation ; en quoy n ayant pas pu réussir, par ce que le roy et la reyne [de Pologne] et une bonne partie des principaux ministres preferoient avec raison le restablissementdu repos dans ce royaume-là, avec le recouvrement de places et i'esloignement des troupes estrangeres par un traité, à tout autre moyen, quelque apparent qu'il pust estre^ ledict Tlsola, avec les partisans d'Espagne, estoient, à la fin, venus à bout de renvoyer Akakia sans aucune resolution, sous le prétexte que le roy de Suéde avoit bien donné les mains à traiter avec l'intervention des alliez de la Pologne, mais qu'il n avoit pas déclaré de vouloir traiter avec eux, comme il estoit nécessaire qu'il fist, et qu'en outre, dans le sauf- conduit que le roy de Pologne donnera, il devoit aussy prendre le tistre de roy de Suéde, nonobstant qu'il fust convenu, dans Tannée 1 65 /i, de ne le prendre pas. Ainsy, Akakia s'en est retourné, estant neantmoins asseuré du roy et de la reyne de Pologne qu'ils cognoissent bien l'artifice de llsola, mais que, recevant satisfaction du roy de Suéde sur ces points. Leurs M^ ne laisseroient pas de passer outre, quelque diligence qui pussent estre faictes au contraire par ledict l'Isola et par le& ministres polonois, qu'il avoit gaignez pour l'empescher.

Ainsy, je le croy à présent de retour et je ne doute pas que le roy de Suéde n'aye donné les mains à ladjustement de ces nouveaux in* cidens, lesquels, à mon advis, ne sont d'aucune considération pour achever une grande affaire capable de changer tout-à-faict la face des choses présentes, avec confusion et préjudice de ceux qui travaillent au contraire; ce que je croy d'autant plus que les roys de France n'ont jamais faict difficulté de laisser prendre cette qualité aux roys d'Angleterre, lorsqu'on a faict quelque traité avec eux^.

^ Qaebpie belle apporence qa*3 pAt effectivement cette qualité de roi de France

■voir. jusqu'à Louis XIV. C'était l'ancien usage di-

' On sait que les rois d'Angleterre prirent plomatique , qui permettait de garder, dans MizABiii. — rui. 3h

VtntntUU ■ATtOVALI.

Janvier i658<

Pour le secours ^ du roy de Suéde » je vous diray que je songe à tous les moyens imaginables de l'assister, parmy lesquels je croy que, si Brandebourg exécute la pensée de manquer au public^ et à celuy avec qui il estoit allié, l'attaquant dans la Pomeranie, on pourroit faire une grande diversion, assistant M. le duc de Neubourg, qui ne demanderoi t pas mieux que de profiter de la conjoncture pour faire valoir les raizons qui! prétend d'avoir sur le duché de Gleves et celuy de Juliers.

Et oilti'e les cent mille escus qu'on a donnez en dernier lieu au roy de Suéde, j'en cherche encore cent mille autres sur mon crédit pour les faire partir la semaine prochaine, afin que ses ministres puissent recevoir au plus tost cette somme à Francfort^, et l'on faict aussy estât de vous envoyer au plus tost un pouvoir et une instructioti pour faire un traité de ligue deffensive et offensive avec les ministres que ledict roy députera pour cet effect, dont le principal sera sans doute M« de Bierenclau, le chevalier de Terlon m'escrivant encore par cet ordinaire que ledict roy attend avec impatience la conclusion de cette ligue, et je luy fais response que le Roy envoyoit les ordres au maréchal de Gramont et à vous d'y travailler en tant que le pourroit permettre la liai* son projetée des princes catholiques et protestans , qui est poursuivie par M. de Mayence, avec déclaration que la France et la Suéde y pourroient entrer; car si cette ligue avoit lieu, celle que le roy de Suéde propose ne seroit peut-estre pas praticable, quoy qu'en tous les evenemens le Roy sera bien ayse d'establir par de nouveaux liens une plus estroite amitié avec le roy de Suéde*.

les protocoles, les titres des pays que Ton avait jadis possédés effectivement. U arrivait , par suite , que trois ou quatre princes portaient ainsi ]e même titre ancien dans des iictes officiels. Cinq on six, au xvii' siède, s'intitulaient roi de Jérusalem. La cour d'Autriche , où l'Empereur est encore qualifié de duc de Lorraine, est la seule qui, iû nos jours, ait oonaervë cet usage.

^ Mot douteux. On pourrait lire tenice.

* A l'engagemetU publie résultant des inir tés de Westphalie.

* Voy. , au sujet de cette subvention pécuniaire, ci-dessus, note a , p. âSy.

* Malgré le désir qu^en avaient les Snédois, il ne tut pas donné suite au projet de ligue offensive dont il est ici question. Nos ambassadeui'B crurent plus prudent de ne pas s'y engager et de se borner h une aide secrète en ai^gent

Je suis si persuadé de la facilité avec laquelle Brandebourg a accou»- Janvier i658. tumé de changer ses resolutions que, quelque chose qu'il ayt pu promettre au roy de Hongrie, ià Danemark et à Saxe, si l'affaire de Pologne «itrnt esté faicte, il sortiroit sans grande peine de tousses engagemens. Ainsy il faut espérer jusqu'au bout que les diligences de nos ennemis ne leur donneront pas les advantages qu'ils se sont proposez, ou, au moins , au point qu'ils les attendent.

Mazarin parle ensuite des relations de Penaranda et des ministres du roi de Hongrie, comme il Ta fait plus haut^. Il ajoute :

Toutes ses pensées [de Penaranda] et tous ses soins ne vont qu'à engager la guerre en Pomeranie avec les forces du roy de Hongrie, de Brandebourg et de Pologne, et il est entièrement persuadé que, s'il vient à bout de ce dessein , le roy d'Espagne en retirera des advantages tout-à-faict considérables. Le niesme Pegnaranda déclare que le Roy son maistre ne doit pas espérer que les ministres du roy- de Hongrie se portent jamais ny par raison, ny par respect, ny pour la conservation de la maison d'Autriche, à le conseiller de rompre avec la France, et qu'il en est si asseuré, qu'il n'a garde de leur tesmoigner qu'il le souhaite; car cela ne serviroit qu'à les préparer à s'en mieux deffendre de le faire , et qu'ainsy il n'a autre but que de conduire les affaires avec une telle adresse, que lesdicts ministres, sans s'en apercevoir, fassent quelques pas pour obliger les François à rompre avec le roy de Hongrie, et qu'en cette conformité il estudieroit aussy les moyens les plus propres jpour bien imprimer dans leur esprit la cognoissance [de]* l'advantage particulier qui reviendroit au roy de Hongrie de sa rupture avec la France, sans parler jamais de celuy qu'en retireroit le roy son maistre, et qu'après avoir resté longtemps, il avoit recogneu qu'il n'y avoit autre chemin à tenir pour faire réussir le dessein qu'il a.

Voilà tous les advis que j'ay à vous donner, et je m'asseure que vous

* Voy. ci-dessus, p. a5o, la lettre du ii janvier 1668 à de Lionne. — ' Le manuscrit porte et au lieu de de,

Janvier 1 658. trouverez Tadvis qui regarde la conduite que Pegnaranda doit tenir [comme] de très grande importance*

J'ay veu le mémoire d'AttoS que vous m'avez envoyé, lequel ne me donne pas lieu de concevoir [l'espoir] de grandis services du voyage de M. le mareschal de Gramont. Nous en serons bientost esclaircis; et je souhaite fort de Testre au plus tost de tout ce qui se sera passé après l'arrivée de Roussereau.

BM nat., ms. f. fr., Milangéê de Colbert, t. Bs, f" 9 v*; minute. — Âff. ëtr., Angieterre,

t. £9, f** aSsi; copie du temps.

k M. DE BORDEAUX.

Paris, tS janvier i658.

(snaAiT.)

Il faut croire que toutes les choses qu'on vous a dict avoir esté embarquées pour Mardick le sont effectivement; mais il est certain qu'il n'y a encore rien d'arrivé, et il n'y aura point de mal qu'à tout hazard vous renouvelliez vos instances là-dessus, et que vous fassiez de nouveau remarquer, au lieu où vous estes, que, sans exagération, Mardick et Bourbourg, depuis que le Roy lésa repris « luy coustent desjà près de huit cent mille livres^

Il ne faut rien otiblier afin que M. le Protecteur se charge de l'entretenement de la garnison de Mardick, réduisant la despense au plus bas qu'il sera possible, et on ne manquera pas de fournir d'icy le fonds en la manière dont vous serez convenu. Je vous prie de terminer cette affaire sans perte de temps.

Pour ce qui est du corps anglois, il est impossible qu'il serve bien comme il est à présent, y ayant des compagnies qui n'ont point d'officiers et d'autres où il y a trop d'officiers et point de soldats. Pour

* Voy. sur Alto, ci-dessus, note 3, p. 1^1.

mettre ce corps en estât de rendre bon service et le bien entretenir, Janvier i658. i] le faut régler, en sorte qu'il y ayt autant de compagnies qu'il y aura de cent hommes, et lever le nombre de soldats qui sera nécessaire pour avoir jusques à six mille hommes effectifs. On enverra en Angleterre le fonds nécessaire pour cela, et la levée sera faicte en telle manière qu'il plaira à M. le Protecteur, fen ay parlé en cette conformité à M. 1 ambassadeur Lockhart, lequel en escrira de delà (en Angleterre) ; mais vous ne devez pas laisser d'en parler de vostre costé et de faire comprendre que c'est l'advantage du corps mesme et le seul moyen qu'il y a pour en tirer service.

J'ay dict plusieurs autres choses au dict ambassadeur pour les mander à M. le Protecteur, dont je ne feray point icy de redite. J'ad^ jousteray seulement que j'ay advis qu'Ormond^ doit aller, en qudité d'ambassadeur du roy Charles, demander secours au roy de Hongrie, à la suscitation des Espagnols qui, voyant que ledict roy de Hongrie aura peine à leur envoyer des troupes, à cause des précautions qu'on prend pour empescher qu'il ne soit faict infraction au traicté de Munster, se sont advisez de cet artiGce pour se faire assister par ledict roy de Hongrie pour faire la guerre à M. le Protecteur, soubs le nom du roy Charles; car c'est une chose incompréhensible que le venin et la rage qu'ils ont contre S. A.

Bibl. naL, ms. f. tr., Mélanges de Coïbert, t. Si A, P B19 y\ — Minute.

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