AU COMTE DE WAGNÉE
Paris, 19 janvier i658i (bztbait.)
Pour ce qui est du gouvernement du Quesnoy que le Roy vous a
^ Jacqnes Butler, due d'Ormond , ne en de la restauration de 1 660. Nomme vice-roi
1610, d'une andenne et noble famille ir- d'Irlande, il s'appliqua à relever dans cette
landaise, fut le dernier appui de la cause lie le commerce et Tagriculture; il mourut
de Charles 1*' et l'un des principaux auteurs en 1 688.
Janvier i658. accordé, VOUS sçavez de quoy vous estes tombé d accord et Teftort que je vous ay promis de faire, afin que, sans aucun retardement, vous pussiez vous mettre en possession de cette grâce. J'ay emprunté l'argent que je vous ay promis pour la rescompense de M. de Beauvau et de M. d'EspenseS laquelle va encore plus haut que je ne croyois. Je suis sollicité par ces messieurs de donner la dernière main à l'affaire, et d'ailleurs le Roy reçoit quelque préjudice du delay qu'on y apporte, parce que« d'ordinaire, ceux qui doivent sortir d'un lieu ne prennent pas tant de soins pour sa conservation que ceux qui y doivent demeurer tousjours. Je vous prie donc d'exécuter au plus tost ce qui est de vostre faict, sans vous attendre à avoir d'icy une plus grande assistance que celle qu'on vous a accordée.
Je prétends que vous ayez le régiment de Beauvau', que vous renforcerez par des recrues que vous pourrez faire dans le pays de Liège. Je crois qu'il seroit bon que vous fissiez dez à présent des diligences pour cette affaire, levant jusques à deux cens hommes qui seront fort bien entretenus au Quesnoy; et si vous advancez pour cela la somme de douze cens escus, qui est ce que le Roy donne à raison de six escus par homme, je vous en feray tenir compte sur les douze mille escus que vous devez fournir.
J'ay parlé encore à M. Le Tellier pour vous soulager de deux mille escus sur la somme que vous devez fournir, en les reprenant sur la première année de vos appointemens de gouverneur du Quesnoy.
J'attends vostre response.
^ Pour payer la compensation promise à * Il appartenait précédemment à Jacques
M. de Beauvau et à M. d'Espense. (Voy. de Beauvau, sieur du Rivau, lieutenant gèles tomes VI, p. io5, et VII, p. liS.) nëral, mort en i658.
Janvier 16&B.
Bibi. nat, ms. f. fr., lUlangeêde CoUmi, t ôi A, f* 5a 1; minute de la main de Rose. -^ A£ ëlr.i FraDce* t, «77, f* aS; copie da tempa.
À M. DE LIONNE
t^aris, 19 janvier i658.
(■rriuxt.)
Tout présentement je viens d'avoir advis que Penaranda^ est assuré par des lettres, que la duchesse de Bavière, la mère, a escrites au roy de Hongrie, son neveu ^ et par d'autres que Gurtz, qui est en Bavière, a escrites à son frère à Prague ^ que le mareschal de Gramont sera despesché fort sèchement (ce sont les propres mots) et recognoistra que vous aviez raison de n'estre pas de sentiment qu'il fist ce voyage. En quoy je croy Penaranda mai informé^ car vous Tavez tousjours approuvé.
Le mesme Penaranda estoit persuadé que, M. le Mareschal estant de retour à Francfort, vous vous en reviendrez tons deux avec le poignard dans le sein d'avoir esté trompez par Télecteur de Mayence et de voir qu'à la fin, quelque argent qu'on deq^nse et quelque diligence qu'on fasse, les Allemands sont pour la maison d'Autriche.
J ay aussy advis que le frère de l'électeur de Mayence s'est desja déclaré à Penaranda etluy demande de l'argent^, et celuy-cy présuppose que le comte Egon de Fîîrstemherg, qu'il appelle raeschant homme , se voudroit rapatrier avec luy et qu'il luy faict les doux yeux, et enfin que, de la part de l'électeur palatin, l'on tache de conclure quelque chose avec luy.
Le père Saria a donné une lettre de la main de Penaranda à l'élec-
' Dans cette minute, delà main de Rose, qu^il approchait de Francfort, Tëlecteiir de
ie nom de Tambassadeur espagnol est bien Mayence lui avait fait proposer de traiter
écrit Penaranda. de la paix entre la France et TEspagne,
* Penaranda soutint toujours que, lors- par la médiation du collège électoral.
Janvier i658. teuF de Mavence, dans le voyage qu'il a faict vers luy à Mayence, à laquelle ledict Electeur a respondu aussy de sa main en créance sur ledict père S lequel luy a escrît, de la part de S. A. EL, qu'au nom de Dieu > il gaigne des momens pour se rendre à Francfort, avec assurance qu'il luy donnera matière d'une entière satisfaction, non seulement sur le sujet de l'Electeur, mais aussy sur la capitulation, et que, sur le point de la paix, il s'esclaircira avec luy, en sorte qu'il ne fera en cette affaire que ce qu'il voudra.
En outre , le père Saria mande que ledict Electeur, ayant donné part de ses intentions à celuy^ de Trêves, celuy-cy en avoit tesmoigné beaucoup de joye et s'estoit confirmé plus que jamais dans la resolution de bien servir la maison d'Autriche et donner sa voix au roy de Hongrie'. Et sur cette relation, Penaranda pressoit tant qu'il pouvoit son départ^ de Prague, afin de profiter de la bonne disposition où tout^ choses estoient pour l'élection, espérant que la fortune luy seroit favorable, comme il ne doutoitplus qu'elle ne luy fust en la dicte élection.
Je vous donne à la haste ces advis, sans pouvoir raisonner dessus, parce que l'ordinaire est prest à partir; mais je suis asseuré que vous vous en sçaurez bien prevdoir et en tirer tout l'advantage qu'il se pourra pour le bien des affaires du Boy.
^ Pour que Penaranda eàt créance au de roi de ce dernier pays qui avait titre d'ë-
père Saria. lectorat, il leur suffisait d'emporter une
* A l'électeur de Trêves. voix pour obtenir la majorité. Hs visaient,
' Les Autrichiens se faisaient fort des dans ce but, soit Tâecteur de Mayenoe,
électeurs de Trêves, de Bavière et de Saxe ; soit cdui de Brandebourg.
comme le roi de Hongrie était âectem* de * Le départ du roi de Hongrie pour
Bohéiiie et se donnait sa voix en sa qualité Francfini.
^^^,^^^,^,^^^^,,,^^^^^^^^^^^_____^_______^_____-- Janvier i658.
GXLVm.
BiU. nat., ms. f. fr., Mélangea de Colbert, t. 5i A, f° 5a3. — Minute.
AU MARÉCHAL D'AUMONT
Paris, 19 janvier i658.
(iXTBAIT.)
Toutes vos despesches m'ont esté rendues, qui m'ont confirmé une vérité que j'avois apprise d ailleurs avec joye, qui est que vostre présence et vos soins ont tout-à-fait changé la £ace des choses à Mardik et que la place est en si bon estât au prix de ce qu'elle était, qu'elle n'est pas reconnoissable.
M. Le Tellier vous a desjà mandé que le Roy trouvoit bon que vous pussiez venir faire un tour icy, et vous le pouvez quand il vous plaira; mais, à moins que ce voyage ne vous soit absolument nécessaire, je vous prie de le diflFerer jusqu'à un autre temps, et, en tous cas, ^ vos affaires vous pressent de venir, il faut, s'il vous plaist, que ce soit pour vous en retourner aussytost avec la mesme diligence que vous serez venu; car, asseurement, les ennemis ont toujours dessein d'attaquer Mardik, et [ils] prendront le temps pour cela le plus tost qu'il leur sera possible.
Vous avez fort bien respondu à M. le Protecteur. 11 sera bon que vous preniez la peine d'escrire à M, de Bordeaux, l'ambassadeur, afin qu'il fasse instance, de la part du Roy, à M. le Protecteur de laisser encore à Mardik les cinq compagnies de GuibonsS et qu'au moins, s'il les veut retirer, il en envoyé d'autres en leur place. Vous lui pourrez mander que j'en ay parlé en celte conformité à M. l'ambassadeur Lockhart.
J'ay veu ce que vous me marquez du nombre de cavalerie et d'infanterie qu'il faudroit pour Mardik. Je songe aux moyens d'y pourvoir.
Comme le Roy a un ambassadeur à Londres, je ne croy pas qu'il
^ Oa Guibooes.
iiAXAUN. — fin. 35
UirtlIIlUI lATIOlAU.
Jaoner i65S. g^ji- nécessaire d'y envoyer le s'^ de BeliefonsS duquel vous m'escrivez, .et quant au s'^ Prévost, lieutenant dans Piémont^, que vous proposez pour estre major dans Mardik , s'il est des officiers refformez, je pourray parler pour luy, et non autrement, parce que le Roy a résolu que ies [officiers] refformez seront pourveus de charges et employez préférablement à tous autres.
Je ne doute pas que la perte que j'ay faicte de mon neveu * ne vous ayt touché sensiblement, et j'ay assez de preuves de vostre amitié pour le croire ainsy. Je vous prie aussy de croire que celle que j'ay pour vous me fera tousjours prendre part, plus que qui que ce soit, aux choses qui vous toucheront, estant passionnément, etc.
CXUX.
jBibl. oat, ms. f. fr., Milanges de Colbert, t. 53, f* Ao. — Minute.
À M. DE THOO,
AMRAdSADEtnt Pitis DEà l»R0VntC]S8<-1lNIBS.
Vincennes, s 5 janvier i658.
(EiftAir.)
Mazariû lui parie (Tabord Au désir qo-fl a de rëtablrr la paix entre les Pro« vmces^Unies et le Portugal. II a écrit, dans ce sena, à M. de Coaimingeç, ambas* sadeur de France en Portugal. De Thou doit agir, de concert avec l'ambassadeur d'Angleterre, pour arriver au même résultat. Mazarin parle ensuite des Étata du Nord. Il écrit à de Thou :
Vous avez bien jugé du discours que M°* la princesse douairière* vous a tenu sur le sujet de l'électeur de Brandebourg; car il n'est pas seulement engagé, depuis plus de cinq mois, avec la maison d'Aus-
^ Bernardin Gigault de BeUefons ou Bel- achevé ses études ; le Cardinal projetait de
fonds, qui devint maréchal de France. le prendre aupiiès de toi et de l'accoiituiDer
* Dans le régiment de Piémont. aux afiEnires.
^ Voy. ci -dessus, p. 38. Le jeune Al- * La princesse douairière d'Orange était
phonse Maocini était pour son âge (il avait Emilie de Sohns dont il a été question au
douze ans) un petit prodige. D avait presque 1 1**, p. 1 84 et 980, des Lettrée de Mtaarin,
bâche, luy promettant^ et aa roy de Pologne de faire la guerre au Janvier i668«
roy de Suéde et d'entrer en Pomeranie, dans le mesme temps quil
estoit considéré comme l'allié et le meilleur amy dudict roy; mais
c'est ledict Électeur mesme qui a sollicité les ministres d'Espâigne et
le roy de Hongrie^ à luy donner des forces pour exécuter ce dessein
et à s'employer, par toutes sortes de voyes, à rompre la conclusion
de la paix entre la Suéde et la Pologne, et empescher* que le roy
de Danemark tinst bon, sans donner les mains à aucun accomode-
ment.
Cependant ladicte princesse attribue à la FraiMse et aux oèenaces de Blondel * la resolution que son gendre ^ a prise de se joindre aux ennemis de cette couronne et entretenir, comme ils le souhaitent, la guerre du Nord. Je vous puis asseurer que toutes les menaces de Blondel ont abouty à faire des offres advantageuses audict Électeur et à luy faire cognoistre, pour sa réputation et pour son interest, qu'il ne devoit pas songer à quitter ses anciens amis pour des nouveaux qui l'ont tousjours mal traité et qui en useront encore pis^ à Tadvenir, quand ils auront tiré de luy, en ce rencontre, dans l'élection du nouveau (sic) empereur et dans les autres affaires qui sont sur le tapis, les advantages qu'ils s'en promettent.
C'est ladicte princesse qui a eu la plus grande part dans la conduite de l'Electeur. Ce qui est si vray, qu'elle en reçut de grandes révérences de la part de l'Espagne et du roi de Hongrie. Il est estrange qu'elle ayt la hardiesse de parler slwl ambassadeurs du Roy en la manière
* Le sens est : à iaquelU il avait prewnsj etc.
* Tout ce passage, depuis car il n'est pas seulement engagé jusqu'à roy de Hongrie, est souligne comme devant être chiffirë.
' Tel est le texte de la minute. 11 semble qu'il faudrait une expressioa toute différente, comme faire en sorte. D'après le sens géoëral de ce paaMge, Meeteur de Bniide-
bourg voulait que le roi de Danemark continuât la lutte contre la Suède.
* Il a ëtë question de Blondel, envoyé près des cours du Nord, t. VII, p. Sig, 670 et antres, des Lettres de Mazarin.
• L'âecteur de Brandebourg, Frédéric- Guillaume, avait épousé Louise-Henriette d'Orange-Nassau, fille du stathouder Frédéric-Henri et d'Éniitie de Solms.
' Pins mal.
Janvier i658. qu'elle a faict, ou qu'elle se promette de son adresse et de ses artifices de nous pouvoir amuser et [de] nous faire voir que le blanc est noir. Cela estant, il me semble qu il seroit de la dignité du Roy que vous luy fissiez cognoistrc que Ton est informé de la manière dont elle en a usé à l'esgard de son gendre pour obliger les ennemis de cette couronne, et que Sa M^"" seroit incorrigible 5i, aprez tout ce qui est passé, Elle continuoit d'avoir recours à elle pour les interests de cette couronne ^
Mazarin termine en le remerciant de la part qu'il a prise à la mort de son nevea et en lui pariant d'affaires d'un intërét secondaire.
AS. ëtr., France, L 276, f" 35. — Copie du temps.