AUX AMBASSADEURS (GRAMONT ET LIONNE
ï FBAKCPOaT.
Vittcennes, 97 jaoner i658.
(extrait.)
Jadjoucteray que le Roy est très satisfaict de vostre conduite, et Sa M*^ est trop juste pour en user autrement envers ceux qui la servent bien et qui n'oublient rien pour faire réussir les affaires qui leur sont commises, quand c'est le seul malheur qui empesche qu'elles ne réussissent. Je crois mesme, en mon particulier, que l'on est obligé à tesmoigner d'autant plus de satisfaction en pareil cas, afin que cela serve de consolation aux ministres, qui, aprez avoir travaillé avec zeie, prudence et adresse, ont le déplaisir de ne venir pas à bout de leur entreprise.
Je vous diray librement que le dessein de faire sortir l'Empire de la maison d'Austriche, laquelle a de si profondes racines en Allemagne et partout, et qui a tant de moyens pour empescher que l'on ne luy oste et mesme qu'on ne luy dispute la continuation de cette grandeur, à laquelle il n'y avoit que le seul duc de Bavière qui puisse aspirer et de la volonté de qui nous avons grand sujet de douter, ce dessein, dis-je, auroit esté fort approchant de celui de vouloir battre une grande flotte avec deux ou trois brigantins^
* Au moment où se poursuivaient, à 1 opinion commune qu^en apparence, on
Francfort, les négociations pour fëiection veut âoigner les Autricbiens de TEmpire,
l'Empire, les jeunes Hollandais, dont le mais, en rëalitë, qu'on souhaite qu'ils le
témoignage est d'autant plus intéressant retiennent, afin qu'ils servent d'épouvantail
qu'ils étaient liés avec le ministre de l'âec- à ceux qui autrement pourraient nuire.»
teur de Brandebourg, écrivaient : «rCest ici {Voyofe de deux Hollandais à Parié, p. 38i.)
Ce nest pas que Ton ne deust faire tous les pas que nous avons Jtovier 1 658. faicts, y ayant esté convyez en la manière que vous sçavez, et jugeant d'aiHeurs que, ne reusaisBant pas dans cette entreprise, les diligences que nous y apporterions ne seroient pas perdues, puisqu'elles serviroient à procurer tout ce qui seroit nécessaire pour reparer les contraventions faictes à la paix de Munster et les seuretez pour la faire observer à Tadvenir. G est à quoy il faut à présent appliquer tout son esprit et se prévaloir des offres que M. de Mayence a faictes sur ce sujet, a6n d'obtenir une capitulation ^ auparavant Télection , qui nous mette Tesprit en repos des artifices et des videuces dont les ministres d'Espagne se servent sans doute auprez du roy de Hongrie pour la faire rompre, et sortir ainsy avec honneur et advantage de l'affaire que le Roy a mise entre vos mains.
J ay faict reflexion sur les deux points dont M. de Bennebourg a parlé àM. de Lionne, de la part de M. de Mayence, et particulièrement sur celuy qui regarde les Anglois; car si ledict Electeur vient à bout de nous faire satisfaire là-dessus, comme il s'est offert, nous aurons sujet d'estre contens, puisque tout prétexte sera osté au roy de Hongrie d'envoyer des troupes en Flandres, n'en ayant, d'ailleurs, aucun pour en envoyer en Italie, par leur propre confession, si l'on veut exécuter la paix de Munster. Je vous repliqueray sur ce sujet que les Anglois ne prétendent faire autre guerre en Flandre que celle de nous assister de leurs troupes pour avoir en rescompense une seule place qui est Dunkerque, avec déclaration de ne vouloir en aucune manière prétendre plus avant, puisque mesme ils donnent les mains que la France prenne et conserve Bergues, qui n'est qu'à une petite demi-lieue de ladicte place, et ayant solennellement promis de ne toucher directement ny indirectement à quoy que ce soit qui regarde les catholiques, les églises, les couvents, les prestres et leurs revenus, sans pouvoir, sous quelque prétexte que ce puisse estre, apporter la moindre traverse à fexercice de la religion catholique ny à la perception des revenus
' CoiiditM»8 imposëes à un souveraio, avant qu'il montât sur le trAne. Des capitulations étaient imposées aux rois de Pologne comme aux empmurs d'Allemagne.
Janvier i658. ecclésiasliques , ainsy qu'Us en jouissent présentement. Et pour ce qui est de Mardik, aussytost que Ton sera en possession de Dunkerque, l'on ne songera qu'à raser toutes les fortifications que l'on a faictes audict poste, nonobstant les sommes considérables d'argent que Ton a despensées pour le mettre en bon estât. Ce que l'on fera d'autant plus volontiers qu'il n'est pas utile ny nécessaire de conserver ledict poste, puisque la fosse de Mardik est en seureté par Dunkerque et par un petit fort de bois qui commande à ladicte fosse.
J'ay esté bien ayse de voir que, si l'on traitoit la paix de cette couronne avec l'Espagne à Francfort, l'on nous faict espérer de donner au Roy toute la satisfaction qu'il sçauroit prétendre sur le point de la Lorraine, mesme de la laisser à Sa M^^^; ce qui est de grande conséquence et conforme à ce qu'ont tousjours tesmoigné les Electeurs, princes et Ëstats de TEmpire dans la négociation de Munster.
On a fort approuvé icy que M. de Lionne n'ayt point discontinué de faire des plaintes de la conduite de M. de Mayence à l'esgard de l'élection, sans se satisfaire de quoy que ce soit qui luy ayt esté proposé, de la part dudict Electeur, pour nous adoucir; car cela aura beaucoup servy pour faire de plus en plus engager S. Alt. EL à nous procurer satisfaction sur les autres points. Je vous advoue pourtant que toutes sortes de raisons nous doivent faire espérer que Mayence, par son propre interest, s'employera fidèlement pour nous sur tous les autres points, hors celuy de l'élection. Je ne laisse pas de m'en deffier, parce que j'ay encore eu nouvelle confirmation qu'il a pressé derechef Penaranda, depuis son arrivée à Mayence, de venir promptement à Francfort, ne l'asseurânt pas seulement qu'il seroit satisfaict sur le point de l'élection, mais qu'il auroil aussy sujet de l'estre et sur la proposition de la paix entre les deux couronnes et sur la capitulation. Et comme il ne faut
^ La Lon'aine fut cependant rendue an refusa de les accepter. Peu après, da reste,
duc par le traitd de iôSq, h l'exception du (i66a), la Lorraine fut de nouveau occu-
duché de Bar et de plusieurs places fortes, pëe par les troupes françaises, qui y de-
et à des conditions qui, tout d'abord, dé- meurèrent jusqu'en 1697, époque de la
plurent tellement au duc Charles IV, qu'il signature d'une paix définitive.
pas douter que Tintention dudict Electeur ne soit de faire retirer Janvier i658. quelque advantage considérable à ses parents du service qu'il rendra à la maison d'Austriche, Ion veut soupçonner avec fondement que la crainte qu il a tesmoigné d'avoir des menaces que M. de Lionne luy a faictes, que vous vous retireriez de Francfort pour revenir en France et adviser aux moyens de tirer raison des mauvais traitemens que M. de Mayence y avoit faict recevoir au Roy, procède de ce qu'il a considéré que, si vous vous retiriez, tant s'en faut qu'il pust se faire plus estimer et rechercher des Espagnols et leur vendre plus cher sa marchandise, [et que] Penaranda, au lieu de le recompenser, le mespriseroit, puisque, par vostre retraite, il n'auroit plus aucun obstacle à obtenir tout ce qu'il voudroit.
Je considère, d'ailleurs, que ce que M. de Lionne a dict au baron de Bennebourg, suivant ce que je luy avois escrit, que Penaranda avoit déclaré, comme il est vray, que, quelque chose que Mayence fist, il falloit le faire servir d'exemple pour avoir ozé se déclarer et se rendre chef de parti contre la maison d'Austriche, [cela] ne fera aucune impression sur son esprit, parce qu'il sçait fort bien qu'il a de quoy satisfaire les Espagnols sur ses intentions à leur esgard, s'estant déclaré, dès le commencement, à l'Archiduc (mais en grand secret, exigeant mesme de luy que les ministres d'Espagne n'en sçachent rien), qu'il donneroit sa voix au roy de Hongrie, et ainsy il fera paroistre qu'il n'a jamais eu la pensée d'estre chef de party contre ladicte maison.
J'entre bien avant dans ce discours, quoy que je voye bien que cette inquiétude est superflue, estant nécessaire d'attendre que le temps nous esclaircisse des véritables sentimens dudict Electeur, lesquels je m'assure que vous rectifierez, autant qu'il sera possible , et que vous mettrez toutes pièces en œuvre pour cet effect.
* Tout présentement je viens de recevoir advis^ que Pegnaranda'
^ Cette deraière partie de la dëpéche, ' Le second Beerëtaire écrit a^^t^, au lien
qni commence , dans le manuscrit, au f" 33 d'avis.
V*, est de la main d'un autre secrétaire, ' Rose écrivait Penaranda, le nouveau
dont l'orthographe dififtre de celle de Rose. secrétaire écrit Pegnaranda.
MAZABIR. — TIII. 36
UtfUaXMI lAXIOllLK.
Janvier i658. a Fcceu Ordre d'Espagne d'entendre tout ce qu'on luy voudra dire à i'esgard de la paix et offrir de depesoher un courrier à Madrid pour apprendre ks intentioos de son m«idtre sur Iqs propoditiona qu'on luy fera.
Je â^ay^ eu outi^, que Pegnaranda dira que le roy GatbQliqi]|e a tousjours donné les mains aux moyens qu on luy a proposes pour traiter la paix et que, dernièrement « le Pape s'estant interposé, à ripsinuatton de la France, pour faire là paix à Rome, $a M^ Catholique y a voit conâenty.
On me mande aussy que le mesme Pegnaranda auroit bien voulu qu onluy eust donné permission de proposer une suspenâon d armes da sept ou huit mois, parce qu'estant asseuré que le Roy ne Taccepteroil pas, il se seroit servi de ce refus pour rendre la France odieuse, faisant connoistre qu elle s'esloignoit des Qxpediens qui pourroient dooner bientost le repos à la chrestienté.
U. sera donc à propos qu'estant informez, comme vous estes, de la manière dont Pegnaranda prétend se conduire sur le faict do la paix, vous preniez de bonne heure vos mesures pour empescher qu'il n eu tire aucun advantage^ ce qui vous sera ays4 si, entre autres cbooes, vous prenez le soin de descrier ce que dessus et particulièrement aUf* prez de M. de Mayence, auquel il ne £sut pas douter que Pegnaranda ne s'adresse le premier.
Iltzarin sourient, dans 1^ suite de h dëpéche^ que le rpi d'Ëspsgne Qe yeut pas rëeilemeat la paix, et que la prëteiidye proposition de traiter à Slope, &itc par la France, est complètement fausse. Quant à la suspension d armes, il en montre Timpossibilitë, el termine par ce paragraphe écrit de sa main :
Je suis obligé d'adjouter que le père Saria n'a mandé autre choee à
* La façon dont Mazarin s'y prit, pour du i5 avril; ces conditions forent rejetées
aUeîadre ce but, fut de foire proposer lui- par Tainbassadeur d'Espagne, oonwie inju-
même , par Tarcbevéque de Mayence , à Pe- rieuses pour son maître , et odttHà se Ipouy»
ôaranda des conditions de paix que le Car- par suite mettre ks torts de son isété è
dînai ënumère plus loin, dans sa dép^he ïégttri du eoUège âectoral.
Pegnaranda, de la part de l'électeur de Mayence, en ce qui regarde la Janvier i658. capitulation, si ce n'est que S. Alt. Elect. luy donneroit une juste satisfaction là- dessus; et comme cela est précis, j'ay jugé à propos de vous le mander.