À M. BUTI
Paris, 90 mars i658.
(briait.)
J'ay esté fort ayse de voir les relations que vous m'avez envoyées des
lui rendre la ville. Le comte de Moret est à Journal (t. II 7 p* 337 ^ suiv.). La Rivière,
Montreuil , à cinq lieues de Hesdin , où ii qui ëtait neveu de Beliebrune , fut secondé
attend le progrès de son affaire et les ordres dans sa rëvolte par son beau-frère, Faites,
de la Cour. 9) La Rivière, seconde par son major de Hesdin.
beau-frère, Fargues, tint assez longtemps la ' Ce mot et les suivants écrits en inter-
Cour en ëchec. Olivier d'Ormesson , qui ëtait ligne sont douteux.
alors, comme on Fa dit, intendant de Picar- ' L'abbë Buti, que Ton écrit souvent
die, a retracé toute cette affiùre dans son aus<ii Bouti ou Butti, et auquel aontadres-
deux conférences que vous avez eues avec ie prince de Lobkowitz^; on Ma» i658. ne pouvoit pas traiter les choses avec plus d'adresse et de jugement et d'une manière plus insinuante que vous avez faict, ny rabattre ses coups et ses raisons avec plus de force. Ce que j'ay remarqué, c'est qu'il y a grande différence de vostre seconde conversation à la première, où il paroissoit s'estre déboutonné avec beaucoup plus de franchise et >vec de plus favorables dispositions pour nous. Je croy neantmoins que la continuation de ce commerce, autant qu'on le pourra cultiver avec bienséance et avec dignité, ne nous peut estre qu'utile, et je suis persuadé que vous en sçaurez bien tirer tous les advantages possibles.
Vous luy avez fort bien respondu, particulièrement sur le faict de la paix , et il me faict grande injustice dans les deux choses qu'il vous a dictes : Tune, que mon interest particulier y est peut-estre opposé, et l'autre que j ay contribué à faire venir le Turc en Hongrie; car, quand je n'agirois par aucun principe de gloire et de conscience, il y a quantité de raisons solides par lesquelles il m'est aysé de faire voir que , dans Testât présent de ma fortune, je ne ^oisrien souhaiter si ardemment que la paix; et pour le Grand Seigneur^, non seulement je n'ay jamais eu aucun commerce ny négociation avec luy, mais bien loing de le faire solliciter de faire une invasion dans la Hongrie, je vous diray, sans ostentation, qu'en mon particulier je fais un effort pour amas* ser le plus d'argent que je puis, afin d'en assister les Vénitiens contre luy^
Je voudrois bien que vous n'eussiez rien dict au Nonce, car toutes les négociations que nous ferons par le moyen des ministres du Pape ne nous seront pas advantageuses, estant certain que, pour se
âées de Dombreuses lettres de Mazarin , les r^nes de Ferdinand II et Ferdinand III. ëtait un des agents italiens qu'il employait * Le sultan ëtait, en 1 658, Mahomet IV,
dans les négociations, s^s leur donner de qui rëgna de 16^9 h 1687. caractère officid. ' Venise ëtait, depuis plusieurs années,
' Le prince Lobkowiti ëtait chancelier de engagée dans une guerre contre la Turquie,
Bohême et avait eu un rAle important sous qui voulait s'emparer de Tile de Candie.
Mars i658. conformer aux inclinations de Sa Sainteté, le premier objet qu'ils auront, ce sera d'obliger les Espagnols ^ Gela est fort contre les mesures que nous voulons garder avec le prince de Lobkowits , et je craina mesme que ledict Nonce ne se serve de vostre visite pour Daire cognoistre à Pegnaranda que nous recherchons lestablissement d'une bonne intelligence avec le roy de Hongrie et ses ministres, et que cela le porte à se réunir plus estroictement et ne rompe tout le dessein que nous avons de la diviser.
Je n'ay rien à vous respondre sur l'ouverture que M. le prince Lobkowitz vous a faicte, qu'il seroit bon que la France et ses ministres usassero di quache urbanita col re di Ungheria ed i nUnistri di Sua Maesià Apostolicay parce que MM. les ambassadeurs ont pouvoir de résoudre là dessus [suivant]^ qu'ils jugeront à propos et que la dignité du Roy pourra permettre^.
Quand vous reverrez ledict s"^ prince, je vous prie que l'on [lui] fasse de grands complimeus de ma part sur la bonne opinion qu'il a de nioy, dont je ne suis point surpris, puisqu'il ne me cognoist que par le rapport d'une personne qui avait autant d'amitié pour moy que M. le comte de CoUalto ^, et qui luy aura sans doute caché mes défauts; mais si je n'ay pas toutes les qualitez nécessaires pour avoir son estime, vous le pouvez, au moins, asseurer que je prendray tousjours avec plaisir et avec sincérité celle de son serviteur^.
' Le Qonce du Pape , nomme San-Félice, qui ëtait à Francfort, pouvait bien, au dire de Gramont, (rquitter cette qualité de nonce pour prendre celle de troisième ambassadeur d* Espagne; car il ëtait tellement partial pour les moindres intérêts du Roi Catholique, qu'il ne le cédait h aucun de ses sujets y*
* Mot do.iteux.
^ Les ambassadeurs ne jugèrent pas à propos de continuer les négociations de labbé Buti avec Lobkowitz, où, dit Gra-
mont, (rils voyaient bien qu'il n'y avait rien à gagner pour eux».
* Le comte Rambold CoHato avait élé un des généraux de Tempereur Ferdinand H , pendant la guerre de Trente ans. Il avait été en relation en Italie avec Mazarin, et ëtait mort en i63o, peu de temps après faction d'éclat que lit Mazarin devant Casai pour séparfiT les armées françaises et espagnoles.
* C'est-à-dire la jualid de son servie teur.
Mai* i6S8.
GLXX.
ASL ^tr., Fraaae, t 977, f* 83. — Copie du temps.
À M. DE GRAVEL
Paris, so mars i658.
Tay receu vos deux lettres du 1 1 et du 27 février, auxquelles mon mal m'a empesché de faire plus tost respoose. J'ay esté bien ayse de voir la relation de vostre voyage de Trêves; et la fermeté avec laquelle vous avei parlé à cet Electeur aura sans doute produict un bon effect, n y ayant guère d apparence » quoy quil fasse le brave dans le commencemeot, qu'il veuille se résoudre à sattirer la France sur les bras et exposer par là ses Eatats à une ruyne certaine. On verra , lorsq«*îl sera à Fnaocffiirt» si les effects respondront à ce qu'il a faict espérer, et^ selon la manière dont il en usera, le Roy prendra ses resolutions.
Cependant vous avez bien faict d'éluder la proposition que vous a £aicte le chancelier de Neubourg sur la debte dont avoit parlé autrefois ledict Electeur; car il ne seroit pas juste que Sa M*^ achetait une capitulation qui regarde la seoretédu repos de rAUema^ne, et à la* quelle, par conséquent, les Electeurs et tous les princes de rEmpire opftt autant d'interest q<u'Elle, aussi cher qu Elle auroit pu faire l'exclusion de la maison d'Âustricbe de l'Empire , qui auroit esté un coup de la dernière importance {Mmr cette couronne^ Tout ce qui se peut faire, c'est de luy accorder des grâces d'une autre nature que d'argent, s'il les mérite par sa conduite, et en tout cas, et à un coup prez^ et pour faire un grand eflect, MM. les ambassadeurs ont pouvoir d'en user comme ils le jugeront à propos.
Je travaille pour vous envoyer bientost un nouveau fonds, afm
' Mazarin ne regarda pourtant pas à la en détail tous les petits princes allemands, dépense : il dit ploff d'one fois , dans sa cor- * Pour ne pas manquer une occasion qui
respondance, qu'il se ruine pour acheter s'o£Brirait.
Mars i658. que, s'il 86 présente quelque bonne occasion, MM. les ambassadeurs ne manquent pas d'en profiter, faute d'argent.
J'espère que vous aurez à présent celuy qu'on a envoyé pour achever le payement des derniers cent mille escus que Ton a promis au roy de Suéde. Il le faudra faire avec toute la civilité possible, et vous direz à MM. les ambassadeurs, quand vous serez en estast d'acquitter cette partie, afin qu'ils en donnent advis aux ministres de Suéde, vous conformant, pour la manière dont vous aurez à en user, aux ordres que lesdicts sieurs ambassadeurs vous donneront.
J'estime infiniment l'acquisition de l'amy de M. le mareschal de Gramont S particulièrement dans les conjonctures présentes , et les cinq cens ducats qu'on luy a donnez ne pouvoient estre mieux employés. C'est une affaire qu'il faut tenir fort secrète et la bien mesnager; car, s'il exécute ce qu'il dict, il engagera peut-estre M. Telecteur de Mayence à faire quelque pas contre les Espagnols, et je croy que c'est la seule ressource que nous avons pour espérer quelque chose de Oavorable dudict Electeur.
L'on approuve la despense que vous avez faicte pour des manteaux de livrée aux hommes que MM. les ambassadeurs ont faict venir de Brisach, et vous pouvez donner ce qui sera nécessaire pour leur sub* sistance, pendant qu'ils seront à Francfort.
Vous ne m'avez point faict response sur l'achapt des chevaux dont je vous avois escrit; je m'asseure que vous ne l'aurez pas négligé, mais que vous n'avez pas encore faict pour cela aucune bonne rencontre. Monstrez ce que je vous escris à MM. les ambassadeurs, et croyez que je suis fort salisfaict de vous.
^ Une note marginale avertit qu'il s'agit d'un riment. En outre , le comte de Nassau-
du duc de Nassau. On voyait dëjà à Tarmëe Saarbruck , qui avait des terres dans Télec-
française, dans les Flandres, le comte de torat de Mayence, était sous la protection
Nassau - Dillenbourg , qui servait à la tète . de la France.
Mars i65B.
Bibl. nat., ms. f. fr., MHmgt$ de CoOeH, t Sa, f 8â v*; minute. — AS. étr., Anj^eterre, t. 69, f° 976; copie du temps.
AU PRÉSIDENT DE BORDEAUX
(bxtiait.)
Paris, a 3 mars i658.
J ay dict à M. de Brienne de vous faire sçavoir tout ce qui se traite icy touchant le renouvellement d'alliance ^ Vous pouvez asseurer M. le Protecteur et le secrétaire d'Estat' que le Roy exécutera fort religieusement, de sa part, toutes les choses dont on sera convenu; que je luy responds quil n'y aura pas la moindre difficulté; et quoy que vous puissiez dire et advancer là-dessus, je vous promets, en mon particulier, que vous ne devez pas craindre que S. A. en fasse aucun reproche.
La prise des trois flustes hoUandoises, quoy que ce ne soit pas une
^ Le traite da a3 mars 1687 avec TAngleterre n'avait été signe que pour un an. Servien et Brienne conféraient à Paris avec Tambassadeur Lockhart pour son renouvellemoit. Les commissaires arrêtèrent le a 8 mars i658 les articles du nouveau traité dont le texte en latin et en français figure aux archives des Affaires étrangères (Angleterre, t. LXIX, fol. a5& et 399). Il était convenu par ce nouvel acte que le traité précédent serait rdigieusement observé. Six nouveaux articles y étaient ajoutés, portant qu'avant toute autre entreprise , le siège de Dunkerque serait formé par terre et par mer entre le 90 avril et le I o mai suivant. Après la prise de Dunkerque, la flotte anglaise, composée du même nombre de vaisseaux , se tiendrait h la disposition des Français pour contribuer
HIXAUH. — fin.
au siège de Gravelines, qui devrait être entrepris avant septembre i658, et sinon^ au mois de mars 1659. Une solde supplémentaire était allouée aux 6,000 volontaires an- 0ais.
* JobnThurlôe. (Voy., sur cet homme d'État, la note 4 , p. 1 33 , t. VI , des Lettrée de Mazarin,) Thuriôe fut d'abord secrétaire des commissaires du Pariement au traité d'Uxbridge conclu avec Gharies 1*% puis ambassadeur près des Provinces-Unies (1 65 1). 11 fit partie du cabinet de i65a k 1687 et, depuis, du conseil de Cromwell. Ce fut lui qui découvrit le complot royaliste de Harrisson. Après le retour de Charles II, il fut mis qudque temps en prison pour crime de haute trahison; il vécut ensuite dans la retiaite jusqu'à sa mort, en 1668.
UfPHiaERIB lATIOIIALC.
Man ]656. chose de grand esclat, n a pas laissé de rompre bien des mesures aux Espagnols pour leur projet du costé d'Angleterre.
On a donné l'argent pour les quatre cents hommes du colonel Roterforti qui restent à lever. Je vous prie de haster cette levée et les autres le plus qu'il vous sera possible. On donne aussy de l'argent aux officiers qui ont traité pour les trois regimens.
Mazarin termine en lui pariant d autres projets de levées de troupes en Angleterre et promet de s'occuper des intérêts particuliers de M. de Bordeaux, dont il a parlé avec le père de cet ambassadeur ^
Bibl. nat, m», i fr., Mik^ga d» Ooèbmy U 6si, f* 83. **~ Hiaute.
AU MARÉCHAL DE GRAMONT
Piris, %h mars i656.
(bitrait.)
Vous verrez, par la depesché coûimuneS que Ton vous adresse toutes les reflexions qu'on a faictes icy sur ce qu'a apporté Roussereau', à quoy je n'ay rien à adjouster si ce n'est que, quelques belles paroles qu'on vous ayt données, j*ay tousjours peur qu'on n'en use pour la capitulation comme on a faict pour l'élection S et je trouve que vous dictes fort bien qu'il seroit diflScile et pettt^stre fort peu seur de res» pondre de ce qui despend d^autruy. Neantmoins, nonobstant tout ce que Ton peut en croire ^, il faut que vous tesmoigniez plus de confiance et d'amitié que jamais à M« de Mayence; car» ou voulant bien agir, cela le confirmera dans ses bonnes intentions, ou ne le faisant pas,
^ Guillaume de Bordeaux, intendant des * Ce passage, depuis fiiWfiMf Mfef jp*-
finances. rok$ junju'è FélecUon, est souligné; oe qui
' Adressée aux deux piëiiipotentiairest indique qu'il devait éire chiffiné» Gramont et Lionne. * Ces mots : cê qut l'on peMt tn croire,
^ 11 a été question , ci^dessus , de la mis* écrits en interligne et en «Im^, soat dott-
sion de ce seerétaire de Mazarin. teux.
nous aurons, au moins, la consolation de n avoir mn oublié, de nostre Mm i658. €Os(é, pour Tobliger d'en user autrement.
Vous verrez, par le papier ci-joinet, qui de voit estre mis avec la depesebe commune, la remarque que Ton a faicte sur l'articie inséré dans la capitulation, qui regarde [la Bavière^]. Je vous envoyé aussy le projet de traité qui devoit estre faict avec M. le duc de Neubourg, a6n que vous puissiez vous régler lindessus pour les liguas particu-* lieres que vous pourrez conclure présentement, soit avec ledict duc, ou avec d autres prmces. Neantmoins, à Tesgard de ce projet et pour la capitulation, le Roy se remet entièrement à ce que vous et M. de Lionne jugerez plus à propos, estant sur les lieux et voyant mieux ce qui est le plus convenable et le plus advantageux pour le service de SaM*^.
^ Vous recevrez aussy le projet de renonvellemeot d'alliance avec la Suéde en la manière que j ay jugé icy qu'il se pourroit faire. Le Boy désire pourtant que vous et M. de Lionne examiniez s'il y a quelque chose à changer pour en donner advis à Sa M^.
J ay advis certain que le s' de Bennebourg a signé le traité avec le roy de Hongrie et que Montecuculli et Tlsola l'avaient mandé par courrier exprez audict roy et aux ministres d'Espagne; mais il se peut faire sans miracle que les progrez du roy de Suéde obligent ledict Electeur à n'estre pas si facile à l'executioo de ce traité conmie il l'a esté à le conclure.
Apr^s avoir parie, sans y attacher beaucoup d'importance et même en les tournant en raillerie, des projets de Penaranda, Mazarin continue ainsi :
Po«r reprendre le sérieux, je vous diray, en confirmation de la mesfiance que nous devons avoir du Nonce, qui est à Francfort, que le comte de Pegoaranda ayant donné part au Pape, par le moyen du cardinal nepveu ', du contenu de toutes nos lettres interceptées, des dili-
^ Cemot,ëcriteQialai%iœetenabr^, ' FJavio Chigi, oeveu du pape Aiexan-
eal très douteux. dre VU. U laourat en 1698, à soixante*
' Cette partie de la minute est au f 85 v"". trois ans.
Avril i658. gences que la France faisoit pour esloigaer l'élection de l'empereur, et du caprice (pour user de son terme) de l'électeur de Mayence de vouloir introduire une négociation de paix à Francfort, Sa Sainteté luy a voit faict tesmoigner, par le moyen du Nonce, qui est auprez du roy de Hongrie, qu'elle luy estoit obligée de la confiance qu'd prenoit en elle; qu'elle souhaitoit avec passion de voir le roy de Hongrie revestu au plus tost de la dignité impériale; qu'elle n'avoit rien oublié de ce qui pouvoit dépendre de ses soins pour haster cette eslection et qu'elle avoit extrêmement d'impatience des pensées chimériques dudict elec* leur de Mayence, qu'elle luy avoit desjà faict dire par le Nonce, qui est à Francfort, qu'il se desistast de ses propositions, et que Sadicte Sainteté, aprez avoir vu les despesches de Pegnaranda, avoit donné de nouveaux ordres audict Nonce de parler fortement, de sa part, audict Electeur pour l'obliger^ de ne traiter en aucune façon cette matière de la paix. Sur quoy Pegnaranda s'estoit flatté à un tel point, qu'il croyoit qu'arrivant à Francfort, il ne seroit embarrassé ny par le point de la capitulation, ny par celuy de la paix, et qu'il pourroit sans obstacle venir à bout de celuy de l'élection.
CLXXÏII.
Bibl. nat., ms* f. fr., Mélanges de Colbert, t 5â , f' 97 v\ — Minute.