‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 2)Chapitre 36 sur 81 · À M. DE LA CROISETTE · texte numérisé non relu

À M. DE LA CROISETTE

Paris, 3 avril iGbS.

(BtTBilt.)

J'ay receu une lettre de M. le duc de Longueville en créance^ sur un gentilhomme ordinaire, qui me l'a rendue de sa part, et j'ay esté extrêmement surpris de voir qu'il [prioit]\ de sa part, avec empresse-

^ Mot surcharge et douteux; on peut lire * Cette tournure, souvent reproduite

Vekigner, dans les Lettres de Mazarin, équivaut èi une

* Voy., sur La Groisette, le tome V, lettre donnant créance à un gentilhomme, eir,

p. 1 a 1 , des Lettres de Mazarin. * Mot douteux.

ment de m employer auprez du Roy en faveur des s" de Crequy et Avrii i658. Gratot^; car, ayant appris ce qui s*est passé dans l'assemblée tenue aux environs du Bourg-de-Trun^(«tc), où il s'estoit trouvé plus de cinq cents gentilshommes, parmy lesquels avoient paru aussy lesdicts sieurs de Crequy et Gratot, accompagnez de bon nombre de gens dont on croit la meilleure partie aussy mal intentionnez queux^, et ledit Crequy avoit fort mal traité le s' de Boussé, l'appelant traistre, parce qu'il avoit obey au Roy en venant à Paris, et ayant ^ empesché que le s'*de La Ferriere ne s'y soit rencontré, parce que Crequy ayant logé chez le baron de Guispré (ou Guespré) la nuit du jeudy au vendredy, et ledict La Ferriere y estant arrivé depuis son départ, le baron de Guespré luy avoit dict que, s'il alloit à l'assemblée, il y trouveroit un homme (entendant par là le s' de Crequy), lequel ne luy promettoit pas

' Le comte de Grëqtû, on plutAt de Grë^ gny-Beniefiile, comme l'appelle Guy Joly, dans ses Mémoires, était d'intelligence avec le prince de Condë, le maréchal d'Hocquincoort et, parFintermëdiaire d'un sieur d^An* nery, avec le cardinal de Retz. L'affaire pouvait avoir des conséquences importantes et Ton s'explique l'irritation de Mazarin , parce que, sous le prétexte de protester contre redit des anoblissements, on projetait un véritable soulèvement de la Normandie.

Le maréchal d'Hocquincourt y eât jeté 4,000 chevaux pendant que l'armée d*Espagne se serait postée sur la Somme, aux environs du Crotpy, dont le gouverneur avait des relations avec M. le Prince.

' Trun est maintenant un village du dép. de rOme, chef-lieu de cant. de l'arrond. d'Argentan.

' Les troubles de la Normandie dont Masarin parie dans' cette lettre se rattachent probablement à une mesure relative à la suppression des titres de noblesse obtenus depuis 1610. Guy Patin écrivait à Cfaaries

Spon, le s8 janvier 1 658 : «rM. de Longueville est parti d'ici pour s'en aller à Rouen y faire vérifler l'édit de la révocation des nobles depuis 1610, dont on croit qu'il y aura bien du bruit dans la province, d'autant que les autres nobles qui auront acheté des lettres de noblesse sous les autres rois précédents, savoir Henri IV, Henri 111, Charles IX, Henri II et François I", pourront aussi bien par après être révoqués pour la décharge de la province , laquelle est merveilleusement chargée de tailles , encore plus que les autres, et fort pleine de tels nobles, qui n'en ont acheté les lettres que pour s'exempter desdites tailles, n Oii voit que l'on voulait, en 16 58, mettre à la taille les usurpateurs de noblesse, comme Colbert le fit plus tard; mais Mazarin recula devant les difficultés. (Voy., plus loin, une lettre h Servien, en date du a 5 juin i658.)

^ Il y a bien ayant dans la minute. Avoit semblerait préférable. Cette longue phrase est très irr^ulière, mais le sens n'est pas douteux.

Avril i658. poires oiolles ^ à cause qu'il ne i'estoit venu voir, ce qui larresta tout court; ayant, dis-^e, appris ce que dessus et voyant que» lorsque ie Roy deffend les jissemblées et veut chastier les députez, on en iait de nouvelles, et au lieu de trois députez on en nomme douze, et que lesdicts Crequy et Gratot, avec un si grand mespris de lauthorité royale, y sont allez comme en triomphe, contre les intentions de M. le duc de Longuevilie et daos le mesme temps faict^ rigoureusement procède contre eux pour les punir de leur désobéissance et mauvaise conduite, je m attendois que M. le duc de Longuevilie, improuvant et l'assem* blée et tout ce qui s'y est £aict, et particulièrement le procéder de&* dicts Gratot et Crequy, depescheroit icy pour en rendre compte au Roy et seroit dadvis plus que jamais de les punir exemplairement, d autant plus qu'ils ont abusé, comme vous sçavez, de ttmtes les boutez qu'il a eues pour eux, obtenant de Sa M*^ tout ce qu'il avoit demandé en leur faveur, et, au mespris de M. le duc de Longuevilie mesme^ ont eu recours à l'assemblée pour l'obliger à s'intéresser eu leur cause avec une pensée qui ne peut estre que criminelle, puîsquelle alloit à engager le corps de la noblesse dans ce qui les regarde^; cepen» dant ledicl gentilhomme, persuadé ou faisant semblant de l'estre que tout cela n'est rien, a fortement insisté, de la part de M. de Longuevilie, pour que j'obtinsse du Roy le restablissement de Crequy et Gratot dans l'honneur de sa bienveillance, comme si, depuis qu'ils ont abusé de la grâce que Sa M**^ leur avoit accordée par l'intercession de M. de Longuevilie, ils eussent rendu quelque grand service à l'Estat, ou donné quelque marque de leur repentir et de leur obeyssance.

Le Roy avoit desjà veu la relation de ce qui s'estoit passé en ladicte assemblée avec indignation de la hardiesse et du peu de respect desdicts Crequy et Gratot et de l'establissement qui s'y estoit faict de douze

^ Vieiile location ëquivaiaot à: ne /lit pro- ^ Voy., aux Analyses, ies lettres dn

mettait pas un bon traitement* t6 mars el du 3 aTril adressées an doc de

' il faudrait lire : et que, dan» le même Loogaeville, gonvemeorde Nonnandie, et

temp$ , l'on/ait^riffoureusement procéder, etc. traitant du même siget

députez, et je vous laisse à penser de quelle manière eussent esté re- Avril i658. oeues les instances de M. de Longueville» si je ne les eusse portées^ en aorte que Ton n'eust pas sujet de croire qu'il s y attachast fort. Sa M^ donc, ayant faict examiner toutes choses en sa présence par les principaux de son Conseil, ma commandé de faire sçavoir à M. le duc de Longueville que son intention est que Ion procède avec toute sorte de rigueur contre lesdicts Crequy et Gratot, conformément aux ordres qu'ËUe avoit deoja donnez, et qu'il advise aux moyens de faire cesser ces deputations, qui ne peuvent subsister qu'avec scandale et que donner un très pernicieux exemple, exposant mesme la province à des inconvénients fascheux.

Je n'ay pas creu devoir parler à ce gentilhomme si précisément que je fais icy, ne sçachant pas si je devois m'ouvrir à luy de toutes choses et l'informer pleinement des intentions du Roy. C'est pourquoy je me suis résolu de vous faire cette lettre, et j'escris à M. de Longueville que je me remets à ce que je vous mande pour l'en informer de ma part.

Maiarin insiste easiiite pour que le duc de Longueville se montre plus rigoureux k regard de ceux qui ne respectent pas Tautoritë du Roi ^. Il termine ainsi :

J'avois oublié de vous dire qu'ayant recogiieu que ce gentilhomme estoit persuadé que l'assemblée qui s'estoit tenue et la deputation

' U y a bien pêtié^ et non priêeiMe$^ qui semblerait préférable.

* Turenne insinue dans un passage de tas Mémoires (p. ^69, édit. Michaud et Poqoukt). que la présenoa de ia duchesse de Longueville en Normandie ne fut pas étrangère à ces mouvements de la noblesse. Voici ce passage : <rll y avoit eu auparavant* dM asaambMes de noblesaeeii diverses pro-

vinces» avec quelques gentUhommes pour chefs i et surtout en Nonnandie, quoique H"* de Longueville fût dans une dévotion si gnindequ'elleneseméloitd'aucunecabalie^; neaimoiAB son esprit avoit tant d'asoeodant sur les personnes qu*eUe les faisoit marcher du côté où die avouoit bien que son inclination la portoit, c^estrà-diredu côté de M. son frère. »

* ÂTtnt qae Tannée entrAt en eampftgne.

^ Oft pMt dkolar de tette aMertioa en To^t la lettre qu'elle éerindt fc Condé en Juin i656. (Voy. t. VI, p. S60, dea Uttm éi MmÊÊHnu)

AvHi i658. pour porter les plaintes à M. de Loogueville estoit en suite ^ de ce que j'avois dict au s' de Boussé que le Roi le trouveroit bon, j*ay esté le plus surpris homme du monde; car vous et le s"" d'Ânctoville estiez presens au discours que je tins aux sieurs de Boussé et de La Ferriere, et vous sçavez si je dis rien approchant de cela, joint qu il faudroit que j'eusse perdu l'esprit si, lorsque j*employois les termes les plus forts pour leur exprimer Tindignation du Roy à cause de rassemblée qui s'estoit faicte et de la nomination de quatre députez^, j'eusse donné la main qu'ils en tinssent une autre et qu'ils y fissent douze députez.

Aff. étr. , Pays-Bas , t. 43 , f ' a38. — Copie du temps.

À TALON

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