‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 2)Chapitre 44 sur 81 · S'EN ALLANT VOIR LA REINE, DE LA PART DU ROI · texte numérisé non relu

S'EN ALLANT VOIR LA REINE, DE LA PART DU ROI

Merdik, 3o mai i658.

(«ITUAIT.)

M. de Montpezat, en arrivant à Calais, suppliera la Reyne, de la part du Roy, de vouloir envoyer icy les charrettes de sa maison. Il fera la mesme instance à Monsieur pour envoyer les siennes. M. de Montpezat dira à M. ^Intendanl^ luy monstrant mesme ce mémoire, que je désire qu'il donne un sac d'avoine et une botte de foin pour chaque chariot de la Reyne, de Monsieur ou des miens, qui sera attelé à quatre chevaux, comme aussy deux boites de foin à chaque cheval de ceux qui servent d'escorte à M. de Montpezat; ce que M. l'Intendant prendra dans le magasin où il y aura du foin et de l'avoine de reserve ^.

H fera advertir les gens d'armes et chevaux légers, qui doivent estre en leurs quartiers auprez de Calais , de se prévaloir de cette occasion pour venir icy prendre la cornette ^, le Roy souhaitant qu'ils s'y rendent en diligence.

Il faut aussy supplier la Reyne de voir si, outre les charrettes de sa maison et de celles de Monsieur, on en pourroit avoir dix ou douze de la Cour pour nous servir icy sept ou huit jours, et, en ce cas, M. l'Intendant leur donnera du foin et de l'avoine à proportion des autres.

' Olivier d'Ormesson , intendant de Pi- dont on trouvera Tindtcation anx Analyses «

eardie. sont remplies des mimes prescriptions.

' Je donne ce mëmoire rempli de mina- ^ Cornette doit s'entendre ici da drapeau

tîeux détails pour montrer avec quei soin de la cavdeiîe, qui était reste au lieu où

Mazarin s'occupait des approvisionnements. était le Roi , et que les corps désignés dans

Les lettres à d'Ormesson, à S'-Hâaire, etc. , cette lettre devaient rqoindre.

Mai i658. Le reste du mémoire est rempli de prescriptions de même nature pour indiquer la route que doivent suivre les cavaliers et les charrettes. Ils passeront, à la marée basse, près de Gravelines, et la Reine est priée de leur donner une escorte pour les proléger contre les attaques des ennemis.

Gxcvm.

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. Sa , î" 9&0. — Minute:

À LA REINE

(bktrait.)

Mardik, 3i mai i658.

Vous aurez eu un long eiitrelieii avec M. de MontpezatS lequel m'asseure n'avoir pas oublié la moindre chose de ce qui se passe icy, qui pouvoit intéresser vostre curiosité. Ainsy il ne me reste rien à adjouster, puisqu'il n'est arrivé depuis hyer aucune chose qui mérite de venir à vostre cognoissance , si ce n'est l'arrivée de quinze cens Angiois el de prez de douze cens hommes, cavalerie et infanterie, des troupes du Roy. Le Protecteur envoyé son beau-fils^ visiter le Roy, et il doit arriver dans deux ou trois jours.

M. de Vervins* m'a rendu la lettre tres-obligeante qu'il vous a plu de m'escrire. J'en ay faict part au Confident, qui vous remercie de tout son cœur des tendresses que vous avez pour luy, et il vous asseure qu'il y respond au point que vous pouvez souhaiter. Nous avons grand sujet de nous plaindre de vostre* modération, n'ayant quasi rien pris de ce qu'on m'envoyoit de Londres. Au moins vous en deviez faire part

' Voy., ci^dessus, le mémoire remis à H. de Montpezat.

^ Lord Falconbridge. I] arriva, en effet, quelques jours après et offrit, de la part de Cromwell, deschevaux an Roi, à la Reine et au Cardinal. La Conr lui fit, de son côte, de riches cadeaux.

' Louis de Comminges, marquis de Vervins, ëlait premier maître d'hôtel du Roi.

U mourut eu i663. — A sa mort, le mar* quisat de Vervius fut acheté par le maréchal Fabert, dont la veuve ]e posséda jusqu'à sa mort.

* Le mot est écrit en abrégé , et Ton pourrait lire nostre; mais la suite de la lettre prouve que Mazarin se plaint de ce que la Reine n'a presque rien pris des présents envoyés d'Angleterre.

à Monsieur, afin que les dames et damoiselles goustassent des vivres Mai i65S. d'Aùg^eterre, et pour moy je ne sçay pas comme M"® de Fiennes^ se pourroit résoudre à vous pardonner une si grande faute.

Le s' de Ronché, qui vous remettra cette lettre, vous dira toutes les nouvelles de Flandres; car il vous contera en détail le funeste succez d'Ostende, et pourveu que vous ayez le temps de l'entendre, il vous entretiendra tant que vous voudrez; car il sçait beaucoup de choses, et il n est pas fasché de les dire. Vous n avez jamais entendu une plus belle farce ^. Les Espagnols ne cessent pas de s'en moquer; mais il faut tascher qu'ils ne rient [pas] les derniers, et vous sçaviez s'ils m'ont attrapé en cette affaire, comme ils disent, puisque je n'ay rien oublié pour en destourner le mareschal d'Aumont et Talon , ou pour les obliger, au moins, de ne s'engager à rien, sans avoir des seuretez réelles, comme des otages. Je suis à vous sans aucune reserve, et jusques au dernier moment de ma vie.

CXGIX.

BiU. nat. , us. f. fip., Mélanges de Colhert, t. Sa, f* a Ai. — Minute.

À yAMBASSADEUR LOCKART,

Mardik, 3i mai i658.

La conduite des ennemis, qui font escouler toutes les eaux et s'advancent en corps d'armée vers Saint-Omer, faict assez cognoistre que

^ Les Lettres de Af"' de Sévigné {parlent souvent de M**' de Fiennes, qui s^appelait M'** de Fruges, avant son mariage avec des Chapelles, dont elle ne porta jamais le nom. M"* de Montpensier (Af^., t III, p. a65) signale sou avarice. M""* de Fiennes exerça sur le frère de Louis XIV une funeste influence. Il en sera question plus loin à Toccasion de la maladie du Roi.

HA2ÀfiIN. — VIII.

' On voit que nous avions pris ]e parti de rire de notre ëchec h Ostende; les Espagnols nous avaieot devancés dans les relations qu'ils en avaient rédigées et qui couraient TËurope; car Gramont, à Francfort, dit ffqu'Ss en faisaient des comédies perpétudles et avaient tourné la chose sur un tel buriesque, qu'il n'y avait pas moyen d'y résister?).

tWRlMIRIB XATIOIAU.

Mai i658. leur intention est de nous donner jalousie de tous cobI&l pour entre*

prendre le secours^ par l'endroit où Ion sera moins préparé à l'em-

pescher; et il y a grande apparence que ce sera de ce costé-cy, aprez

s estre mis en posture de se donner la main avec Gravelines par la prise

, de Bourbourg.

Il est donc nécessaire, s'il plaist à Y. Exe, de ne pas perdre un mo-*ment de temps à se retrancher et de la bonne manière, et, pour cet effect, M. de Turenne voudroit que V. Exe. y employast deux mille hommes commandez du corps anglois. Je la supplie donc de vouloir donner les ordres, comme je le feray de mon costé, afin que les outils soyent prests et ce qui sera nécessaire pour advancer le travail, le Roy faisant estât d'y estre en personne.

Je croy aussy à propos de luy représenter ^ que nous sommes engagez en une très-grande affaire, à la veue de toute la Gbrostienté, et ainsy il me semble qu'il faut mettre le tout pour le tout pour conserver la réputation des deux royaumes. V. Exe. doit estre persuadée que je n'[y] oublie rien ^ ; mais elle me permettra de luy représenter et de la faire ressouvenir que j'ay tousjoui's creu que nous aurions deux mille Anglois, sur ce que V. Exe. m'a faict espérer qu'estant une fois engagez dans cette entreprise , nous ne manquerions pas de troupes. Je la conjure donc de depescher de nouveau à S. A. S. * pour la supplier de nous envoyer, au moins, deux mille hommes, outre les mille ^; et parce que toutes les raisons de gloire et d'interest la persuaderont de donner sans delay cette assistance, je ne doute pas que S. Alt ne l'accorde, pendant que le Roy depesche aussy de tous costez pour faire advancer des troupes, afin que, cette armée estant de plus en plus fortifiée, les ennemis perdent l'envye de tenter le secours, ou, le faisant, n'en ayent que la honte. Les fascines et les boulets sont absolument nécessaires. C'est pourquoy il sera bon de faire une recharge^ et gagner des momens

^ De Dunkerque. * Au Protecteur.

' De représenter à Votre Excellence. ^ Déjà arrivés en France.

^ Que je n'oublie rien pour le succès du * De fiiire de nouvelles instances pour en

siège. obtenir.

en une chose si nécessaire. Je ne dis rien des tonneaux, car je ne doute J«>>n ^^dpas que V. Exe. n*ayt ordonné ce qu'il faut là-dessus.

Il faut estre préparé tousjours à de grandes difficultez dans Tentreprise de grandes choses ; car ainsy on les surmonte avec plus de facilité. J'espère qu'il nous arrivera de mesme, V. Exe. continuant à agir comme elle faict et S. A. S. donnant les assistances qu elle peut [donner] et sans retardement. V. Exe. m'excusera des peines que je luy donne, parce quelles sont principalement causées de^ l'envie et la passion que j'ay de voir réussir cette entreprise à la gloire et à la satisfaction de S. Alt. Ser. et de V. Exe.

ce.

Bibl. nat., ms. f. fr.. Mélanges de CoWert, t. Sa, f* âAs. — Minute.

À LÀ REINE

Mardik, t*' juin i658.

J'ay receu la lettre qu'il vous a pieu de m'escrire par M. de Montpezat, lequel m'a dict la chaleur avec laquelle vous avez pris la peine de vous employer pour l'exécution des choses que nous souhaitions, et le Canfideru vous en est tres-obligé. Je luy ay faict voir vostre lettre, et quelque chose qu'on luy^ ayt pu dire, il n'a rien faict jusqu'à présent qui vous donne sujet de vous plaindre qu il ayt manqué à ce qu'il vous a promis; et s'il l'avoit faict, j'aurois esté le premier à vous en advertir, afin d'y pouvoir remédier par vostre assistance.

Gomme je croy que cette affaire ira de ^ong^ j'ay proposé au Cmfiimt de vous aller faire une visite, laissant tout icy, pôUr s'y en retourner aprez; et quoy qu'il voudroit [sic) tousjours estre avec vous, je vois qu'il a quelque peine à quitter, pour deux ou trois jours, cecy. Neantmoins j'insisteray avec espérance d'en venir à bout. Cependant je suis, du meilleur de mon cœur, entièrement à vous.

^ De dans le sens de par. — * D y a bien /«y dans la minute. Il semble qu'il faudrait vous. — ^ Tratnera en longueur.

Jmn i658.

CGI.

Bibl. nat, ms. f. fr., MiUmges de Colbert, t. Sa, f° 9^5. — Minute.

À LA REINE

Mardik, s juin i658.

J'espere de pouvoir disposer le Confident à faire un voyage à Calais, nonobstant tous les engagemens, dans lesquels il est entré avec le Dieu de la guerre, de ne la quitter pas un seul moment; et il se pourra bien faire que vous l'ayez demain à disner avec vous. Ce voyage est d'autant plus nécessaire qu'il est nécessaire ^ de recevoir le beau-fils de M. le Protecteur, qui doit partir demain de Londres pour venir complimenter le Roy et la Reyne. Il aura plus de cent gentilshommes avec luy, à ce que M. de Bordeaux m'escrit, et comme il les faudra traiter et loger, T)n sera bien empesché les deux ou trois jours, demeurant à la Cour^. Il sera bon que vous ayez la bonté de prendre la peine d'ordonner que quelqu'un songe à leur logement; car ce sera aux officiers du Roy à se préparer pour les traiter le plus honorablement qu'on pourra.

La nuit passée, est entrée dans Dunkerque une petite barque, sans qu'on l'ayt pu empescher. On croit qu'il y avoit des officiers ; et c'est tout ce que je vous diray pour cette fois, souhaitant avec passion de n'estre pas obligé à vous escrire demain.

* La rëpëtition du mot nécessaire est bien * Pendant les deux ou trois jours qu'ils

dans la minute. demeureront h la Cour.

Il Juin i658.

Bibl. nat. , ma. f. fr. , UUimget de Colbert, t. 59 , f " aiS. — Minute.

AU PRÉSIDENT DE BORDEAUX

Mardîk, a juin i658.

(mthait.)

J'ay receu presque en mesroe temps vos lettres du 39 et du 3 o du passé. Vous ne pouviez mieux insister que vous avez faict auprez de M. le Protecteur pour l'obliger à nous donner une plus grande assistance de troupes que Son Alt. na faict jusqu'à présent; mais quoyque je compatisse entièrement aux raisons qui Tempeschent de le faire, je suis bien fasché de voir les armes du Roy et sa personne engagez à cette entreprise sur le fondement qu'il nous seroit envoyé d'Angleterre des hommes et d'autres choses bien au-delà de ce que M. l'ambassadeur Lockart nous avoit promis, et que cela manque d'une telle façon que les recrues mesme du corps anglois, pour lesquelles j'ay faict donner l'argent à Paris, il y a plus de deux mois, ne sont pas encore seulement arrivées, et que lorsque nous attendons trois ou quatre mille hommes de vieilles troupes, il n'en soit arrivé, ce matin, que deux cent soixante dix et trois compagnies de vingt \ que M. l'Ambassadeur m'avoit desjà mandé, il y a desjà quinze jours, qui estoient embarquez pour venir icy.

On avoit aussy faict estât sur ce que M. l'Ambassadeur m'avoit asseuré qu'on tîreroit de la flotte tant de canons de batterie et de boulets qui seroient^ nécessaires pour ce siège, et cependant on n'a mis à terre que quatre pièces de vingt-quatre, et je voy pas qu'il y ayt quatre cens boulets de ce calibre-là, quoyque nous en ayons dix ou douze pièces. Il est vray qu'il y a desja trois ou quatre jours que M. l'Ambassadeur a depesché en diligence aux Dunes' une personne expresse, afin de faire

' Le mot tinfft est douteux. ' Il y a bien ici aux Dunes. On désigne

* n y a bien qvi ieroiefU neeeêsaires, au sous ce nom, en Angleterre, une grande rade

lieu de qu'il seroit neeeesaire, au nord de Douvres , dans le comte de Kent.

Juin i658. venir, sans delay, dix ou douze pièces de batterie et une quantité considérable de boulets, et qu'il ne se peut rien adjouster au zele et à la passion qu'il tesmoigne pour le bon succez de cette entreprise et le desplaisir qu'il a de ne nous pouvoir assister comme il voudroit et de ne voir pas arriver les choses qu'il présuppose avoir esté promises.

La nuit passée, est entrée, à la faveur du vent et de la marée, une barque à Dunkerque, que nous ne savons pas encore si elle est chargée de munitions ou d'officiers, mais nous croyons que c'est de l'un et de l'autre. Les vaisseaux, qui estoient à la rade, ont tiré une grande quantité [de coups] de canon ; mais cela ne l'a pas empeschée d'entrer. J'ay bien faict comprendre à M. l'Ambassadeur que les ennemis y en jettéroient tant qu'ils voudroient, si l'on n'a de petits bâti mens armez, qui prennent peu d'eau, pour les empescher, et je luy fis ressouvenir ce que je lui ay dict ou escrit cinquante fois, qu'il estoit plus nécessaire de pourvoir à cela que d'avoir de grands vaisseaux.

L'on fera tout ce que l'on pourra pour surmonter les difficultez de venir à bout de ce dessein ; mais je suis asseuré qu'elles sont bien plus grandes qu'on ne peut s'imaginer, et qu'à présent que les ennemis se mettent en corps d'armée pour venir tenter le secours, elles augmen-teront aussy; mais enfin nostre armée se renforce tous les jours, et, sans y comprendre le corps anglois, elle est composée de plus de vingtsix mille hommes, cavalerie et infanterie, et le Roy a donné ordre de faire advancer encore six mille hommes, qui seront, dans la fin de cette semaine, auprez d'Ardres, et vous pouvez asseurer hardiment S. A. S. qu'on mettra le tout pour le tout pour sortir heureusement de cette entreprise ; mais au mesme temps il faut le supplier fortement de nous vouloir assister de son costé, comme elle le doit pour toutes sortes de raisons.

Pay sujet de croire que, par les pressantes instances que M. TAm* bassadeur a feietes, on. aura envoyé le canon et les boulets qu'il a demandez; mais, en tous cas, si cela n'estoit encore exécuté, je vous prie d'en parler fortement, comme aussy pour avoir présentement des ... * ' We D'ai pu lire le mot laisBë en btanc. Il semble qa'il y a imkmmie%.

et de ces petites barques armées pour empescher qu il n'entre rien au Juin i658. port de Dunkerque.

Leurs Majestez sont informez de la resolution que M. le Protecteur a prise de les envoyer complimenter par M. le vicomte de Fokembrige [sic) \ et le Roy part d*icy demain pour le recevoir à Calais. Vous devez estre asseuré qu'on n oubliera rien pour luy faire cognoistre Testime que Sa M*^ faict de la civilité de M. le Protecteur et de la personne dudicl sieur vicomte; et en un mot, pour le reste, on le traitera aussy bien que la stérilité de Gdaîs et le peu de iogemenf quil y a le pourront permettre; et Sa M^ envoyra, aprez, une personne de condition pour remercier M. le Protecteur du compliment que S. A. S. luy aura fatct faire par ledict vicomte, et pour Tasseurer de sa véritable affection^; de quoy je ne doute pas que S. A. ne soit tres-persuadée par la manière dont Sa M^ agit pour venir à bout de cette place.

Je vous remercie de tout mon cœur du beau présent que vous m'a*vez faict^, et, pour me prévaloir de la liberté que vous voulez que je prenne, je vous prie de m'envoyer, parla première occasion ^ de {l'aie]* qui me semble beaucoup meilleur que de la bière, vous asseurant que je ne perdray pas le souvenir des soins que vous prenez pour m'obliger aussy bien dans les petites choses que dans les grandes.

* Falconbridge, gendre de Cromwell. ' Il s'agissait probablement de friandises

' La personne envoyée fui le duc de anglaises, dont il a été question ctdessus,

Gréqni ; le neveu de Mazarin fiit au nombre p. 384 , dans une lettre à la Reine.

des gentilshommes qui raccompagnèrent. ^ Le manuscrit porte de hilh.

Juin i658.

Bibl. Dat., ms. f. fr., Mélangée de Colbtrt, t. Sa, f° 3^7. — Minute.

\ M. DE TURENNE

Gidais, 3 juin i658.

(extrait.)

En arrivant icy, j ay [fortement pressé]* pour faire charger toutes les belandres (bateaux plats), qui estoient au port, de fascines, de piquets, de boulets, de sacs-à-terre, de madriers, et autres choses, dont le commandant de lartillerie avoit envoyé un mémoire au s' de S^ Hilaire^; s'il y avoit assez de bateaux, vous ne manqueriez pas de fascines; mais outre qu'il n'y a pas le nombre qu'il seroit à souhaiter, j'ay esté fort surpris quand j'ay veu que de grands vaisseaux de deux cens tonneaux ne pouvoient pas charger deux mille cinq cens fascines. Enfin vous devez estre asseuré qu'on surmontera, à quelque prix que ce puisse estre, toutes les dilBcultez, et je seray fort trompé si vous manquez de quoy que ce soit qui puisse estre nécessaire pour venir heureusement à fin de l'entreprise, à laquelle les armes du Roy sont engagées.

Vous trouverez ci-joint un mémoire de tout ce qu'on vous a envoyé, la nuit passée, et de ce qu'on fera partir encore par la marée prochaine; et l'on chargera pressamment de fascines tous les Vaisseaux qui arriveront dans le port, voyant bien que nous sommes plus eu estât de manquer d'embarquemens ^ que de fascines.

Je feray embarquer demain deux pièces de 33, que je tire de la citadelle avec les affusts nouveaux, et j'ay pris cette resolution parce que je voy que je puis tirer d'icy, d'Ardres et de Montreuil, autant de boulets de ce calibre qui vous peuvent estre nécessaires, dans ce siège, pour faire tirer pressamment les quatre pièces que vous en aurez, et

' Les mots entre crochets sont écrits en ' Voy. d-dessas, p. 376.

abrëgë et douteux; mais le sens général de ' De navires pour embarquer les fas-

la phrase ne l'est pas. cines.

pour plus grande précaution , je depesche exprez au Havre, où M°** d'Ai- Jain i658. guillon est à présent, pour la prier de m'envoyer en diligence quatre ou cinq mille boulets de ai, quoyque je ne doute pas que vous n'en ayez d'Angleterre une très-grande quantité , aprez ce qu'en dict hyer au soir M. l'ambassadeur Lockart.

CGIV.

BiM. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colhert, t. Sa, f 338. — Minute.

À M. DE TURENNE

Calais, 5 juin i658.

(extrait.)

Je ne reçoy que présentement vostre billet du 3 à midy, et vous avez veu par ce que je vous ay escrit, en arrivant icy, et par le mémoire que j'ay joint à la lettre, que je gagne des momens, afin de vous envoyer pressamment tout ce qui vous peut estre nécessaire ^

J'espère faire partir aujourd'huy deux belandres et deux vaisseaux chargez de fascines, de piquets, de madriers, de sacs-à-terre, de paniers, de boulets de q& et de 33, avec les deux pièces de ce calibre et les affusls nouveaux* Je me suis souvenu qu'il y avoit, pour le moins, quinze cens boulets de 33 et de â6 à Ardres. J'ay envoyé un gentilhomme et escrit à M. de Rouville ^ de les faire charger, et devant qu'il soit deux heures, ils seront arrivez icy et mis dans les vaisseaux qui doivent partir ce soir. Vous aurez plus de 6oo boulets pour les quatre pièces de 33 et pour celles de 2 4, et quoyque je ne doute pas, par la parole positive que m'en a donné M. l'Ambassadeur, qu'il n'en soit arrivé une grande quantité d'Angleterre, avec les fascines et les pièces

* Dans la nuit du /t au 5 juin, on avait ou- sortie d*infanterie et de cavalerie qui fut i^e-

vert la tranchëe contre Dunkerque par trois poussée.

endroits, deux du côte des Français, le troi- ' Hercule Louis, marquis de Rou ville,

sième du côté des An^ais. A la pointe du nomme maréchal de camp en i65i, mort

jour, le 5 juin, tes assises firent une grande eji 1 677. Il était gouverneur d' Ardres.

MAZAR1K. — VIII. 5o

I3t»miHE«ll MTIORAIC.

JoiD i658. de a/i qu'il avoit demandez par une personne^ qu il avoit despeschée exprez, neantmoins je ne manqueray à aucune précaution dans un point qui peut estre très-important dans la suite du siège. J'ay depesché un gentilhomme à Dieppe et au Havre pour en tirer cinq ou six mille [boulets] , et j'ay donné les ordres nécessaires pour les faire charger sur des belandres, sans perdre un moment de temps.

Je fais encore escrire, par un marchand d'icy, à Flessingue, pour en faire acheter deux mille ^ de ai, et vous les faire envoyer droit au camp. C'est le comte de Moret qui a adverti de la ehose; et le marchand a asseuré que, le temps estant bon, vous les recevrez asseurement avant qu'il se passe quatre ou cinq jours.

Il y a encore un commissaire^ de l'artillerie à Montreuil, qui attend le retour de M. le duc d'Elbeuf , lequel m'a promis de m'en envoyer la plus grande quantité qu'il pourra, et j'espei'e que ce ne sera pas moins de douze à quinze cens. Je ne vous parle pas de boulets à couleuvrine, parce que, outre les six cens qui sont dans le magasin de Mardick, M. l'Ambassadeur m'a asseuré qu'il vous en fèroit fournir de l'armée ' la quantité que vous voudriez.

Je ne veux pas oublier de vous dire, en passant, que M. le duc d'Elbeuf, ayant faict cognoistre à M. Le Tellier de vouloir aller à l'armée pour vous obliger de m'escrire en sa faveur, afin de luy obtenir diverses choses qu'il pretendoit, je luy ay faict dire qu'il ne de voit pas se donner cette peine, mais s'en aller en toute diligence à Abbeville et aux autres endroits de la province [de Picardie], oii sa présence pourroit estre utile pour le service du Roy; et pour les grâces qu'il demandoit, je vous diray, en un mot, que je luy ay faict donner les expéditions de toutes, parmy lesquelles il y avoit (ielle (\t la contribution^ et une ordonnance de quinze mille livres pour employer aux fortifications de

' Il s'agit toujours de boulets, comme manuflcrit N'est-oe pas un inpius pour de

plufihaut. VAngkterref

^ Ce mot est ëmt en abr^ et dou- * Je pense qu'il faut entendre par cmUri-

tenx. huifm le droit que payaient les villages en-

' Ces mots de l'armée sont bien dans le nemia pour a'eiempter du pillage..

DU CARDINAL HAZARIN. 395

Montreuil) et asBeurement je feray, de mon costé, tout ce qui sera i«b 16&S. possible pour son advantage, mais il est à souhaiter qu'il s'applique plus qu'il ne faict à la conduite du gouvernement qu'il a ^ et qu'il se contente de prendre les biais pour cela qui peuvent estre plus propres pour le service du Roy et pour la satirfaction de ceux qui ont la principale part à la direction des affaires de Sa M**^.

Vous auriez des fascines au-delà de ce qu'il vous en faudroit pour le siège, si nous avions des bateaux pour les charger. J'a y despesehé, pour cet effect, à M. de Longueville, à Saint-Valery et à Abbeville, pour nous faire envoyer la plus grande quantité de gribaqes^ et de belandres qu'il se pourra, et M. d'Elbeuf a ordre du Roy de donner les siens si précis qu'on ne manque pas de les exécuter sans delay.

Cependant je vous conjure d'ordonner au s*" Talon ' de s'appliquer preferablement à toute autre chose à faire descharger les bateaux qu'on envoyé d'icy, a&n que, revenant sans retardement, on puisse les recharger de nouveau.

Il est bon que vous sçachiez les nouvelles que je viens de recevoir de Flandres, afin qu'en estant informé, vous puissiez mieux prendre vos mesures sur toutes choses. Je vous diray donc que la consternation est grande [parmi nos ennemis], et que lorsque la nouvelle est arrivée à Bruxelles de vostre passage de la Golme, de ce qu'on avoit abandonné les réduits^ et les forts qui sont entre Bergues et Dunkerque^ les réclamations ont esté furieuses contre le chef qui avoit ordre de don Juan de deffendre ce passage jusqu'à l'extrémité; mais il aura une valable excuse en ce que les troupes qu'on avoit détachées pour le joindre, afin de luy donner moyen de faire cette deffense, n'estoient pas arrivées.

^ Le dac d'Elbenf avait, comme on Ta ^ Tarenne nous apprend dans ses Me-

dit, ie gouvernement de Picardie. moires que ces forts, situes sur la digue de

* Barques à mâts et à voiles, de cin- Bergues à Dunkerque et distants Tun de

quante à soixante tonneaux. l'autre d'une portée de canon, n'étaient pas

' Intendant de Tarmée. en état de défense. C'est pour cela que les

^ Les postes où l'ennemi pouvait se re- ennemis avaient été contraints de les aban-

tirer. donner.

JuiD i658. On ne doute pas, à Bruxelles, du siège de Dunkerque aprez avoir eu la nouvelle de vostre passage, et je vous diray, en un mot, quon me mande positivement que les ennemis ne croyent pas le pouvoir sauver^; que neantmoins on faict amasser toutes les troupes en Flandres, mais que l'armée de M. de La Ferté les obligeoit à laisser un corps du costé de Namur et un bon nombre de troupes à Rocroy; que, depuis que l'on faict la guerre en Flandres, jamais on n'avoit veu un si foible corps d'infanterie que celte année, n'ayant pas un homme, ny d'Espagne, ny d'Allemagne, ny d'Italie, et que, faute d'argent, il n'avoit pas esté possible de former encore le train d'artillerie , ny payer une partie de ce qui est deub à la cavalerie pour le quartier d'hyver, ny donner aucune assistance aux officiers généraux et subalternes de l'armée.

On adjouste que don Estevan de Gamare^ et le prince de Ligne avoient eu ordre de partir en diligence ; que le marquis de Garacene les suivroit; que don Juan n'estoit pas en estât de le faire sytost à cause de sa maladie; mais que M. le Prince, nonobstant une fièvre tierce qu'il avoit encore, estoit résolu de partir, enragé, à ce qu'on m'escrit, que les ministres d'Espagne n'ayent donné un meilleur ordre pour la deffense des passages de Bergues.

Le mareschal d'Hocquincourt devoit aller à la teste de ces troupes, mais sans grande approbation de Bouteville et des principaux officiers du corps de M. le Prince.

Voilà toutes les nouvelles que j'ai de Flandres, sur lesquelles vous pourrez faire un fondement certain et régler là-dessus les resolutions que vous aurez à prendre pour le plus gran bien du service du Roy.

Mazarin termine sa lettre en revenant sur Tenvoi de munitions de guerre à Tarmée. (On trouve une addition dans le même sens au f ^^ 3&a.)

* Le 3 juin, un conseil de guerre avait avait résolu de tout hasarder pour sauver

été tenu à Ypres par don Juan d' Autriche, Dunkerque.

assiste du prince de Condé et des principaux ' Sur Gamare ou plutôt Gamarra, voy.

chefs de i armée espagnole, dans lequel on ci-dessus, p. 387.

GGV.

Bibl. nat., ms. f. fr.. Mélanges de Colbert, t. 5a , f* 985 v'. — Minute.

Calais, 6 juin i658.

(bxtbait.)

Je ne pus pas faire hyer une response à vostre lettre du 6 ; mais j'escrivis bien quelque chose au s' Talon ^ et particulièrement sur le point des outils, afin de vous en donner part ^; et je vous repliqueray à présent qu'il n'est pas possible que vous en manquiez, si on descharge ce qui estoit dans le grand vaisseau, où on avoit mis les quatre petites pièces, et ce qui a esté envoyé, aprez, sur des belandres, parce que, de compte faict, il y en a quatre mille deux cens et tant, et tous sont de louchets, ou de pelles de fer ou de pelles de bois forcez et non forcez *, et je ne compte pas en cela ce que l'on avoit de reste à Mardik , et les douze cens pelles de fer ou de bois que Ton avoit envoyez, le jour avant nostre départ, à M. de Gastelnau pour faire travailler à la circonvallation du costé des Ânglois.

On a fourny vingt-deux mille outils, compris ceux qu'on donna à Amiens. Nous en avons encore icy; mais comme il n'y a plus de pelles, je vous supplie de donner ordre que l'on mesnage soigneusement ceux («te)* que vous avez au camp, car je voy de la difficulté et de la longueur pour en recouvrer, quoy que je n'oublieray rien pour cela.

J'ay bien considéré tout ce que vous me mandez de la qualité de la place, de la défense que les ennemis pourroient faire, de la quantité de canons que les ennemis ont mis à 1 endroit que vous attaquez et la

^ La lettre à Talon, en date du 5 juin drait peut-être hre foret au lieu àe forcez,

i658, est indiquée aux Analyses. * Le pronom est bien au masculin et

' Afin qtt*il vous donnât part parait se rapporter au mot outih, qui se

^ Tel est le texte du manuscrit. 11 fau- trouve au commencement de la phrase.

Juin i658.

Juin i658. necessité que vous avez d'avoir un grand nombre de canons el de boulets et de munitions pour vous en servir, et tout ce que je vous puis dire là-dessus, c'est que je n'oublie rien de ce qui est dans la possibilité et qui dépend de la diligence et de l'application, afin que vous ayez abondamment Ufut ce qui vous peut estre nécessaire pour le bon succez de ce siège, et j'espère que vous aurez sujet de vous louer de mes soins.

Je ne trouve pas à redire que vous ayez obligé M. l'Ambassadeur d'Angleterre de faire revenir les six pièces de /i8 ; mais je suis bien surpris que les dix de a/i qu'il y a si longtemps qu'il a envoyé demander par un homme exprez, avec quatre ou cinq mille boulets de ce calibre, et dix ou douze mille fascines, ne soyent pas arrivez. Je ne puis pas pourtant m'imaginer que vous ne les ayez aujourd'fauy ou de^ main au plus tard, et qu'ainsy vous vous trouverez bien au large pour ce qui est du canon et des boulets, desquels vous recevrez, dans ce jour, une bonne quantité par un vaisseau qui partira aprez-midy, dans lequel il y a beaucoup de fascines, les deux pièces de 33 et six affustz nouveaux, et j'espère qu'il sera accompagné de deux belandres chargez aussy de beaucoup d'autres choses.

Je vous conjure de presser instamment M. l'Ambassadeur, afin qu'il fasse instance à M. le Protecteur d'envoyer à Tarmée un nouveau secours de deux mille hommes de vieilles troupes, luy donnant adroitement de l'appréhension, comme je fais de mon costé^ que, sans estre rafraischi d'infanterie \ l'entreprise sera en grand hazard; et il seroit à propos qne vous escrivissiez à M. de Bordeaux une lettre ostensible à M. le Protecteur^, dans laquelle vous luy parliez de la chose bien precise[ment] ', luy tesmoignant que vous n'avez pas douté de tirer de grande secours d'infanterie d'Angleterre pour la conqueste de Dunkerque, puisque, pour la prise et conservation de Mardik, M, le Protecteur en avoit envoyé plus qu'on ne luy en avoit demandé. Cette

* Si Farmëe ne reçoit pas de Douvelles ' On ne peut lire qnepreeiie; mais la fin troupes d'infanterie. du mot parait avoir été couverte par la re-

* Qu^il pourrait montrer au Prolecleur. liure.

lettre, avec les instances que vous ferez à M. T Ambassadeur, feroit un Juin i658. bon effect certainement Je vous prie de vous souvenir de Tescrire, sans y perdre un moment de temps, obligeant ledict sieur Ambassadeur à l'envoyer par un exprez à Londres.

Ça esté une grande imprudence à ceux qui commandoient mes compagnies de gens [d'armes] et de chevaux-legers de se commettre à passer à Bourbourg sur des dunes sans avoir de l'infanterie et sans en en advertir M. de Schomberg, auquel on doit asseurement le bonheur d'avoir sauvé lesdictes compagnies et le bagage. Ce n'est pas que je n aye .perdu quinze ou seize chevaux légers et gens d'armes.

Aprez avoir bien examiné le chemin qu'on pouvoit faire prendre au régiment de mousquetaires et aux trois cens hommes de recrues des gardes qui sont icy, avec quelques soldats de la marine, l'on a veu de la longueur et de la difficulté à les envoyer par l'estran S et de l'im-* possibilité à les faire embarquer avec leurs chevaux et charrettes, desquelles les officiers se séparent mal volontiers. C'est pourquoy on a résolu d'envoyer dez aujourd'huy à Ardres ce que nous avons icy, où il faut que les regimens de Glerembaut et de Bretagne soyent arrivez^ quoyque l'on n'en ayt pas de nouvelles, et comme ce corps ne courra aucun risque pour se rendre à l'armée, si vous résolvez de l'y faire passer, et si vous donnez ordre à M. de Schomberg de l'aller recevoir à [Enquin]^. Vous pourrez résoudre là-dessus ce que vous jugerez plus à propos.

On a depesché de nouveau pour faire haster le corps qui est sur la Somme, lequel sera conduit, par le s' de Beauvezé, M. de Grandpré ne s'estant pas trouvé en estât de venir. Il y a deux compagnies de cavalerie [de] moins, que l'on a laissées pour empescher les courses [de la garnison] de Rocroy, où il y a un corps de cavalerie assez considérable. J'ay escrit ausay pour solliciter la marche du régiment de Montauzier royal et [de] celuy de cavalerie de Glerambaut; mais, pour

' Voyez, sur oe mot, la page suivante. Pa»-de-Galai8, arr. de Mo&treuil. On trouve, ' Le texte porte Enonm. C'est probable- dans le même département* on second vilment une erreur pour Enqum, village du lage d'Enquin, arr. de Saint-Omer.

Juin i658. ceux-cy, je ne croy pas qu'ils puissent joindre l'armée de douze ou quinze jours. Je n'ay pas de nouvelles de celuy de Grancey; mais je ne doute pas qu'il ne soit en marche, et que, dans quatre ou cinq jours, il ne soit arrivé à Ardres.

La fin de cette dépêche est remplie de détails relatifs aux munitions déjà envoyées, aux mesures à prendre pour hâter le succès du siège, prévenir les désertions et assurer le passage des convois adressés à l'armée.

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5a, f* 345 y\ — Minute.

Calais, 7 juin i658.

(extrait.)

J'ay esté bien ayse de voir que le travail s advance ; mais j'ay esté tres-fasché de la blessure du pauvre Droûay \ dont les bonnes qualitez sont trop cognues pour ne le pas faire regretter d'un chacun.

L'on a depesché encore hyer Cayeux^, major de la Fère, pour baster la marche de ce corps de cavalerie qui estoit à Riblemont («ic)'. Vous ne pouvez pourtant faire estât d'avoir cela que dans quatre ou cinq jours, et cependant on ne perdra pas un moment de temps à vous envoyer ce corps-là par l'estran*, lorsqu'il arrivera icy, si ce n'est qu'il se confirme que les ennemis ayent jelé trois à quatre mille bommes dans Gravelines, comme m'a rapporté le gentilhomme que je vous avois despesché.

On fera, à lesgard d' Ardres, ce que vous mandez. Je leur depesché

' Probablement Isaac de Re(jnier, baron ^ Auj. Ribeinont, viflage du dép. de la

de Droué, maréchal de camp en 16/10. Somme, arr. d'Amiens. Plus haut, Mazarin

' Nicolas-Joacliim Rouault ou Rouhaull, a paHé de ce corps comme étant sur la

comte de Cayeux , puis marquis de Gama- Somme.

ches, maréchal de camp en 16&9 , mort en ^ On a dit, ci-dessus, que ce mot signi-

1687, à soixante-hnit ans. fiait une côte plate recouverte par la mer.

DU CARDINAL MAZARIN. àO\

tout présentement pour faire partir tout ce qu'il y a d'infanterie, aprez Juin i658. que M. de Schomberg en aura esté adverti et aura faict response qu'elle peut partir, qu'il luy aura prescrit le chemin qu'elle devra tenir et aura mandé qu'il est en estât de la recevoir.

Je supplieray mesme le Roy de vous envoyer ses compagnies de gens d'armes et de chevaux-legers et de leur faire prendre le mesme chemin, afin qu'elles puissent aller de conserve avec l'infanterie, et Sa M*^ pourra envoyer en mesme temps à Ardres la cornette* de ses gardes, composée de cent cinquante maistres, pour y demeurer. Je fera y partir aussy quarante de mes gardes pour se tenir auprez de la personne de M. le comte de Soissons et entrer dans la tranchée, quand il y entrera.

Au surplus, s'il est vray que les ennemis ayent jeté à Gra vélines un corps si considérable que l'on dict, je ne croy pas que leur intention fast de tenter le secours de Dunkerque à vive force du costé de l'estran, mais bien de donner une grande alarme pour tascher de jeter un secours, [venant] de Gravelines, par le camp des Anglois. Ce qui les doit obliger ^ de travailler puissamment à leur ligne et à l'estran , afin que le tout soit bienlost achevé et dans la perfection.

Je ne sçaurois rien adjouster aux pressantes instances que j'ay faictes en Angleterre par le moyen de M. Lockart et de M. de Bordeaux pour avoir un renfort d'infanterie, et je vous manday hyer ce que je croy que vous deviez dire audict s' Lockart® et de vous plaindre sur le mesme sujet.

Je n'ay aucune nouvelle du régiment de Grancey; mais je ne doute pas qu'il ne soit en marche, ayant envoyé un gentilhomme exprez pour cela, il y a desjà huict jours, et j'espère, à tout moment, d'apprendre qu'il soit arrivé à Boulogne. Et cotnme je songe à tout ce qui vous peut donner lieu de vous fortifier, quand ce ne seroit qu'en vous envoyant cent hommes davantage S j'ay résolu de vous envoyer les cinq cens cinquante hommes qui sont venus de Brouage , quoyqu'ils fussent des-

^ Le mot cornette désigne id la compa- ' Ce qai doit obliger les Anglais, etc.

gnic qui portait Je drapeau du corps. (Voy. * Voy. la lettre précédente, p. 897.

cî-dessust p. 383, note 3.) ^ De plus que vous navez.

HAZARIR. — VIII. 5i

UCPSIIIBKIC lATIOSAlK.

Juin 1668. tinez pour Saint-Venant, où il n'y a pas la moitié du monde qu'il faudrait pour la deffense de cette place. Je prétends les partager entre le régiment de la marine et celuy que commande Riberpré ^ c eslrèdire entre les capitaines qui ont de meilleures compagnies; car il ne seroit pas juste d'assister ceux qui en ont de mauvaises par leur faute, et qui méritent plustost d'estre cassez, ainsy qu'on a résolu de faire*.

Après avoir dëclarë à Turenne qu'on s'en remet à lui pour prendre toutes les dispositions relatives à i armëe et lui avoir annonce Tenvoi de nouvelles munitions de guerre et de bouche, Mazarin termine ainsi :

Je vous conjure avec la dernière chaleur de n'en vouloir pas user comme vous faictes, vous exposant continuellement plus que qui ce soit. Faictes-le au nom de Dieu, pour donner au Roy cette marque de zèle que vous avez pour son service, et à moy de l'amitié que vous m'avez promise, et considérez, je vous prie, en quel estât on seroit si vous veniez à estre blessé. Pour moy, je vous advoue que, quoyque tout ce qui regarde l'Estat me touche beaucoup', ce qui me touche le plus, en ce rencontre, c'est le seul interest de vostre personne, dans lequel je prends asseurement plus de part qu'aucun de vos serviteurs.

GCVII.

Bibl. nat, ms. f. fr.. Mêlantes de Cotbert, t. 5a, P 35i. — Minute.

À M. DE TURENNE

Calais, 9 juin i658.

(bxtbait.)

Je n'ay receu que ce matin vostre lettre du 7, le vent contraire ayant empesché le garde d'arriver plus tost. Par les advis que j'ay, l'armée des ennemis ne peut estre forte de plus de quatorze mille hommes,

^ Charles de Moy, marquis de Riberprë, * Les capitaines recevaient annuellemenl

avait éié nomme marëchal de camp en 1669 de TÉtat une somme fixe pour les recrues,

et lieutenant général en i656. H mourut en ' Deux ou trois mots non dëchiffirés. Le

1 678. sens, du reste, n'est pas douteux.

n'ayant rien retiré de Luxembourg ny de Gra vélines, et ayant laissé JaîD i658. divers regimens d'infanterie et cavalerie à Avesnes et Rocroy, et deux d'infanterie qu'ils ont laissé au dehors de Hesdin; mais, [cette armée] s'approchant de vos lignes, vous en pourrez avoir des advis plus certains.

Vous devez estre persuadé que je n'oublie rien de ce qui peut dépendre de mes soins et de ma diligence pour presser toutes les troupes ^ qui marchent pour joindre l'armée, et auparavant d'avoir receu vostre lettre, j'avois depesché deux gentilshommes, l'un aprez l'autre, au rencontre du corps de cavalerie, qui estoit campé auprez de S^ Quentin, qui doit estre conduit par Seyron, ou par Beauvezé, afin de les presser à se rendre icy sans aucun delay, d'où je prétends les faire passer par l'estran^ ainsy que vous me mandez, et comme on a envoyé l'ordre de laisser leurs bagages derrière, je suis, à tous momens, dans l'espérance d'avoir la nouvelle de leur arrivée à Boulogne ; mais vous vous souviendrez qu'en partant de Mardik, je vous dis que vous n'en deviez faire estât que [dans]^ sept ou huit jours.

J'avois prévenu vostre désir, ayant faict partir M. de La Salle * avec les compagnies de gens d'armes et de chevaux-legers du Roy et quatrevingts mousquetaires de Sa M*^ ou de mes gardes ou autres regimens de cavalerie et infanterie [qui estoienl] à Ardres; et quoyque je n'aye pas de nouvelles de son passage, je ne doute pas qu'il [n'ayt]* esté heureux et qu'il ne soit arrivé dez hyer au soir à l'armée, puisque M. de Schomberg avoit receu le billet par lequel je luy mandois de prendre les postes nécessaires pour asseurer le passage des troupes. Je l'ay encore adverti aujourd'huy, par deux différentes voyes, pour faire la mesme chose pour celles qui doivent partir demain matin d'Ardres, lesquelles seront conduites au camp par M. de Montpezat, le Roy luy ayant donné l'ordre de se rendre ce soir à Ardres avec tous les officiers des chevaux-legers et [des] gens d'armes qui sont icy, afin de les faire

* Oa a écrit ici Yesirang, ^ Louis CailleboD , marquis de La Salle.

* Le manuscrit porte de au lieu de * Ou a écrit par distraction sans doute : dans, qu'il ne sait esté.

liOà LETTRES

Juin i658. passer, aprez, à Bourbourg, avec le régiment de Bretagne, d'autres recrues des gardes^ et de cavalerie et cent chevaux lorrains.

Le vaisseau de Brouage n*a pu partir que ce matin à quatre heures, à cause du grand orage qui a duré deux jours ; mais comme il sera arrivé, ce matin, de bonne heure, à la Fosse de Mardik, je suis asseuré que ces cinq cent cinquante hommes [qu'il porte] seront dez ce soir, au camp, partagez entre le régiment de la marine et celuy de Riberpré, et que tout cela arrivant auparavant que les ennemis entreprennent rien sur vos lignes, vous aurez un moyen, par ce secours, de les fortifier beaucoup mieux qu elles ne l'estoient auparavant.

Je croy que le régiment de Grancey, qui partit l'autre jour, 7"*^ [du mois], d'Abbeville, arrivera demain au soir à Ardres et que peut-estre il y trouvera aussy le régiment de Glerambaut, ayant advis que l'on l'avoit contremandé de Paris et qu'il marchoit en diligence de ce costé-cy.

Je feray partir, ce soir, quatre belandres chargez de fascines, piquets et boulets, et Jacquier en recevra deux chargez d'avoyne de laquelle j'en envoyeray pressamment, voyant bien que, si les ennemis approchent les lignes, il en faudra distribuer presque à toute la cavalerie, si vous voulez la conserver pour vous en servir aprez le siège. Je vous prie de vouloir ordonner qu'on en donne aux chevaux-legers du Roy, aux miens, aux mousquetaires et à mes gardes.

J'ay nouvelle, de Dieppe, du gentilhomme que j'y avois depesché, qu'il faisoit charger quantité de fascines, de sacs-à-terre et de boulets, et que, si le temps estoit bon, il esperoit d'estre, au plus tard, aprezdemain, à vostre rade.

On a faict partir quantité de chirurgiens et toutes les choses qu'on a demandées pour l'hospital , de façon que j'espère que les blessez seroût bien traitez, ayant fourny tout ce qui estoit nécessaire pour cela et donné des ordres tres-precis de n'espargner aucune chose.

M. de Schomberg me prie de luy envoyer trois cens palissades et deux scieurs de long, et je luy ay faict response de s'adresser à vous, afin que vous donniez les ordres pour cela, y ayant beaucoup plus de

charpentiers quil ne faut à Tarmée, et de palissades à Mardik^ de Juin 1 658. quinze à seize pieds, qui doivent estre partagez en deux, et si on luy envoyoit cent cinquante, il aura les trois cens qu'il demande.

Si je pouvois estre asseuré que les travaux de Testran et du costé des Anglois fussent aussy bons que ceux de vostre costé, j'aurois fort l'esprit en repos; mais, me doutant du contraire, je suis en inquiétude, et je vous conjure de mettre toutes pièces en œuvre pour les mettre , s'il est possible, à la perfection de ce costé-là.

Il faut aussy, s'il vous plaist, advertir M. le Yice-Admiral d' estre alerte pour empescher qu'il n'entre rien par mer dans Dunkerque, parce que, asseurement, si les ennemis ont le vent favorable, ils bazarderont d'y jeter de l'infanterie et des belandres , qu'ils ont en grande quantité à Ostende.

Bibl. nat., ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. 5â , f 358 W — Minule.

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