‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 2)Chapitre 46 sur 81 · AU MARQUIS DE CASTELNAU · texte numérisé non relu

AU MARQUIS DE CASTELNAU

Calais, ii join r658.

(■ITBAIT.)

Après l'avoir remercie des nouvelfes qu'il luî a donnëes du siège, Mazarin l'avertit que les ennemis ont rassemblé des navires et des munitions à Waten. Il ajoute:

Je vous responds de nouveau ^ que les ennemis n ont pas plus de [treize]' à quatorze mille hommes. Lon peut prendre [ses]* mesures

^ Le manuscrit porte bien Castebum. Où i i jmn, qu'il fui disait que les ennemis n a^

verra plus loin que Hasarin dit qu'il avait vaient pas plus de (rtrdze à quatorie mille

adressé à Tnrenne les conseils que renferme hommes »« cette lettre. 'Le chiffre a été eflhcé par une tache

' On a vu plus haut, dons une première d'encre, lettre de Maxarin à Turenne, en daté du * On fat.

l/ETTKfiS

Jain- 1658. Ià-dessu8 , eoBime si: vbfls les' aviiOz-lcoitipfeiK ', et «mmdsttr ^ f<m jmmi sans risque faire quelque chose de mieux que* et 'Ut attenâte aux ligne», et pour mo^fayme mieuie quand les Ptymipois mér^imt pow attaquer que quand ils attendent de PestrtK

ccxin.

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélange* de Colbert,,t. Sa, f" 389. — Minute.

AUX PLÉNIPOTENTIAIKES (GRAMONT ET UONNE).

(UTEAIT.)

GAlais, 19 joln i658.

Personne n'est dadvis que le Roy s'engage sans nécessité en une nouvelle guerre en Allemagne contre la maison d'Autriche pour la convenance et l'interest du roi de Suéde, ou parce que son humeur le porte à s'opposer au repos qu'on y veut establir; et cela d'autant plus que la capitulation^ est faicte à nostre satisfaction; qu'il y a apparence que le roy de Hongrie l'observera, et qu'en tout cas la Ligue, qu'on

^ Il semble bien que ces pt^e» et tout ce qui suit, et qui est souligne dans le manuscrits n*aipu étce «dresse qu'au gënëral en chef de Tarmëe française.

' Le paÉl^^ge souligné est autographe et ajoute par Mazarin en interligne et sur la marge du folio 388 y\ On verra plus Md, dai)s «me kittie du ih juin* adressés k Taion, que le Cardinal cite .ce conseil comme étant donné directement à Turenne. D après les Mémoires de Bussy-Rabutin ( t. II , p. 596^ édil. Là Liila]iiie)^'Maiann«dFesBa k méiiie«onnil ë *lUoii. Voici ce passcgist? t Comme le général se disposoit h-se^wf»* ser stir la Dune, Taion, intendant, lui montra une lettre qu*il venoit de recevoir de la part du Cardinal, par laqudle ee annistre

lui mandMit que le maréchal en savoit plus que lui, mais que, s*ii osoit dire son avis en cette rencontre, il lui sembloit qu'il fatloit donner bataille. Le maréchal fat bien aise que la résolution qu'il avoit prise fAt autorisée par le sentiment du Cardinal. Talon s'étanl retiré d'auprès du maréchal me tfintimjitU^ir eette Ikitre; car il étoit fort de mes. amis, n Le passfige souligné est important et prouve que Mazarin avait réellement donné le conseil de Uvrer bataille.

. ^ 'La c^tulatîan qui fat iuqKMée au fatar.empeceiv d'Ailemagne, Léopold I*'. On tfoUTe le réaumë des Gott<ytions imposées k Léopold dans VHistoire de Louis XIV, fMur de la HQde(Braien deda Martimère). ( Voy. aussi las Mtmoitm'dei Oramont, p. 807.)

prétend concluire avant TeleotiMi Tyf coalraiiMira- S'il arrivait qae les Juin t658. soUicUatioBS des EapagnoISiObligeaa^eiit Jje roy [de Hongrie] au eootraira, on luy feroit ia guerre, GOinme j'ay» mandé plo»enr8 fois, avec toute rapprobttion de TAUemagne et^fadsiatonoe des prinoea qui se seroient unis pour la roanutentioa dm traité de^Muiifiter et de la capi^ tulatîott.

Vous dev«z ûependantmiaercier M. deiMayence, de la part du Roy, de ladvis qu'il vous a donné, et quoyque JU chose mérite qu'on y jasfte refiexion et qu'on n'oublie rim pour empewher l'effect de la propo«* sition de BiemeklauS la prudence ne permettant pas qu'on néglige d'apporter tous les remèdes qui peuvent dépendre de nous pour des-tourner un coup, lequel arrivant. nous seroit asseurement tres-*preju* diciable, nonobstant, toutes les raisons semblent persuader que ce ne soit (m) pas la pensée du roy de Suéde de s'accommoder et de se lier avec le roy de Hongrie, mais plustost le mesme artifice duquel il s'est servy jusques à présent pour nous obliger à passer sur toutes sortes de considérations et [à] nous conformer à ses sentimens et à l'envie qu'il a de faire la guerre à la maison d'Austriche en Allemagne , sans nous amuser un peu plus longtemps à poursuivre à Francfort ce qui nous peut satisfaire, et contribuer à l'eatabUssement du repos de l'Empire,

Vous vous souviendrez que le comte de Scblippebak {sicy seulement a tesmoigné, en confidence, au chevalier de [Terlon]* que, si l'alliance entre cette cauronae.etJe roy de Suéde ne se coneluoit promptement pour faire la guerre au roy de Hongrie, son maistre seroit obligé, mal-^ gré luy, à prendre party et s'accommoder avec ceux qui le haïssent le plus; mais mesme il a envoyé de ses gens à Prague pour introduire quelque négociation d'accommodement, et il en a faict faire par d'autres personnes des propositions à Lisola^ et à MontecucuUi^, qui estoient

^ Envoyé du roi de Saàde à Francfort ^ Le manuscrit porte Trd/m.

* Ce nom du ministre da roi de Suède ^ Voy. sur lisola, t VII, p. &&i, des

est écrit, comme on Ta déjà fait remarquer, Lettres de Mazarin, de diverses manières : SchUppenbak, SchiU- ^ Raymond de Montecuculli , ne en 1 608 ,

penback , SehUpenbachy Sehlippeback, etc. était tout h la fois guerrier et diplomate. Cet

àiù

join i6ô8i aupr^ dèrêlecteur de Brandebourgs sans apporter aucune précaution pour empescher que les ministres du Roy en eussent cognoîssance; ains, au contraire, ayant faict assez voir quil estoit bien ayse que la cognoissance que nous en aurions nousdonuastde la (crainte, qui ser* vist d aiguillon pour consentir à ce k quojf le roy de Suéde nous vouloit engager. Il paroist donc que Bierenklau n'a rien faict de nouveau, et qu'il a creu devoir suivre les mesmes pistes de Schilipenbak S aprez avoir veu que la capitulation , qui a esté accordée» nous donne encore plus de lieu de né faire pas une alliance qui nous engage à renouveler la guerre en Allemagne; mais plustost celle qui nous en peut garantir et nous faire jouyr des conditions qui nous ont esté accordées par la paix de Munster et qui viennent d'estre solemnellement confirmées par la capitulation, et mesme avec des conditions encore plus fortes et plus advantageuses; et comme Bierenklau ne peut pas ignorer que le prince de [Soultzbach]^, à qui il s'est adressé, est le meilleur amy de [l'électeur de] Mâyence, il n'aura pas douté que c'estoit le véritable moyen pour vous faire avoir cognoissance*

Dans la suite de cette dëpéche, Mazaria insiste sur la pensëe que Tintérét du roi de Suède s'oppose à ce qu'il s'unisse au roi de Hongrie. Il termine par des détails sur l'affaire d'Ostende, dont les Espagnols ont fait grand bruit, et par Tan* nonce de l'envoi d'argent.

Italien devint général des troupes autrichiennes, fut un des adversaires de Turenne et moumt en 1681. Montecuca]li,à cette époque, n'était pas encore illustre au point où il ]e devint plus tard. Il avait cependant chassé les Suédois de Bohême et remporté la victoire de Triebel. Nommé en 1 65 7 maréchal de camp, il commandait contre la Suède, en i658, Tarmée de Jean-Casimir, roi de Pologne, et du roi de Danemark. ^ Telle est ici la forme du nonu

* Le manuscrit porte SuUzbae. Les comtes palatins de SuHzbach ou Soultzbach étaient une branche de la maison de Wittelsbach , qui régnait en Bavière. Le chef de la branche de Souitzbach était, en i658, Christian- Auguste, né en 163a, mort en 1708. Il s'était fait catholique en i656. La petite principauté de Soultzbach était située dans le Haut-Paiatinat et avait pour capitale Sultzbach, sur le Rosenbach, à peu de distance d'Amberg et de Ratisbonne.

' Juin i658.

Bibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. Sa , f° 3t9. — Minute.

À M. DE TURENNE

Calais, i3 juin i658.

(extrait.)

Je ne' doute pas qu« M. de Schomberg ^ ne vous ayt donné le mesme advis qu'à moy de la marche de quinze cens fantassins et de cinq escadrons de cavalerie en deçà d'Aire *, et ainsy je ne vous diray pas le détail de ce qu'il me mande ; mais je vous diray seulement que M. de Rouville' ma depesché cette nuit pour me dire que, toute la journée d'hyer, on avoit tenu les portes fermées à Saint-Omer, et que leur coustume estant d'en user ainsy quand ils vouloient entreprendre quelque chose ^ il se tenoit sur ses gardes, et [que], voyant passer des troupes auprez d'Ardres, il feroit tirer trois coups de canon pour en advertir le pays. J'ay faict depeschei' à l'instant des deux costez, afin que chacun se tienne alerte, et que le régiment de Glerembaut, avec quelques recrues de Suisses, prissent [nie) garde à eux et leurs mesures pour se prévaloir du corps de cavalerie qu'amené Beauvezé, qui doit arriver ce soir auprez de Boulogne.

Je ne croy pas, quand ledict avis se trouveroit véritable, que l'intention des ennemis soit de rien entreprendre sur Ardres ny sur le Boulonois; mais, s'il estoit autrement, les troupes du Roy, qui se trouvent dans le pays, empescheroyent aysement Texecution de leur dessein.

11 se pourroit bien faire que ce destachement des ennemis regardast l'attaque d'Anvin S le fort Saint-Nicolas et des autres postes que nous

* Frédéric-Armand de Schomberg. (Voy. * Auj. dép. du Pas-de-Calais, arr. de ci-dessus, t VII , p. 67, des Lettres de Ma- Saiût-Omer. zarin,) D était alors lieutenant général et ' Gouverneur d' Ardres. gouverneur de Bourbourg, et devint mare- * Village du Pas-de-Calais, arr. de Saintchai de France en 1676. P0I. Plus haut, on a écrit Eni».

MiiAMN. — fin. 5.3

ni»»«KII >ATIO>AU.

Juin 1668. avons sur les canaux, et peuirestre de Bourbourg; et pour moy, je croirois encore plus que, ne trouvant pas beaucoup de facilité à tenter le secours de Dunkerque, ny du costé de Furnes, ny [du costé] de Bergues, ils eussent pris la résolution d'envoyer, avec secret et diligence, les quinze cens hommes de pied et les cinq escadrons à Graveiines, pour tascher de jeter le secours dans la place de ce costé-là par J'estran et les Dunes, qui sont gardez par les Anglois, pendant qu'ils continueroient à faire toutes les mines et mesme qu'ils essayeroient de faire quelque tentative de vostre costé, où [ils] croiroient d'avoir attiré les forces [les] plus considérables de nostre armée.

Mais je suis en repos de tout cecy, parce que, comme vous serez ponctuellement adverty de ce que sera devenu ledict corps des enne* mis, s'il est vray qu'ils l'ayent destaebé, vous ne manquerez pas de renforcer^ et de donner aussy si bon ordre du costé des Anglois que vous avez faict du vostre, et, en cas de besoin, vous jugerez peut^estre à propos d'employer M. de Schomberg de ce costé-là , au lieu de le retirer auprez de vous.

S^ Hilaire et les commissaires et canoniers, qui ne purent partir byer au soir, s'en vont ce matin, aprez avoir receu le payement pour le mois courant. Vous trouverez cy-joint le memoure de ce qui a esté chargé sur les belandres, que ledict S^ HUaire emmené, sur lesquelles j'ay faict mettre aussy Heber^, capitaine aux gardes, avec soixante hommes de recrues.

GCXV.

Aff. étr., France, t. «78, f 9&7.*^ Minato.

Calais, i3 juin i658.

Si vous estiez persuadé, comme vous le devez estre, que je sçaurois

* D'«Qvoyer des renfiwrts. ^ Le mamucait n'indique pas à qui cette

* Nom doateox. ietlre est adressée. On avait écrit postérien-

DU CARDINAL MAZARIN. à\9

avoir plus d'amitié et d'estime pour personne que j'en ay pour vous, J"™ <^&8asseurement vous ne m'auriez pas escrit en termes douteux de mon intention à vostre esgard. Je me souviens fort bien de ce que je vous escrivis de Guyse, il y a deux ans, et de ce que je vous ay dict en dernier lieu à Metz, sans en estre sollicité, et ayant d'ailleurs une parfaicte cognoissance de vostre mente, vous me feriez injure, si vous estiez capable d'avoir la moindre meffiance de mon amitié. Il n'y a rien de si faux de ^ ce qu'on vous a dict des lettres que j'ay envoyées à Arras^, et si vous vous fussiez donné la patience de me voir auparavant de me rien dire, je ne vous aurois pas caché ce qui est vray, puisqu'il est entièrement à vostre advantage, et je ne vous avois prié de prendre la peine de vous rendre icy que pour cela.

Vous pourrez donc venir à la Cour à vostre commodité, et vous verrez que je vous ayme et estime beaucoup plus que vous ne croyez, et que vous n'aurez jamais sujet de honte (sic) et [qu'il] ne vous arrivera aucun préjudice; mais vous aurez tousjours du contentement à faire les choses que je vous diray.

Je vous prie que, hors madame la Marquise^, personne n'ayt cognoissance du contenu dans cette lettre ; mais de vous en venir et de me croire * que je suis de tout mon cœur, etc.

rement : Mémoire your k s^ de Bermghem; une forme italienne conservée par Mazarin.

mais cette indication a ëtë effacée. N'est-ce * Le gouverneur d'Airas était, comme

pas plutôt au marquis d^Hocquincourt que on Ta vu, Jean de Schulemberg de Monde- '

la lettre est adressée? Son père avait em- jeux.

brassé de nouveau le parti de Condé, et le ' Probablement la marquise d'Hocquin-

fils pouvait craindre d*6tre enveloppé dans court

sa disgrâce. * Le pléonasme résultant de me et que

^ De est employé pour'jfue; c'est là y^ m» est bien dans le manuscrit

Jiiio i658.

CGXVL Bibl. nat., ms. f. fr., MèkmgetdeColbert, t. 59, f* 3i4. — Minute.

À M. DE TURENNE

Calais, f& juin i658.

Le chevalier de Gramont^ qui arriva hyer trois ou quatre heures devant le comte de Guiche ^, nous donna en détail toules les nouvelles du siège et des ennemis, et nous asseura de la mort du mareschal d'Hocquincourt^, qui avoît receu un coup de mousquet, en voulant, avec Routevilie^ et d'autres , pousser nostre garde. Nous attendrons pourtant d'en avoir confirmation.

Il nous a dict aussy que les ennemis estoient en présence^ ; que le trompette de M. le Prince luy avoit dict qu'ils tenteraient asseurement le secours, la nuit passée, par l'estran; mais il n'est pas possible qu'ils entreprennent de nuit, de cinq ou six jours, de ce costé-là; car la mer sera pleine, et, par ce moyen, il sera plus fortifié qu'il ne l'est par les palissades, lorsqu'il est à sec. J'appréhende seulement que, lorsqu'ils font mine de vouloir attaquer les lignes à force ouverte, de vostre costé, leur dessein ne soit de jeter quelques secours par deçà le canal

' Voy: le tome VII det Lettres de Mazarin, p. a8 et 887.

* Armand, de Gramoat. (Voy. le t VII, p. 89^ , des Lettres de Mazarin.) Le comte de Guiche, fils du maréchal de Gramont, avait alors 90 ans. D servit avec distinction dans la guerre de Flandres et plus tard fut exilé par Louis XIV pour s'être mêlé à une intrigue contre Mademoiselle de La Vallière ; il rentra en France en 1671, après 8 ans d*exil et fit la campagne de Hollande de 1679, sous le grand Gondé. On a vu plus haut qu'il venait d'être blessé sous les murs de Dunkerque.

' Le maréchal d'Hocquincourt avait été

tué le 19 juin i658. Il s'était avancé, avec plusieurs autres généraux, h peu de distance des lignes françaises et avait attaqué les gardes avancées des assi^eanls. Il fut repoussé par une vive fusillade et reçut un coup de mousquet dans le ventre, dont il mourut une beure après, dans ane petite chapelle où ses gens le portèrent.

^ Henry de Montmorency -Bouteville, plus tard duc et maréchal de Luxemboui^. (Voy. t. VII, p. 66, des Lettres de Mazarin,)

* L'armée espagnole était venue, le i3 juin, camper dans les dunes, k trois quarts de lieue de la nôtre.

de Bergues, ou par Testran qui est gardé par les Ang^ois; mais je ne Juin i658. doute pas que vous n'ayez donné les ordres nécessaires pour Tempescher.

Tay des ad vis de tous costez, qui me sont encore tout présentement confirmez par un trompette, que le comte de Brogiia avoit envoyé au marquis de Garacene, qu'il y avoit, au fort de Vouât \ prez de deux cens bateaux chargez de vivres et de munitions de guerre, avec un bon nombre de soldats de pied et de cheval; ce qui estant, et les ennemis ayant faict raccommoder le chemin pour venir à Gra vélines, comme M. de Schomberg m'escrivit Tautre jour, et s'estant saisis d'une tour appelée la Gapelle, où ils oiit mis cent cinquante hommes, je ne doute pas que leur intention ne soit de pourvoir, autant qu'il leur sera possible, à la conservation de Graveliues, qui seroit contrainte de se rendre bientost faute de vivres, si elle estoit investie lorsque le succez de Dunkerque aura été heureux, comme nous avons sujet d'espérer.

Je viens d'escrire là-dessus fort en détail à M. de Schomberg, et je luy mande que ce seroit un grand coup s'il pouvoit empescher, par les assistances que vous luy donnerez, l'entrée de ce convoy dans ladicte place. Je luy mande aussy d'avoir recours à vous , et qu'en cas que vous le jugiez à propos, je pourrois demain faire passer à Bourbourg Seyron avec seize cens hommes [de cheval] et sept ou huit cens hommes de pied, au lieu de les envoyer joindre l'armée par l'estran, comme nous avons résolu de faire. Sur quoy, je vous prie de me faire sçavoir vos intentions, en diligence, me depeschant par Bourbourg, si la mer ne se trouve pas propre [à cela]. L'affaire me semble de conséquence, et qui mérite bien qu'on s'y applique tout de bon, et d'autant plus que vous aurez veu, par les advis que je vous envoyay l'autre jour, escrits de la main de M. Le Tellier, que les ennemis ne croyent pas , en aucune façon , pouvoir sauver Gravelines , s'ils viennent à perdre Dunkerque.

Le chevalier de Gramont nous a dict que le régiment de M. le comte

^ Dans ia lettre à Schomberg, oe nom est ëcrit VowUe pour Watten, anj. dëp. du Nord, arr. de Dunkerque.

Juin i65S. de Soissons, qui estoit Fautre jour en^ garde du costé des ennemis, avoit fort mal faict, n'estant demeuré avec ledict comte que le lieute^ nant-colonel. Je ne sçay pas comme la chose s'est passée; mais, si elle estoit comme le chevalier la rapporte, je vous prie de considérer s'i^ ne seroit pas bon de faire un chastiment exemplaire^.

Nous avons une grande flotte, qui est arrivée de Dieppe avec cinq mille boulets de a/i, et grande quantité de paniers, de fascines, de piquets , de tonneaux et d'avoyne, et, nonobstant cela, je fais pressamment charger des fascines sur les belandres que nous trouvons dans ce port, dont il y en a deux qui en portent plus de mille, qui doivent partir ce matin. Âinsy vous voyez qu'à la fin nous aurons abondance de toutes choses.

GGXVII.

Bibl. nat, ms. £ fr., Milangea di Colheri, i. Sa , f 879 v*; minute. — Aff. ëtr., Pays-Bas, t. 45 , P 91 ; copie du temps.

À TALON

Calais, 16 juin i658^

Aprez avoir escrit une de mes autres lettres, est arrivé un de mes gardes, qui est passé par Bourbourg, lequel nous a asseuré que M. de Turenue estoit sorty du camp pour attaquer les ennemis et qu*ii les avoit battus, et que l'on avoit Caict beaucoup de prkonniers. Je ne sçay pas le détail de cette nouvelle; mais je ne doute pas qu'elle ne soit véritable, et je voua advoue que, quand j'escrivis l'autre jour à M. de Turenne, luy donnant les ad vis que j'avois receus, qu'il y avoit quelque chose de mieux à faire que d'attendre les ennemis aux lignes^, je ne

' En corrige de. ' Dans une lettre du i5 juin adressée à

' Bussy-Rabutin dans ses Aféinotrss parie Talon, Mazarin indique que la lettre du

de cet incident (t H, p. 56), mais ne paraît 1 k juin a é\é écrite le soir.

pas donner tort aux escadrons de ca^iderte * J'ai déjà fait remarquer que ce conseil

du comte de Soissons. ne se trouve pas dans les lettres qui ont

songeois qu'à ce quil a ieiict; mais je éouhaitois qu'il eust esté encore Juin i658. renforcé de ce corps de cavalerie qui doit arriver demain icy. Quand j'auray receu de ses lettres, je luy depescheray un gentilhomme pour me reqouir avec luy de bon cœur comme il croira aysemient, et pour luy dire toutes mes pensées.

Ce pendant je vous conjure de vous appliquer avec tout vostre esprit pour bien conserver les prisonniers, en cas qu'il y en ayt, comme je ne doute pas, et d'employer à cela, s'il est nécessaire, une partie des gentilshommes que j'ay à Mardik, et tous mes gardes qui [y] sont avec Casau, aGn que, s'il est possible, il ne s'en perde pas un ; et, s'il y a des gens de marque, vous pouvez asseurer que je feray rescompenser ^ les officiers qui les ont faicts prisonniers, et M. de Turenne en pourra donner sa parole^.

Quoique je ne doute pas de ce succez, je ne luy escris ny à per* sonne, et l'on ne depesche pas, ny de la part du Roy ny de la mienne, des gentilshommes exprez pour s'en resjouir, parce que la prudence veut qu'on ne le fasse pas auparavant d*avoir appris cette nouvelle par autre que par un de mes gardes, qui ne s'est pas trouvé à l'action et qui a esté envoyé de Mardik.

GCXVIIL ibi. aat., ms. f. fr.. Mélangée de CoVmt^ t Ss , P 817 v% -^ Minute.

À M. DE TURENNE

Calais, 1 5 juin i658.

Je ne vous feray pas grand discours pour vous tesmoigner ma joye

M adressées par Maiarin à Tureone, mais ^ Le verbe nteùn^fwser a ici le sens de

dans une lettre à Castelnau (voy. ci-dessus, donner une compensation pour la rançon

p. 4i3,note i)« J*insbtesarcepoint,parce qu'ils pourraient tirer de ces trgens de

que Ton a prétendu que Masarin avait voulu marque ».

s'approprier le mérite de la victoire des * Les principaux prisonniers furent

Dunes. MM. de Montmorency* BouteviUot le prince

àU

Juin i658. du combat que vous avez gagné S car la chose parle d'die-mesaie, et vous sçavez aussy que vous n'avez amy ny serviteur qui s'intéresse plus que je ne fais en ce qui vous regarde. J ay esté ravy de la resolution que vous avez prise de chercher les ennemis et de ce que vous aurez pu en recognoistre par ce que je vous en escrivis depuis qu'ils vous ont approché^.

Le Roy et la Reyne ne se sentent pas de joye, et Leurs M*" vous ont donné, en ce rencontre, les louanges que vous méritez'. Je me trouve

de Robech , de Goligny-Saligny, Romainville de Roche et le comte de MeiUe, qui mourut de ses bleseures.

^ On peut consulter sur la bataille des Dunes les Mémoires de Turenne, de Bussy- Rabutin, On peut ajouter les Mémoires du due d'York et de Coligny-Saligny, qui servaient dans Tarmëe espagnole. Les Papiers de Mazarîn contiennent aussi un rëcit détaille de la bataille des Dunes. (Aff. ëtr., Corresp. des Pays-Bas, t 46, f a36.)

' Cette phrase est peu claire. Il semble que Mazarin veut dire : v et que vous aurez pu recognoistre la vérité de ee que je vous escrivis yt, etc. ( Voy. la letti'e h Talon, en date du ] U juin i658 , ci-dessus.)

' Les éloges donnes par Mazarin à Turenne suffiraient pour réfuter ce que dit Saint-Evremond dans sa lettre sur la paix des Pyrénées , que tria vanité de Mazarin s'étoit ridiculement intéressée h la bataille de Dunkerquei. Voltaire {Sièck de Louis XIV, cb. VI ) reproduit cette accusation en la développant : ff Plusieurs personnes ont assuré que le Cardinal voidut engager Turenne à lui céder Tbonneur de la bataille des Dunes.

Du Bec-Crépin, comte de Moret, vint, diton , de la part du ministre, proposer au général d'écrire une lettre par laqudle il parât que le Cardinal avait lui-même arrangé tout le plan des opérations. Turenne reçut avec mépris ces insinuations , et ne voulut point donner un aveu qui eût produit la honte d'un général d^armée et le ridicule d un homme d'Église. Mazarin , qui avait eu cette faiblesse, eut celle de rester brouillé jusqu'à sa mort avec Turenne. » Les lettres de Mazarin k Turenne, que l'on trouvera dans la suite de ce volume , prouvent que la seconde assertion de Voltaire n'est pas moins fausse que la première.

On doit s'étonner que M. Henri Martin ait reproduit une pareille accusation contre Mazarin dans son Histoire de France \ On a vu, ci-dessus ^ que Mazaiin avait donné le conseil de ne pas attendre l'attaque de l'ennemi , mais d'aller à sa rencontre , comjne le fit Turenne. Le Cardinal lui-même écrivait, le 1 5 juin, à Talon* : <rJ'ay esté bien aise de voir, par vostre [lettre] , que la mienne du 1 a , escrite à M. de Turenne ', avait toutà*fait contribué à faire prendre la résolution

' * T. XII, p. ^97-/198, de la 4* édition.

' Âff. étr., Comtp. du Puyt-Boi, t 46. Ce volume n*a pas de pagination.

* Tai fait remarquer que je n'ai pas trouvé la lettre du 11 juin à Turenne: mais que le conseil dont il est question eet donné dans une lettre da 1 1 juin adressée à Gastelnau.

l)ieii embarrassé avec le Roy, qui voudroit retourner à l'année, quand Juin i658. ce ne seroit que pour un jour. Il m'a commandé expressément de vous en escrire, de sa part, et je vous prie de me faire response en diligence là-dessus, comme aussy de ce que Ton doit faire du corps de cavalerie que Seyron amené ; car peutrestre il sera plus utile présentement du costé de Hesdin, si vous n'en aurez pas affaire au siège, et, en ce cas, le Roy le pourroit amener, si vous jugiez que Sa M*^ vous pût faire une visite.

Je croy qu'on pourroit faire sommer le marquis de Lede \ iuy déclarant que, s'il veut attendre jusqu'au bout, vous ne Iuy pourrez accorder capitulation. Et, eu effet, ce seroit un coup de partie, si on pouvoit avoir ces gens-là prisonniers de guerre. Je vous conjure d'y faire reflexion, et, outre le grand advantage que le Roy en retireroit par ]a facilité avec laquelle vous pourriez, de vostre costé, et M. le mareschal de La Ferté, du sien, pousser les affaires, le reste de cette campagne, vous ne me sçauriez faire au monde un plus grand plaisir.

Le Roy a veu vostre lettre, par laquelle vous faictes les éloges de tous les officiers généraux. Je suis bien ayse que les Anglois ayent bien faict et à vostre satisfaction, et j'espère qu'on tirera toujours de plus en plus de l'advantage de leur armée.

J ay esté fort marry de la mort du sieur de la Berge*. Pour sa charge, vous pouvez disposer de tout ce qui dépendra du Roy; mais prenez garde que M. Le Tellier m'a dict qu'on estoit convenu par escrit que M. d'Espernon en pourvoyeroit, en cas de vacance, Neuville'. Je vous réplique que tout ce qui dépendra d'icy sera faict.

du combat. De radvanfage pourtant je ne prétends aucune part, j^uû^ toute la gloire en est due à mondict s*" k Mareschal, non seulement pour la résolution qu'il en a prise, mais peur le bel ordre de bataille et par la manière dont il afaiet attaquer les ennemis, n Mazarin, bien loin de s'attribuer la victoire des Dunes, en renvoyait tout l'honneur à Turenne, comme le prouve cette lettre.

HAtiBin. ^ fin.

' Ce nom est ëcrit ordinairement de Leyde. Il ëtait gouverneur de Dunkerque.

* Voy. d- dessus, p. 188. On raconte que La Berge , officier de Tannée de Turenne, aurait été tué par accident d'un coup parti des rangs de Tarmée royale. (Voy. Mémoires de MaiemoiseUe de Monipensier, éàiU Michaud et Poujoulat, p. 394.)

' Nom douteux.

larKimiii iatiomali.

Juin i658. Je VOUS prie dô donner tous les ordres necessdirei pour la conservation des prisonniers, laquelle sera d^autant plus aysée, que le Roy fera ponctuellement exécuter tout ce que vous protnettree auît officiers de larmée qui les ont faicts. Ce que vous verrez plus partiouliereoient par la lettre que j escris au sieur Talon ^

GCXIX.

Aff. ^tr., France, t. 376, f si5i. — Copiedii temps*.

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