‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 2)Chapitre 48 sur 81 · INTENDANT DE L'ARMEE · texte numérisé non relu

INTENDANT DE L'ARMEE

Calais, 16 juin i65S.

Je vous diray qu'il vient d'arriver un gentilhomme de feu M. d'Hocquincourt, qui partit hyer aprez-midy deFurnes, et il m'asseure qu'il n'y avoit pas deux mille hommes d'infanterie sauvez et toute desarmée; que tous les chefs tomboient d'accord d'en avoir perdu quatre mille, qu'ils croyent estre demeurez sur la place, ou prisonniers; et outre cela, ils tesmoignent d'avoir perdu aussy beaucoup de cavaliers ; mais on croit que la perte de cela (des cavaliers) est plustost pour s' estre retirez, qui çà, qui là, que pour avoir esté tuez ou pris prisonniers.

Il a adjousté que les généraux estoient à Fumes ; que l'abattement et la confusion y estoit grande; qu'on ne songeoil non plus à Dunkerque, comme s'il n'estoit pas attaqué, mais seulement à examiner les

* Ces détails sur une question financière, ponse est adressée an Proeureor généra^ comme ce qui suit sur l'abbé Fouquet, con- Nicolas Fouquet tribuent encqpe & faire croire que cette ré« * Sans aucun détail précis ni distinct.

moyens pour sauver ies places qui estoyent plus menacées. Il asseure Juin i658. mesme quil avoit ouy dire, dans la cour de don Juan, que personne ne seroit d'advis qu'on s opiniastrast à la deffense de Bergues et de Fumes.

J'ay sceu que M. d'Hocquincourt n a vescu qu'une heure et demie [aprez sa blessure]; que le coup de mousquet qu'il receut venoit des dunes hautes, et ce gentilhomme vient icy pour demander le pardon pour tous ceux qui avoient suivy ledict s' d'Hocquiucourt, tant domestiques qu'officiers, pour pouvoir revenir icy avec les compagnies. Il m'a aussy faict cognoistre que, si le Roy accorde cette grâce, il y aura bonne quantité de cavaliers de l'armée de M. le Prince qui s'en viendront, comme fera aussy * , pourveu qu'on l'asseure qu'on ne

luy fera aucun mal.

Vous 'direz tout cecy à M. de Turenne, duquel j'attends response avec impatience sur ce que je luy escrivis hyer par le s' Pertuis ^ et particulièrement sur la cavalerie, qui est aux portes de cette ville.

Mazarin termine en pariant, comme il Ta fait plus haut, de la nécessite de conserver avec soin les prisonniers et sur les indenmités à accorder aux officiers et aux soldats qui les remettront'.

Aff. ëtr., France, t. 977, f* 187. — Copie du temps.

À M. DE BORDEAUX

Calais, iS juin i658.

Jay esté bien ayse de voir, par vostre lettre du 1 3 de ce mois, le

Ml y a après anssy un mot que je au roi, à Calais, la nouvefie de la victoire

n'ai pu lire. C'est probablement un nom des Dunes,

propre. .^ ' Quantités de prisonniers espagnols s'ë-

* La Cbtmo/c^fmïiltotre parle d'un Guy, tant sauva dans Fumes après avoir traité

comte de Pertuis, nommé maréchal de camp de leur rançon, à la hAte, avec les cavaliers

en 1677 et mort en idgi. M. de Pertuis ou les officiers français qui les laissaient

avait été envoyé par Turenne pour porter aller.

Juin i658. boD effect que la lettre de M. de Turenne, et ce que je vous avois escrit pour avoir quelque renfort d'infanterie, avoit faict dans i'esprit de M. le Protecteur; et il sera bon que vous preniez vostre temps pour en remercier Son Alt. , et mesme pour en faire compliment à M. le secrétaire d'Estat^ lequel je voy qu il agist avec beaucoup d'affection pour les choses qui sont nécessaires au bien de la cause commune.

J ay nouvelle que les Ang^ois, qu'on vous a promis, ont desjà commencé à armer ; mais nous avons encore receu une meilleure assistance par la grâce que Dieu nous a £aicte de mettre les ennemis hors d'estat de secourir Dunkerque.

Vous pi'endrez occasion de vous en resjouir de 4a part du Roy avec S. A. , en attendant que la personne qui doit partir pour respondre aux complimens que M. de Fokambrige (sic) ^ a faicts icy, de la part de Sadicte Alt. , s'acquitte de cette conjouissance.

Je \ous prie de faire ausay, en mon nom, un compliment à S. AH. et de lu y dire que j'ay une joye extrême de voir que, nonobstant les efforts [des] ennemis ^, les cabales et les intrigues qu'on faisoit de tous costez pour empescherle bon succez de cette entreprise, et, malgré le chagrin que beaucoup de gens, et en France et en Angleterre, ont de voir une si parfaicte union des deux nations, il a plu à Dieu, non seulement de nous asseurer la prise de Dunkerque, mais aussy de mettre les ennemis en estât [sic) de ne pouvoir de longtemps avoir la moindre pensée de la recouvrer, puisque la perte qu'ils ont faicte de presque toute leur vieille infanterie est irréparable , quelque despense et quelques diligences qu'ils veuillent faire pour la remettre.

Ainsy S. Alt. aura Dunkerque sans nulle appréhension que les ennemis puissent former le moindre dessein sur kidiote place, et l'on est icy bien ayse que tout cela serve à establir de plus en plus nostre union, laquelle est capable d'apporter tousjours de plus grands advant^gesaux^dcux royaumes* et de contraindre les ennemis à donner les

* Joba Tfa»rk>ë. ( Voy« ci-dessas < pj a 1 8^) wiàé L*erranr«t évidenlB.. Matmn éBmnèK

* Voy. ci-desMi», ^p. 89 1 . . 4es: dMtade» qui Tenaient 4es am des enne- ' La copie porte : les efforts et les emm^ mis, les autres des cafanies iottfrieui^.

mains à une bonne paix, comme [au] ^ moyen le plus propre pour ar- Jain i658. rester le cours de leurs pertes.

Je ne vous mande pas le détail de ce cpii s'est passé dans cette ville pour en informer S. Alt., parce que M. Loekart et le vice--admiral n'auront pas manqué de luy en marquer les particnlaritez.

Quelqu^un avoit proposé que le Roy pourroit envoyer mon neveu ^ en Angleterre pour complimenter, de sa part, M. le Protecteur; mais, outre qu'il n a encore aucune dignité et qu'il est si jeune que malai* sèment il se pourroit bien acquitter de cette commission, j'ay creu que je ne devois pas souhaiter que le Roy luy fist cet honneur; mais il aura bien celuy d'asseurer S. Alt., de ma part, de mes tres-humMes services, parce que je fais estât de lenvoyer avec la personne que le Roy choisira pour cet employ*.

Le Roy a mandé à M., de Turenne de faire sommer ceux de Dunkerque et de déclarer au marquis de Leyde qu'estant hors d'espe^^ rance d'aucun succez^, s'il ne rendoit la place promptement, on ne luy donneroit plus de composition, et, en effet, on en usera ainsy en cas qu'il s'opiniastre à tenir jusqu'à l'extrémité (ce qu'il n'y a pas lieu de croire).

Je suis fort embarrassé à vous respondre sur l'office que vous désireriez que l'on fist auprez de M. le Protecteur, ou de la part du Roy, ou de la mienne, en faveur du chevalier Selinsky {sic); car, d'un costé, je suis {sie)^ ravy de donner des marques de mon amitié et de mon service à M. le vicomte de Falkumbrige*; mais je ne voy pas qu'il y

* La copie porte : comme un moyen.

* Philippe- JaKen Mandni-MazariDi, ne h Rome en 1639, mort à Paris en 1707. Il devint plus tard duc de Nevers et Donzi et fat successivement gouverneur de la Rochelle et du Nivernais, et capitaine des mousquetaires. C'était un des assidus de Yhàidi de Rambouillet; mais son goût était peu sâr, car il se prononça pour la PhUre de Pradon contre cdle de Racine.

' On a dit plus haut que cet envoyé fut le duc de Créqui.

* Il y a bien succez dans la copie. Je crois quHI faudrait lire secoure f mais coinme le mot succez donne un sens raisonnable, je n*ai pas cru pouvoir le changer.

* Il est probable qu*il faudrait lire : je êerois,

* Plus haut Fokambrtge, (Voy. ci-dessus « p. 391.)

Jnin i658. ayt aucuoe apparence^ que, de ce costé-cy, Ton se mesle d'affaires si délicates et qui touchent de si prez la personne et le gouvernement de M. le Protecteur, qui se pourroit plaindre avec justice qu'on voulust s'intéresser en des choses de cette nature ; ce que je croy d'autant plus que ledict sieur vicomte, estant icy, ne m'en a pas dict un mot, de manière que, tout bien considéré, personne n'a pu estre dTadvis que l'on fist à S. Alt. l'instance que les particuliers souhaiteroient ; mais si véritablement S. Alt. penchoit à accorder la grâce et fust bien ayse d'avoir un prétexte comme celuy de l'intercession du Roy, ou de ma prière, pour l'accorder, en ce cas, on le feroit de concert avec S. Alt., laquelle ce pendant poun*oit surseoir l'exécution de la sentence. Et par ce moyen , M. le Protecteur ne pourroit pas se plaindre de nostre procéder, et nous n'aurions pas sujet d'appréhender aussy qu'en des rencontres de cette nature, il voulust s'employer auprez du Roy pour obtenir de Sa M^^ qu'Elle fist grâce à de ses sujets qui auroient commis de seinblables crimes.

C'est tout ce que j'ay à vous dire en response, vous remerciant des nouvelles que vous me donnez, et vous asseurant que je suis, etc.

P.-S. — Ce sera M. le duc de Crequy, premier gentilhomme de la Chambre, que le Roy envoyera complimenter S. AU. M. le Protecteur-!

^ PanB le Beps de : apparence de ratsan. plus tard marëcbal de France, qui joua un

' Cbaries, dacdeCréqui, ne en i6s3, rôle important dans Thistoire militaire de

est surtout connu par son ambassade a Louis XIV, et dont il a été souvent fait men-

Rome en i66a. D était le frère aine du tion déjà dans Iti correspondance dcf Maza-

chevalier de Crëqoi, marquis de Marines, rin.

* Juin i658.

Bibi. nat. , ms. f. fr., Mélanges de Colbert, l. 5â , P 3a5 v^ — Minute.

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