‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 2)Chapitre 50 sur 81 · AU PROTECTEUR D'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

AU PROTECTEUR D'ANGLETERRE

Calais, 90 jain j 658.

Le Roy, envoyant M. le duc de Crequy, premier gentilhomme de sa chambre, vers Votre Alt. Serenissime pour l'asseurer de son amitié et se resjouir, avec elle, du gain d'une bataille aussy advantageuse à la cause commune et aussy glorieuse aux deux nations qu'est celle des Dunes auprez de Dunkerque, j ay esté bien ayse que mon, neveu fust de ceux qui accompagnent ledict sieur duc en ce voyage, afin que, renouvelant à V. Alt. Serenissime les asseurances de mon tres-humble service, il puisse avoir l'honneur aussy de lui offrir les siens en personne. Si j'avois quelqu'un avec moy qui m'appartint de plus prez, je l'aurois choisy par préférence à tout autre, en cette occasion, pour faire

* Voltaire , Sièek de Louis XIV, chap. VI , parle de cette lettre et prête à Mazarin de3 paroles qui ne se trouvent ni dans la minute de la Bibl. nat. , ni dans la copie conservée aux archives des Aff. étr. Voici le passage textuel de Voltaire: ffMancini présenta au Protecteur une lettre du Cardinal , cette lettre est remarquable ; Mazarin lui dit qu'il est affligé de ne pouvoir lui rendre en

UAZARIX. -- VIII.

personne les respects dus au plus grand homme du monde. Ji II n*y a pas un mot de cette basse flatterie dans la lettre du Cardinal. Si Voltaire^ au lieu de répéter des calomnies, eut consulté les documents authentiques , il se fût épargné la peine d'ajouter la réflexion suivante: tr C'est ainsi qu'il (Mazarin) pariait à l'assassin du gendre de Henri IV et de l'oncle de Louis XIV, son maître, n

inpiiueric lATiosAic.

jain i658. cognoîstre d autant mieux à Y. Alt. Serenissime combien je l'honore et la passion avec laquelle je souhaite que tous les miens suivent mon exemple dans la profession particulière que je fais d'estre, etc.

GCXXV.

BibL nat., ma. f. fr., Mélanges de CoWeri, t 5â, P âoi. — Minute.

AU CHEVAUER DE TERLON.

(«TBAIT.)

[Calais], ao juin i658.

Le Roy est fort satisfaict de Ta manière dont vous vous estes conduict en tout ce qui s est faict pour la conclusion de la paix entre les roys de Suéde et de Danemark S et de ce que vous avez faict ensuite à Copenhaghen [sic) pour Tentiere exécution des articles dont on estoit convenu, et j ay esté tres-ayse de voir que, de la part de Sa M*^ danoise ^, on agissoit avec beaucoup de sincérité.

Le s' Brànt, qui est de retour icy, m'a apporté des lettres de M. Téiec^ teur de Brandebourg el de M. Schwerin, et m*a dict, de vive voix, de leur part, que S. A. El. souhaitoit avec passion de contribuer^ tout ce qui dependroit de lui pour le restablissement de lancienne amitié avec le roy de Suéde, et que la France interposast ses offices pour cet effect, en sorte que la chose eust le sien^ au plus tost, de manière que, le sieur Blondel ^ vous devant avoir escrit en cette conformité en voyant par vos lettres que le roy de Suéde y estoit tout à faict disposé , je ne

* Le traite de Roschiid avait été signé le 96 février 1 658 , entre la Suède et le Danemark. Le chevalier de Terion avait été médiateur. (Voy. Lesmémaires de Terion; Puffendorf. De rehus à Carolo Gustave, Suedde rege, gestis, liv. V, SS 9, 10^ 1 1 , 1 a ; enfin Dnmont, Corps d^hmatique, t. VI, s* partie, p. aoi et ao9.) Ce traité (ut rompu par Charies- Gustave an mois d'août i658.

* Frédéric III fat roi de Danemark de 16&8 à 1670.

' On a déjà vu que le verbe eonirikuer prenait, à cette époque, un r^ime direct.

* Son effet.

^ Représentant de h France auprès de i'âecteur de Brandebourg. (Voy. cinlessus, p. 307, où Maiarin lui parie du traité entre le Brandebourg, la Pologne et f Autriche.)

doute pas que l'affaire ne 8oit fort advancée, »i elle n'est pas tout-à- Jain i658. faict conclue.

Pour ce qui est de la paix de la PoloigneS on la souhaite icy avec la mesme passion qu'on a toujours faict, et on croit que les mesmes raisons subsistent pour obliger le roy de Suéde à y donner les mains, nonobstant la constitution advantageuse où les affaires sont à présent; et je ne doute pas que, par cette raison, on ne trouve auprez du roy et de la republique de Poloigne des facilitez à la conclure, retirant une rescompense considérable en argent pour la restitution de la Prusse^, si ce n est que Sa M^ suédoise preferast à cela la cession de la souveraineté sur le duché de Gourlande et la province de Samogetie («ic)^, qui est un pays contigu à la Livonie. Je croy qu'on luy pourroit moyenner* ce party; au moins MM. les Ambassadeurs, qui sont à Francfort, m'escrivent qu'ils l'esperoient ainsy.

Enfin, ou le roy de Suéde recevra toute satisfaction de celuy de Hongrie et les seuretez qu'il pourroit souhaiter de ce qu'il promettra , tant à son esgard que pour ne pas troubler l'Empire , et , en ce cas , il est impossible qu'on ne donne pas les mains à un establissement de la paix avec ledict roy, si on ne veut faire la guerre sans aucune raison apparente, et ayant tous les princes et Estats de l'Empire contraires; ou le roy de Hongrie ne donnera pas cette satisfaction à la Suéde, auquel cas il aura esté tres-advantageux de s'estre accommodé avec la Poloigne pottr pouvoir tourner toutes ses forces contre ledict roy. J'ai entretenu au long le s*^ Gourtin^, en présence du s' Gravel, sur le faict

' La paix entre la Pologne et la Saède. ^ Il s^agiesait de la Prasse royale, cap. Dantzick.

* Celte province de Pologne, dont le nom sVcrit ordinairement Samogitie, fait aojonrd'luii partie 4e ia proviace rasse de Kowno.

* Dans le sens de fai procurer par notre moyen on notre entremise,

^ Antoine Courtin, dont il a été question

ci -dessus, p. 99. Diplomate et écrivain — on a de loi divers traites de morale — Coortin , ne à Riom en i6a9 , mort à Paris en 1 685 , avait été secrétaire des commandements de la reine Christine, puis de Charles^ostave qui le n«mDBia envoyé extraordinaire en France. Après la mort de ce roi, il représenta la France (1660) comme résident général près des puissances du Nord.

Jain i658. de lalliance, et je luy ay expliqué tous les ordres qu'on avoit donnez, il y a plus de six sepmaines, aux plénipotentiaires du Roy pour en convenir avec les ministres de Suéde, et, en substance, je luy ay dict que le Roy, mon maistre, vouloit establir pour tousjours une sincère amitié avec le roy de Suéde et que, pour cet effect, il falloit faire une ^alliance, ainsy qu'il avoit esté proposé, convenir des subsides et des autres points, à condition pourtant que cela ne seroit exécuté que lorsqu'on seroit contraint de faire la guerre à la maison d'Austriche d'Allemagne S ou parce qu'elle auroit refusé les justes satisfactions que nous devons prétendre, ou parce qu'elle, les ayant accordées, y auroit manqué, et que cela s'entendroit non seulement pour ce qui regarderoit la France et la Suéde, mais aussy les princes de l'Empire, c'est-à-dire que le nouvel Empereur, ayant donné la promesse de non turbando Imperio^, s'il y venoit à manquer, les deux couronnes auroient droit de luy faire la guerre, et, en ce cas, non seulement le Roy donneroit le subside à celuy de Suéde, duquel on seroit convenu, mais qu'il envoyeroît une puissante armée pour agir en Allemagne, conformément à ce qui seroit concerté avec Sa M*^ de Suéde. Je luy ay aussy dict que, s'il arrivoit que le roy de Hongrie refusast ce qui seroit jugé raisonnable pour l'accomodement avec la Suéde, et que ce roy fust obligé d'entrer dans la Silésie ou la Moravie, pour tirer raison des injures qu'il a receues et pour l'obliger à luy donner les justes satisfactions qu'il peut prétendre, qu'alors la France, n'ayant pas les mesnies raisons pour faire ouvertement la guerre au roy de Hongrie et voulant tousjours donner de véritables marques de son amitié à la Suéde, pourra bien se porter 2i l'assister sous main, et dans le dernier secret, de quelque somme d'argent, comme on s'en est expliqué à MM. les ambassadeurs, afin qu'ils puissent traiter et convenir avec les ministres de Suéde.

Vous pourrez confirmer les mesmes choses et adjouster [que], comme les Espagnols, par leur interest et par inclination, n'auront jamais de

' De la branche aliemande. — * Qa'il ne troublerait pas l'Empire.

repos jusques à ce qails ayent obligé le roy de Hongrie, lorsqu'il sera Juin i658. revestu de la dignité impériale, de manquer à tont ce qu'il aura esté contraint de promettre pour y parvenir, a^vssi je ne doute pas que le traité d'alliance que l'ea fera, à présent, conditionneUeriient avec le roy de Suéde, nayt bientost son eiFect. Au surplus, je vous conjure d'asseurer souvent le roy de Suéde, de la bonne manière et en termes fort précis, que Sa M^^ n'a certainement, parmy tous ses serviteurs, aucun qui le soit avec plus de passion et de sincérité que moy, ny qui s'intéresse davantage à tout ce qui le regarde; ce que- Sa M*^ recognoistra par les effects en toutes les rencontres où il s^agira de son service et de sa satisfaction.

Mazarin promet ensuite de s'occuper des intérêts particuliers du chevalier de Terlon; il lui parle de canons quou a promis d'envoyer de suite et lui recommande d'acheter des vaisseaux, s'il en trouve à bon marché. Il termine ainsi :

J'avois oublié de vous dire que le s' Blondel m'a escrit que l'ambassadeur de Poloigne luy avoit faict cognoistre que la reyne [de Pologne] souhaiteroit qu'on luy pust mesnager une entreveue avec le roy de Suéde, sans pourtant la commettre. Je vous prie de voir adroitement si cela pourroit réussir et de faire cofnsiderer au roy de Suéde les grands advantages qu'il pourroit tirer de cette entreveue.

Bibl. nat, ms. f. fr., MiUmgw de Colhert , t. 5a, P kok \\ — Minute.

À M. DE LUMBRfiS.

[Calais], s o juin i658.

(extrait.)

La dernière de vos depesches est du 1 8 may, et pour respondre succinctement à ce qu elles contiennent S je vous diray en premier lieu

' D y a bien le pluriel pour Elles et contiennent, quoique Mazarin n'ait parle que de la dépêche du 1 8 mai; mais sa pensée embrasse toutes les dépêches antérieures.

kà6 LETTRES

JuîQ i658. dasseurer tous les jours de plus en pius Ia reyne de Poloigne de mes respects; que je ne perds aucune occasion pour advancer du costé de Suéde et ailleurs tout ce que j'estime pouvoir cmitribuer à son adyantage et satisfaction, et que j'ay escrit pressament en cette conformité au chevalier de Terlon et aux amhassac^urs du Roy, qui sont à Francfort, pour presser et solliciter incessamment dudict roy (de Suéde) avec la Poloigne, fondant les instances non seulement sur les promesses qu'il nous a faictes d'y vouloir apporter toutes sortes de facilitez, mais sur la convenance de ses propres interests , qui le doivent obliger à ne pas différer Testablissement d'une paix qui le mettra «n estât d'estre plus considéré et plus redouté de la maison d'Âustriche , contre laquelle il pourra se venger aysement si elle ne se porte à luy donner les justes satisfactions qu'il peut prétendre.

Enfin on n'oublie rien pour advancer cet ouvrage, et on ne laisse pas de proposer les expediens que vous marquez dans vos depesches; mais il faïut que la reyne (de Pologne), de son oosté, surmonte les difficfultez qui se présentent tous les jours par les artifices d'Isola et des autres ministres et adhérents de la maison d'Austriche, qui ne travaillent à autre chose qu'à empescher la condosion de cette paix, qui est si nécessaire pour le bien de la Poloigne.

Pour ce qui est des gratifications, on approuve icy tout ce qu« vous avez faict; quant à ce que vous proposez de faire, le Roy sera satisfaict de tout ce que vous résoudrez là-dessus avec la reyne de Poloigne, Sa M**^ estant asseurée que vous y apporterez toute sorte de mesnage et que vous ne ferez rien que vous ne cognoissiez devoir estre advantageux au service de celte couronne pour venir à bout du dessein qu'on a projeté, dans lequel ladicte reyne a plus d'interest que personne. Sur quoy il faut remettre à parier encore plus positivement, lorsque la paix avec la Suéde sera conclue.

Ri«n n'affermit tant à Rome la deiBeuf e du Nonce en Poloigne que la cogmoîssance qu'on y a' de sa partialité pour TAustriclue; et Sa Sainteté, pour le malheur de la Ghrestienté, en a une si visible pour la dicte maison , que ce ministre seroit très mal conseillé de tenir une autre

eonduite pour se rendre agréable à son maistre et advancer sa fortune, Juin i658.

Le Nonce que vous avez en Poloigne faict la mesme chose que celuy

de Francfort et tous les autres qui sont dans les cours de l'Europe.

Ainsy vous ne devez songer quà vous garantir de ses coups et rompre,

à tant que vous pourrez, ses machines, et déclarer au roy de Poloigne

et à ses ministres que vous le considérez tout de mesme que s'il estoit

un ambassadeur d'Ëspaigne.

Pour ce qui est du procédé d'Isola, de ses artifices et des bruits qu il faict courir que nous sommes les solliciteurs du Grand-Seigneur pour Tobliger d'envahir la Ghrestienté, je ue vous diray antre chose si ce n est que c'est un homme si universellement cogneu pour imposteur et si descrié pour toutes les affaires qu'on luy a commises, qu'il me semble que ses discours et toutes ses fourbes ne peuvent faire impression sur l'esprit des personnes tant soit peu sensées, et, en confirmation de ce qu'il dict de nostre intelligence avec le Turc, j'ay envoyé en mon particulier, à la republique de Venise, cent mille escus pour l'assister dans les préparatifs qu'elle est obligée de faire contre un si puissant ennemy ^ .

Bibl. nat, ms. F. fr., Méianges de Colhert, t. Sa, VJkik, — Minute ou copie du temps.

À M. DE TURENNE

GalttBÎ so juin i658.

(llTBAlT.)

Je viens de recevoir presque en mesme temps trois de vos lettres; la dernière est escrite de ce matin. J'ay donné ordre à Saint-Hilaire de faire embarquer en toute diligence trois à quatre mille grenades, du

' D 8*ag^88ait de la guerre soutenue par Lemnos; h peu près à la même époque, cette République contre Mahomet IV qui lui Peterwaradin était conquis sur les Auirienleva, en 1660 , les fies de Metelin et de cUfins par lea troupes ottomanes.

à&S LETTRES

Juin t658. ploiub et de la poudre. Il y a travaillé tout aussytost; mais je ne sçay pas s'il pourra faire charger le tout assez à temps pour l'envoyer par cette marée. Vous devez estre asseuré qu'on n'oubliera rien pour cela; mais je me console en ce qu'il faut absolument qu'il soit arrivé cinqbe* landres que l'on fit partir hyer chargées de fascines, de grenades et de toutes sortes de munitions, et comme vous ne m'en mandez rien, il faut que vous n'en eussiez pas encore cognoissance, lorsque vous m'avez escril.

J'ay esté tres-ayse d'apprendre le beau logement que les Suisses ont faict, la nuit passée, mais tres-fasché de la barque que vous me mandez qui est entrée et de ce que les Ânglois soyent si rebutez que vous me dictes. Il faut tascher de les reschauffer le mieux que l'on pourra, les flattant et disant à M. l'ambassadeur tout ce que vous croyrez plus à propos, afift qu'ils remettent^ ce corps dans sa première vigueur. Ne vous mettez pas en peine de la quantité de fascines qu'il sera nécessaire [d'avoir] pour combler le fossé; car vous n'en manquerez pas, pourvu que Ton conserve tout ce que l'on envoyé au camp. Car si l'on en faisoit la dissipation qu'on me mande en laissant prendre à tous ceui qui en veulent, malaisément pourroit-on suffire à cela.

Il est fort aysé de voir que Dunkerque est en un autre estât que lorsqu'on y a faict les deux sièges ^ et je ne doute nullement que le marquis de Leyde, qui a une parfaicte cognoissance de la place et qui a fort estudié les moyens de la bien deffendre et faict les fortiffications nécessaires pour cela, ne dispute le terrain pied à pied; mais enfin, estant impossible qu'il tombe dans la pensée des ennemis de tenter le secours à force. ouverte, j'espère que vous donnerez si bon ordre au reste, qu'il sera bientost contraint de parler'.

J'ay grande peyne à persuader le Roy de n'aller pas vous voir. J'y fais tout mon possible, et s'il veut absolument avoir la satisfaction de

^ Ils remettant est bien au pluriel dans le et le second en 1669 (16 septembre),

nianascrit. lorsque les Espagnols reolevèrent aux Fran-

* Le premier en 1 646 (7 octobre) , lors- çais.

que la ville fut prise par le duc d'£nghien , ^ De demander à capituler.

DU CARDINAL MAZARIN. àà9

faire demain ce voyage, ce ne sera que pour coucher k Mardlk et s'en Juin i658. retourner en cas que vous le jugiez absolument nécessaire*

Tescriray comme il faut a6n que M. le Prolecteur ne se relasche pas d'envoyer le renfort d'infanterie qu'il a voit résolu; mais il faut que vous preniez la peine, sans perdre un moment de temps, d'en escrire en cette conformité à M. de Bordeaux; car il m'a mandé que, sur ce que vous aviez faict cognoistre à M. Lockard, ou au vice-admiral, qu'il n'estoit pas nécessaire d'envoyer [de renfort], on surseoit à le faire. Je vous conjure donc de depescher exprez pour cela; et ce pendant, soit que le Roy aille ou qu'il n'aille pas demain , on vous envoyera les regimens de cavalerie qui sonticy, qui font bien cinq cens maistres, et celuy d'infanterie de Clerembaut.

M. de Castelnau souffre des douleurs, et on craint qu'il ne se forme quelque abcez dans le corps; mais jusqu'à cette heure il n'y a aucun signe évident qui puisse faire mal juger de sa blessure. J'en suis dans toutes les inquiétudes du monde, et vous sçavez bien que j'en ay raison.

J'attendray avec impatience de sçavoir s'il y aura quelque chose à faire sur les propositions qui avoient esté faictes à i'esgard d'Hesdin.

Vous devez faire vostre compte que les ennemis ont tiré de Gravelines plus de mille hommes de pied et qu'il n'y en reste à présent que six cens.

M. de Marsin n'avoit avec luy que trois regimens d'infanterie qui ne faisoient pas quatre cens hommes, et comme M, le mareschal de La Ferté marche pour venir sur la Somme, on sera à temps de luy escrire de destacher quelque infanterie, si vous croyez qu'il soit nécessaire de le faire. Je ne croy, en nulle façon , que Marsin ayt un régiment espagnol, parce qu'il y en avoit un à Gravelines, et l'on asseure qu'il y en a un autre dans Dunkerque.

C'est tout ce que je puis vous escrire à la haste, vous asseurant seulement que les ennemis sont plus faibles et abattus que vous ne sçauriez croire et que je sçay cela de tres-bon lieu.

• BAZARIR. — TIII. 57

IXPRIVCBIC lATIORAU.

Juin i658. Âpre2 avoir escris jusques icy, le Roy m'est venu trouver* avec la chaleur que vous pouvez vous imaginer, et il m'a dict qu il vouloit absolument aller demain [au camp], se remettant de revenir le jour aprez, s'il en est ainisy jugé à propos; et liinsy je remets à vous entretenir plus particulièrement, de vive voix, de toutes choses.

CGXXVIII.

Bibl. nat. , ms. f. fr. , Mélanges de Colbert, t. Ss , f UoU y\ on copie da temps.

Minute

À M. DE TURENNE

Calais, si juin i658.

Je n'ay rien à adjouster à ce que j'eus le bien de vous escrire par le retour d'un de vos gardes, si ce n'est que le Roy a cédé aux instances que le s' Seyron a faictes, de vostre part, de n'aller pas au camp'^. Ce n'a pas esté sans peine, car il estoit sur le point de monter à cheval. Sa M**^- désire fort de faire ce voyage, et je me remets à ce que le s' Sèyron vous en dira. H s'en rétoume avec les cinq cens chevaux que le Roy devoit amener et le régiment de Glerembaut. Ainsy, depuis le combat, l'armée est fortifiée de deux mille bons hommes.

J'ay nouvelles de Landrecy et du Quesnoy que Marsin est toujours à

^, et qu'on n'a rien tiré de Cambray, de Rouchain,

d'Avesnes, de Condé et [de] Sainl-Guilhaiu ; et M. de Mbndejeux m'es-

' Ce dernier mot est effacé et corrigé par plusieurs mots écrits en interligne. Je n'ai pu les lire, et j'ai conservé l'ancienne leçon qui s'entend parfaitement.

* Pour que le Roi n'allât pas au eamp. On voit, par ce passage et d'autres semblables, que Mazarin voulait empêcher le Roi de s'exposer aux dangers. Cependant le bruit courait à Paris que l'on compromettait sa santé. Guy Patin écrivait à Charles Spon, le

]8 juin i658 : <rLa Reine se plaint fort de ce que l'on fait demeurer le Roi' près de l'armée, en un lieu froid ^ mal sain et plein de brouillards; elle menace que, si on ne veut mieux ménager sa santé, die »'eo reviendra et qu'elle le ramènera k Paris.»

^ Je ne puis lire que Levé, on Leue, peut-être Leuseprès de Toumay ou Leuwe près de Tiriemont, dans le Brfibant.

DU GARDINAL MAZARIN. àbl

4^rit que la cavalerie d'Hesdin estoit sortie, mais qneies deux regimeiM ivm i65i& d'infanterie estoyent encore au dehor»^ M^ de La Ferté marche;! mais, ^ on luy mandoit de détacher de f infanterie, eHe ne pôurroît estre icy de quinze jours. Vous me manderez ^ s^il vous plaist, positivement ce que vous estimez qu'il faille faire, et si vous jugez qu'il se doive approcher d'Hesdin, ou marcher par le Quesnoy vers Condé.

Je ne puis pas comprendre comme on n'a pas receu an camp les cinq belandres chargées de fascines, de grenades, boulets et munitions de guerre, qu'on a faict partir depuis l'arrivée de Saîut-Hiiaire et dont j'av envoyé le mémoire au s' Talon. Je vous en envoyé le semblable, avec un autre et qui contient ce qu'on a faict partir ce matin, et vous aurez tout eu abondance, pourveu que Letancour fasse sçavoir dili* gemment ce qu'il luy faut.

Seyron donnera mille louis d'or au gentilhomme qui a soin des travaux. Je feray tout mon possible pour vous envoyer le chevalier de Glerville; mais on ne gouverne pas tousjours son esprit comme on voudroit bien.

Il faut, s'il vous plaist, prendre garde qu'on ne parle pas contre les Anglois, disant qu'ils sont rebutez et choses semblables; car cela pourroit Satire un meschant effect.

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5a , f* 38a v^ minute. — Aff. ëtr., Pays-Bas, t 45 (sans indication de page ni de folio); copie du temps.

À M. DE TURENNE

Calais, a a juin t658.

(bitbait.)

Le Roy a esté ravi d'apprendre qu'il pourroit aller, au camp, sans préjudicier à son service, et Sa M*^ a résolu de partir demain matin

^ Je crois quHl faut entendre, par les mots au dehors, dans les fauboai^ de la ville de Hesdin.

Juin 16&8. pour passer la rivière d'Aa à marée basse; et quoyque nous ayons ici quelque cavalerie, il sera bon que vous preniez la peine de commander deux ou trois escadrons pour venir, sur le bord de ladicte rivière, audevant du Roy. Gela ne les^ fatiguera pas beaucoup et assurera toutà-fait le passage de Sa M^. Nous ferons passer avec nous les deux cens chevaux de l'arliHerie.

Je me resjouis de tout mon cœur de ce que le siège s advance au point que vous me mandez, et il me semble de voir, par tous les advis que j'ay, que la résolution des ennemi&iest departagier les. troupes qui leur restent pour la seureté des places qu'ils croient plus en danger d'estre attaquées, sans plus songer à jeter de petits ni de grands secours dans Dunkerque.

CGXXX.

Bibl. nat., ms. f. A*., Mélanges de Colbert, t. 5a , f" hlfj. — Minute ou copie du temps.

À M. SERVIEN

( BKTBAIT. )

Calais, a3 juin i658.

Apres avoir leu les papiers que vous m'avez envoyez, je trouve que, dans les points principaux, j'ay escrit, tout conformément à ce que vous avez faict, à MM. les ambassadeurs ^ J'ay bien instruit Gravel làdessus, et j'ay esté de vpstre advis sur le faict de la négociation des Suédois^; car il n'y a aucune raison qui ne persuade que c'est un artifice pour aller au-devant des choses qu'ils souhaitent. En tout cas, il faut faire ce que nous devons, régler nostre conduite avec fermeté et prudence et laisser, aprez, arriver ce qu'il plaira à Dieu.

Vous avez bien faict d'escrire à M. de Lionne sur le point de la reli-

^ Il s agit des ambassadeurs qui nëgo- âo juin 1 65 8 au chevalier de Terlon, dans ciaieut à Francfort : Gramout et de Lionne. laquelle Mazarin envisage, avec détail, toutes ' Voy. ci-dessus, p. &&a, la dépêche du les éventualités qui peuvent se produire.

gion S et je le prie de le faire de nouveau, et de ma part, quoyque je Juin i658. ne doute pas qu'il u y donne bon ordre sur ce que vous luy avez desjà escrit.

Je leur^ ay mandé, par diverses fois, que la justice demandoil qu'on ne refusast pas le tiltre de vicaire [de l'Empire] à M. l'Electeur palatin ^ aprez avoir faict approuver la chose à MM. les Electeurs de Mayence et de Cologne, qui y sont desja disposez.

Vous me ferez un tres*grand plaisir de contribuer tout ce qui pourra dépendre de vous pour pousser et chastier ces escri vains de gazettes à la main et encore plus les faiseurs et distributeurs de libelles ^ , car c'est une peste, qui, si on ne s'applique pas bien à la desraciner, infectera tout. J'en ay parlé à M. le Procureur général fortement auparavant de partir, et il m'a voit promis d'y vouloir travailler de la bonne manière; je vous conjure donc de voir ensemble tout ce qu'on y pourra faire et prendre bien garde de n'envoyer ailleurs qu à la Bastille ceux qu'on arrestera , et, quelque chose qu'on vous puisse dire, je désire que tous ces gazetiers soyent arrestez, ny en ayant pas un qui se puisse advouer de moy. Enfin jamais il n'y a eu plus de nécessité de chastier qu'à présent; car la liberté, ou l'impudeur, pour mieux dire, est grande, et il est

* U s'agissait de répondre aux insinuations et aux &ctums des Espagnob, qui représentaient notre ailiance avec une nation hérëlique comme de nature à porter un grave préjudice k la religion catholique. Au m^jne temps où il écrivait dans ce sens h Servien, Mazarin entretenait un autre de ses correspondants des «grimaees de dèvotion-n du marquis de Leyde, qui tâchait d'exciter par tous les moyens le fanatisme religieux des habitants de Dunkerque, pour les engager à se défendre contre les assiégeants ju8i(u'à la dernière extrémité.

* 11 y a bien leur dans le manuscrit Mazarin veut parler des deux ambassadeurs (Gramont et Lionne).

^ Gramont dit cependant dans ses Mé-

moires (p. 989) que le roi, malgré les protestations de l'électeur Palatin , refusait d'ordonner à ses ambassadeurs de reconnaître à cet électeur ce titre de vicaire de l'Empire. Cette reconnaissance nous eût aliéné l'électeur de Bavière qui, dans la diète, fit toutes les fonctions de ce titre et était reconnu pour tel par le colUge électoral. U ne s'agit sans doute ici que de quelque protocole ne tirant pas à conséquence.

^ Guy Patin, dans sa lettre du 18 juin i658 à Charles Spon, fait allusion ë ces libelles: ffU court ici, lui écritjl, une ti^ès humble remontrance au Roi, dans laquelle, encore manuscrite, il y a des choses bien rudes contre l'Eminence Mazarine.»

Jtiin i658. aysé de cognoistre que les bruicts qu'on a faict courir cy-devant, les cabales qu'on faict à Paris et les séditions qu'on a voulu susciter dans les provinces avec des assemblées de noblesse et des lettres circulaires^ sont des choses mesnagées par des gens qui ont relation à ceux qui sont hors du royaume et qui travaillent pour en troubler le repos, pour rendre par là leur condition meilleure ^. Mais Dieu y donne bon ordre, et il faut seulement que nous nous conformions à sa volonté, profitant des grâces qu'il nous faict; mais je vous conjure de nouveau de vous appliquer, avec ces autres messieurs, à faire chastier quelqu'un à Paris et dans les provinces, et, pour cet effect, on ne manquera pas de troupes; et il en faut employer, quand mesme il faudroit laisser^ de faire des conquestes en Flandres; car il est insupportable d'estre obligé de faire des miracles pour empescher que les mal intentionnez u esdatent quand il arrive de mauvais succez.

CGXXXI.

BiW. naU, ms. f. fr., Mélanges de CoOert, t. 5ti, P US. — Copie du temps.

AU PROCUREUR GÉNÉRAL

Calaift, 93 juin i658.

( BXTBAIT.)

J'ay prié M. l'abbé* de vous dire la nécessité précise qu'il y a d'estre ponctuellement assisté, au moins de ce que vous estes convenu de donner tous les mois, si on ne veut voir tout renversé en un instant. Je vous dis la mesme chose, et je vous jure que je ne sçais plus où donner de la teste, n'ayant pas un sol en mon particulier, ny moyen de plus puiser dans la bourse de mes amis, ny prendre à interest; et le s' Col-

' Lacopie porte avant fOfU le relatif ^t; dans Paris des gasetiers à leurs gages, mais c'est une erpeiir évidente. * Dans le sens de négliger, omettre,

^ Allusion aucardinal de Bêle, au prince ^ L'abbë Fouquet, frère du Procureur

de Gondë et à leurs adhérents, qui avaient général.

bert songe plus à me quitter, ne voyant pas jour à [suffire]^ aux Juin i(>58. choses auxquelles je Tengage tous les jours, qu'à continuer dans mon service. Il n a pas pu retirer encore aucune chose des advances qu'il a faictes pour le pain de Catalogne de Tannée passée, ny de ceux [sic) ^ d'Allemagne, où je ne doute pas que vous soyez persuadé que ny le roy de Suéde [n'] aurait eu moyen de se relever comme il a faict, ny les ambassadeurs de mettre^ à Francfort, en un si haut poinct les affaires du Roy, si on n euat donné des sommes considei*ables que je suis bien loin de retirer; et cependant il en faut envoyer d'autres tous les jours, sans n'avoir plus où les prendre, et c'est ce qui me cause un plus grand desplaisir, auquel je vous conjure de remédier, donnant, au moins, cent mille escus tout présentement.

Je vous prie d'excuser mon chagrin, puisque [prévoyant] ' de n'avoir plus de quoy continuer, comme j'ay faict jusques a présent, à l'advuntage des affaires du Roy, et que, cela estant, je suis contraint de vous importuner lorsque je suis persuadé que vous faictes au delà de ce qui est possible pour fournir de l'argent.

Aff. ëtr., France, t 376, f" 379. — Copie du temps.

À LA REIiNE.

Mardik, 93 juin à 8 heures du soir.

Le Roy estant arrivé icy et monté à cheval pour aller au camp, et en voyant Dunkerque^, les assiégez ont envoyé un ostage à la tranchée de M. de Turenne et ont demandé à capituler; et comme on voit qu'ils manquent de poudre, on leur a respondu qu'on donnera la charge à quelqu'un d'aller visiter Testât de leurs munitions^ et qu'aprez ils sçau«

^ Moi dooteoz, pev^lre ybimur. ' Mot douteux.

' Il faudrait eelki se rapportant è ^ Le aeus est probablement : for«jfuV/yWl

(wance$. en vue de DmJçerque,

Juin i658. ront les intentions du Roy. Ce pendant il y aura trêve pour cette nuit. Je vous depesche en toute diligence deux de mes gardes avec ordre de vous faire réveiller, ne doutant point que vous ne le trouviez bon pour sçavoir au plus tost une si bonne nouvelle, qui sera suivie du prompt retour de la personne du monde que vous aymez le plus.

Je vous demande tres-humblement pardon, et je vous ay si mal tenu ma parole, vous layant donnée, que la place se rendroit aprez-demain, et ayant demandé à capituler aujourd'huy S vous vous souviendrez que, la campagne passée, il arriva la mesme chose à Montmedy. Ainsy vous conclurez aysement que le Confident n'est pas trop malheureux. Il est présent lorsque je vous escris cette lettre, et il m'a commandé de vous asseurer que vous n'aurez jamais meilleur amy que luy, comme aussy de vous supplier de faire ses recommandations à Monsieur et Tasseurer de son amitié. Pour moy, je seray tousjours sans reserve le plus véritable de tous vos serviteurs. Je vous feray sçavoir demain tout ce qui se sera passé.

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