‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 2)Chapitre 51 sur 81 · CCXXXIII · texte numérisé non relu

CCXXXIII

Bibl. nat/ms. f. Tr., Mélange9 de Çolbert, t 5a, f* 6^9. — Minute ou copie du lemps.

À LA REINE

Mardik, a& juin i658.

Il ne manquoit autre chose pour faire que le voyage du Roy à Dunkerque se ressemblast^ à celuy de Tannée passée, à Montmedy, que la mort du gouverneur, et ce matin nous avons sceu que ce malheur est arrivé au marquis de Leyde ^ ; ce qui asseurement a abrégé le siège de cinq ou six jours.

La capitulation est faicte à l'ordinaire, et la garnison sortira demain

' Le sens est : jmùqu'elle a demandé àca- * Le manuscrit porte bien se reseemblatt

pituler aujourd'hui, c'est-à-dire plus tût que et non reesembhut. je n'avais prévu. ' Voy. ci-dessus, p. 44o, note 3.

de bonne heure pour aller à Saint-Omer, et dez ce soir nous aurons imn i658. une porte de la place, de laquelle les gardes françaises et suisses prendront possession demain, et, aprez, le Roy faict estât d'y entrer pour s'en retourner coucher icy; mais je ne sçay pas quand nous prendrons la route de Calais. Je vous promets cependant que j'approuveray fort que cela soit au plus tost. M. de Turenne doit estre icy demain, au matin, et Ton prendra resolution sur toutes choses; de quoy je vous inforioeray sans aucun retardement.

Je me resjouys avec vous, de tout mon cœur, de tant de grâces qu'il plaist à Dieu respandre sur ce royaume et de voir le Roy tous les jours plus glorieux et plus redoutable; mais ce qui me donne encore plus de joye est de voir Sa M^, au milieu des prosperitez et avec une grande asseurance de les porter au plus haut point, dans la continuation de la guerre, souhaiter avec passion de la finir pour faire un si beau présent • à la Ghrestienté accablée de misères depuis un si long cours d'années. Ce sont des pensées que vostre bonté luy a inspirées et que Sa M^ ne quittera jamais.

Je vous depeschay hyer au soir deux de mes gardes avec une lettre ; mais, n'en ayant aucune nouvelle, je crains fort qu'ils n'ayent esté pris en chemin de Bourbourg à Calais, qui est fort hasardeux.

Le Confident vous asseure de son amitié, et moi de mes tres-humbles respects. Le Confident m'a aussy commandé de faire ses complimens à Monsieur par vostre moyen.

C'est le chevalier de Montgaillard qui aura l'honneur de vous rendre celte lettre, et il a ordre de s'en aller à Paris porter la nouvelle de la reddition de la place.

■AXABIH. — nii. 58

Uriia»» «ATIORALB.

Jmi6M.

Bibl. ml, m. t. fr.. Uikmgu de Qalben, t. &a, f* A5i. — Minute oa tapB do temps.

AU PRÉSIDENT DE BORDEAUX

Bfardik, «5 juin i658.

Le Roy d^esche M. de Beaufovt ^ pour se reatj^uyr avee M. le Protecteur de la prise de Duukerque et pour luy dire^ <|ue, comme Ton a jusques icy exécuté avec sdin et ponctualité tout, au-^delà mesme de ce cpi'on avoit promis, avec de» dépenses aussy excessives que M. Tarn-* bassadeuf Lookart peut tesmoiguer^ Sa M^ conimiiera de mesme jusques aiiibout, et, des ce soir, on fera remettre h place au pouvoir de Son Ait. Je m'asueure qu'il sera bien ayse de reoevoir une aussy l)oane nouvelle, qui met les ennemis dans une [extrême]^ confusion et qui les obligera à songer plus [sérieusement] ^ qu'ils n ont feiict jusques à prosent à la^paix. Tescris à M. le Prolecteur '^,quoyque, tpour le détail de ce qui s est passé, je me remette à h vive voîx de M.. Sanguin^ et

^ Beaufort ne parait pas 8*ètre rendu en Angleterre. On voit plus loin qu'il est question de Sanguin, connue chargé de rendre compte à Gromwell de la reddition de Dun-

Iwqae-

* On trouvera aux Analyses Tindication de la lettre du aS juin i658 adressée par Maxarin à GromweJl; elle a été publiée par M. Guixot, dans son Hùtoire du Protectorat J^OUoier Gromwell.

^ Mot douteux.

* Mot douteux.

^ Voy. ci-dessus, p. iài, note i.

" Sanguin n'était encore que maître d'hAtel ordinaire du Roi. Il est probable qu'il

devait accompagner le duc de Beaofort en Angleterre, mais que, Beaufort n'ayant pu s*y rendre, Sanguin y alla seul. D'après Saint-Simon (papiers inédits conserfës aux AfiaireA .étraagires)^San|piin était très estimé h la Cour. Voici ce passage que Saint- Simon n'a pas reproduit dans ses Mémoires : crSanguin étoit maître d%ôtd du Roi ordinaire. G'étoit un homme fort estimé et considéré à la Cour au-dessus de son état tdlement que , lorsque le maréchal de Bellefonds voulut vendre [la charge de premier maître d'hôtel du Roi], il (Sanguin) eut l'agrément * de l'acheter, partie pour bire plaisir au maréchal, partie pour fidre la fortune de

L'autoritatioD

aux informetions particulières que M. lambassadeur Lockart luy aura Juin i658. données.

L'on ne doit pas douter que Son Ait. ne responde à la^ Bianiere dont i on a agy, de ce costé, pour raccom^dissement ponctuel du traité et qu'elle ne donne des ordres tres-precis de faire à ladvenir^ce à quoy elle s'est engagée pour mettre le Roy en possession de Gravelines et pour travailler dez à présent à toutes les choses qui peuvent faciliter cette acquisition, comme j'ay dict à M. Lockart, qui ma asseuré qu on ne devoit pas seulement attendre de Son Alt. l'exécution de ce qu'elle avoit promis, mais qu'elle feroit généreusement tout ce qui seroit eh son pouvoir pour donner à Sa M^ des marques de son amitié et de l'interest qu'elle prend à l'advantage de cette couronne par l'abaisse* ment de ses ennemis.

Je n'escris pas à M. le duc de Gréquy, parce que, par toutes sortes d'apparence, il sera [desja]^ party de Londres, lorsque le s' Sanguin y arrivera; mais en cas que, par quelque accident^ il s'y trouvast encore, je vous prie de luy donner part de tout ce que je vous escris.

Bibi. nat, ms. f. fr.. Mélanges de Colhert, t. 5a, f" &5i v^ — Mioute ou copie du temps.

À LA REINE

Mardik, s 5 juin i65S.

Le temps s'opiniastre à me fermer tousjours la voye de la mer, par laquelle je vous pourrois escrire plus souvent et avec une entière seureté ; mais cela n'empeschera pas que je ne tasche de vous donner des

Sanguin ; il étoit riche et parvint à marier Sanguin , marquis de livry et survivan-

son fils, avec la survivaace [de sa charge], der de la charge de premier maître dliAtel

à la fille du duc de Sainl-Aignan. n Sanguia du Roi, figure dans les Mémairea de Saint'-

mourut le i" septembre 1680; il avait Siman.

épousé la sœur de M. de Bordeaux, qui ^ La copie parait porter les mots au tna-

avait été ambassadeur en Angleterre. Louis ment, écrits peu lisiblement.

Jain i658. nouvelles du Confident par d'autres moyens, quoyque hazardeux, et que je ne sçache pas encore si vous avez receu mes deux lettres, que je vous ay envoyées par Bourbourg.

Par celie-cy, vous sçaurez que le Roy, aprez avoir veu passer la garnison de Dunkerque, composée de six cens chevaux et de neuf cens ' hommes de pied, et aprez avoir fort bien respondu au compliment que BassancourtS qui commandoit depuis la mort du marquis de Leyde, luy a faicl, est entré dans la place, accompagné de toutes ses compagnies [de gardes], des principaux officiers et de la Cour, et sur un beau cheval richement harnaché; est descendu à l'église, a fort bien parlé à toutes les communautez des rêh'gieux, qui l'ont salué, les asseurant de sa protection et d'un traitement encore plus favorable qu'ils n'ont receu jusques à présent, comme Sa M*^ a faict à tout le corpsde-ville, qui l'attendoit à la porte. [Il] a voulu voir toutes les attaqués^ et s'en est revenu icy, sans qu'on ayt pu prendre encore aucune resolution avec M. de Turenne, comme on fera demain matin, sans faute, et je ne manqueray à l'instant de vous en advertir. Voilà tout ce que je vous diray pour cette fois; mais [je] vous repeteray, si vous le trouvez bon, que je seray jusqu'au dernier moment de ma vie le plus asseuré serviteur que vous ayez.

GCXXXVL

Bibl. nat., ins. f. fr.. Mélanges de Coîberi, t. Sa, f &53 y\ — Mioate (un passage à chiffrer est sonljgnë).

À M, SERVIEN

Mardik, «5 juin i658.

(bxtbait.)

En revenant de Dunkerque, j'ay veu vostre depesche du a a [juin], laquelle me met en grande inquiétude, sur ce que vous me dictes de

' Voyez le tome V, p. 559 , des Lettres ie Mazarm. Bassancour oa Bassencourt avait été gouverneur de Douai et de Vervins. — * Tous les points attaquée.

la maladie de M. le Procureur gênerai; mais ayant veu des lettres du Juin i658. a3, qui marquent qu'il se porloit mieux, j'en ay receu beaucoup de consolation, et j'espère que j'auray bientost nouvelles de sa parfaite guerison. Cependant j'ay donné charge au s' de Toucheprez de me les donner en diligence, aprez qu'il l'aura visité de ma part.

J'ay veu tout ce qui s'est passé à l'esgard des paysans révoltez de la Sologne \ et je croy qu'aprez ce que vous a escrit M. Servin , de la part de S. A. R., on ne pouvoit prendre une meilleure resolution que de respondre en la manière que vous avez faict.

J'approuve fort que vous ayez continué à faire marcher les troupes, nonobstant les propositions que. les révoltez ontiaictes de se retirer et de mettre entre les mains du Roy les auteurs de la sédition et ceux qui ont pillé le sel ; car il est bon, s'ils changeoient de volonté, d'avoir des troupes toutes prestes pour les chastier ; mais quoyque nous n'ayons pas nécessité de ces troupes (au contraire ^, la foiblesso des ennemis nous pourroit permettre, en cas de besoin, de detascher bien dix-^huit mille hommes*," sans rien appréhender dans toutes ces frontières), neantmoins, estant question de pousser nos progrez autant qu'il se pourra, et profiter de la conjoncture présente, qui nous est Ires-favorable, tant par l'eschec que les ennemis ont receu que par leur abbattement et la consternation dans laquelle est toute la Flandres, il est bon que le Roy se prevalle de toutes ses forces, et, pour cet effect, je vous prie de tenir la main à ce qu'on ne renvoyé pas seulement les quatre regimens qu'on a destachez de l'armée de M. le maréchal de La Ferté, mais tous les autres qu'on a arrestez pour s'en servir contre lesdicts révoltez, lorsque, toutes choses estant réduites au point que vous pouvez souhaiter, vous n'aurez plus affaire desdictes troupes.

* Je vous remercie de ce que vous me mandez à l'esgard de la noblesse. J'ay esté tousjours fort d'advis de luy oster le juste sujet de

^ Voy. ci-deFsus, p. 379 et plus loin, Fa dit plus haut, sur ud passage semblable :

p. Ay 1 , note s , des détails sur cette sédition. huit ou dix mille hommes,

* Les mots au emUraire sont douteux. * Ici commence le passage en partie sou-

' n faudrait peui-élre lire, comme on ligne et qui devait être chiffré.

/i62 LETTRES

Juin 1668. plainte* et d^apprehension qu'elle peut avoir S ne doutant pas qu'elle ne soît fomentée de plusieurs endroits par ceux qui cherchent incessamment leur advantage dans le trouble de TEstat ; et vous me ferez un tres-^^rand plaisir si vous me mandez ce que vous estimez qu'on doive faire et quel biais on tiendra, afin qu'il paroisse que le tout vienne de la pure volonté du Roy et de l'amour et de l'estime que Sa M*^ a pour la noblesse qu'Eile (Sa M^) regarde comme son bras droit '.

Vous avez fort bien faict de faire advertir les gouverneurs que vous me marquez de s'en aller dans leurs provinces, et le sîeur de Touche^ prez, que je depesche exprez pour visiter M. le Procureur gênerai et me mander de ses nouvelles, a une lettre du Boy pour M: de Roannez^ et ordre de l'accompagner dans son voyage de Poitou de la manière que vous me proposez.

Il en a encore une autre pour M. le Ghancdier, de laquelle il se servira à l'esgard des autres gouverneurs qui sont à Paris, n'estant pas trop de la bienséance, à ce qu'il paroist à tous, qu'ils ne soyent pas dans leurs gouvernemens dans des occasions où leur présence seroit tout-à* fait nécessaire, ny auprez du Roy, tandis que Sa M*^ est dans ses armées, qui n'oublie rien pour asseurer fa repos au royaume en mettant les ennemis en estât de ne le pouvoir pas troubler.

J'avois appris quelque chose de ce que vous me mantiez pour avoir esté dict par quelques conseillers du Parlement, de vos amis; mais M. Le Tellier vous pourroit asseurer qu'il y a plus de quinze purs que j'avois preveu cela et que j'avois pris résolution de ce qu'il y avoit à faire pour éviter certains débats qui pourroient prejudîcier au service du Roy, quoyqu'il n'y ayt pas la moindveiapparesQoe: de raison pour les faire, et qu'asseurement il ne se soit jamaîs^^Men faict de plus advan-tageux à l'Estat que l'alliance avec l'Angleterre dans la oonjoncture qu'elle a esté conclue, à condition qu'elle auroit Duukerque, et nous

^ On a vu d-dessns, p. 833, (ja'il sV 'Ce nom est écrit, eomme plus haat,

gissait de la recherche d'usurpation des Bouanez, dans la minute. Il s'agit de Louis

titres de noblesse. Gouffier, duc de Roannais , qui vendit plus

* Ici cesse le passage souligné. tard son duché an comte de La Feufllade.

Gravieliaes; mais il ne faut pas perdre le temps, prétendant d'instruire Juin i(>58. lestignorans ou de réduire les mal intentionnez» ennemis jurez de tout ee qui peut relever la gloire et les interests de leur Roy et de leur patrie.

Voua avez raisoD de dire que Ton pouvoit bien retrancher les civilitez et les caresses qu'on faict aux François qu on a faicts prisonniers, fespée à la main contre leur Roy, et je vowôasseure que je nay rien sur le cœur Ijndessus, m'estant- emporté à un tel point sur ce sujet que je croy qu il n'arrivera plus rien de semblable à l'advenir. Pour ce qui est de faire le procez à la mémoire du mareschal d'Hocquincourt, il n'y a point de doute qu'il seroit très-juste ; mais la considération de son fils, qui a servi, durant la rébellion de son père, avec la dernière fidélité, et venant jusqu'à Amiens apporter les clefs de Peronne au Roy, demandant des troupes pour y mettre et offrant de se retirer où Sa M*^ luy ordonrieroit, mérite bien qu'on espargné en quelque façon la mémoire du père, qui est assez condamnée d'elie^mesme.

Je me remets à ce que M. Le Tellier escrira pour tout ce qui regarde la prise de I>unkerque, dont les circonstances relèvent cette action audelà de ce que je vous sçaurois dire, et en effect il semldoit à beaucoi:^) de monde, non pas secdement difficile, mais ridicule de songer à atta<quer une grande place eavironnée de celles des ennemis, et où il n'y avoit ny herbes ny bois ny aucune chose de celles qui estoyent les plus nécessaires pour un tel siège; mais j'avois si bien donné ordre à tout durant l'hyver, que chacun a esté surpris de voir qu'il n'y a eu jamais, en aucun siège, une si grande abondance de toutes choses comme il y a eu en celuy-cy, et par un grand magasin d'avoyne que j'avois faict pv^afrer pour dietribuer à la ca¥alerie, il est certain que les chevaux se retiirent de cette entreprise beaucoup plus gras qu'ils n'y estoient venus.

Je vous diray encore deux choses : la première, que, suivant toutes les apparences, ce succez sera suivy d'autres, non moins advantageux au service du Roy dans ces quartiers, et [la seconde], que les habitans et les ecclésiastiques de Dunkerque seront asseurement mieux traitez

Juin t658. qu ils 116 Tout jamais esté sous la dominatioQ d'Espagne , et le Boy, estant ailé prier Dieu à la grande église, a parlé si bien à toutes les communautez des religieux, qui le sont venus voir, qu^ils ont esté ravis, et d'aulant plus que M. Tambassadeur d'Angleterre leur a confirmé, en les visitant tous, que rien au monde ne seroit exécuté si religieusement que tout ce que le Roy leur avoit promis touchant tout ce qui appartenoit à TEglise et le maintien de leurs privilèges ^

J'espère que M. Le Tellier, ou moy, [nous] vous adresserons demain tout ce qu'il faudra faire imprimer à Paris sur ce sujet, en publiant la reddition de Dunkerque.

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