‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 2)Chapitre 52 sur 81 · CCXXXVII · texte numérisé non relu

CCXXXVII

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t Sa, T 335. — Minute oa copie du temps.

À LA REINE

Mardik, *i6 juin i658.

Le s' de Toucheprez, qui aura l'honneur de vous présenter cette lettre, vous dira le bon estât de la santé du Roy et le détail de ce qui s est passé icy ; mais, à mon grand regret, ne vous dira pas que Sa M*^ ayt voulu prendre la resolution de s'en retourner, ayant souhaité avec passion de demeurer encore icy pour voir ce qui se passera à Bergues ^ que M. de Turenne faict estât d'investir demain; ce qui^ pourtant sera bon de tenir secret; car telle chose pourroit arriver qu'on fust obligé de changer de resolution.

L'ambassadeur d'Angleterre a faict grande instance a6n que le Roy prist sa demeure à Dunkerque, et que, pour cet effect, on y fist entrer ses gardes françoises et suisses; mais Sa M*^ a aymé mieux estre icy, oh l'on est fort bon.

' Lockart avait élë nommé, par Crom- * Bergae»^iat-Viaox, auj. chef-lieu de

well , gouveroeor de Dunkerqae , et c'était canton du dép. du Nord , arr. de Dunkerque.

h lui que la ville avait été remise en cette * Il y a bien qui pour qu'il dans le ma-

qualité. nuscrit.

J ay receu vostre lettre et vous rends mille grâces de toutes les bontez Juin i658. que vous avez pour moy. Le Confident vous remercie auss/ et vous prie de trouver bon qu'il demeure quelques jours icy ; mais vous devez estre asseurée que je n'oublieray rien pour accourcir le temps, sçacbant que vous ne serez pas faschée de le revoir au plus tost.

J envoyé le s* de Toucheprez à Paris pour visiter le Procureur gênerai, qui est fort malade, et pour s en aller ensuite avec M. de Roannez ^ en Poitou pour le sujet qu'il vous dira ^. Je vous prie de ne le retenir pas.

Je suis en grande peine du pauvre M. de Gastelnau, et je me plains fort que M. l'abbé Ondedei ny aucun des miens [ne] prenne soin de m'en donner des nouvelles tous les jours.

Je suis tres-humble serviteur de Monsieur et le vostre sans reserve ###. Je me suis donné l'honneur de vous escrire hyer au soir par Bourbourg.

ccxxxvnL

Bibl. nat. , ms. f. fr. , Milangu de Colbert, t. 5s , f* 38? v*. — Minute. AU PRÉSroENT DE BORDEAUX.

Calais, [a6<] juin 1 658.

J'ay esté bien ayse de voir, par vostre lettre du 1 3 de ce mois, le bon effect que la lettre de M. de Turenne et ce que je vous avois escrit pour avoir quelque renfort d'infanterie avoit faict dans l'esprit de M. le Protecteur, et il sera bon que vous preniez vostre temps pour en remercier S. Alt. et mesme pour en faire compliment à M. le Secrétaire

^ Ce nom est écrit toujours Rwatmez. excitables parmi des populations surchar-

(Voy. ci-dessus, p. 469.) gées d'impôts.

* n s'agissait d'une révolte qui avait ' Cette lettre porte bien, dans le manu-

ëdatë en Poitou, en même temps qu'en sent, la date du i6 juin; mais, comme il

Sdogne. La misère de ces dernières années y est question de la prise de Dunkerque, ii

de la guerre rendait les séditions fadiement faut lire probablement le aôjum.

MASAUN. TIH. 69

laraiMcaii iATioi4it.

Juin i658. d'Estat , lequel je voy qu il agit avec beaucoup d'affection pour les choses qui sont nécessaires au bien de la cause commune. J ay nouvelle que les Anglois, qu'on vous a promis, ont desja commencé k [arriver}^; mais nous avons encore receu une meilleure assistance par la grâce que Dieu nous a faicte de mettre les ennemis hors d'estat de secourir Dunkerque. Vous prendrez occasion de vous en resjouyr, de la part du Boy, avec S. Alt. Ser., en attendant que la personne qui doit partir pour refondre aux complimens que M. de Falkombrige a foicts icy, de la part de Sadicte Alt., s'acquitte de cette conjouissance.

Je vous prie défaire aussy, en mon nom, un comjdiment à S. Alt., et de luy dire que j ay une joye eitreme de voir que, nonobstant les efforts des ennemis, les cabales et les intrigues qu'on faisoit de tous costea pour empescher le bon succez de cette entr^ise, et malgré le chagrin que beaucoup de gens, et en France et ailleurs, ont de voir une si parfaicte union des deux nations, il a plu à Dieu noiK-seulement de nous asseurer la prise de Dunkerque^, mais aussy de mettre les ennemis en estât de ne pouvoir de longtemps avoir la moindre pensée de la recouvrer, puisque la perte qu'ils ont faicte de presque toute leur vieille infanterie est irréparable, quelque dépense et quelque diligence qu'ils veulent faire pour la remettre.

Ainsy Son Alt. aura Dunkerque, sans nulle appréhension que les ennemis puissent former le moindre dessein sur ladicte place; et l'on est icy tres^ayae que ceb force à establir de plus en plus nostre union, laquelle est capable d'apportet tousjours de plus grands avantages a»x ^ deux royaumes et de contraindre les ennemia à donner les mains à

U0e bonne paix, comme au moyen le plu» propre pour arrester le cours de leurs pertes.

Je ne vous mande pas le détail de ce qui s'est passé dans cette victoire pour en informer Son Alt., parce que M. Lockart et le Vice- Admirai n'auront pas manqué de luy eu mander les particidaritez.

' Qn pourrait ikra (umer; mais arriver iàsimcQ à h priseï de Doakerfme, ^ui eut doQaa un wm prëgirable. lim le sk3 jù, et qu^eik M* «ré àHê^,

' Ce passage pEottve que la lettre ert po»- naa du 16 , mais da 96 juin.

DU CARDINAL MAZARIN. â67

loin 1 658.

CCSXXDL.

BiUL mt, nu. £. fr., Mébaiget iâ ûMtrt, t Sa, C 335 v*. — Minuta oa copie da tempt.)

À LA REINE

Mardik, 37 juin i658.

Je viens de recevoir vostre lettre d'hyer avec les sentimeos de rec(^oiS8aiiee que je dois, vous estant plus obligé que tous les hommes du monde. Le Confident vous remercie de toutes les marques que vous luy donnez de vostre amitié. Il est party pour aller avec M. de Torenne jusques auprez de Bergues, où marche la plus grande partie de Tarmée^ et ce soir reviendra icy. On a résolu de faire ce siège, sans sçavoir le temps qu'il durera^; car la place est assez bien fortifiée, et elle ne peut estre attaquée que par une porte^, tout le reste estant inondé. Il y a sept à huit cens hommes de pied et cent chevaux; mais, à mon advis^ il faut qu'elle tombe dans huit jours au plus tard, s'il n'arrive quelque accident imprévu.

Le ûn^dent ne songe pas à retourner encore, et sa joye de demeurer un peu icy seroit parfaite, si je luy pou vois dire que vous en estes bien ayse. Il m'a commandé, en partant, de voqô foire mille complimens de sa part, et je vous responds qu'ils viennent du cœur*

La vie que je mené icy, c'est d'estre tousjours enfermé à travailler, et je prie Dieu que la peine que je prends produise à TEstat les advan* tages que je désire, pjus pour mériter la continuation de vostre bienveillance que pour autre chose ***.

^ Le siège de Bergues- Saint -Yînox ne Le sorieDdemaÎD, la garnison, demandant à

dura qne trois joars, du 98 juin au i*'JQil- capituler, ne fut reçue que prisonnière de

let. La première noit de la tranchée, on guerre. U y avait dans la place cinq vieux

eoqporta une redoute près de la contres- régiments d'tn&nlerie et un régiment de

carpe.Lelendemain,Scbomberg commanda cavalerie, qui faisaient entre huit et neuf

ta garde, on emporta tons les travaux du cents hommes, dehors et on se logea sur le bord du fossé. ' Ou une partie.

Juin i65a.

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélangée de Colbertj t Sa , f • 458. — Miaote aa copie du temps.

Mardik, a8 juin i658.

(IXTIAIT.)

Je ne vous sçaurois assez expliquer à quel point le Confident a esté satisfaict de vostre lettre^ que je viens de recevoir; car rien ne manquoit à rendre son plaisir parfaict que d'estre asseuré que vous estes bien ayse qu'il demeure icy, souhaitant ^ plus sa satisfaction que la vostre.

Nous avons eu une petite contestation hyer au soir sur ce que je n ay pas esté d'advis qu'il pust s'advancer au camp, comme il en avoit grande envie» et quoyqu'il soit le maistre, il a eu la bonté de déférer à mon conseil, ayant bien recognu que je n'avois autre interest que le ;sien; et à la vérité, il n'estoit pas de la bienséance ny de la raison qu'un grand Roy, par une pure curiosité, voulust coucher à l'armée engagée à un siège sans circonvallation et avec toutes les incommoditez imaginables pour sa personne et pour sa suite. : .

Les batteries seront prestes à ce soir, et nous pourrons aller au camp demain, de bonne heure, pour y demeurer tout le jour. Je croy que cette place ne durera pas tant que je vous avôis escrit et que Fumes prendra bientost aprez son exemple.

Jay rendu la lettre en main propre, et je suis tres-obiigé à Monsieur de l'honneur qu'il me faict. Je croy qu'il est tout préparé aux remèdes quand il mange ce que nous sçavons*. Je suis son tres-humble serviteur et le vostre sans reserve jusqu'au dernier moment de ma vie.

^ Le sens est : parce que vous souhaitez que le Jeune Roi mangeoit beaucoup et pas plus sa satisfaction que la vôtre. tmijours de bonnes choses. 11 parail que

' Mazariii ëcril, dans une autre lettre,. Monsieur en faisait auUint

Juin ^658.

Hardik, sgjuin i658.

CCXU.

Bibl. niât., ras. f. fr., Mëanges de Golberi, L 5a, f* &ia v*. Minute ou copie'du temps.

À LA REINE

(extrait.)

La lettre qu il vous a plu de m'escrire du sB a conBrmé la joye du Confident au point que vous pouvez vous imaginer, ayant grande passion de demeurer icy et de ne faire rien qui [ne] vous soit agréable. Il ma commandé de vous remercier, de sa part, et de vous asseurer qu'il ne fera riea de contraire à ce qu il vous a promis en partant de Calais; de quoy vous ne douterez pas*que je ne prenne le soin de Ten faire ressouvenir, quand Toccasion s'en présentera !

Il a esté bien ayse de sçavoir que Monsieur se porte bien , et il m'a ordonné de Tasseurer de son amitié par vostre moyen.

Le Roy s'en va au camp pour retourner, ce soir, icy, comme je vous aydesja escrit; mais je suis si accablé d'affaires par quantité de de-* pescfaes que j'ay receues depuis hyer, qu'il me sera impossible d'avoir l'honneur de l'accompagner, comme feront MM. de Villeroy et d'AïbretS M. du Plessis estant malade^.

• ' Les assiégez se défendent avec plus de vigueur que je ne croyois; mais, avec cela^ je n:estime pas que le siège dure longtemps.

M. le comte de Gharost' est trop zélé pour le service du Roy pour

' Probablement Cësar-Phébas d*Albret, appelë d'abord comte de Miossens, puis marédial d'Albret..( Voy. t. V, p. 1 99 , note 5 , des Lettres de Mazarin.)

* César de Choîséal, comte du Plesais- Pradin, marécbal de France, pins tard crëë duc de GhoiseDl, ëtaît goareraenr de Monfliear et, comme tel, ne prenait aucune pari ^anx opérations militaires. Depuis Is campagne de i658» le raarédwi du Plessis

avait, par ordre de Mazarin, laissé le duc d*Ai^ou auprès de la Reine, et était chargé d'accompagner le Roi , «r pour empêcher qu'il ne s'exposât trop , disent les Mémoires de du Plessis, et lui faire voir néanmoins le« choses qui se passaient n.

' Louis de Béthuoe, comte, puis duc de Charosty était gouverneur de Calais et ca-r pitaîne des gardes du corps. Né en i6o5, il mourut en 1681.

Juin t658. ne Contribuer tousjours tout ce qui pourra dépendre de luy pour Tadvancer, et aussy je ne suis pas surpris de Foffre qu'il faict de donner tout ce qui est en son pouvoir pour la poudre qui est arrivée icy, ce matin, et de celle quon a faict acheter pour la campagne.

Je finiray en vous confirmant ce que vous sçavez, c'est-àndire qu on ne peut estre plus dépendant des volontjez d'un autre que je suis des voslres ***.

CCXUI.

Bibl. nat., ma. f. fr.. Mélanges de CoOert, t. Sa, f 38& v^. —

Copie du temps.

AU MARÉCHAL DE LA* FERTÉ

Mardft, «^ jaio t658.

(IXTIAIT.)

Mazarin, après 8*étre rëjooi avec lai des succès obtenu» k Dunkerque, ajoute :

Ce sera à présent à vous à agir pour rdever de plus en plus la gloire des armes du Roy, profitant de la fbiblesse et de Testonnement des ennemis et de la consternation où est tout le pays^ J'espère que, dans la prochaine sepmaine au plus tard, l'on pourra vous donner les assistances nécessaires pour venir à bout de ce que vous entreprendrez. Ce pendant beaucoup de troupes vous joindront, et l'on faict des préparatifs de canon et de munitions de guerre, afin que vous ne manquîes de rien^

Je vous prie de tesmoigner de l'amitié à M. de Mondejeux^ à qui j'ay escril de vous communiquer toutes ses pensées et de vous offrir tous les services qui pourront dépendre de luy. Si l'on voit jour à exécuter quelque entreprise , il songe fort, sur ce que je luy ay escrit, à celle de Condé, et, à la vérité, ce seroit un coup mortel aux ennemis, et si on

^ Mazarin v^wt parler de la Flandre et ' Goaveraeiffd'Arna, sonvent cité dans

en générol des Pays-Bas espagnols. les LeWrti ie Masuarm. An mois d*aoàt soh

* Il s^ogissait de faire le siège de Grave- vant, il fut nommé marfehal de Fmo« e^

lines. prit le nom de maréchal de Sdiolemberg.

pottToit trouver ce poste desgarny, il ne seroit pas mal aysé de s'en imn «658. saisir. Mondict s*" de Mondejenx se peut servir d'un pont de bateaux qui est à la Bassée, et Talon, du Qnesaoy \ peut donner encore beaucoup d'a^istance pour l'exécution de ce dessein.

Je vous prie donc d'y songer pendant que presque toutes les forces des ennemis sont de ce costé icy, et que je prépare tout ce qui peut estre neceasaire pour faire un siège réglé, comme vous dira le s' de Polas^ tron ; et comme vous aurez du temps pour cela, je vous prie de me faire sçavoir en diligence sur quelk place il seroit plus à propos d'entreprendre.

Tay nouvelles de Paris que la révolte de Poitou et de Sologne allmt estre disapée avec la punition des principaux séditieux ^ Ainsy on vous envoyera les regimens que vous avez destacb^ et ceux de Glerembaut (cavalerie), de Montauzier et le royal infanterie, qu'on avoît retenus, et j'ay escrit afin que cela s'eiecute sans perte de temps.

CGXUIL

BiU. Dat., ms. f. fr.. Mélanges de Colhert, t. Sa, f* ASq v^ —

Minute ou copie du temps.

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