AU ROL
QuievrainS 5 octobre i655.
Tout le monde tombe d'accord qu'il n'y a rien de si délicieux que Féntainebieau; mais je sçay bien, pour moy, qu'il y a un Confident qui le-changeroit avec grande joye pour celuy-cy ^, quoyque bien différent de ce que vous l'avez veu, les maisons estant presque toutes abattues, le ehasteiau renversé et tout en grand abandonnement et desordre, fauray l'honneur de vous en entretenir dans fort peu de jours, ainsy que vous verrez par la lettre que j'escris à nostre Confident^. Je vous rends cependant tres-^humbles grâces de celte qu'il vous a pieu de m'escrire, vous asseurant que je ne seray [pas] fasché contre la per-
' Aujoard'hni, ville de Bdgiqiie dans ici de la Rdne, à laquelle était adressée la province de Hainaut la lettre du & octobre i6&5, dans laquelle
* Pour le déjour de Quiévrain. Majtaria annonçait son prochain retour.
^ Il faudrait etn^detUe, puisqu'il s^agit (Voy. la lettre précédente.)
Octobre i655. sonne, et d'autant plus que vou8[-me8me] advouez qu'elle navoit pas
to^t^
On se souvient bien de vous en ce pays icy \ et Ton taschera de préparer les choses en sorte que vous puissiez [y] venir la campagne prochaine et y agir avec la gloire et la satisfaction que vous souhaite le plus fidèle, passionné et partial de tous vos serviteurs et créatures.
Aff. ëlr., Fraace, t. 896, f* agA. — Copie da temps.
k LA REINE.
Qaievrain, 6 octobre i655.
Quoyque vous ayez quitté la Fere, les cavaliers de Guyse nonl pas résolu de vous quitter, puisqu'ils souhaitent fort de vous aller chercher au lieu où vous estes. Hyer, j'en depeschay trois, et je m'asseure qu'un d'eux sera passé à Fontainebleau. J'adresse ce billet par trois autres au gouverneur de Guyse, avec ordre de vous l'envoyer par homme exprez en cas que l'ordinaire ne se trouve pas prest à partir.
Je suis de retour de Condé, dont les fortifications sont en bon estât, et si les ennemis laissent achever trois demy-lunes (ce qui peut estre faict dans la fin de ce mois), j'ose advancer qu'ils ne seront pas bien conseillez d'attaquer cette place dans le mois de novembre, quand mesme leur armée seroit renforcée de trente mille soldats de milice; et comme j'ay desja adjusté que la nostre ne s'esloignera [point], pour tout ce mois et quelques jours du prochain, de la dicte place et de Saini-Guillain, plus de cinq ou six lieues, je ne crois pas que les en*
* Dans celte partie de la lettre, il semble n*a pas eu tort d'empêcher le jeane
que Mazarin, après avoir dit que le Roi Louis XIV de se rendre h Tarmëe, et que
aurait voulu se rendre à Quiëvrain et en ce prince lui-'méme la reconnu. >uraît prëfe'ré ie séjour k .celui de Fontai- ' On a vu ci-dessus , p. 70, que Louis XIV
nebleau, finit en d^lar^qt que |a Reine avait pa'^sé par Quiëvrain.
nemis puissent rien entreprendre durant ce temps, car ils nauroient OcioS»ro i655. pas pu prendre les postes [avant] que l'armée du Roy ne fust en présence; et vous pourrez dire au Confident qu'elle n'est pas si deperie que, sans compter ce qui [est] dans les postes advancéz, au Quesnoy, et la cavalerie destinée pour les convoys, elle ne soit composée de vingt mille combattans sans y comprendre les officiers, et le tout en bon estât; et, sans vanité, je puis dire que je n'y ay rien gasté en venant icy, puisqu'il n'y a personne qui demande à se retirer, et auparavant il y çn avoit quelqu'un qui y songeoit ^ J'ay trouvé un moyen, moy tout seul, pour faire tenir la campagne à la cavalerie quinze jours davantage, et c'est en luy fournissant la farine et l'avoine abondamment pour ce temps-là, et, avec cette visée, j'en avois desja faicl faire la provision.
Je m'en iray demain à Saint-Guillain pour résoudre tout ce qui regardera la conservation de ce poste, ainsy que j'ay faict pour ceiuy de Condé. Le jour aprez, j'acheveray tout lé reste à l'armée et je partiray ensuite, ainsy que je vous ay escrit, et je vous envoyé un mémoire des compagnies des gardes françoises qui feront leur quartier d'hyver à Condé, a&n que [vous] preniez la peine de le donner au Confident, le suppliant de tesmoigner qu'il en à donné les ordres exprez à M. Le Tellier. Il faut aussy qd'il die qu'il veut que lesdictes compagnies soient en bon estât et que, pour cet effect, on leur advancera de l'argent pour faire chacune une recrue de cinquante soldats, et, avec cela, je demeure le plus fidèle et obligé serviteur que vous et le-, dict Confident ayez.
^ Tel est le texte du manuscrit. lie sens est : il y en avoit quelques-uns qui songeaient à se retirer.
Oelobro t<6S'. •
,Aff.-étr., Fraooe, t. 896, f* 996. — Copi^du temps.
k LA REINE.
QoievruDi 8 iiotobre i6ô5.
(iXTBilT.)
Les deux valets de pied, que vous avez pris la peine de meSetire depescher, sont arrivez au m^sme temps, et ils m'ont rendu vos lettres qui m'ont surpris au dernier point, car je oroyois que le Qmfidmi^ jamais [ne] se fust porté mieux. Je suis dans la plus grande inquiétude du monde, vous considérant aussybim malade que luy S sçaefaantbien à quel point vous 1 aymez et la peine dans laquelle vous devjBz estre. Enfin je souffre pour son mal et pour le vostre, et je voudrois de tout mon cœur les pouvoir s<^ulager avec ma vie.. J'ay pourtant grand sujet d'espérer que ce ne sera rien^ puisque M. Valot^ me le mande positivement, et M. de Villeray' m'asseure que, lorsqu'il m'escrivoit, le Ccmfidmt n'avoît point de fièvre. Je souhaite cependant de ne voir, arriver aucun valet de pied, car ce- sera une marque de la gueriaon; et, ne me cognoissant pas capable de résister à ce que vous avez pris la peine de m'escrire à l'occasion du mal du Gon/Crim(, je fusae pariy à l'instant, s'il m'eust esté possible de le faire tout seul; mais. T'escorte estant absolument nécessaire, je la fais préparer, et, si je ne puis estre demain à Guy se, j'y seray sans faute dimanche pour continuer, aprez, mon voyage le plus diligemment qu'il me sera possible, estant au desespoir de ne pouvoir prendre la poste pour me rendre auprez de vous et du Confident en un jour.
* Le Roi fut atteint d^ane tr fièvre con- ' Le maréchal deVilteroyavaitëtë, comme
tinue s , écrit Gny Patin ( Lettre du 1 9 octobre on Ta vu dans les tomes précédents , gouver-
i655 adres^ h Charles Spon). neur de Louis XIV pendant sa minorité, et,
' Antoine Valot était, comme on Va dit, depuis la majorité du Roi, il était resté attaché
premier médecin du Roi. Il mourut en 1 67 1 , à la Cour, comme un des conseillers les plus
à TAge de soixante-quinse ans. intimes du Roi et de la Reine.
DU CARDINAL MAZARIN. lit
Je ne sçaurois assez vous exprimer moa inquiétude; mais vous et Octobre 1 65$. le ùn^id»iA pouvez assez rimaginer, sçachant la part que je prends à tout ce qui vous touche et Tobligation que j'ay de le £aire. Je suis dans la confusion pour toutes les boutez qtt« le Confident et ââ ^ ont pour moy, et je n oublieray rien au monde pour en mériter la conti^ nuation.
Cette lettre estant pour tous deux , je n ay pas jugé à propos d esciîre en particulier au ùmfidenty puisque ne luy pouvant répliquer que les mesmes^choses, ce seroit Timportuner. Je ne songe quà le revoii* et ââ avec luy. Je ne dis rien de *, car vous sçavez ce qui en peut estre, cognoissant assez bien #^.
Aff. ëlr., Frauce, t. 896, f* 3o8. — Copie du temps.
AU PROCUREUR GÉNÉRAL
Guise, 10 oclobi^ i'655. ^
(bttiait.)
J'ay un desplaisir tres-sensible de l'accident qui est arrivé à M. vostre frère'; je ne luy escris point pour le luy tesmoigner, de peur que son mal BO'luy permette pas de lire ma lettre sans Tincoinmoder. Je vous prie seulement de luy dire,. de ma part, que je le conjure de se me»' nager et que l'impatience ne luy fasse point quitter le liçt qu'il ne soit tout^à^'faict guery.
Je me suis hasté de donner ordre à toutes choseis isur celte frontière pour me pouvoir rendre en diligence à la Cour, sur la nouvelle que j'ay eue de l'indisposition du Roy ; car encore que je sçache que, Dieu mercy; il n'y a- rien à appi^ehender, vous jugerez bien pourtant que j'en ay toute l'inquiétude que mérite une santé si précieuse.
' La IMiie. convention exprimant les ^ntimenlB que la
* On a déjà dit, dans les tomes pl-ëeé*^ Roine^èl Maxarin avaient Tun potar Tautre. dents, que é et # étaient des signes de ' L*abbé Fouquet.
Octobre 1 655. Je VOUS prie encore, vous et M. Servien, de m'envoyer à Sentis au plus tost deux attelages de six chevaux, l'un avec le carrosse et l'autre sans carrosse, avec ordre de m'y attendre. Je ne luy en escris point, croyant qu'il suffist que vous l'en priiez de ma part. Je ne sçay si je passeray par Paris; mais, en tout cas, si je prends un chemin qui me donne lieu de vous voir en passant, je vous le manderay à temps ^
LXXVIL •
AfF. étr., Pays-Bas, t. 87 (sans indication de page ni' de folio). —
Minute de la main de Roussereaa.
À M. DE TURENNE
Fontainebleau, a a octobre i655.
' (bxtuit.)
J'ay receu la lettre dont vous avçz chargé M. de Varennes, que M. de Bridieu m'envoya peu aprez. On donne des ordres si précis au s' .de Seyron et aux gouverneurs de Saint-Quentin et de Guyse qu'asseurement ils prendront un bon nombre de charrettes, quoyque le traitement que reçoivent les pauvres paysans ne soit pas un expédient bien propre pour les convier à servir, estant d'ordinaire fort battus et [ayant]^ aussi la plus grande perte de leurs chevaux. Le s' Gargati m'escrit que les soixante^huit charrettes qui avoient esté envoyées à Landrecy, ayant esté rencontrées par la cavalerie qui venoit prendre le pain à Guyse, elles ont esté pillées, en sorte que, quelque diligence qu'il ayt faicte, quand il les a voit renvoyez, il n'en avoit pu mettre ensemble plus de trente.
J'ay depesché à Paris pour faire prendre cent chariots de rouliers sans s*arrester au prix, et l'abbé Fouquet y est allé exprez; mais je ne sçay pas ce qui en réussira.
* ^ MasarÎD arriva quelques jours après è à peu de chose pédant ce séjour de Fon- Fontainebleau et y resta jusqu'au rétabli»- taineUeau. sèment du Roi. Sa correspondance se réduit ' Le ms. porte oiK> au lieu de oyanL
G*e8t une estrange chose que, ie Roy entretenant dix sept cens che- Octobre i655. vaux dans les vivres et dans les deux équipages d'artillerie, qui sont payez si ponctuellement qu'ils ne perdent pas un [sol] \ on n'en puisse pas avoir seulement le nombre qu'il faut pour faire [marclicr] les voitures. Il y a long temps que les chevaux d'artillerie ne travaillent point, et il me semble que, si vous y faictes quelque effort, vous pourriez en employer une partie (quand ce ne seroit que trois cens) pour voiturer du bled et des farines. Je vous conjure d'y appliquer [vos soins], et je m'asseureque les sieurs de S^-Martin et de Nettancourt^ n'oublieront rien pour nous assister en ce rencontre.
Les nouvelles que j'ay de divers endroits de Flandres, des 16 et 17 de ce mois, portent que les ennemis sont résolus de mettre le tout pour le tout et qu'ils espèrent que vous serez bientost contraint de vous retirer, et qu'ensuite ils pourront exécuter leur dessein; mais j'oserois bien respondre qu'ils ne le feront pas, ou qu'en le faisant ils recevront un affront.
Les mesmes advis portent que vous aviez laissé toute l'infanterie dans les postes advancez et que vostre armée estoit fort affoiblie, mais qu'avec tout cela personne n'estoit d'advis de vous aller chercher.
Après avoir insiste sur les préparatifs des ennemis, qui veulent forti6er leur armée par de nouvelles levées, Mazarin conclut que les précautions prises et que Ton continuera à prendre mettent les places françaises à Tabri de tout danger.
Aff. dtr., France, t. 971, f 386 v*. — Copie du temps.
k M. DE LIONNE,
ï ROHB.
Fontaiaebleau , 93 octobre lOSS.
(nriAiT.)
Mazarin lui envoie un imprimé qui atteste la continuation des efforts du car-
' Mot écrit en ahr^ et donteux. maréchal de camp depuis 1 638. Il mourut
' Louis II, marquis de Nettancourl, était en 1673.
MAIAIIH. — TH. l5
Octobre f655. dinal de Rets pour troubler le royaume. Il se plaint vivement de I9 conduite du Pape dans cette affaire :
^ Madama di Ghevrosa viene d'assicurarmi in' questo punto che ii Papa non bà fatta alcuna diligenza per persuadere il cardinal di Retz à lasciare T arcivescovato ; anzi il detto cardinale scrive à Gommartin^ che fera tutto qiiello S. S^ li coromandarà, e finalmente pos8o dire à V. E. di certo che il Papa non caminà bene in questo negotio , e che vnole a belle studio allungarlo e farne rappresentare una comedia in cotesto theatro per servirsene in diminutione dell' autorita del Re '.
Afl*. étr., Paya-^as» L 3-j (sans indicatioB de page ni de folio). -~ Copie du temps.
k M. DE TURENNE.
(iXTBAIT.,)
Fontainebleau, 96 ocfbbre i655.
On me mande que les ministres d'Espagne ont tesmoigné estre faschez du voyage que jay faict dans les places que nous avons en Haynaut^, croyant que je n auray rien oublié pour les pourvoir de toutes les munitions de guerre et de bouche qui peuvent estre nécessaires pour leur seureté.Ën un mot, ils me font faire beaucoup plus de choses que je n'en ay faict effectivement, et je ne dois pas leur estre peu reconnoissant d'avoir sy bonne opinion de moy.
Ils croyent que j'ay mené avec moy cinq ou six mille hommes de
^ L*extrait qni est cite se trouve au fpiio 389 verso.
' Louis Le Fèvre de GaumartiD, conseiller au Pariement, puis maître des re* quêtes et enfin conseiller d'État, moorat le 3 mars 1 687. On dit que ce fut pour M*"* de Caumârtin que le cardinal de Retx écrivit ses spirituels et peu véridiques Mémoires.
^ Le cardinal de Retz avait quitté Rome
en septembre iA65 et s^était rendu aux eaux de Saint-Cassién,. oii il resta jusqu^à la fin de Tannée. Ce fut là qu'il continua de n^gfocier avec le Pape pour la nomination d'administrateurs du diocèse de Paris, dont il sera question dans la sdlte de la correspondance de Mazarin»
' Particulièrement k Goikd^ çt k Saint- GuiHain.
renfort pour l'année et que ma présence a empesché la défection de la Octobre i655. plus grande partie des troupes. Ils sont persuadez que vous [vous] estes opiniastré^ de tenir la campagne le plus long temps quil se pourra, de sorte que, ne se trouvant pas en estât, avec toutes les milices qu'ils lèvent, d'attaquer aucune de nos places pendant que vous en serez si proche, et voyant ce pendant que la saison s'advance el que les fortifications desdictes places se mettent en bon estât, ils appréhendent que, les peuples venant à se destromper de l'espérance dont ils les ont flattez qu'ils pourroient nous chasser, ensemble^, des postes que nous avons occupez, et cognoissant que tous les efforts qu'ils auront faicts pour cela seront inutiles, cela les jette dans un desespoir qui pourroit produire quelque grande et dangereuse révolution.
Us ne doutent pas qu'ils ne puissent assembler une assez grande quantité de milices par les ordres qu'ils ont envoyez dans les provinces; comme elles ' ne fournissent point d'argent ny pour les vivres ny pour les munitions de guerre, ils cognoissent bien qu'ils ne peuvent pas tirer grand advantage de ce secours. Ce qui les estonne fort, c'est de sçavoir le bon estât où sont desja nos fortifications et qu'on va faire un fort entre Condé et Quienvrain (sic) *.
Après avoir parle de la bonne Bantë du Roi et des munitions envoyées dans différentes places, puis de la marche du prince de Condé qui s'était avancé jusqu'à Arleux, Mazarin ajoute :
Je viens de voir des nouvelles d'Arras et de Bapaume, qui portent le départ du prince de Condé d' Arleux, avec quatre ou cinq mille hommes, pour aller, à ce que disent les prisonniers qu'on a faicts , à Condé ou Quievrain, à dessein d'y faire un fort; mais comme cette résolution aura esté prise auparavant que les ennemis eussent coimoissance de la resolution qu'on avoit prise ^ de faire le fort entre ledict Quievrain
* Le sens est : que vous êtes ri$olu opi- * La forme ordinaire de ce nom est QuieniitrimetU, etc. vrain, conmie on Fa vu plus haut.
^ Étant tons réunis. * Le sois est : que les Françms avaient
* Ces provinces. prise.
Octobre i655. et Gondé, H se peut faire que ledict prince n'exécute pas son dessein lorsqu'il apprendra que nostre fort soit (sic) en fort bon estât, connine je croy qu'il sera, puisqu'on aura eu cinq ou six jours de temps pour cela. Neantmoins j'attends avec impatience ce qu'il en sera arrivé.