À M. DE NAVAILLES
Gompiègne, lo noTembre i655.
J ay receu vostre lettre et veu ce qui s'est passé dans les entretiens que vous avez eus avec le mareschal d'Hocquincourt; mais les choses sont présentement en [tel] estât S qu'il n'y a personne au monde qui puisse conseiller le Roy de sortir de cette affaire sans estre positivement asseuré que ledict sieur Mareschal n'aura jamais aucune pensée contre son service; et vous sçavez que de simples paroles là-dessus, quand ou est venu au point où nous sommes et que le Roy sçait de certaine science les mesures que ledict Mareschal avoit prises au préjudice de ce qu'il doit à Sa M^^, sont de foibles garants.
* Le maDUserit porte : en bon e»tol; mais» sans insister sur rirrëgalarité de la phrase, on ne peut admettre que Taffaire d'Hocquincourt ffit alors en bon oêtat.
MiJUBIB. — Tlk 17
llirillIKtlB lATlORAlff.
Novembre 1 655. Je ne doute pfts que ledict s' Mareschal n^ayt esté fort touché d'ap*
prendre larreet^ de M"* de Cbastillon, et parce que je sçay qu'il a beaucoup d'affection pour elle et aussy parce qu'il juge bien que, par ce moyen, le Roy sçaura le détail de toutes choses, puisque ladicte dame sera obligée de nous esdaircir de tout ie contenu des lettres eu chiffre qu'elle escrivoit à M. le Prince et audict s' Mareschal, dont les originailx sont entre les mains de Sa Majesté. Mais lorsqu'il vous pro* pose que [il sera]^ de mes amis, pourveu que je procure la liberté de ladicte dame, j'ay sujet de croire qu'il se moque, puisqu'il sçayt bien que toutes les peines que je me suis données, depuis douze ans, pour avoir son amitié n'ont servy de rien; que, malaysement, on se peut persuader qu'il souhaite celle d'un homme pour qui il a tant de mespris et contre lequel il vomit continuellement tant d'injures, et que, d'ailleurs, [à ce qu'il dict], l'ayant trouvé sy eslevé et en sy grande posture, je me suis servy du crédit qu'il a plu au Roy et à la Reyne de me donner auprez de Leurs Majestez pour le ruyner et le mettre luy et sa famille dans le mauvais estât où il est.
Je vous déclare pourtant que, sy le mareschal d'Hocquincourt se veut résoudre à donner satisfaction au Roy, comme il est obligé par toutes sortes de raisons, je luy permettray fort volontiers de n'estre pas de mes amys*, et je ne laisseray pas pour cela de continuer de bon cœur à le servir de tout mon pouvoir et contribuer avec joye à tous ses advantages, et cela je vous le dis sincèrement, et vous pouvez librement lui engager vostre parole qu'il n'y aura nulle faute.
Au reste, il sera bien malheureux s'il n'a personne qui le conseille à se remettre dans son devoir, puisque, sans faire le fanfaron, j'ose respondre que , s'il en use autrement, les ennemis , à la vérité, en pourront tirer quelque advantage; mais, infailliblement, ce sera sa ruine entière, tant pour Içs biens que pour l'honneur, et celle de sa famille,
^ UarrestatioD. chai et non de celle de M** de Chàdllon.
* Le manuscrit porte: qu'elle est, au iieu Ces copies sont remplies d'erreurs, de : qu'il sera; mm oo verra par ia suite de ' Nouvelle preuve qu'ii fi*agit bien ci-
cette lettre qu'il s'agit de 1 amitié du Mare* destns de Tamidë da Maréchal.
et après ce que Ton a Caict à Tesgard de M. le Pnôee' et de M. le comte Novembre 1 655. d^Harcourt, il me semble que ce n'est pas une trop grande bravoure^ de parler de la sorte.
AIT. ^tr., Angleterre, t. 66, f* 1 19. — Copte du temps.
AU COMTE DE BRIENNE
Gompiègne, lo novembre i655.
Vous n aurez pas de peine à croire la joye que l'on a icy de la signature du traicté d'accommodement avec l'Angleterre*. Le Roy désire que vous l'examiniez avec MM. les* Chancelier, Garde des Sceaux et surintendans des finances, et que, s'il ne s'y trouve rien de contraire au bien de son service ny à la dignité de cette couronne, la ratiffication en soit expédiée et scellée pour l'envoyer sans delay à M. l'Ambassadeur. C'est ce que je vous puis dire présentement, en attendant que j'aye l'honneur de vous entretenir plus particulièrement de vive voix.
* La signature du traicté avec l'Angleterre, dans la conjonclure présente, nous donne lieu de nous en promettre de grands advantages, soit pour l'advancement de la paix générale, soit pour la continuation de la guerre, sy les ennemys sont sy aveugles de s'y vouloir opiniastrer. C'est pourquoy il sera bon de redepescher, sans aucun retardement, ce courrier de M. de Bordeaux avec la ratiffication ^ et je vous prie de parler, de ma part, à MM. les Surintendans pour luy
* Le prince de Gondé avait ëtë condamne articles secrets qui forcèrent Charles II et
à mort en mars 1 65 A et ses biens furent con- ses frères à quitter la France, iisqoés. * Cette fin de ia lettre était probable-
' Ce mot était souvent employé alors ment un poet-^erfUtm autographe, dans le sens iefarfiiniene. ^ Le traité de Wesminster Ait ratifié le
^ On a vu plus haut (p. 197, note à) 98 novembre, et la guerre contre l'Espagne
qae ie traité de Westminster était surtout fat sokmiellement proclamée le même jour
on traité de oommeree. On y avait joint des dans les raes de Londres.
Novembre 1 655. faire donner satisfaction, sçachant quil est incommodé et qu'il [lui]
est impossible de pouvoir plus fournir aux excessives despenses qu il est obligé de faire.
Bibl. nat, ms. f. fr., L aS^aoa, f* 169. — Autographe.
À UABBÉ FOUQUET.
Gompiègne, 11 novembre i655.
(kxtbait.)
Je vous renvoyé les deux lettres que M"^ de Ghastillon avoit escrites; car elles sont conceues en «termes qui ne produiroient aucun effect, et, au contraire, celle pour le mareschal d'Hocquincourt le justiBeroit plustost que autrement. J'eusse creu qu'elle y pust mettre, au moins, ce qui estoit contenu dans les lettres en chiffre, lesquelles je ne vois pas que ladicte dame ayt encore deschiffrées. Navailles ma mandé que ledict Mareschal s'est emporté au dernier, point lorsqu'il a sceu l'arrest de M"* de Ghastillon, et qu'il a esté sur le point de l'arrester S et je vous prie d'estre persuadé qu'une lettre comme je l'avois demandée , escrite à l'accoustumée avec beaucoup de confiance et envoyée par une personne inconnue, nous auroit donné un grand advantage, et d'autant plus que j'ay appris, par le retour du père de FranctotS qu'il est fort adoucy et qu'il voudroit bien eslre hors d'affaire.
Je vois, par la lettre de la Reyne que vous m'avez envoyée, que Sa M*^ n'approuve pas ce qui est faict'. Je vous la monstreray; mais ce pendant vous ne ferez pas semblant de rien.
^ C'est-à-dire, de faire arrêter Navailles. i65o , rérection de la seigneurie de Coigny
' Ce nom est douteux. La famille nor- en comte. Je ne sais si Mazarin veut parler
mande de Franquetot, qui est devenue ce- du père de ce Franquetot ou d'un religieux
lèbre au xvni' siècle, comptait déjà, en portant le même nom.
i655, un maréchal de camp, Jean- Antoine ' Ce passage fait probablement allusion
de Franquetot. Ce fut lui qui obtint, vers à ce que la duchesse de Châtillon avait éié
Je ne prétends pas que M"^ de Gbastillon m'ayt aucune obliga* Novembre! 655. tion; car tout ce que j ay faict en sa faveur a esté pour l'amour de vous.
xcn.
Aff. ëtr., France, t aya, f* 60. — Copie du temps.
À LA REINE
Gompiègne, ii novembre 1 655.^
(iXTBAIT.)
Je n'ay autres nouvelles à vous donner que celles que je reçois, de plusieurs endroits, des emportemens du mareschal d'Hocquincourt pour l'arrest de ce bel ange (pour user de son terme), et l'ambassade qu'il m'a envoyée [déclarant] qu'il signera de son sang dtesire à moy toute sa vie y sans aucune reserve , si je procure la liberté' à A/"" de Chastillon^ et qu'il donnera au Roy toute sorte de contentement; mais qu'à moins de cela^ il ne veut entendre parler jamais d^ accommodement. Je voudrois qu'il se (ust expliqué mieux là-dessus; car, s'il eust dict qu'il remeltroit, en ce cas, ses places, j'aurois supplié le Confident et vous de le prendre au mot. Je tascheray de voir quelle est son intention, et ce pendant nous prenons tousjours nos mesures pour empescher les ennemis de profiter des folies de cet amoureux.
remise entre les mains de l*abbë Fooquet M"* de ChâliUon rendait, en effet, celte si*
M"* de Sévignë écrivait, le a 5 novembre tuation étrange. On verra plus loin, dans
i655, à Bussy-Rabutin : «rOn dit que une lettre de Mazarin à la Reine, en date du
M** de CbAtillon est chez Fabbé Fouquet; la novembre i655, que le Cardinal s'en-
cela parait fort plaisant à tout le monde, n gageait à expliquer sa conduite à la Reine
La passion que Basile Fouquet affichait pour lorsqu'il la verrait.
lU
Novembre 1 655.
taas
aae
Aff. ëir., Pays-Bas, t. Sj (sans îodicatioii de page ai de fofio). —
Copie du temps.
À M. DE TURENNE-
Gompij^ne, tv novembre t655.
(Bxtiirr.)
Après avoir annonce à Turenne que les ennemis doivent attaquer la place de Condé le lendemain ou le surlendemain , Mazarin ajoute :
Pour ce qui est de la négociation avec le mareschal d'Hocquincourt, il n'y a rien de bon à espérer; car il faict des propositions vaines qui n'aboutissent à rien que à nous vouloir amuser, pendant qu'iî prend toutes ses mesures avec les Espagnols et M. le Prince, et, pour cet effect, il s'est abouché dernièrement avec le moine Arnolfini, que le comte de Fuensaldagne luy a envoyé. Il tesmoigne eslre au desespoir de Tarrest de M^*' de Chastillon ^ et me faict dire qu'il signera de son sang d'estre • jusques à la mort le plus fidèle et le meilleur de mes amis^, si j.e procure la liberté à ce bel ange^ et je luy ay respondu que je le dispense d'avoir aucune amitié pour moy et que, pourveu qu'il donne satisfaction au Roy, je me fais fort d'obtenir cette liberté tant souhaitée, et qu'il a beau champ de passer à présent et dans la postérité pour le plus généreux de tous les hommes, consentant à ce que le Roy luy demande pour délivrer des liens la beauté qu'il adore.
' Les Mémoires de Turenne, p. 47S (ëdit. Michaud etPoujoulat), disent que Tarrcstation de M*"* de Châtillon fut le principal motif qui détermina d'Hocquincourt à traiter. Voici le passage : trLe Maréchal, qui en étoit amoureux, se hÂta de fieiire son accommodement avec le Roi, de peur quon ne traitât mal cette duchesse, f»
' Ce passage ne peut laisser aucun doute sur la nécessité de la correction faite ci-des-
sus, p. 1 3o , noie a. C'est ce qui m'a décidé à donner un extrait de cette lettre, quoiqu'elle reproduise ce qui a été dit dans la lettre du 1 0 novembre adressée à M. de Navailles et imprimée ci-dessus, p. 1 3o. D'ailleurs, le ton de iMazarin , lorsqu'il s'adresse ^ Turenne , n*est plus le même qu'en écrivant à Navailles, qui était l'ami d'Hocquincourt; il plaisante avec Turenne de l'amour du vieux Maréchal pour le hel ange qu'il adore.
N«venitmi6&5.
xav.
Aff. âr., France, t tya, f* 61. — Copie du tempe.
À LA REINE
Compègne, t% iioYembr« i6S5.
(extrait.)
Vous avez raison en ee qu il vous a pieu me mander de M°^ de Gbastillon^; mais vous tomberez d'accord que je n'ay pas tort, quand jauray eu l'honneur de vous entretenir là-<le8sus. Ce pendant, je vous prie, envoyant Tabbé Fouquet, de luy dire que vous n'entendez rien sur la conduite que Ton tenoit à l'esgard de ladicte dame ; que vous ne l'approuvez pas, et que vous m'en avez escrit en ces termes; mais prenez garde de faire cela en sorte qu'il soit persuadé que ce discours vient de vous.
AflT. étr., France, t. 979, f* 63. — Copie du temps.
\ LA REINE
Complète, i3 novembre i655.
Le Confident m'a rendu tous les pacquets , parmy lesquels j'ay trouvé une lettre de 22^, qui me faict cognoistre que j'ay de l'advantage dans l'absence, et vous vous souviendrez que je vous ay dict plusieurs fois que je n estois pas si bien traité présent qu'esloigné. Neantmoins je vous advoûe que la satisfaction et la joye que j'ay d'estre auprez de 22 n'est pas comparable avec les faveurs que j'en ressens estant absent, et ainsy, quelque accident qui puisse arriver, je vous conjure de me
^ Voir la note 3, p. i3a, sur la lettre mère pendant quelques joars et avait rapdu 1 1 novembre à Tabbë Fouquet. porte à Mazarin la lettre dont le Cardinal
' La Reine. Le Roi ëlait allé visiter sa remercie la Reine.
Novembre i655. permettre, dans quelques jours, que je luy puisse faire une visite seul,
ou avec le Confident II ne m'a pas encore- donné le pacquet des gants. J'en useray comme vous m'ordonnerez, et je vous rends tres-humbles grâce de toutes les boutez que vous avez pour moy, et je vous supplie d'estre bien persuadée que je sçay ce que je vous dois; car parla vous la serez aussy que je n'y manqueray jamais.
Sur les nouvelles que les ennemis attaqueroient Condé, je depeschay hyer à M. de Turenne, et il sera icy à midy pour bien examiner les moyens les plus propres pour profiter, d'une façon ou d'autre, de cet engagement des ennemis.
Vous serez informée de ce qu'on résoudra , et pouvez avoir l'esprit en repos qu'on praticquera tous les expédions imaginables pour mettre le mareschal d'Hocquincourt à la raison. Navailles est revenu , qui dict qu'il donnera ses places pour argent; mais la somme est exorbitante, demandant quatre cent mille escus; ce qui ne se peut seulement escoûter.
M"*** d'Hocquincourt^ arriva icy hyer au soir; elle a fort entretenu M. LeTellier, et les larmes n'ont pas esté espargnées (carc'estoient les plus fortes raisons qu'elle eust). On luy a parlé de la bonne manière, et [elle] s'en retourne voir^ son mary, persuadée que le Roy veut estre obey et que Sa M*^ ne veut pas adjouster foy aux«^imples paroles d'un homme qui nous a trompez mille fois. Nous verrons ce qui en arrivera; car cela n'empeschera pas que nous n'allions nostre grand chemin. Celuy que je tiendray toute ma vie sera de vous servir avec la dernière passion et sincérité, et comme vous a dict tousjours ***.
' On a déjà dit qae la maréchale d'Hoc- et de Ham entre les mains du Roi. E31e en
quincourt était Eléonore d'Estampes ou fut récompensée : le Gouvernement de Ham
d'Étampes. Elle contribua à ramener le iîit donné à son fils.
Maréchal à des idées plus raisonnables et * La copie porte bien voir, mais virs
le décida à remettre les places de Péronne semblerait préférable.
I II Novembre 1 655.
Bibl. nat., ms. f. fr., t. 33,9oa, f* 171. — Aufa^raphe, non signé.
k L'ABBÉ FOUQUET.
Gompiègoe, ih novembre ]655.
(UTIàlT.)
Je vous depesche en diligence pour vous dire qu'il seroit très-important au service du Roy que vous fissiez escrire par M"^ de Ghastillon à M. le Prince, mais en la forme quelle est accoustumée deluy escrire, et luy mander, en des termes assez pressans, qu'elle court grand risque, et que son salut despend de l'accommodement du mareschal d'Hocquincourt, puisque, donnant satisfaction au Roy, elle peut espérer sa liberté, pourveu que ledict Mareschal demande cela pour la principale condition de sou accommodement.
Il faudroit aussy qu'elle escrivist de la mesme façon au mareschal d'Hocquincourt, et qu'elle fist semblant d'avoir eu le moyen, par un très-grand bonheur, d'escrire les deux lettres et de les envoyer, et il faudrait choisir quelque personne bien affidée et adroite pour les porter. Cela peut produire un tres-bon effect, et d'autant plus que les advis, que je viens de recevoir, sont que l'avant-garde de l'armée ennemie est desjà arrivée à l'abbaye de Vauchelles^ qui n'est qu'à deux lieues du Gastelet. Je crois que vous n'aurez pas peine à faire escrire les deux lettres; car, autrement, il faudroit conclure que M°**de Ghastillon fust la plus mal intentionnée du monde. J'attendray de vos nouvelles.
^ L'abbaye de Vauchelles ou Vaueeiles, ëpoque, dans les Pays-Bas espagoois. Vaude Tordre de Giteaux, £usait partie du dio- celles est aujourd*hai un hameau du déparcèse de Cambrai, qui était compris, à cette tement du Nord.
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MPHIMMB «&TIOIALC.
NoveBKhre 1 65$.
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XGVII.
Aff. ëtr., France, t. 898, f* 358. — Original signé, en partie autographe.
AU COMTE DE BRIEINNE
Gompiègne, i5 novembre i655.
(imAiT.)
Nous avons sceu ce qui s'est passé à Tesgard de M. de Goutances^ dans l'assemblée du clergé, et que, par la reaolution qu'on y avoit prise sur son affaire, l'advantage luy estoit demeuré tout entier, et toute la mortification à M* rarchevesque de Rouen ^. Nous avions eu advis aussy de la belle action ^ que M. l'evesque de Montauban^ a faicte en ce rencontre, dont je n'ay point esté surpris, et je vous prie de l'en féliciter et remercier de ma part
On choisira les officiers qui devront servir M. le duc de Modeiie, et vous en serez adverti aussytost. Il sera bon ce pendant de continuer à solliciter MM. des finances pour le fonds de cette despense, comme ausay pour ce qui regarde Gazai.
Je n'ay rien à répliquer touchant la ratification du traité faict avec ^Angieterre^ cette affaire estant remise à l'examen de ces MM, du Gonseil, que je vous ay marquez. Je vous prie seulement de faire passer icy le courrier qui portera ladicte ratification, lorsqu'elle sera résolue, afin que je puisse Qscrire par luy à M. l'Ambassadeur.
* Ayant informé le Roy de l'instance que M. de Bourdeaux ^ {sic) faict de venir faire un tour icy pendant six semaines^, Sa M*^ ne
* Claude Auvry, évéque de Coutances. * Voir ci-dessus, p. i3i, note 3.
Voir ci-dessus, p* 9^* notes i el a. * La fin de cette lettre depuis aytmt est
* François II de Harlay-Ghanvailon. Voir autographe.
ci-dessus, p. 9&, note s. ^ Antoine de Bordeaux, ambassadeur en
' Action a ici le sens de discours, Angleterre, venait de eonehire, coinnie on
* L'évéque de Montauban était Pierre fa dit, le traite de Wesminster. Berthier; titulaire de ce siège depuis 1 65 9, " L'ambassadeur Bordeaux obtint, en il mourut en 167/1, à 6q ^^^ ^^^^^ ^^ congé aussitôt après la ratifica-
ôroit pas qu'il y ayt inconvénient de luy donner congé, luy escrivant N<»venibref65§. pourtant de ne s'en servir en cas qu'il ne croyé pas que son absence, mesme pour peu de temps, puisse apporter préjudice.
xcvra.
Aff. élr., France, t. 896, f* 356, minute; — et tome 278, f* 66,
copie du temps.
À LA REINE
Compiègne, sa novembre i655.
(sXTBilT.)
L'armée lorraine^ en corps a quitté les ennemis et doit estre ce soir aux environs de Guyse. Le duc François^, ses enfans et Ligniville y sont; mais, au lieu d'amener les troupes, les troupes les ont ameœz. Vous sçavei qu'il y a longtemps que je travaille à cela; et il ne falloit pas douter qu'à la fin cela arrivast. Mais il estoit à souhaiter que ie Roy eust ce bonheur dans le mois de juillet; car, en ce cas, il en auroit eu un plus grand, puisque les ennemis ne luy eussent pu rien disputer.
C'est une chose bien estrange que cela arrive à la veue du mareschal d'Hocquincourt; qu'il sçache que tout le monde quitte le prince de Condé et que luy-mesme (Condé) voudroit, à quelque prix que ce soit, estre séparé des Espagnols, et que ledict Mareschal croye de pouvoir faire sa fortune avec eux. Il l'a tesmoigné de la sorte à MM. de Navailles et de Noailles*, qui sont de retour et rapportent que Fuen-
tion du traité de Westminster et vint le * François de Lorraine était frère de
passer en France. Charles IV. On a vu , dans ie tome prëcëdent ,
^ L'armëe da duc de Lorraine , Charles IV, que , comme ie génëi^ lorrain Ligniville , il
imtée de son arrestation , venait de se séparer s'était d'abord déclaré pour ies Espagnols, des Espagnols et de se déclarer pour la ' Anne, comte de Noaitles, était un des
France. Elle avait contraint ses généraux k capitaines des gardes du corps; il devint duc
suivre le même parti. en i663 et moorot en 1678.
lliO
Novembre 1 655. saldagne luy a faict des propositions tres-ad vanta geuses; ce qui n est
pas, parce que ce sont ceux (celles) que Hocquincourt a faictes audict FuensaI€lagne^ desquelles vous avez connoissance. Enfin il tombe d'accord de remettre le gouvernement de Peronne au marquis son fils^, qui en a la survivance, nonobstant qu'il ayt, en effect, plus de hayne que d'amour pour luy; mais pour Ham^, qu'il consent de remettre entre les mains du Roy, et pour toutes ses prétentions de ce qui luy est deub, il demande sept cent mille livres d'argent comptant, qui est une somme exorbitante. Outre cela, il demande la liberté de M""^ de Ghastillon et d'autres choses qui ne sont pas de grande conséquence; mais le point de l'argent est impraticable, et [il] se tient ferme à ne vouloir rien rabattre.
Nous allons bien examiner la chose, afin d'envoyer demain ces messieurs porter la response, et vous serez advertie des résolutions que le Confident aura prises par luy-mesme qui prétend disner demain avec vous. Le moine Arnolfini*, Bouteville^ et Guitaut* sont à Peronne, et vous jugerez bien que ce n'est pas pour luy inspirer le repos et son devoir.
J'aurois mille choses à vous dire sur * ^; mais je ne le ferai pas , car vous en sçavez la plus grande partie. Je vous conjure seulement de prendre la peine de vouloir dire à 55* qu'il (elle) escrive à la Mer^ du mesme style, et qu'il n'y a [rien] adjouster aux sentimens qu'il a pour * en qualité de *. ,
^ Cette phrase, peu claire, vent dire que le8 propositions viennent d^Hocquincourt et non de Fuensaldagoe.
' Voir sur ie marquis d'Hocquincourt, fils du Maréchal , le tome V» p. SaS , note A , des Lettres de Mazarin.
' Ham, aujourd'hui chef-lieu de canton du département de la Somme, arrondissement de Peronne.
* Moine dévoué au parti espagnol et envoyé h Peronne par Fuensaldagne.
^ Voir sur Bouteville, frère de la duchesse de Châlillon, ci -dessus, p. 66, note 1.
* Charles, comte de Guitaut-Peichperou, était un des partisans les plus dévoués de Condé. Il était neveu du vieux Guitaut, capitaine des gardes de la Reine. Charies de Gttitaul mourut en i686.
^ Signe désignant la Reine.
' La Reine.
* Mazarin.
DU CARDINAL MAZARIN. Ul
I I . 1,11 NoTeaibrei655.
Aff. étr., t'rance, t 895, f* SSg. — Copie da temps.
AU PROCUREUR GÉNÉRAL
Gompiègne, 9 a novembre i655.
Je croys, avec tous ceux qui discourent sur l'affaire du mareschai d'Hocquincourl, que le meilleur conseil que le Roy puisse prendre est de lachever promptement, sacrifiant une somme d argent, comme Sa M^ le peut, ledict Mareschai consentant de remettre les places de Peronne et de Ham, bien entendu quil plaira à Sa M^ de donner le gouvernement de la première à son fils aisné, qui en a la survivance, et qu Elle fera payer à luy Mareschai sept cent mille livres d'argent comptant, ce qui luy est deu de ses appointemens, pensions et mortespayes S et des advances qu'il a faictes pour fortifier ladicte place, protestant avoir dépensé ladicte somme pour le service du Roy dans les employs qu'il a eus, et pour rescompenser Ham^ et la mettre en Testât qu'elle est.
On n'oubliera rien pour diminuer la somme, et nous tascherons [de haster'] l'arrivée de l'armée lorraine à G.uyse; mais je ne sçaurois respondre que mes diligences produisent l'effect que je voudrois bien, et d'autant plus que ledict Mareschai est environné du moine Ârnolfini, de Gerisy^, de Bouteville et Guitaut et de quantité d'autres, capables d'embarrasser un [esprit] bien plus fort que le sien.
Il faudra donc que vous fassiez un effort pour nops envoyer, dans deux jours, trois cent mille livres et prendre vos mesures en sorte qu'elles puissent estre portées en un jour. Pour le surplus, nous le
^ Nom donné à des vëtërans qui tenaient ^ Mol douteux,
garnison dans certaines places. Ici, ie mot a * Je ne trouve aucune indication sur
le sens de tommes paifées à ces titérans. Cerisy. Ne faudraifr^il pas lire CroUêyf On a
* Cest-indire, la stnnme qu'il a payée en vu que Fouquet-Croissy ëtait un des prin-
etn/^penêotion du gowernemeni de Ham. cipaux partisans de Condë.
Novembre i655. prendrons sur les cinq cent mille livres qu'on a envoyez pour le
quartier d'hyver. On pourra les remplacer en partie de ce qu'on tirera de Hani.
Il faut sortir de cette malheureuse affaire de cette manière, puisque nous en pourrons, aprez, avoir l'esprit en repos « et il me semble que d'autant plus on le doit faire, que tous ceux* de ce royaume sont en aussy bon estât que nous pouvons souhaiter, et qu'il ne faut pas rien hasarder.
Je vous prie de me respondre Bans perdre un moment de temps, afin que je puisse prendre mes mesures, et de vouloir que cette lettre vous soit commune avec M. de Servien, asseurant l'un et l'autre de l'amitié et service du, etc.
Aff. ëtr., France, t. 896, f" 38 1. — Copie du temps.
À LA REINE
CoinpiègDe, [«3 ou aâ novembre iG55'].
J'ay lardé à vous depescher, espérant que je pourrois [avoir] quelque nouvelle à yous mander et au Cor^ident; mais n'en ayant receu aucune, je ne veux pas laisser pour cela de vous escrire pour vous confirmer à tous deux qu'il n'y a rien d'esgal à la passion que j'ay de vous plaire et mériter la continuation de vostre bienveillance par mes tres-humbles services. Si on m'escril quelque chose de Peronne, je vous en donneray advîs incontinent. Fuensaldagne est à Cambray, et l'armée ennemie aux environs de Bouchain. On n'oublie rien, de leur costé, pour obliger Hocquincourt à faire la dernière folie; mais je ne croy pas qu'il soit
* La copie porte bien : tous ceuœ, pour par les détails qui s'y trouvent, qu'elle doit loi» ks eêprits de ce royimme, être d^une date antérieure , puisque le ma-
* Cette lettre figure dans le manuBcrit récbal d^Hocquineourt n'avait pas encore sous la date du a 8 novembre; mais on voit, consenti à sortir de Pënmne.
capable de sacrifier tout ce quil a au monde pour avoir seulement la Novembre i655. gloire de la voir faict en Thonneur des Espagnols et du prince de Condé, dans un temps qu ils ne peuvent faire rien pour luy.
Je n ay rien à respondre à la lettre que vous avez pris la peine de m'escrire, si ce n'est que, malay sèment, on peut chasiier les gens qu'on ne tient pas, et que, si vous ne les retirez {m) ^ par de bons traitemeus, ils peuvent faire beaucoup de mal.
La Mer^ pretendoit quelque chose de plus que # ; mais 16' luy a dict de se satisfaire de ce qu'il plaist à 22 ^, et de continuer tousjours dans la pensée de # f^.
Aflf. ëtr , Pays-Bas, t. 37 (aans indication de page ni de folio). —
Minute de là main de Roussereau.
À M. DE CA8TELNAU.
Compiègne, a/i novembre i655.
Un petit voyage que j'ay faict à Paris ^ a eaté cause que le s^ [d'Ës-quancourt]^ s'en est retourné sans vous porter la response que jV vois faicte à la lettre qu'il m avoit rendue de vostre part, et j'ay eaté ayse qu il soit parly sans l'attendre, puisqu'il devoit avoir soing de vous porter de l'argent dans un temps que je vois, par toutes vos lettres, que vous en avez beaucoup de besoin. La somme qu'a conduite le commis de TËspargne a esté de cent mille francs, dont il a ordre de laisser trente mille au Quesnoy. J'espère qu'il sera desja arrivé en aeureté, puisqu'il
^ Dans le sens de : retirez de la rivohe. U 'On trouvera en effet, aux indyses, dee
faudrait peut-être lire : retenez, au lieu de : lettres de Masann, datées du 1 8 novembre,
retirez, ifùoniété émtw de Paris.
* Ma^ario. * Itaiûel de MontaMMreaey» marquis d'Ea- ' La ReinA. quaocpuft, ^vait ëtë WHPmé macéchal de
* La Reûpe. Plumeurs chiffires servaient i camp en 4$5«. l\ deviuil iieuAenant giiaéral désigner Anne d'Autriche. en i655.
Novembre i655. est party de Guyse, il y a quatre jours, avec une escorte de trois cens
chevaux. Lorsque j'envoyeray La Vignette avec cinquante de nies gardes, je tascheray de vous faire porter encore une bonne somme, estant asseuré que vous apporterez tout le mesnage possible dans les despences, et que M. du Passage et le s' Talon vous seconderont aussy en cela autant qu'il peut despendre deux. Je suis, d'ailleurs, fort persuadé que l'on fera avec grande application tout ce qui se pourra faire humainement pour tirer quelque assistance du pays, et à la vérité, si cela manquoit, je me trouverois bien embarrassé à trouver les moyens de continuer à vous assister, comme j'ay faict jusqu'à présent.
11 y auroit plus de facilité et de seurelé à vous envoyer de l'or, mais on ne trouve pas présentement à Paris des louys à six sols ^ Il sera bon que vous voyiez avec le sieur Talon à quel prix on les pourra faire passer à Condé et à Saint-Guislain et [de] me le mander; car si l'on' pouvoit les débiter sur le pied de ce qu'ils cousteront à Paris et sans qu'on y perde rien, on vous en envoyera; sur quoy j'attendray vostre response.
Il est certain que les ennemis avoient résolu d'attaquer Gondé; mais pour moy, quoyque je fusse persuadé qu'il ne nous pouvoit arriver rien de plus advantageux, je n'ay jamais creu qu'ils l'exécute roient, parce que la rigueur de la saison. Testât de la place, le corps de troupes que vous avez pour la deffendre et nos armées encore assemblées, animées de la présence du Roy pour ^ vous aller secourir, ne leur pouvoient pas laisser aucune apparence d'y réussir, mais, au contraire, leur faire appréhender d'y recevoir un eschec ; car ne pouvant faire que malaysement la circonvallation , il leur auroit esté presque impossible d'empescher le secours. Je ne dt)ute pas qu'ils ne prennent pour excuse de
^ Je pense que Maxarin veut dire qu'on ' Le mot pour a ët^ effacé et remplacé
ne trouvait pas des pièces d'or à Paris pour par plusieurs autres mots écrits en inter-
l'équivalent de la somme envoyée en argent, ligne et que je n'ai pu déchiSrer. Du reste,
en payant une différence de six sous par le sens général de la phrase n'est pas dou-
pièce d'or. teux.
ne vous avoir pas attaqué la presse que M. le mareschal d^Hocquin- Novembre 1 655. court leur doit avoir faicte de le venir secourir, et la resolution que Taroiée lorraine a prise de les quitter, comme ont faict le duc François et ses deux eafans ^
Mais , quoyqu il en sort , vous pourrez à présent avoir l'esprit en repos aussy bien que M. de Sehoml)erg^ puisque, pour le moins, vous aurez un repy de trois mois, et, dans cet intervalle, je n oublieray rien pour envoyer dans les deux places^ le plus grand nombre de soldats qu'il me sera possible pour fortiffier les corps d'infanterie qui y sont, et remplacer, par ce moyen, ce qu'on en tire présentement. Je feray aussy en sorte que l'on envoyé incessamment au Quesnoy des bleds, des fa* rines et de l'avoine, afin qu'on en puisse d« là faire passer, aprez, à Coudé et à Saint-Guislain , m'asseurant que vous prendrez en cela si bien vos mesures, qu'il n'en arrivera aucun inconvénient; et afin que vous puissiez aller en personne à Landrecy et au Quesnoy, je suis . tombé d'accord avec M. èe Tureni^ qu'il adjustera le différend que vous avez avec M. de Beauvau^ en sorte que vous soyez satisfait.
Je croy que celuy que nous avons avec le mareschal d'Hocquincourt se terminera aussy biestost, le Roy ayant la bonté de luy accorder une somme considérable d'argent pour remettre ses places, c'est-à-dire Peronne, entre les mains du marquis d'Hocquincourt, son fils, qui en a la survivance, et que j'ose respondre qui fera tousjours son debvoir, et Ham , à qui il plaira à Sa M^. Ce n'est pas que le moine Arnolfini , Bouteville, Serisy^ et Guitaut,^ qui sont présentement à Peronne de
^ Le due François de LorraiDe était, comme on i'a vu , frère du duc de Lorraine , Charles IV, que les Espagnols avaient arrêté en 1 656. (Voy. le tome VI, p. 198, note 1, des Lettres de Mazarm.) Les deux fils du duc François étaient Ferdinand et Gharies de Lorraine. Le premier mourut en 1689. Le second fut un des plus grands capitaines de son temps et vécut jusqu'en 1690. Le duc François avait encore, en i655, une fille,
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