‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 3)Chapitre 25 sur 100 · À M. LE MARQUIS DE GASTELNAU · texte numérisé non relu

À M. LE MARQUIS DE GASTELNAU

Paris, a 6 décembre i6ô5.

(bitbait.)

Après lui avoir parle des mesures prises pour fortifier et approvisionner Gondë,. Mazarin annonce Tenvoi d'argent poar la solde des troupes. Dans une addition , qui a été copiée sur l'autographe, il s'exprime en ces termes :

Je haste le s/" Talpn, lequel j'espère qui portera Targeut à peu prez qui sera nécessaire pour le payement de toutes choses dans Gondé et Saint-Guillain durant l'hyver; je vous prie de prendre grand soin pour obliger les officiers des corps tant de cavalerie que d'infanterie, qui sont dans ces deux places, A les bien fortifier et que cela se fasse de bonne heure, car vous pouvez tenir pour tout asseuré d'estre attaqué dans le mois de mars, et rien ne peut empescher les ennemis que d'y voir des garnisons aussi fortes qu'elles estoient dernièrement.

De mon costé, je n'oublieray rien pour vous envoyer des renforts et particulièrement d'infanterie, afin que les regimens que vous avez

Non en cachette.

etks gardes fraoçoises soient dans le meilleur estât qu'il se pourra. Dëoenibrei65ô. On fora encore diligence pour tirer de Bretagne mille Irlandois pour fortifier les regimens de cette nation et particulièrement Yorck^ Ce pendant donnes-leur de l'argent , et le sieur Talon, en arrivant, adjous* tera tout à leur satisfaction.

Je vous conjure d'assister Saint-^uillain de tout ce qui pourra dépendre de vous pour sa conservation, et particulièrement d'hommes, en attendant que . la recreue que j'envoie à mon régiment de la Fere y soit arrivée.

Continuez les fortifications, autant que la saison le pourra permettre, avec diligence. Conservez les fourrages avec grand seing; car ce vous seroit un très-grand msdheur si vous estiez obligé de renvoyer la cavalerie dans le mois de mars, lorsque vous devez estre asseurement attaqué.

GXXH.

Aff, étr.. Suède, t. 19, f*' âa3-&9&. — Déchirement

À M. D'AVAUGOUR

[ Paris] , 3 1 décembre 1 65 5.

(bxtbait.)

J'ay veu, par les vostres du â 6 du passé et k^ du courant, vostre arrivée auprez du roy de Suéde, la favorable réception qu'il vous a faicte, la teneur de l'entretien que vous avez eu avec luy sur le sub* ject de M. l'électeur de Brandebourg, l'espérance que vous avez qu'il se pourra enfin faire un adjustement entre ces deux princes; bref, les grands armements et les grands progrez du roy de Suéde.

Sur ce que dessus j'ay à vous dire que vous ne pouviez traiter plus judicieusement ny plus adroictement une matière sy jalouse et sy délicate que le ressentiment qu'avoit le roy de Suéde contre M. l'électeur

' Le r^iment d'Yori[.

17A LETÎRtâ

Décembre f 6^5. de Br«ndebMirg. Bîea qu'A l'heure que je vous eseris k^^ l'ddjttiteiiient

entre cei^ deuk priiicei est {me) conela , eomme il y a de Tappirreiiee par le eonfteini de yo» lettres, ou ïm raptiire est intervenue entre eux, ou lee choses se balaneerdnt encore enke la raptnre et raé<U)fl»node* ment, auquel cas continuez toujours à presser le dernier par les eonsi*^ deration» que vous sçavet et surtout par les reiK>liiti«ms si soudaines et si imprévues qui artÎTetit à la guerre, où il vaut mieux prendre le preëent et le oertain, quoy que moindre ^ q«e) abandonner pour de plus grands advantages quon se propose, mais qui sont futurs et inosrtaîns. Je vous désâgae simplement oe point et ne le touche que légèrement. Ce sera à voub à l'enttj^oyer et à l'eslendre quand et e«mime vous le jugerez à propos.

Pour ce qui est du dessein de nouer une allianee pies estroicte entre les deux couronnes, et le roy de Suéde vous ayant insinné .d'escrire à la Cour pour avoir des ordres sur ce qu il vous a demandé , la chose estant d'importance , elle mérite qu'on prenne un peu de temps pour y délibérer. Vous aviez neantmoins dans vostre instruction ^ deux motifs qui nous ont obligez à désirer cette liaison et qui y doivent obliger le roy de Suéde, est assavoir [sic) l'observation du traité de Munster et d'Osnabruck violé si souvent par l'Empereur, l'autre d'empescher, s'il se peut, la nomination du roy des Romains en la personne du fils de l'Empereur^, et par ôonâequent la perpétuité de l'Empire dans la maison d'AttStriche*

Vous avez bien faict de ne respondre qu'en gênerai à la demande qui vous a esté faicte^ si la guerre s'ouvroît entre l'Binpereur et le roy de Suéde, sy le Roy assisteroy cduy«<y» Votis devei tottsjdurs dire de mesïne en pareilles occasions « que le Roy ne manqueroit jamais aux sentiments d'affeetioti qu'il devoit avoir pour ses ankie et oonfederez, sans venir à aucun particulier; de qttoy vous n'avies point d'ordre» Vous pourrez bien iiksinuer adroictemebt^ sans affectation et dans les ren*» contres, qilè le Roy, parla guerre avec les E^gnolsS empeschant que

^ Cette instraction a été publiée par M. Gefiroy, membre de i^Institat. — ' Voy. cidessus, p. 78. — ' Par la guerre du Roi eontre les Espagnols.

ceux-cy ne secourent, comme ila feroient, de leurs forces et de leur DéoemkeiôBs.

argent, l'Empereur, nous faisons, par ce moyen, une grande diversion

en faveur du roy de Suéde en cette conjoncture, où l'Empereur pour-

roit le traverser etluy faire delà peiue, ouitre les Allemands que vous

attirons à uostre service eft que les Espagnols attirent au leur, qui

sans cela auroient pu prendre party avec TEmpereur. Opposez-vous

tousjours fortement, comme vous avez faict, à la fausseté de ce bruit,

que nous formions une ligue avec le roy de Pologne et Teiecteur de

Brandebourg contre le roy de Suéde; ouitre que ce bruict est faux,

il est ridîeiâe et tnes «cpidniire aujL ordres que vous avez de nouw une

liaison plus estroiete eatre les deux ceuronnes»

li y en jt enoone un autre de la mesme fausseté, qwe vous destruirez 4e mesme ;: que le Pape a proposé une unmn de tous les princes catholiques contre les pi^testaato, Ibndée eur ie naiariage de Tiafante d'Eapagne awc le Boy. On laisse à juger si, la reine d'Ëspftgne ^ teflUiait aecoiiehée d'une fille , les Espagnols conaratiroiefiA jamais que le Roy devint leur maistre par son mariage avec ce(te fille« iveu la naturelle aversion ^ui eal; etttre les deux nations» Il est bien pl«s à craindre pour le bon party d'Allemagne que le roy de Hongrie ^ fi'espoise cette infante, qui réuniroit les deux maisons d'Austricbe en une seule capable die faire de la peine à tous ses v^mJM^ qui ne sepoient point Ëspag;oals >y dp «es dépeodaaits. C'est ce «que j avois imÎQAenAnt ^ y0m escrine^ Groyas que je suis fares^veritabl^menl;, etc.

' Le roi d'Esjpajg^oe, Philippe IV^ avait d^abprd épousé qne fille de Heori IV, Elisabeth de Frauce, morte en i638, et il ne restait de ce mariage cpi^iuie fille, Marie- Thérèse. Philippe JV coatraicta une 8econd^ alliance en i6&^ avec Marie-Anne d^Aulriche, fille ^e l'empereur Ferdinand HL Sh ce second n^aria^pe naquirent plusieurs eafents et entre antres Marguerite-Thérèse en i65i et, en i66j, Charles II gai succéda h

PhiEppe IV et Cut le dernier roi d'Espagae de la .m.aison d'Autriche. J^a fille du premier lit, Marie-Thérèse, fut mariée, en 1661, k Loois.Xiy, et la fille du second lit^ Margnerite^Thi^rèse, à Léopold, second fils de Fer« dinaad III « et son sucoessettr comme empereur d'Allemagne.

' Léopold,, roi de Hongrie depuis i655. U fut nommé, Tanaée suivante, rty tki Ah mains. (Voy. plus loûi;, p. 197.)

Janvier i65(>.

GXXIII. •

"Aff. ëtr.. Suède, t. ai, f 8; original signe et en partie chiffi^. — lèid., l. as, f* t ;

minute de la main de SfliioD. .

À M. D'AVAUGOUB'.

(exteait.)

Paris, 7 janvier i656*.

Vous n'avez pas besoin que je vous exhorte de ne vous lasser point, de vostrê costé, comme M. de Lumbres ne fera point ^, du sien, de travailler à l'ajustement entre le roy de Suéde et M. l'électeur de Brandebourg. Je dis d'y travailler incessamment, mesme après qu*il y seroit intervenu quelque rupture, et de mettre laT paix où l'on n'aura pu dëstourner la guerre. Vous estes garny abondamment des considérations et des lumières nécessaires pour cela. Il est seulement à désirer qu'elles opèrent comme, on le désire.

Au reste, préparez-vous à rendre un service au Roy qui luy sera fort agréable. Taschez d'obtenir de celuy de Suéde un corps d'infanterie de quatre, de trois, ou, au moins, de deux mille hommes. J'estime que dans cette prodigieuse quantité de gens de guerre, que vous nous mandez qui luy viennent de toutes parts, la chose luy sera fort facile, et que peut estre il sera bien aise d'obliger un prince, qui en aura un

' Voy. sur d'Avaugour, L V, p. 796, dans les Additians et catrectionê.

* Les Lettres de Mazarin ne parient pas de plusieurs ëvënements survenus au com* mencement de Tannée i656. Le Garde des sceaux, Mathieu Mole, ne en i58Â, mourut le 3 janvier i656. Les sceaux furent rendus au Chancelier S^uier. Guy-Patin e^crivait à cette occasion à Charies Spon (ieltre du 11 janvier i656, placée à tort en i655 , comme je Tai bit remarquer ci-dessus, p. 171) : ffQuand il(Seguier)en a été

remercier le Mazarin, il en a eu ces mots pour réponse : On vous les axxnt ostez par neceisité; on vous les rend par justice. Néanmoins la conunune opinion n*est point qu'on les lui ait donnés pour rien, etc.» Guy-Patin ajoute plus loin dans la même lettre -. «rLe bonhomme, M. Riolan, m^a dit ce matin que le Mazarin a eu de M. le Chancelier cmquante mille pistoles pour ravoir les sceaux, n

^ Le sens est : ne se lassera pas de son eâté.

très-particulier ressentiment et cherchera les revanches. Mesme, en Janvier 1 656. semblables cas, s'il estoit besoin, nous en rendrons la levée au prix qu'il sera jugé. Nous en payerons la subsistance du jour qu'ils passeront à notre service. Nous achepterons des vaisseaux pour les traje* ter («te) ^ en France. C'est pourquoy, si vous trouvez la chose possible, arrestez-là sans perdre de temps. Promettez, engagez-vous pour qu'ils puissent partir des que la mer sera ouverte. Estant homme de guerre, vous sçaurez bien en faire les conditions. Au premier advis pressant que nous en aurons, nous vous ferons à l'instant et sans delay tenir l'argent nécessaire et par les voyes que vous nous déclarerez. De cela ne faictes aucun doute, je le prends sur moy.

Aff. ëtr.) Suéde, t. aa, f* 5; minute de ia main de Sîlhon. — lUd., t. ai, f* i a ;

original sigoé et en paKie chiffré.

À M. D'AVAUGOUR

Ptris, 1 6 janvier 16 56.

(SXTBAIT.)

Mazarin insiste sur Tulilité de ralliance française pour la Suède. Il ajoute, en pariant du roi de ce pays, qu'il connaît trop bien les intérêts de ses États :

Pour n'estre point persuadé qu'il ne peut point faire d'alliance plus sainte et plus sincère et assise sur de meilleurs fondements qu'avec nous. Celle qui luy peut estre proposée, de la part de l'Empereur, cache tant de pièges et auroit des circonstances si fascheuses pour luymesme et pour ses Ëstats à l'avenir, qu'il n'est point vraysemblable que les Suédois y donnent.

En un mot, l'Empereur ne vise maintenant à autre chose qu'à trouver quelque seureté contre les armes du roy de Suéde, afiji d'employer les siennes pour contraindre les Electeurs de nommer son fils roy des

' Les faire passer en France.

MAZAiii. — ?ii. a3

nvuiitKU lAnoxAU.

Janvier i656. Romains 6t poQF donner sans résistance la loy àioate T Allemagne. Après quoy, il est aysé à juger sy ses desseins s'arresteroient là. Voilà, sans doute, le sujet de lenvoy de Piccolomini vers le roy de Suéde, bien qu on le couvre d'un autre prétexte.

Mazariû termine en lai recommandant les levées dont il a été question dans la lettre du 7 jantier i656.

Aff. étr., France, t. 898, f* 9. — Copie du temps.

À L'ÉVÊQUE D'ORANGE

Pans, 17 janvier i656.

(bxfb&it.)

Après lui avoir parié des soldats levés en Italie, puis de l'emploi de l'argent qu'il lui a envoyé, et enfin d'un achat de diamants, Mazarin continue ainsi (f^iov*):

Si rassemblée des communautés (de Provence) ne se dispose pas plus qu elle Ta faict jusques icy à donner au Roy Tassistance qu'il luy faict demander, il faudra se résoudre à loger des gens de guerre dans la Provence, et, pour cet effect, on envoyé les ordres nécessaires à M. le duc de Mercœur; mais je ne puis croire que, les esprits estant mesnagez avec soin, elle ne se porte à donner satisfaction à S. M^; surtout, il faut bien prendre garde à ne point mesler avec Taffaire du Roy celle du régiment et des garnisons, car il faut faire la première preferablement et à l'exclusion des autres, sauf, aprez, à en tirer ce quon pourra. J'en escris en cette conformité à M. le duc de Mercœur et à M. le Premier Président [d'Aix], et je vous prie d'y tenir la main en vostre particulier, vous répliquant derechef que le Roy sera bien ayse que l'assemblée ayt esgard aux demandes touchant le régiment, les garnisons et autres de cette nature, qui luy peuvent estre faictes; mais il faut que ce soit sans préjudice et sans diminution de la somme qu'ElIe attend de ladicte assemblée.

, Jtovier f656.

AIT. ëlr., France, t. 278, f* 28 v*. — Copie du temps, probablement de la maia d'Oodedei.

À M. DE LIONNE

Page 1