‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 3)Chapitre 32 sur 100 · À M. DE LA BARDE · texte numérisé non relu

À M. DE LA BARDE

La Fère, a o juin i656.

(bztrait.)

Pour ce qui regarde la satisfaction des cantons suisses', c'est une affaire que nous avons plus à cœur que vous mesme, mais vous sçavez

' Voy« ci-dessus, p. a3/i. correspondance de Mazarîn. Il s*arrète en

* Jean de La Barde, marquis de Ma- 1669.

roiles-sur-Seine, était alors ambassadeur ' Le payement de la somme due aux

en Suisse; il mourut en 1699 , dans un âge cantons suisses en vertu de leurs conven-

très avancé. Son ouvrage De rébus Galiiets tiens, ou, comme od disait alors, de leurs

a été cité dans plusieurs des notes de la eàfntulati^ng avec la France.

JaiD i656. qu'il y a dcs temps qu'on ne peut pas faire ce qu'on voudroit bien, et qu'il nous faut un peu laisser respirer des grandes despenses qu'il nous a fallu faire à ce commencement de campagne.

Je suis bien fasché que nostre traité d'alliance avec les cantons protestants soit si peu advancé, et du préjudice que cela nous faict, nous ostant le moyen de nous pouvoir servir du régiment que M. Vertmiller [sic) levé pour la France. Vous voyez que la saison s'advance et qu ainsy il nous sera inutile pour cet esté.

Il me semble que les cantons catholiques devroient plustost songer à leurs véritables interests, qui sont de travailler à reunir ce qui s'est déconcerté entre eux et les protestants par les derniers mouvemens, qu'à pr ester l'oreille aux contes que leur font certains esprits qui n'ont d'autre pensée que de les rebrouiller de nouveau, s'ils peuvent, avec les cantons protestants, pour profiter de leur division. Je vous prie de leur faire bien comprendre cette vérité.

Ce pendant vous trouverez cy-joint un escript où vous verrez les raisons qui empeschent le Roy de pouvoir accorder aux premiers la demande qu'ils font de convertir en argent le secours qu'on leur devoit donner pendant leurs brouilleries , en vertu de l'alliance faitte avec eux, aflBn que vous puissiez vous en servir lorsqu'on vous en parlera, et leur faire cognoistre le peu de fondement qu'ils ont en leur prétention.

aix.

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i, T ii&. — Minate.

À M. DE TURENNE

La Fère, aa juin i656.

(bxtrait.) ,

Je ne doute point que les ennemis n'ayent grande envie de secourir Valenciennes, mais, ayant le temps qu'ils vous donnent, j'espère que

vous ferez mettre les lignes en tel estât, que tous leurs efforts seront Juin i656. mutiles ^

Je tombe d'accord avec vous qu'il n y auroit point, de seureté pour le Roy de s'approcher présentement de l'armée; mais aussytost que vous verrez que Sa M^ le puisse faire sans s'exposer, vous luy ferez grand plaisii* de nous en donner advis. Je vous prie instamment de vous en souvenir.

Les advis que j'ay de Flandres, qui sont de 1res bon lieu, portent que les ennemis eurent une grande appréhension lorsqu'ils virent que nous marchions du costé de Tournay, parce qu'il n'estoit pas en estât de faire beaucoup de résistance, qu'ils sont fort alarmez de l'entreprise de Valenciennes et que M. le Prince incline fort à tenter quelque chose contre l'armée du Roy, qu'ils (les Espagnols)^ n'y ont pas encore donné les mains, mais qu'il les presse pour cela d'autant plus qu'il ne bazarde rien en son particulier, qu'il s'est faict une émotion dans Anvers, favorisée dans tout le Brabant, et à cause de certains imposts, et qu'on n'en sçait pas encore les suites.

aB*«saB%

GLX.

Bibi. naL, ms. f. fr., Mélange» de Colberi, t. 5i, f* 1 16 v*. — AfT. ëtr., France,

t. 979, f* 80, et L 991, (' 198; copie du temps.

k M. SERYIËN.

La Père, 93 juin i656.

( bztra.it.)

11 est question, au commencement de celte dépêche, de la somme que Ton doit payer à Télecteur palatin pour des levées à faire dans ses Étals. Servien négociait avec le résident de TEiecteur et ne pouvait s'entendre sur le chiffre du subside* Mazarin lui écrit : .

' Pnys^ur critique dans seb Mémoires changé sur les instances chi prince de

la manière dont les lignes de circonvallalion Gondé : Tarehiduc Léopdd avait été rem-

furent tracées. (Voy. t. II, p. ao& et suiv.) placé pardon Juan d'Autriche, et Fuensal-

* On a vu, ci-dessus, que le gouver- dagne par le marquis de Garacène, ancien

nement des Pays-Bas espagnob avait été gouverneur du duché de Milan.

■ASAïu. — vu. 3i

(■PRmCKIK lATlOHAiK.

Juin i656. Il Semble à Sa Majesté, avec beaucoup de raison, que, ne restant que six mois de l'année courante, Elle en use généreusement à ne preteniJb'e aucune diminution à la somme de cinquante mille escus que Ton avoit offerte pour toute Tannée. Enfin, si ce résident se tient ferme, il faudra se donner patience et remercier M""^ la Princesse palatine^ des peines qu'elle a prises à la poursuite de cette affaire, et la supplier de ne retarder, pour rien du monde, son voyage aux eaux puisqu'elle n'a pas un serviteur qui s'intéresse plus que moy dans le recouvrement de sa santé.

J'avois oublié de vous dire que, tant s'en faut que trois cens hommes de pied et cinquante chevaux coustent huit mille risdalles^ comme le résident die M< l'Electeur palatin dict', que je m'oblige de luy fournir ce nombre pour cinq ou six mille (risdalles) toutes les fois qail voudra.

Je fais response à M. le Chancelier sur ce qui s'est passé à l'assemblée du clergé et sur la revocation que le cardinal de Retz a faicte de son grand vicaire*. Je luy envoyé des memoyres sur lesquels il me semble qu'il pourroit former une lettre du Roy pour l'assemblée, remplissant lin blanc-signé que l'on luy envoyé pour cet effect, et je le prie de conférer le tout avec vous.

J'ay peine à croire l'advis que M. l'Ambassadeur de Savoy e vous a donné touchant les cent mille livres que M. le Protecteur d'Angleterre veut envoyer pour faire remuer les huguenots des vallées de Perouse et de Luzerne*, et bien moins que le secrétaire de M. de Piennes* en

^ Anne de Gonza^e, bdle-sœur de Télecteur palatin.

* n a déjà été question de la valeur des risdaies. Le reichsthaler ou rixdale pouvait valoir, en i656, a livres tournois environ, soit intrinsèquement 3 fi*. 5o. Huit mille rUdaks ou rùcdaUê représentent donc« au poids du métal , a8,ooo de nos fi*anos ac« toels ; et , leur puissance d*achat étant double , jb correspondent à 56,ooo francs de 1893^

^ On a déjà vu que M* du Saussay, offi-

ciai du diocèse de Paris, évéque nommé de Toul, avait été choisi comme administra- ^ teur du diocèse de Paris, k la fin de Tannée i655.

* Les noms de ces vallées de Savoie sont ainsi écrits dans la minute. (Voy. t. VI, p. &89-49], des Lettres de Mazarin.)

' Antoine de Brouilli, nommé maréchal de camp en 16Â6 et lieutenant général e& i65i, était, en 16S6, gouverneur de Pignerd. Il mourut le i** novemlffe 1671.

sera ie dépositaire* NeaDtmoins, comme la prudence veut qu'on «xa- Juin i656. mine les choses de conséquence, quand mesme elles seroient difficiles à croire, je fais estât d'en escrire audict s^ marquis, et, $i vous me mandez d'estimer aussy à propos qu'on escrive au secrétaire de venir à la Cour, je le feray. C'est pourquoy je vous prie de me faire response là-dessus, après avoir bien examiné s'il y peut avoir fondement.

Je ne puis pas me remettre encore de lattaque que la goutte m'a donnée, car, à la vérité, elle a esté furieuse.

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélange» de Colhert, t. 5i« f* is8; minute. Les parties à chiffrer sont soulignées dans le manuscrit. — Une copie de cette dëpéche se trouve aux Affl ëtr. (Correspondanee des Pays-Bas, f* 3&); elle y porte la date du 95 juin i65i, an lieu de i656.

À M, DE TURENNE

La Fère, a5 juin i056.

( EXTRAIT

Vous ne devez pas vous mettre en peine du voyage du Roy, Sa M*^ s'estanl rendue aux raisons que je luy ay dictes pour luy faire cognoistre qu'il n'estoit pas de sa dignité ny de son service de s'engager dans une place advancée ou dans le camp. Elle s'est seulement restrainte à m'ordonner de vous escrire que si l'on a le bonheur de réduire la place aux abois sans qu'il reste aucun sujet d'appréhender que les ennemis puissent tenter le secours, et que vous voyiez que les raisons qui vous obhgent à dissuader son voyage n'existent plus, en ce cas vous ne manquiez pas de le mander, car, cela estant. Sa M^^ pourroit avoir la satisfaction de se trouver à la prise de la place , et il y aura tousjours icy près de deux mille hommes de pied et quinze cens chevaux qui pourroient composer une partie de l'escorte nécessaire pour la seureté de son passage.

J'ay entretenu au long le s"* de Madaillan ^ sur toutes choses, et

' Louis dé Madaillan de Lesparre , niar- de Lasdy Citrinond de Madaillan de Lesquis de Montatère ou Montataire, mort en pan'e, qui a laissé un recueil d'aneedotes 1708, à 79 ans. C'est le père du marquis sons le titre de : Recueil de d^érentes eho$eê,

iuîn i656. quoyqae je puisse me reitiettre à sa vive voix, je ne iaisseray pas de vous dire que je sois en grande inquiétude de la resolution que pourroient prendre les ennemis de vous attaquer auparavant que la nouvelle ligne et la digne fussent achevées; car il me semble qu'ils auroient un grand advantage s*ils profitoient d'une conjoncture si favorable pour eux; mais je veux espérer que la grande diligence avec laquelle vous faictes travailler à Tune et à l'autre préviendra tous leurs desseins et mettra toutes choses en estât de ne craindre pas les ennemis et de pouvoir peut-estre, dez ce soir, ouvrir la tranchée ^

Madaillan m'a dict qu'il a voit rencontré entre le Quesnoy et le camp le convoy de munitions de guerre que j'avois faict partir d'icy. Il y avoit douze milliers de poudre, deux mortiers, quarante bombes (y en ayant une plus grande quantité à Landrecy, dont vous vous . pourrez servir), un bon nombre de boulets de trente-trois, qui dévoient estre chargez à Guyse, vingt-un milliers de mesche et quatre cent trente trois pelles de bois ferrées. Et comme, en cas de besoin, vous pouvez bien prendre quinze ou vingt milliers de poudre à Landrecy, autant au Quesnoy et trente milliers à Gondé,^ et que, sans compter les douze milliers susdicLs, vous en devez avoir dans le camp soixante et cinq milliers, je ne voy pas que, quelque chose qu'il arrive, vous en puis^ siez manquer, ny surtout de mesche ny de plomb.

S'il eust esté possible de renvoyer de Landrecy les chariots à bœufe et les esquipages de la Gour qui avoient chargé*^ ledict canvoy, j'en eusse desja faict partir un autre bien grand, car^ quelque diligence qu'on fasse ^ il est impossible de trouver la quantité de voitures qui seroit nécessaire. J'ay redoublé neantmoins mes diligences à tel point qu'il m'est réussi d'assembler les chevaux qu'il faut pour faire partir ce matin mesme trois belles pièces de canon de batterie et un avanttrain pour prendre la quatrième qui est à Landrecy, de façon que

^ La trandiiëe fut ouverte dans la nuit du 96 ao 97 yàn^ diaprés les Mémoires de Bussy- Raiutitt (t II, p. 9, édition L. Liianne). — ' Le sens est : qui avoient transparle leiiet eomMnf.

vous aurez par ce moyen les quatre pièces que vous avez demandées, ^oîn i65^. si on les peut conduire au camp sans mauvaises rencontres.

I^azarin parle ensuite de Tenvoi de pelles de bois ferré, de mortiers, de bombes et de l'escorte de ces convois. Il espère pouvoir expédier deux mille grenades, etc. Il ajoute :

Gomme les ennemis nont pas d'équipage, de vivres ny d'artillerie, je ne croy pas qu'ils se puissent esloigner de leurs places pour en attaquer aucune des nostres ny entrer en France, et je voy bien que leur resolution est de se poster à Bouchain pour voir si, en attaquant les lignes, ou par quelque autre moyen, ils pourroient jeter un secours dans Valenciennes, lorsque, sa tranchée estant ouverte, ils croiront que vous aurez engagé une partie de nos forces contre la place.

J'ay jugé que, dans l'appréhension que les ennemis ont que l'on entreprenne quelque chose vers la mer, le Roy feroit une grande diversion s'il alloit de ce costé-là avec les troupes que nous avons aux environs d'icy; mais on ne résoudra rien sans vostre advis. Je vous prie de me le faire sçavoir ou si vous croyez que ce seroit assez d'aller à Arras, considérant tousjours qu'en ce cas, ce costé-cy demeuroit sans troupes et que vous ne seriez pas peut-estre si bien assisté que vous Testes présentement.

M. de Roncherolles me mande que, si les ennemis prennent leur poste à Bouchain, M. de Lislebonne seroit mieux à Landrecy quau' Quesnoy, estant plus prez des places frontières en cas qu'ils fussent en estât d'en attaquer quelqu'une, et seroit encore maislre de les empescher de pouvoir tomber sur Landrecy, car, pour Condé et le Ques-f noy, le camp y touche, et l'on feroit aussy facilement les convoys. Je' luy fais response que je vous en donneray part et que vous prendreî^ lù-dessus les resolutions que vous jugerez meilleures.

Juin i6.>6.

»t m , s tJti »rp Bs^aeg:^:»^— sa«aac it tfciMMtiTWI -if ^a— ^a^w:»8—i ^Maa— — »

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i, ^ i39 v*. — AflP. élr., France, U 39,

f* 198 , et L 973 , f" 81 ; copie du temps.

À M. SERVIEN

La Fëre, 98 juin i656.

(bxtbait.)

Mazarin ne parle, daas le commencement de cette lettre, que des sommes d*argent que demandent l'ëlecteur palatin et IMlecleur de Mayence pour des lerëes qu'on veut faire dans leurs États. Il insiste sur ia nécessité de payer ponctuellement l'électeur de xMayence. H écrit à ce sujet :

Quand je devrois engager ma vaisselle, je les ferois payer* à l'instant, si les finances n estoient pas en estât d'acquitter celte partie avec la ponctualité qui est nécessaire en ce rencontre, estant de Timporlance qUe vous sçavez de faire encore des efforts beaucoup plus considérables pour conserver ramitié dudit Électeur^, qui est disposé à contribuer aux advantages de cette couronne en Allemagne et qui en a le pouvoir au point qu'i!"* vous est connu.

Vous croirez aisément que ce n'est pas de mon adveu que Ton me qualifie prince du Saint-Empire*, ny d'autre façon, dans les actes publics; je sens, Dieu mercy, en ma conscience, que je n'ay pas grande tentation pour toutes ces vanitez.

Pour ce qui est de la revocation des grands vicaires et des autres choses que le cardinal de Retz a faictes, je me remets à ce que Ton en escrit à M. le Chancelier. Je vous diray seulement, en passant, que le Roy est persuadé que sa dignité ne luy permet pas de souffrir de

' Je ferais payer les sommes ducs. connu-». Le pronom lY était employé sou-

* L'arclievéque - électeur de Mayeuce vent au neutre par les écrivains de cette

était Philippe de Schœnborn, élu lecteur époque.

en iGAy, mort en 1678. * Mazarin avait droit à ce titre comme

' Le sens doit être : que rreela vous e*t évéque de Metz.

semblables attentats, d'autant plus qu'en dissimulant, au lieu d'em- Juin i656. pescher le trouble et le desordre dans Paris, il y contribueroit , puisque les gens que le cardinal de Retz a nommez S quand ils n'agiroient pas, par son esprit et par ses instructions, sont deux-mesmés tout portez à la sédition et au tumulte.

Sa M*^ a jugé à propos d'escrire une lettre à Tevesque de Toul ^ pour le consoler de l'affront que le cardinal de Retz luy a voulu faire, révoquant son grand vicaire en des termes injurieux^, mais, d'ailleurs, un si homme de bien, et d'une vertu et probité si généralement reconnues. Je- vous envoyé, pour cet effect, un blanc signé, que vous pourrez remplir et le donner, aprez, à M. le Chancelier, afin qu'il mande ledict evesque pour luy rendre cette lettre et l'accompagner des termes d'estime et d'affection^ de ia part du Roy, qu'il jugera convenables.

Il me semble qu'on pourroit mettre, dans iadicte lettre, qu'il ne se doit pas affliger de l'injure que le cardinal de Retz luy faict, puisqu'au contraii*e c'est un tesmoignage public de sa probité, de son aversion anï cabales et aux intrigues, de son application à bien administrer l'église de Paris et de son attachement au service du Roy, de* ce que le cardinal de Retz n'approuve pas sa conduite et l'a traité si indignement; qu'on n'a jamais douté de sa revocation, parce qu'on a tousjours esté asseuré que, quelque ordre qu'il pust recevoir de la part dudict cardinal, il ne feroit jamais rien contre son devoir, ny qui pust altérer le repos de la ville de Paris, et finir en luy disant qu'il doit estre certain de la protection du Roy et d'en recevoir des marques en toutes les occasions qui se présenteront.

^ Hondenoq, cure de Saiot-Sëverb » et à la Gn de TanDëe i655, M. du Saussay,

Ghassebras. (Voy. ci-dessus, pé i £9. ) administrateur du diocèse de Paris. U le ré-

* Voy. ci-dessus, p» 171. voqua en i656 et confia de nouveau Tau*

^ On a vu ci-dessus, p. 170, que Retc, toritë ecclésiastique à ses anciens grands

cédant aui instances du Pape , avait nommé « vicaires : Hondencq et Chassebras.

Juin i650. BBS.

BaSB«aBSB3Ba^^pS^SSXS3SCSSBSSSBSSS:SB^B^S^S::^BB^^BSBCXaae3SBaB«fBe

Bihl. nat., lû». £ fr., Milangei de CMert, t. 5i, f* i3i v*; minute. -** Ijes parties à ehifier

sont souligna. Le postseriptum est autographe,

À M, DE TURENNE

La Père, 98 juio f656.

(bztbait.)

J'ay veu, par un billet dudict jour (â6 juin), le péril que vous avez couru ea passant le pont de r£scaut\ dont je vous advoue quen mon particulier je ne suis pas encore bien remis, et, quoyque, dans le mestier que vous faictes, il soit (difficile que vous- ne soyez presque tousjours exposé, je ne puis que je ne vous conjure de vous conserver autant qu'il se pourra et de donner cela au désir du Roy et à mes instantes prières. D'ailleurs, je voy que vous vous fatiguez tant, qu'il est impossible que vostre santé n'en souffre, si vous ne vous mesnagei mieux ^, veu encore que M. le mareschal de La Fer té se trouve réduit en un estât qui ne luy permettra pas de pouvoir aller au siège, et que, par conséquent, vous n'avez aucun soulagement à espérer de ce costé-4à*.

Je voudrois bien que cduy que vous recevez de mon voisinage fost plus grand et que vous eussiez sujet de vous en louer encore davantage, mais je puis dire, au moins, avec vérité, que je n'y espargnc rien, et ce n'est pas peu que j'aye esté jusques icy assez heureux pour satisfaire assez abondamment à ce que vous avez souhaité. Je feray partir demain pour aller à Guyse tout ce qu'il y a de cavalerie et d'infanterie aux environs d'icy, c'est-à-dire, pour l'infanterie, Montauzier ^, La Ferté

^ Ce pont avait été ëtabli pour meltre en tonjours, de la plus rare modestie pour ce

communication les deux parties de Tarmëe qui le concerne, royale séparées par TEscaut. ' Le maréchal de La Ferté, qui était souf-

* Les Mémotreê de Turenne ne disent rien frant , ne prit part au siège qu*en juillet 1 656. ni du danger qu*il courut le 96 juin, ni des * Les r^ments de Montauxia*, La Ferté

fatigues dont parle Mazarin. Il est , comme et Douglas.

et Douglas et cent Italiens, et sept à huit regimens de cavalerie avec Juin i656. des compagnies de gendarmes et de chevaux-Iegers. Si iesdictes compagnies ne vous sont pas nécessaires, il seroit bon de les renvoyer, ou, en tout cas, les compagnies du Roy et les miennes, ou bien celles du Roy seulement, suivant le besoin que vous en aurez; car si vous n'avez pas affaire des unes ny des autres, le mieux sera de les renvoyer toutes.

J'espère aussy vous envoyer demain dix-huit ou vingt mille livres, quoyque nous n ayons pas encore icy tout l'argent qu'il seroit à désirer.

Comme nous vous envoyons généralement tout ce qui nous reste de troupes, tant de cavalerie que d'infanterie, sans en retenir aucune et sans qu'il demeure quoy que ce soit aux environs d'icy, je vous mets eu considération si les ennemis, ne réussissant pas à l'attaque des lignes, ne pourroient point rebrousser chemin et venir en ces quartiers faire une équipée de vingt-quatre heures pour voir s'ils ne pourroient point insulter quelque place, dans laquelle il pourroit arriver qu'il n'y eust personne. Je vous prie d'examiner la chose et me mander, s'il vous plaist, vostre advis là-dessus, comme aussy, en cas qu'il soit vray ce que m'escrit M. de Mondejeu, que le bruit couroit que les ennemis se fortifioient à Arleux ^

Je croy pouvoir personnellement me rejouyr avec vous- de l'arrivée du convoy que M. deBridieu^ conduisoit, et je suis persuadé que vous n'aurez pas eu peu de satisfaction de le voir arriver «i à propos, estant considérable comme il est pour les vivres, y ayant tout ce que vous avez souhaité pour l'artillerie, et de [voir] les trois ou quatre cents charrettes de vivandiers et marchands chargés de toutes sortes de denrées.

Je viens d'apprendre par un courrier, qui m'a esté depesché d'Ârras, que les ennemis estoient partis du Pont-Arasche^ et que, par quantité

^ CheF-iieu de cantoo du département * Gouverneur de Guise. (iVoy. t. 111, du Nord, arroodissement de Donay. Cette p. 3^4, note i, des Lettres de Mazatin.) vîUe appartenait alors aux Espagnob et ne ' Ce nom parait allërë. Il faudrait peutdoit pas être confondue avec Arieux-en- être lire : Pont-è-Mark, aujourd'hui chef- Gohelle. " lieu de canton du département du Nord.

MASAKII. — TU. Sa

Juin i656. de prîdQMiiQrs que Ton faict de ce eosté-ià, on a sç^i que Ton ne parloit plu8 danfi leur armée de donner aux lignes; qu'ils ont plus de ca*valerie que d'infanterie, ayant la gendarmerie du pays; que Ton avoil compté quatre-vingt escadrons ^t vingt et deux bataillons, entre lesquels il y en a dix ou douze dont le plus fort n'estoit pas de trois cents hommes.

' J'adjousteray ce mot pour vous dire que le Roy, pour mieux sasseurer le passage des troupes que S. M^^ vous envoyé, a choisy M. de Na vailles^ pour conduire et commander ce corps, et il partira sans faute de Guise après-demain vendredy 3o ; il a ordre d'exécuter ponctuellement les vostres (vos ordres). C'est pourquoy vous prendrez soin, s'il vous plaist, d'envoyer au-devant de luy pour luy faire sçavoir vos intentions et s'il devra laisser quelqtjie infanterie à Landrechi (s»c), M. de Roncherolles m'escrivant que vous aviez faict response à M. de liislebonne que ledict sieur de Roncherolles en avoit affaire. Il se pourroit adresser à nous pour avoir un régiment de ceux qui estoient k ces environs-cy. M. le mareschal de La Ferté envoyera trois cents hommes de pied et cent dragons qu'il avoit retenus auprez de luy.

Aiï. ëtr«, Angleterre, t. 66, f* 3oo. — Minote.

À M. DE BORDEAUX

[ Fin de juin ou commeocemenl de juillet i656\]

(UTBAIT.)

Mazarin commeflce par lui dire que les embarras de la guerre et la goutte font empêcha de lui écrire aussi souvent qu'il l'aurait souhaité. Il continue ainsi :

^ Ici commence la partie aaiogiiiphe. a été écrite à l'époque où le colonel Lqckharl

* Voy. les Mémoires de NavaiUe$, p. 170 était en France et traitait avec Masariu,

et suiv. (Édii. d'Amstei-dam, p. 1701.) c'est*à-dire en i656; je suppose qu'elle doit

^ U n'y a aueune indication de lieu ni être datée de la fin de juin on du commen-

de date ; le eontenn de la lettre prouve qu'die cernent de juillet 1 656.

Je vous diray que ledict colonel (Lockhart), qui est dans une civH Juin iG56. ^ lité qui ne peut pas estre plus grande,. et lequel a aussi tout sujet de se louer du traitement quon lui rend, me fit cognoistre, de la part de M. le Protecteur, dans sa dernière audience, que lambassadeur de Hollande ^ luy avoit proposé une liaison plus estroite entre celte couronne, l'Angleterre et MM. lès Estais, lui tesmoignant que Sa M^ avoit desja déclaré quelle en seroit très ayse; mais que, nonobstant cela, luy, Protecteur, n'avoit voulu faire aucune response avant que d'en donner part icy, pour sçavoir les instructions du Roy.

Pour moy, je luy ay dict, après l'avoir remercié -de sa sincérité et de la manière obligeante avec laquelle il traitoit, qu'il se pouvoit faire que Sa M*^ entendist à cette proposition , mais que l'ambassadeur de^ Hollande avoit eu grand tort d'advancer ce qu'il luy avoit dict, puisque Tambassadeur de MM. les Estats^ en cette Cour n'en avoit jamais parlé.

Quant à ce qui est d'entreprendre quelque chose contre les Espagnols du costé de la m^er, conjointement, et de m'assenrer que la flotte angloise, composée de quarante-cinq vaisseaux, qui est aux costes d'Espagne, passeroit dans la mer Méditerranée, qu'elle se joindroit volontiers avec celle du Roy pour entreprendre de concert quelque beau dessein et contribueroit sincèrement tout ce qui pouvoit dépendre d'elle pour le bon succez de l'entreprise, suivant le concert qui en seroit faict, il est certain que, pour ce qui est de la mer Méditerranée , ii m'a dict tout ce que dessus fort obligeamment, et, pour l'autre, que M. le Protecteur, estant adverti quinze jours ou trois semaines auparavant, il mettroit une flotte dans la Manche, capable non seulement de battre ce que les Espagnols pourroient assembler de vaisseaux, mais aussy qui que ce soit qui voulust prendre leur parti; qu'il pourroit mesme faire descendre à terre quatre mille fantassins pour prendre un quartier et agir au siège qu'on formeroit, et qu'on pourroit ensuite convenir du dessein et des conditions; mais qu ayant esté obligé à faire d'excessives dépenses pour mettre à la mer et entre-

' Il s'agit ici de FambasBadenr de' Hoflande en Angkterre. Cette nëgoektiOD se-poorniivra pendant toute l*ann^e suivante. — * Les États- des ProvinGdtf-Umes'.

Juin i656. tenir la flotte qui est aux costes d'Espagne, pour ce quti envoie à la Jamaïque^ et pour la flotte quil prépare pour tenir la Manche, il demandoit qu'on lui prestast une somme d'argent pour la levée de ces quatre mille hommes de pied.

J'ay respondu fort civilement sur tout cela, iuy feisant cognoistre que toutes les facilitez qui pourroient estre apportées de la part du Roy pour entreprendre quelque chose contre l'ennemy commun, Sa M^"^ les apporterait très volontiers; mais qu'on ne pouvoit pas songer à l'exécution, que l'entreprise à laquelle on est desja attaché^ ne fust finie; que cependant l'on pouvoit bien traiter des conditions. Je vous donne advis de tout; mais il sera bon que vous ne tesmoigniez pas ^d'estre informé de la proposition d'entreprendre du costé de Dunkerque, si l'on ne vous en parle de delà.

J'avois oublié de vous dire qu'il m'avoit encore oflert de la part de M. le Protecteur que, si nous avions besoin de vivres ou de munitions de guerre, il nous feroit apporter à Calais sur ses vaisseaux toutes les choses que nous désirerions de cette naturé-là. Je Fay prié de m'en faire sçavoir le prix ; mais je seray bien ayse que vous vous en informiez aussi pour me le mander, c'est-à-dire ce que couste le septier de grains, moitié froment et moitié seigle^, combien le cent de poudre à

' Ces détails indiquent que la ietlre a du être écrite en 1 656 ; on trouve plus loin une allusion au siège de Valenciennes , qui détermine d'une manière plus précise la date de cette lettre.

' Mazarin veut parier du siège de Valen-

eiennes.

Il s'agit ici du setier de Paris de 1 56 litres, dont il a été parié plus haut. Avant de conclure aucun marché, Mazarin tenait naturellement à comparer les prix du grain en Angleterre et en France. Ces prix, estimés en iirancs actuels de quatre grammes et demi d'argent fin et ramenés à nos mesures modernes , font ressortir le coût moven de Thec^ tolitre de blé , pendant la période décennale

i65i-i66o, h 19 fr. îo en France et h 1 8 fr. 3o en Angleterre. Mais la moyenne firançaise de 1 9 fr. 3o recouvrait de grandes in^atités : si Thectolitre de blé se vendait alors jusqu a 37 francs en Champagne et jusqu'à A 9 francs en Bourgogne, provinces désolées par la guerre, il ne valait que 17 francs dans rile-de-France, 1 3 francs en Picardie, 9 francs en Saintonge et 7 francs même en Normandie. Or il était facile au Gouyemément de faire porter à. Oriais, par mer, les céréales de ces dernières régions. (Voy., sur les prix de la Grande- Bretagne, Touvrage de M. Thorold R<^[er8, Hiêiiofy of àffrhmlîMre and prieei m Bifflani.)

seize onces la livre S comme aussy le plomb , la mesche, les cordages Juin t65G. servant pour Tartillerie et les grenades.

Pour ce qui est de la levée de deux mille hommes , partie Anglois, partie Irlandois, dont vous m avez mandé que vous estiez comme d'accord, je vous escrivis de Paris que nous n'avions pas d'argent pour cela. J'adjouleray présentement que nous avons encore une plus forte raison, qui est le juste soupçon que les Irlaudois que nous lèverions ne fussent pour les Espagnols, lesquels ils vont trouver aussytost, voyant que le roy d'Angleterre* est avec eux, et ne doutant point que les gens qui sont auprez dudict roy ne fassent bien des intrigues parmy les troupes de cette nation, qui servent présentement en France, pour les obliger à s'aller rendre du costé des Espagnols; neantmoins, si nous pouvions avoir effectivement, pour le premier jour d'aoust^, mille hommes, dont la moitié fust de toute autre nation que d'Irlandois, je trouverois la somme qu'il faudroit pour cela et conseillerois le Roy à la bazarder, dans la nécessité où nous sommes de trouver des renforts d'infanterie ; mais il faut absolument prendre ses mesures eu sorte qu'on ne perde pas l'argent , et se faire donner une caution en France, par laquelle nous soyons asseurez qu'il ne nous coustera qu'autant de douze escus^ qu'il viendra d'hommes effectivement.

* Le kilogramme de poudre de guerre eoAtait alors à TÉtat, en France, environ 4 fr. Ào , c^est-h-dire à peu près (b double de ee qu*S vaut aojourd*huî, et le quadruple, si Ton tient compte de la valeur de l'argent en 1 656. An milieu de la guerre de Trente ans , en i63â , la valeur marchande de la poudre 8*ëtait même élevée jusqu'à 5 francs le kilogramme («5 SQUS tournois la livre). Les prix, en i656, n'étaient pas sensiblement difërents en Angleterre; beaucoup de nos munitions de guerre étaient importées de Hdiande. Le plomb se vendait dans le cornmeree, en France, &o francs les loo kilogrammes, à Tétat brut; les balles de mous-

quet se payaient 70 francs. La mèche valait environ 3& francs le quintal métrique.

' On se rappelle que llriande s'était soulevée contre Cromwell et n'avait été domptée qu'après une guerre sanglante. Les Iriandais reconnaissaient toujours Charies II pour leur roi.

' Cette indication nous a fail encore penser que cette dépêche a dû être écrite en juin ou au commencement de juillet.

* Il s'agîl, dans ce passage, de la somme demandée pour chaque homme débarqué en France. — Douze écus, de trois livres tournois chacun; équivalent, au poids du métal, h 58 fr. 5o de notre monnaie. C'était

jiiiiicii656. Je VOUS prie de presser en Ëseosse la levée que nous y faisons et mander que, s ils peuvent lever un plas grand nombre, ils le fassent, puisque le colonel Lockhart m'a dict que M. le Protecteur en donneroit volontiers la permission, et vous pourrez, en cas de besoin, avoir œcours à luy pour lobtenir.

Bibl. nat., ms. f.fr., Mélanges de Colberi, t. 5i, f* 189 v*; xmnate. Les passi^ges à chiffrer sont soulignes. — Aff. ëlr.^ Pays-Bas, sans indicatioQ de page ni de copie da temps. A la suite de cette copie se trouvé ime addition de la main de Rose, qui n'est pas dans le ms. de la BiU. nat.

k M. DE TURENNE.

LaFère, 1*' juillet i656.

M. de Bridieu est arrivé icy, qui nous a dict les nouvelles du camp et Testât de toutes choses. Il m'a rendu un billet de vostre part, auquel je ne responds rien, y ayant satisfait par advance en vous envoyant l'argent et les troupes. Nous avons grande impatience de sçavoir que M. de Navailles, qui les conduit, soit arrivé au camp. Ce ne vous sera pas un mauvais renfort dans cette conjoncturel

Nous attendons aussy des nouvelles de ce que les ennemis auront faict, avec l'impatience que vous pouvez juger, Taflaire estant de l'im-

un prix notablement plus fort que celui qui dtait payé en France, à la même époque, pour les ^ens de pied. Les engages dans le régiment d'Albret, levés en Languedoc (i65i), recevaient deux pistoles d'or, soit 3a fr. 60. Vingt-dnq ans plus tôt, on levait des soldats h discrétion, moyennant ui^ prime d'enrôlement de 6 fr. 5o. On voit combien la' guerre avait fait renchérir la marchandise*soldat. Maiarin avait donc tort de. se plaindre plus haut (voy. p. a&a) que rélecteur palatin lui demandât 8,000 rix<dales (ou 98,000 francs) pour 3oo fantas-

sins et 5o cavaliers. Ce chiffre nepandt pas beaucoup plus élevé que celui qu'il o&e lui-même au Protecteur d'Angletenre.

^ Nava31esditden8se6JtfeMo«ref(p. 179 de i'édit. citée) : crLe lendemain de mon arrivée, M. de Tureone me mena voir les lignes. Je m aperçus d'abord de l'avantage des «memis. 11 me diet que, s'il avoit eu assez de troupes, il n'auroit pas manqué d'occuper l'éininenoe dont je viens de parler. Cette éminence dominait le camp des assiégeants; elle n'étoit esldgnée de nostre camp que de la portée d'un mouaqueLi)

portanee dont elle est, et ayant advis qu'ils sont en présence. Je ne JaîUet i656. sçay pas si vous avez résolu de former au Quesnoy un grand corps de cavalerie de celle qui y est desja et de celle que M. de Navailles conduit, afin de harceler les ennemis et leur donner à penser dans le temps qu'ils attaqueront les lignes , ou si vous ferez entrer tout cela dans les lignes; mais je croy bien que la journée ne se passera pas que ma curiosité ne soit satisfaicte, estant impossible que je n'aye des nouvelles du camp ou du Quesnoy.

M; le mareschal de La Ferté arriva hyer au soir à^Guyse et prétend passer à larmée. Il mènera tousjours cinq ou six cens hommes avec luy et grande quantité d'officiers; mais il est' bien estrange que ces messieurs ne croyent estre obligez de se rendre à Tarmée qu'au mois de juittet. C'est une chose à laquelle l'on a résolu de remédier abso-* lument à Tadvenir ^

Je suis adverti de bon lieu qu'il y a quelque chose dans Valen-^ ciennes qui ne va pas bien, et que cela obligera les ennemis à tenter le secours sans delay; ce qui ne réussissant pas, j'oze vous respondre que la place ne tardera pas, après cinq ou six jours, à capituler.

Aff. ëtr., Pays-Bae, t. Sy (sans pagioation). — Minute de la main de Rose»

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