‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 3)Chapitre 34 sur 100 · AU CARDINAL ANTOINE BARBERINI · texte numérisé non relu

AU CARDINAL ANTOINE BARBERINI

La Fère, 9 juillet i656.

(bxtbait.)

Mazarin, après s'être plaint de la cour de Rome dans sa conduite à Tëgard du cardinal de Retz, continue ainsi :

La risolutione presa dal cardinale (de Retz) di rivocare M. du Saussoy sarà la pietra di paragone cbe ci farà conoscere più chiara l'inlentione del Papa, poiche, essendo offesa in essa non meno rauttorita sua^ che quella del Re, S. S^dovrà di ragione fare apparire ai mondo qualche risentimento contro il suddetto cardinale; e frà tanto essendosi N. S^

' Ce dernier paragraphe de la minute n'est pas de la main de Rose. — 'Le pape Aieitandre VII avait conseifië à Rets de nomn]?r M. du Saussoy administrateur du diocèse de Paris.

MAXAIIIII. — fil. 33

mytniBlUB BAtlOIALII.

Juillet i656. dlchiarato con molti di desapprovare questa rivocatione e di non havervi havuta parte alcuna e di havere ordinato à Mons"' Rospigliosi di fario sapere quà al Nuntio, corne mi scrive il sig'^ card*^ Bichi ed il padre Duneau , del ordine del padre Sforza Pallavicini , dovemo [sic) credere che taii siano i sentimenti di S. S^ quali cssa gli dimoatra, et è nostro vantaggio, di publicarlo^ e V. Em. che ne hà sentita la confîrmatione ancora per mezzo del segretario del Nantio quô liberamente pariare con tutti nella medesima conformita, e parttcolarmente con i vescovi ed altri depnlati dell' assemblea, acciô tanto più arditamente prendino quelle risolutioni che si richiedono in questo caso, ed il mondo, formi quel concetto che deve d'un attione seditiosa e turbulente, corne questa.

CLWIII.

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colberl, t. 5i, f° tiiA v". — Minute. Les passages à chiffrer sont envelopp(5s, dans la minute, au lieu d^étre soulignes.

A M. DE TURENNE

La Fère, 5 juillet i656.

J'ay receu le billet que vous avez pris la peine de m'escrire le 3 (le ce mois. Je ne vous puis exprimer la douleur que j'ay ressentie de toutes les blessures que tant de braves gens ont receues^ et pour surcroisl d'affliction nous venons d'apprendre celle du chevalier de Gr^.quy'*. On luy a aussytost envoyé Félix*. Je veux espérer, pour ma consolation, qu'il n'en aura que le mal; mais outre celuy qu'il souffre.

' Retz, après avoir blessf^ le Pape par la rt^vocation de M. du Saussoy, fiit obligé de sortir de Rome.

* Voy. , aux Analyses, la lettre du ^juillet à Tabbë Fou<{uet. Comparez les Mémoires de Puysëgur, qui commandait le régiment de Piëmont dans le quartier du mai-échal de La Ferté.

' H fut blessé par Texplosion d'une mine, qui fut fatale au lieutenant général Espiès. ( Voy. ci-dessns , p. a 3 â . )

* François-Félix Tassy, premier chirurgien du Roi en i653 , mort en 1 678. Il est le plus souvent mentionné sons ce prénom de Félix dans les lettres de Mazarin. (Voy. ci-dessous, p. 968 et 3o4.)

cen est un grand pour le service du Roy qu'il ayt esté blessé de la Juiltei i65(>. sorte; car il y a apparence que, sans ce malheureux accident, nous eussions .peut-estre conservé le logement que nous avions faict sur la contre-escarpe, s'il est vray, comme l'on dict, que nous l'avions faict etsoustenu plus d'une heure. Je fais partir des vivres, comme aussy les vingt milliers dépendre. Le tout doit aller à Landrecy et est chargé, partie sur des chariots de vivres, partie sur des chariots de la Cour; mais comme les voitures de la Cour ne peuvent pas aller plus avant que Landrecy à cause du besoin que nous en avons, il faudra, s'il vous plaist , que vous donniez ordre à ce qui sera nécessaire pour y suppléer ^ J'ay escrit à M. de Bridieu et à M. de Roncherolles *, afin qu'ils s'entendent ensemble pour asseurer le passage de convoy jusqu'à Landrecy. J'attends au premier jour l'arrivée des regimens de Villequier, de Mondejeu et d'Esquancourt, et je fais estât de les envoyer à Landrecy, tant pour servir aux escortes que pour incommoder les ennemis en leurs vivres et fourrages.

Quelques uns proposent que, si les garnisons d'Arras, de Bethune et de la Bassée pouvoientse saisir du poste d'Arleux, les ennemis, qui tirent la plupart de leurs convoys de Dpuay par Bouchain en seroient fort incommodez; mais je ne sçay pas si cela est praticable, et si, après s'estre emparé de ce poste, on pourroit le conserver. Je vous donne part de cet advis, afin que vous preniez la peine de l'examiner et que, si la chose vous semble faisable, vous preniez la peine de me le mander, ou à M. de Mondejeu et à ceux qui commandent dans les deux autres places.

Je feray couler incessamment le plus de vivres que je pourray d'icy

^ Comme od le voit sans cesse, la question des transports de vivres et de munitions est une de celles dont Mazorin est, le plus souvent, obligé de s'occuper en personne. C'était, de toute Torganisaiion militaire, la branche la plus arriérée. La plupart des o£Eh ciers considéraient le cr charroi n — notre moderne ir train des équipages» — oranme

une besogne avilissante et qu'ils dédaignaient. Pourtant, les armées de ce tempv avaient plus de bagages que celles du nAtre, et les fantassins, qui ne portaient avec eux que leurs armes, étaient autorisés à avoir une charrette par huit on dix hommes.

* Le premier était gouverneur de Guise, et le second de Landrecies.

Juillet 1656. à Landrecy pour i armée; car encore que nous ayons tout sujet d'espérer que l'entreprise réussira heureusement pour nous, elle pourroit durer quelque temps, et il est de la prévoyance de pourvoir à tout de bonne heure. Aussy devez-vous estre asseuré que je feray, de mon costé, tous les efforts possibles afin que vous ne manquiez d'aucune chose, et comme rien n'est capable de nous donner plus de peine que de rebuter l'infanterie en l'exposant souvent à des choses hardies qui ne luy réussissent pas, il semble qu*il est de la dernière importance de prendre le parti d'aller pied à pied pour la conserver et [de] bien payer les travaux*, afin qu'elle serve gayement, et voyant d'un costé qu'on la mesnage et que de l'autre elle est bien payée, elle ne songe pas à déserter; cette conduite me semble la plus seure, car elle peut bien couster huit jours de temps davantage; mais en donnant bon ordre que vous ne manquiez pas de vivres ny de munitions de guerre, c'est le meilleur moyen de venir à bout de l'entreprise. Il faut donc pourvoir, de vostre costé, à la seureté des convoys de Landrecy au Quesnay, et du Quesnoy à l'armée, ou de Landrecy tout droit à l'armée par Saint-Guillain et Gondé, sans toucher le Quesnoy, et par ce moyen j'ozerois respondre que tout ira à souhait; et malgrévla résistance des assiégez et les efTorts des ennemis avec une armée en présence pour secourir la place, vous la prendrez, et ils ne seront que les spectateurs de la gloire des armées du Roy.

J'attends avec impatience de sçavoir que M. le mareschal de La Ferlé soit arrivé en bonne santé au camp.

Il est remis à vous de retenir ou de renvoyer les compagnies du Roy et les miennes. Vous en pourrez user ainsy que vous jugerez à propos.

* Il n'existait alora, comme on sait, rien lie semblable à ce que nous nommons aujourd'hui le rr génie 9). Tout au plus employait^n, pour les besognes difficiles, des r pionniers à livrée n ou des «rrompeurs de rocs«% De plus, les soldats n'étaient pas encore astreints, par Tusage, à remuer euxmêmes la terre pour tracer les fortifications.

On leur payait donc le plus souvent ce travail h la tâche, en dehors de leur solde, pour les encourager à le faire avec rapidité. Cette rémunération des terrassements est même assez élevée : elle atteint ho sous et un écu pour la toise cube, soit, intrinsèquement, 5o centimes de notre monnaie pour le mètre cube.

SM^M^naaaBViHa^Bn

■ Juaiet i656.

GLXIX.

Aff. ëtr., Franee, t 991, P aiâ. — Originai signé.

À M. SERVIEN

LaFère, 5 juillet 1 656.

(bitbait.)

n faudra voir quels ordres recevra le résident de M. l'Electeur palatin; s'ils luy donnent lieu de passer outre à la conclusion du traité, aux conditions arrestées, on le pourra faire.

Je vous remercie de tout mon cœur de ce que vous me mandez à Tesgard de la somme qu'il faut donner à M. l'Electeur de Mayence. Je vous envoyé l'ordonnance, afin de la faire assigner comptant à l'Espagne; en cas que la nécessité, où l'on est à présent réduit, ne donne pas lieu de l'acquitter avec la ponctualité qui est nécessaire, je ne refuse pas l'offre que le zèle que vous avez pour le bien de l'Estat vous a obligé de faire; mais je prétends de partager avec vous le mérite du service que nous rendrons en cette rencontre ^ Il sera bon cependant que vous parliez à M. le Procureur gênerai , afin que nous ayons un bon fonds pour le remboursement payable dans trois ou quatre mois.

Pour ce qui est du cardinal de Retz et du grand vicaire, je n'ay rien à adjouter à ce que j'ay escrit sur ce sujet à M. le Chancelier et au mémoire que je luy ay envoyé. Les advis de Rome sont fort considérables, et ayant encore veu ceux que M. le Cardinal Anthoine^ a receus et un discours que le frère du Pape^ (qui a beaucoup de sens, k ce qu'on me mande) a tenu à M. le Cardinal Bicbi, je croy que Sa Sainteté a grande envie de s'accommoder\ et, si cela est, et qu'il

* On a vu ci-dessiis, p. aâô, que Maza- ^ Probablement Mario Ghigi, frère aine

nn avait proposé d'avancer cette somme. d'Alexandre VU; il fut gouverneur de Rome

' Antonio Barberini. (Voy. 1. 1, p. 910, sons le pontificat de ce pape, des Lettres de Mazarin.) * Avec la France.

Juillet 1656. veuille profiter de l'ouverture que luy en donne le cardinal de Retz, ayant faicl une chose qu'il ne devoit pas faire et qui blesse le respect et Tautborité du Pape, [le Pape] prenant quelque resolution contre luy, il n y auroit aucune difficulté, de la part du Roy, au restablissenient d'une parfaicle intelligence avec Sa dicte Sainteté.

Si vous prenez la peine de faire une minute de ce que vous jugerez que je doive escrire au secrétaire de M. de PiennesS afin d'estre esclaircy de l'advis qui nous a esté donné, je m'en serviray.

Je suis marry de la peine que M. le prince de Hombourg^ a prise de revenir en France, dans un temps où l'on est fort embari^ssé et qu'on ne peut pas respondre que le Roy puisse, demeurer trois jours en mesme lieu; il me semble que, s'il eust voulu envoyer une personne de confiance, il eust faict le mesme effect. Je vous prie donc de faire tout vostre possible pour l'obliger à vous communiquer ce qu'il a à nous proposer, l'asseurant que vous me le fairez sçavoir et qu'il recevra une prompte response; et, en ce cas, je seray bien ayse que vous m'envoyiez vos ad vis sur les propositions qu'il fera. Il ne sçauroit venir icy sans recevoir une très-grande incommodité, et peut^estre, en y arrivant, il trouveroit le Roi party. II. faudra luy donner quelque assistance, et je vous en envoyeray l'ordonnance au premier jour. Je luy fais response, me remettant à ce que vous luy direz, et vous tascherez, avec toute sorte de civilité, de le disposer à attendre la response à Paris , que l'on y envoyera sans aucun delay.

Gravelle ne m'a rien escrit touchant le voyage qu'il a fait en Bavière avec ledict sieur prince, mais je me doute bien qu'il ne s'y est rien passé de considérable et que l'on s'est promis avec trop de facilité de porter le duc de Bavière à faire certains pas* qui ne sont pas

^ Voy. sur M. de Piennes, t. III, p. 670 1677. Il avait embrasse ie catholicisme et

et U'jùy des Lettres de Mazarin. Il a été parait avoir été mi agent dévoue du paKi

question ci-dessus, p. a 49, du motif qui finnçais en Allemagne,

engageait à lui écrire. ^ Je pense qu^il s'agissait pnri)ablement

* Probablement Georges Ghristien de d'engager le duc de Bavière h se porter

Hesse-Hombourg , né en 1636, mort en candidat à TËmpire, en cas de vacance^

propres à cette maison-là, qui se gouverne par des maximes contraires. Juillet i656. Vous pouvez vous souvenir de quelle manière j'en ay tousjours parlé.

Aff. ëtr., Pays-Bas, t. Sy (sans indication de page ni de folio). —

Minate de la main de Rose.

La Fère, 6 juîllfît i656.

(rxtrait.)

Gomme j'estois sur le point de vous envoyer la lettre cyr-jointe\ j'ay receu la vostre du 4 au soir avec la douleur que vous pouvez vous imaginer, puisque non seulement je vois la confirmation des blessez que vous avez eus, mais aussy le danger du chevalier de Grequy, quon alloil trépasser, et la blessure du colonel Mo]ondin^ qui nous sera d'un grand préjudice, veu qu'on peut dire avec vérité que c'estoit i'ame qui faisoit mouvoir tout ce corps des Suisses, lequel, comme voussçavez, est fort depourveu d'officiers ^

Il sera de vostre prudence et de celle de M. le mareschal de La Ferté de songer à quelque moyen par lequel on ne s'expose pas à recevoir du préjudice lorsque les Suisses entreront en garde*. Je ne sçay pas s'il sera praticable et s'ils voudront que l'on mette quelques regimens François avec eux. L'affaire est délicate; il la faut conduire avec adresse; mais peut-estre les Suisses mesmes, cognoissant le manquement qu'ils ont d'officiers, consentiront qu'on y remédie par quelque expédient^.

Leurs Majestez ont ressenti extrêmement les blessures de tant de braves gens et ont chargé Félix® de les voir tous de leur part.

* Voy. ci-dessus, p. a&â, la lettre du ^ Les cinq derniers mots de cette phrase 5 juillet à Turenne. sont soulignés.

* Colonel d un régiment suisse. ^ La fin de ce paragraphe, depuis les ^ Ce passage, depuis e'esttnt l^ame, est mots le manquement, est soulignée.

presqneentièrementBouUgnédansla minute; ' Chirurgien célèbre. (V07. plus haut,

ce qui indique qu'il devait être chiffré. p. 958.)

Joiliei i656. Vous verrez, par la lettre cy- jointe, comme j'avois desja songé aux mesmes choses dont vous me parlez, estant persuadé que tout le secret de cette affaire consiste à donner bon ordre que vous ne manquiez ny de munitions de guerre ny de vivres S et j'avois commencé à y travailler à bon escient, en sorte que , demain matin , une heure avant jour, partiront de Guyse les charrettes de vivres, accompagnées de quelques autres que l'on a assemblées dans ce gouveniement-là , et portant deux mille sacs de farine, et dans une heure je feray partir d'icy vingt milliers de poudre bien pesez et quatre mille grenades avec huit cens fusils^ qui se sont trouvez icy, le tout chargé sur les chariots du Roy et de la Reyne et les miens'.

Gela arrivera ce soir à Guyse, escorté par soixante quinze gardes du Roy et autant des miens, avec ordre de passer outre et de faire tout ce que leur ordonnera M. de Bridieu, lequel conduira le convoy, ayant desja pris ses mesures avec M. de RoncheroUes pour le mener en seureté à Landrecy. Il y pourra avoir cinquante à soixante chevaux qui [•estoient]* à Riblemont^.

J'ay mandé audicl s'' de Bridieu^ de vous advertir par deux endroits de son départ, afin qu'il puisse, à Landrecy, sçavoir ce qu'il aura à faire; car il seroit bon qu'il pust remettre tout le convoy à M. de Lislebonne, afin de s'en revenir avec les gardes du Roy et les miens pour estre

^ Passage souligné depuis ne manquiez.

* Le fdsil à pierre, dont on voit les Anglais se servir dès lôaS, ëtait encore chez nous une nouveauté. Il n'avait pénétré en France qu'à Tépoque de la Fronde, et Tensemble de nos troupes n'en fut armé que vers la fin du xvii* siècle. Sous Mazarin, le mousquet, dont l'invention datait du règne de François I*% était presque exclusivement en usage dans Tinfanterie de campagne.

Dans les petites garnisons et parmi les gardes bourgeoises des villes de second ordro , on rencontrait encore Tancienne arquebuse à rouet. Ces premiers fusils ne' pos-

sédaient pas encore la baïonnette; aussi les piquiers formaient-ils encore une partie des effectifs de gens de pied.

' Toute la fin de ce paragraphe , depm's demain matin, est soulignée.

^ Mot douteux.

* Voy. sur Ribemont, que Mazarin écrit Riblemont, le tome V, p. 646, note a, des Lettres de Mazarin.

* Les lettres de Mazarin à Bridieu , RoncheroUes, Talon et autres se trouvait dans le même volume. Je me suis borné à les indiquer aux Analyses pour ne pas fidre double emploi avec la lettre adressée à Turenne.

prest à faire un autre convoy lorsque nous en aurons le moyen ^ J'y juiiiei i656. travailleray incessamment; mais, pour faire quelque chose de considérable, il faut renvoyer les charrettes des vivres ^ et l'on pourra alors envoyer un grand convoy à Tarmée, prenant de Landrecy à Saint» Guillain^, ainsy que vous verrez que j'avois desja jugé, quoyque, comme vous jugez aussy, prenant un peu de détour, Ton peut espérer daller en seurété du Quesnoy au camp*.

Mazarin continue à donner des détails sur les munitions déjà fournies ou à envoyer à iarmëe. II ajoute :

J'ay eu bien de la joye à la nouvelle que vous m'avez donnée de l'arrivée de M. le mareschal de La Ferté, et je commence à croire aussy bien que lu y que l'air du camp sera meilleur pour son entière guerison que celuy de la [Cour*].

Mazarin termine par des recommandations, qu il a déjà faites, de ménager Tinfanterie et de veiller attentivement à la conservation de la digue®.

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges dç Colhert, t. 5i, f* i53; minute. — *

Les passages à chiffrer sont soulignés.

À M. DE TURENNE

La Fère, 9 juillet i656.

( EXTRAIT

Je suis a£Bigé au dernier point de la perte que Ton a faicte de tant de braves officiers et de soldats dans le logement de la contrescarpe

' Soaligné depuis eofwoy à M, de lÂsk- * Souligné depuis prenq$t tm peu de dé-

hotme jusqu'à la fin de la phrase. tour.

' Les cinq derniers mots sont soulignés, * Mot douteux.

' Soidigné depuis envoyer un grand eon- * Voy., ci-dessus, la lettre adressée à

voy. Turenne, en date du t*' juillet 1660. «uiiiiii. — TU. 34

Juillet i656. et quavec cela les assiégez nous ayent encore empesché, la dernière nuit, de le garder par le moyen de fourneaux qu'ils ont faict jouer. . Je viens encore d'avoir nouvelle de Piedmont qu'après avoir investi Valence et faict en cinq jours la circonvaliation avec deux ponts sur le Po, le pauvre comte Broglia, en recognoissant l'endroit où l'on devoil ouvrir la tranchée, fut blessé d'une mousquetade à la teste, qui luy donna bien le temps de me depescher un gentilhomme pour me faire ses coraplimens, mais non pas de vivre plus de seize heures ^ Vous sçavez qu'il avoit du mérite et s'il estoit de mes amis; C'est pourquoj vous n'aijrez pas grand peine à croire la douleur que j'ay de sa perte. Je m'asseure que vous et M. le mareschal de La Ferté en serez fort faschez, sçachant que vous faisiez grande estime de luy et Taymiez beaucoup.

L'on devoit, lundy passé, ouvrir la tranchée, et, n'y ayant que six à sept cens hommes dedans [Valence], l'on a sujet d'en bien espérer, d'autant plus qu'un secours de trois cens hommes choisis, que Ton avoit voulu jeter dans la place, avoit esté deffaict, en sorte qu'il ne s'en est pas sauvé trente, tout le reste ayant esté tué ou faict prisonnier avec les officiers qui les commandoient.

Je vous priois, par une de mes lettres^, aussy bien que M. le mareschal de La Ferté, de mesnager avec grand soin l'infanterie, de peur de la rebuter. Je vous conjure encore de la mesme chose, car vous ne sçauriez vous imaginer la peine qu'il y a d'en avoir. J'espère pourtant d'en faire partir mercredy ou jeudy matin sans faute un corps de dix huit cens hommes, composé du régiment royal, de deux cens tant d'hommes qui sont venus de Brouage par mer pour le régiment de La Ferté et de' deux cens de la recrue de celuy de Bretagne^. J'espère aussy que le régiment de Villequier, qu'on dict estre

^ François-Marie de Broglie était moH, ' Le régiment royal aurait eu ainsi un

le a juillet i656, des suites des blessures effeclif de i,&oo hamroes. En théorie, et

qu'il avait reçues au siège de Valence en d après les ir commissions)! délivrées pour la

Italie. levée, qui coQstiAiiaiefit la rcçleparttedière

' Voy. ci-dessus, p. «61. de chaque corps, la plupart des régiments -

de prez de quatre cens chevaux, et ceux de Mondejeù et d'Ësquancourt Jttiii(fi i656, seront de la partie; et avec cela, M. de Bridleu, qui sera chargé de mener le convoy jusqu à Landrecy, le pourra faire en seurcté.

Mais quoyque j'escrive ce soir à M. de Roncherolles ce que vous rae mandez du chemin qu il faudra prendre pour aller de Landrecy à Gondé, j'eslirae que non seulement vous luy devez escrire et à M. de Lislebonne, en chiffre, précisément ce qu'ils auront à faire, mais qu il faut aussy leur envoyer un officier qui le leur puisse dire de vive voix, la chose estant assez importante pour prendre toutes les précautions possibles, afin qu elle ne manque pas, d'autant plus qu'il nous est venu quelques advis que les ennemis avoient trois mille hommes à Bavay ^ ; et comme ils y doivent estre allez sur la nouvelle qu'ils auront eue du dernier convoy qui est arrivé à Landrecy, ils pourroient y renvoyer de nouveau, quand ils auront nouvelle que le convoy, [que nous] projetons de faire partir mercredy ou jeudy, sera arrivé à Landrecy. Enfin je ne me puis charger d'autre chose que de tascher d'envoyer en seurelé les convoys jusqu'à Landrecy, et il faut que, de l'armée, on envoyé les ordres de ce que M. de Lislebonne, M. de Beauvau et M. de Roncherolles^ auront à faire. Je feray donc tous mes efforts pour cela , et ce sera à vous et à M. le mareschal de La Ferlé d'adresser vos ordres à ces messieurs-là, suivant les nouvelles que vous aurez des ennemis; car il se pourroit faire que vous fussiez obligez de destacher quelque corps de cavalerie du camp pour bien asseurer le passage de ce convoy. J'envoyeray par cette occasion les deux mille sacs à terre que vous m'avez demandez, qui sont prests depuis hyer au matin, les vingt milliers de mesche et les vingt milliers de plomb, et cent bombes,

d'inlantem devaient être composes de vingt compagnies de 60 hommes chacune, soit un effectif de i^qoo soldais. En pratique, on peut conclure des revues passas sur le terrain qu'il n'y avait ^ peut-être, ni deux régiments pareils dans toute Tarmëe, ni deux compagnies égdies dans chaque régiment.

Les compagnies variratde sofaommesàiSo,

et les régiments de 600 à 1,700 hommes.

' Bavay ou Bavai est auj. chef-lieu de canton du dép. du Nord, arr. d'Avesnes. Cette place faisait partie , en 1 656 , des Pays- Bas espagnols.

' On a déjà vu que U. de Beauvau était gouverneur du Quesnoy et M. de BoncheroUes, de Landrecies.

Juillet 1 656. OU peut-estre deux cens S que jay faicl prendre à Saint-Quentiu, comme aussy la plus grande quantité de serpes et de cognées qu il se pourra trouver*

J'envoyeray encore quelqu'un des miens avec deux mille pistoUes^, espérant que Sauvillan^, que j'avois chargé d'une pareille somme, sera arrivé au camp avec quatre ou cinq de mes gentilshommes et dix de mes gardes qu'il avoit retenus à Landrecy.

Mazarin termine sa dépêche en donnant des détails sur les nouvelles munitions quil se propose d'envoyer : poudre, plomb, mèche, grenades, etc.

Bibl. nat., ms. {. fir., Mélanges de Colbert, t. 5i, P iSg v"; minute.

Les passages à chiffrer sont soulignés.

A M. DE TUREN\E.

( EXTRAIT

La Fère, ii juillet i656.

Je viens de recevoir vostre lettre du g, par laquelle il vous a plu me mander ce qui s'estoit passé lorsque les ennemis ont faict jouer

' Le membi'e de phrase : ou peut-être deux cents, a été ajoute en interligne.

* Les pistoles dont il est ici question sont les pisloles d*Espagne, monnaie d'or, dont ia valeur sous Mazarin est d'environ i o livres tournois ou, ioirinsèquement, i6 fr. 3o. Sous Louis XIII, on se servait aussi couramment, en France, de pisloles que d'écus. Les ëcus d'or disparurent presque totalement à partir de i6Ai, date de ia création du louis d'or. Mais les pistoles subsistèrent et ne cessèrent d'avoir cours qu'en 1689. Elles sont demeurées, depuis cette époque, comme monnaie de compte, dans le langage des campagnes. Outre la pistole d'Espagne»

qui -pesait 6 grammes 6G centigrammes, on voyait circuler en Fnince les pisloles des divers Etats d'Italie, qui pesaient 6 grammes 56 centigrammes, mais valaient seulement 8 livres tournois, parce que leur titre était sensiblement inférieur à celui des espagnoles; il en était de même des pistoles de Lorraine, de Savoie, de Liège, de Sedan et de Trévoux , dont le poids était uniformément de 6 grammes 56 centigrammes, mais dont la valeur variait selon l'importance de Taliiage qu'elles contenaient.

'Je crois que ce nom est pour Siwiiian ou Sttviffliano, un des Italiens atlacliés au service de Mrzarin.

leurs fourneaux; mais ayant receu un petit hillet du sieur Talon, Juillet 1 656. du 10, j*ay veu avec beaucoup de satisfaction que nous avions esté heureux la nuict suivante, puisque M. de Schomberg avoit faict le logement sur la contrescarpe, sans que tous les efforts des ennemis pour nous en chasser, ou le brusler, ayent empesché qu'on ne layt conservé, et que, du costé de M. de La Ferté, on avoit faict aussy un beau logement, de façon qu ayant de si bonnes nouvelles, nous croyons que l'on rencontrera plus de facilité à ladvenir de nous rendre au plus tost maistres de tous les dehors; et voyant le bon estât où est la digue* et que rien ne peut empescher la communication des quartiers-, j ay sujel d'espérer, ou que les ennemis n'attaqueront pas les lignes, ou, s'ils le font, que ce sera inutilement, nonobstant les corps qu'on dict qu'ils assemblent à Saint-Amand; et quoy qu'ils fassent courre le bruit qu'il leur est arrivé un grand secours d'Allemagne, je puis respondre que, si tout ce qu'ils attendent est passé, il ne leur est pas venu mille hommes de pied et quatre cens chevaux.

11 faut pourtant que je vous dise que, comftie le prince de Condé est un grand capitaine et que je sçay qu'il asseure plus que jamais qu'ils secoureront Valenciennes, je ne croy pas devoir respondre tout- «Vfaict du contraire, mais bien vous en advertir et M. de La Ferté, afin qu'il vous plaise redoubler vos soins en sorte que ledict prince recognoisse par levenement qu'il s'est trompé dans son calcul.

J'ay faict partir, la nuict passée, soixante de mes gardes avec les deux marescliaux pour porter au camp de l'argent pour les travaux, avec un ordre à Savaillan^ de joindre lesdicts gardes à ce qu'il a avec luy et demeurer de delà pour servir en tout ce qu'il [sic) pourra estre plus utile, et aprez-demain matin sans faute partira d'icy le convoy, dont je vous ay escrit par mes dernières depesches, que je vous ay envoyées par deux différentes voyes. Je m'asseure que vous ne man-

' Les renseignementg donnes sur ce * L'inondation avait empêche les com-

point h Mazarin ne s'accordent pas avec le mnnications entre les quartiers de Turenne

pécil de Puysi^gnr. {Mén., t. If , p. 39o , de et de Lt Ferté que séparait TEscant. l'édition citée.) ' Voy. ci-dessus, p. «68.

Juillet i656. querez pas de donner les ordres à MM. de Lislebonne, de Roncheroiles et de Beauvau de ce que ledict convoy aura à faire loraqu'ti sera arrivé à Landrecy, estant, à mon advis, de la dernière conséquence que ledict convoy ne s'arreste pas deux heures , et moins , s'il se peut , au lieu de Landrecy. J'espère qu'il y aura plus de deux mille cinq cens hommes de cavalerie et infanterie, s'il est vray, comme je m'asseure, que le régiment royal soit composé de près de quinze cens soldats ^

Suivent les détails sur les objets qui composenl divers convois. Mazarin continue ainsi :

Je viens d'apprendre avec beaucoup de joye que M. de Lislebonne estoit de retour au Quesnoy, après vous avoir porté dans le camp neuf milliers de plomb et deux mille grenades.

J'envoye au sieur Talon quelques advis que j'ay receus de Liège et la copie d'une lettre qui m'est tombée entre les mains, escritc par Louvigny^ au comte de Buquoy. Je vous envoyé le tout et à M. de La Ferté, et je finiray cette lettre en représentant à tous deux que, s'il reste quelque diligence à faire pour asseurer davantage la digue, je vous conjure de la faire, ne pouvant pas m'oster de l'esprit un soupçon que j'ay, que, si les ennemis secourent la-place, ce sera par là. Car comme c'est un grand travail, qui n'est pas flanqué et qui ne peut estre delTeudu que par de l'infanterie à découvert et non pas en grand nombre, les ennemis pourront croire que, venant avec une grande quantité de bateaux du costé de la ville et de dehors, accommodez avec des planches à Tespreuve du mousquet, il leur réussira d'avoir quelque bon succez. Je ne doute pas qu'il n'y ayt des canons des deux costez, qui asseurement ferôient fort mal passer le temps aux bateaux qui se presenteroient, mais s'il estoit possible de faire un travail au milieu de la digue, où Ton pust mettre deux pièces de rang, ou, au

' Voy. ci*<lessas , relativement aux eiFec- mont, comte de Louvigny, qui devint duc

tifs ordinaires des régiments d'infanterie, de Grammont après la mort de son père,

p. 966, note 3. Antoine III de Grammont, maréchal de

' Probablement Antoine-Charles de Gram- France.

moins, un bon nombre de mousquetaires, je croy que les ennemis Juillet i656. auroient plus de difficulté à venir à bout de secourir la place par là, s'ils en ont formé le dessein.

Je ne puis pas m'empescher de vous dire avec liberté tout ce qui me 'tombe dans Tesprit; mais comme [exempt]^ par ma profession de parler des choses de cette nature, vous m'excuserez si je fais des proportions qui peuvent n'avoir pas de fondement, et vous les recevrez comme des effects de la passion que j'ay de voir réussir glorieusement cette entreprise par vos soins et ceux de M. de La Ferté^.

Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i, f" 166. — Minate.

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