M. D'ESTRADES
^^ La Fère, t S juillet 1 656.
(miAiT.)
Lorsque nous avions desja faict nostre descente dans le fossé de Valenciennes et que nous estions près d'attacher le mineur au corps
de la places l^s ennemis, faisant semblant de vouloir donner [gênera- iuiiiet i65G. lement]^ aux lignes, ont passé en diligence TEscaut sur neuf ou dix ponts qu'ils y avoient faict construire, ne laissant que trois ou quatre escadrons pour donner Talarme où estoit' M. de Turehne et les Lor* rains, et ont attaqué, avec toutes leurs forces, en quatre endroits les lignes du costé de M. le mareschal de La Ferté, lequel, aprez une bonne résistance et avoir repoussé cinq à six fois les ennemis, se mettant à la teste des troupes qu'il avoit plus à la. main et principalement de mes compagnies de gens d'armes et de chevaux-legers, [les ennemis] les ont forcez et secouru la place par-là, sans que M. de Turenne leur ayt pu envoyer aucun autre secours que deux regimens de cavalerie qu'il Bipasser sur la digue, nonobstant la difficulté qu'il y avoit d'y faire passer des chevaux, et à cause que le pont qui estoit au-dessous de Valenciennes estoit tellement embarrassé par le bagage de l'armée de M. de La Ferté, qui commença à se retirer d'abord, qu'il luy fust impossible d'y faire passer un homme ^.
Ëniin on a levé le siège, et le corps de M. de La Ferté a été battu, et le plus grand eschec est tombé sur mes deux regimens d'infanterie et de cavalerie et sur mes deux régiments de gens d'armes et de che-
^ (T AtUicher le mineur» , cMtait, pour les assiégeants, la dernière période, et pour les assiégés, le moment des efforts désespérés. Le mineur, logé dans Tépaisseur même de la muraille, h Tabri du feu de rintérieur, grâce à la brèche que le canon de Tassi^eant avait faite aux remparts, travaillait dans cette excavation jusqu'à ce que sa mine fût prête à jouer, et il ne se retirait qu'après y avoir mis le feu. Son travail, d'ailleurs, n'était rien moins que paisible; on vit des sièges, comme celui d'Arras , où les Espagnols tuèrent tant de mineurs qu'il n'en resta plus dans l'armée , et qu'on dut en envoyer chercher en France. Les assiégés descendaient la nnit, dans des paniers, des hommes armés qui surprenaient
le mineur dans son trou et le poignardaient. D'autres fois, ils attachaient des bombes à une corde et les faisaient crever en face de ce trou , afin que les éclats y pénétrassent.
* Cemot est douteux. Mazarin veut peutêtre dire que l'ennemi semblait vouloir altaquer toute l'étendue des lignes.
^ Suivant l'usage du temps, le verbe est au singulier, quoique se rapportant à Turenne et aux Lorrains.
* Ce fut dans la nuit du 1 5 au 16 juillet que les lignes furent forcées. Comparez Puységur, t. H, p. 99.3 et suiv. , de l'édit. citée; Bussy-Rabutin {Mém., t. il, p. 19 et suiv., de l'édit. citée), et les M moires de Tvrenne, p. ^78, de l'édit. citée.
Juillet i65G. vaux*-leger8, sur dix compagnies des gardée, les dragoasde La Ferté^ son régiment d'infanterie, ceux de Belsunee, Bellefons, Arboville et Lorraine, et les regimens de cavalerie de la Reyne, de Des Fourneaux, Broglio, Gontery etMaroUes. Le mareacb«d de La Ferté est prÎMimier à Vaieuciennes, blessé légèrement à la cuisse. Il a &ict des mer* veilles; c est un miracle qu il n'ayt [pas] esté tué, ayant eu trois coups sur ses armes. Le comte d*Ëstrée\ Riberpré^, le comte de Moret, la Cardonniere et Grandpré\ griefvement blessez, sont aussy prisonniers avec luy.
11 y a nouvelle que prea de quatre mille hoimmes se sont retires à Gondé et dans larmée de M. de Turenne , lequd a faict sa retraite au petit pas hors des^lignes avec douze pièces de canon et tout son bagage. 11 s est mis après en batailles croyant que les ennemis le suyvoiefit et résolu de les attendre et de les combattre avec soixante fil dix huit escadrons de cavalerie et dix*sept bataillons d'infanterie. Approchant du Quesnoy, il a rencontré le convoy que j'avois faict partir d'icy, ii y a cinq ou six jours, que M. de Bridieu luy menoit; et outre qu'il y avoit plus de deux mille septiers de farine, trente milliers de poudre, autant de mesche [et] de plomb, quantité de grenades^ et beaucoup d'autres choses concernant l'arlillerie, M. de Turenne aura encore reçu un
^ Jeaa^cooited'Estrëes, avait été nommé maréchal de camp ea lô^ig, lieulenant générai en i6S5; il fut promu maréchal de France en i68i et mourut en 1707.
* Charles d» Moy, marquis de Biberpré , maréchal de camp en 16&9, lieutenant général en i656, mort en 1678.
^ Sur Moret, La Cardonniere et Grandpré, voy. les tomes III , p. 47^ , note 9 ; IV, p. ^87, note 1, et VI, p. dôa, des Lettres de Mazarin,
^ Voy., sur la retraite de Turenne 1 les Mémoires de Navailles qui commuadait on corps sous ses ordres.
^ Les grenades, dont il est souvent ques-
tion dans les Letêree de Mmzarm, sont de deux aortes, suivant qu'elles sent kneées par les assiégeants ou par les aasi^féa; ces derniers, ayaol l'avantage de la peaitian, pouvaient bacer des grenades beaucoup plus lourdes, el dont le poids atteîgiiait jusque too kitograïames. En plaiae, on employait des grenades du poids de 3o kilogrammes et des pétards aceonpagiiés de fîMirchettes et de tîr&^oads pesant environ ao kilogrammes. U existait aussi des grenades l^res, que Ton lançait enfilées dans les flèches. On projetait encore, avec les mousquets, des «fusées à crocsn qui mettaient le feu aux lieui au elles s'attachaient.
renfort de dix-huit cens homtn^» d€ pied et cinq cens chevaux, et ittiHeti656. j'espère , d'icy à 0>ardy, de luy en envoyer un autre plus considérable.
Voila noatre aventure de laquelle je vous inforoie naïfvement. Il faut songer à remonster sur nostre beste et espérer qu'avant que la campagne se passe, le Roy mettra son armée en estât de donner encore de l'appréhension aux ennemis , et , pourveu que nous sauvions Gondé ^ qu'il y a grande apparence qui sera attaqué, tout ira bien; mais il faut que vous y contribuiez par toute sorte de moyens, nous envoyant les troupes que M. Le Tellier vous demande de la part du Roy, bien entendu que vous demeuriea avec celles qui vous resteront en estât d'empescher que les ennemis ne fassent aucun progrez. Vous ne sçauriez rendre un service plus considérable que de conserver ce que nous avons en Catalogne et nous assister de ces trois ou quatre regimens d'infanterie , qui doivent venir de Guyenne. Si vous nous pouviez^ auasy envoyer quatre ou cinq regimens de cavalerie et ceux où il y a des demonteap, nous aurions soin de les remonter et de les mettre eu bon estât auparavant que d'arriver icy. Enfin je vous conjure par l'amitié que vous avez pour moy de faire tous vos efforts pour nous assister dans cette rencontre, pourveu que vous le puissiez sans donner lieu à Mortare^ de remporter quelque advantage considérable. Ce de quoy je puis^ vous asseurer est que, quelque chose qu'il fasse, il ne sçauroit mettre en campagne plus de deuit mille hommes de pied et qu'il n'en doit pas^ attendre un de Flandres, d'Allemagne ny d'Italie;
Si vous croyez que, pour remplacer Tinfanterie que nous souhaitons de faire venir icy, on peut lever deux ou trois mille hemmes< en Lan^ gnedoc, vous le pourrez faire et prendre une partie de l'argent, pour la. commencer^, sur la somme que l'on vous envoyé, vous promettant qu'en ayant ad vis, j'envoyeray ce qu'il faudra pour la remplacer par un courrier exprez.
Les cent cinquante mille liivres que vous recevrez estoieut des-*
^ Le marquis de Mortare, qui comman- Il commandait, en 1 656, les troupe» espadait uo corps de troupes espagnoles , avait giioles de Catalogne. pris Fieix en i65p, puis Girone en i65a. ' Pour oommeneer cette levëe de troupes*
jiiiiiet i656. tinées pour l'armée de Flandres, et quoy qu'elle ayt plus affaire de ce secours qu'elle n'en avoit auparavant le malheur qui nous est arrivé, je n'ay pas hésité de les faire partir en diligence, et je vous asseure que vous serez assisté de sorte que les troupes que vous commandez auront sujet d'estre contentes, et, estant bien entretenues, vous les pourrez obliger de vivre avec discipline; ce qui apportera grande joye au pays.
Souvenez-vous que ce que vous aurez à faire pour nous envoyer le secours qu'on vous demande doit estre exécuté avec une diligence extraordinaire pour nous donner lieu d'en profiter, c'est-à-dire qu'il faut que nous l'ayons icy à la fin du mois prochain, et il faudra foit recommander aux officiers de le fortifier en chemin.
Bibl. nat., ms. f. fr., Mélanges de Colbert, t. 5i, P 176; minate. —
Passages à chiffrer soulignés.
À M, DE TURENNE
La Fère, 18 jailtet i656.
(extrait.)
S^-Martin^ et La Lande m'ont entretenu sur le malheur qui nous est arrivé; il n'en faut plus parler, mais songer seulement à retirer les prisonniers, s'il est possible, et à mettre l'armée en estât de la faire encore appréhender aux ennemis avant que la campagne se passe. J'y travailleray de la bonne manière, et vous me cognoissez assez pour croire aisément que je ne laisseray aucune pierre à remuer en ce rencontre.
Leurs Majestez sont satisfaites de vous au point que vous pouvez souhaiter, et, en mon particulier, je vous diray sincèrement que si l'on pou voit adjouster quelque chose à l'amitié que j'ay pour vous, je
' Voy. ct-dessas, p. a 38, note 1.
le ferois en cette occasion^ vous asseurant que j'auray plus de chaleur Juillet i656. que jamais pour tout ce qui regardera vostre advantage et vostre contentement.
On a sceu que le prince de Condé a tesmoigné une grande fierté en cette action et qu il a failly à s'égosiller de crier qu'on ne donnast point de quartier. Nous le verrons fort enorgueilly, mais asseurement il n'est pas où il pense, et peut estre il s'en apercevra plus tost qu'il ne voudroit. Il faut que vous vous attendiez, de sa manière d'agir S qu'il n'oubliera rien pour insinuer à M. le mareschal de La Ferté que vous l'avez abandonné; mais ledict Mareschal sçait trop bien ce que vous pouviez faire pour se laisser amuser à ses artifices.
Je m'asseure que vous n'oublierez rien pour la conservation de Condé et de S'-Guillain; mais je vous conjure de mettre le tout pour le tout pour cela, car, outre que ces postes sont d'importance, ce sera un coup de haute réputation de les conserver, et il semble que si, pour cet effect, il faut y envoyer quelque infanterie de l'armée, vous ne devez pas hésiter à le faire. On devroit avoir sauvé les chevaux de vostre équipage; mais s'il en est autrement, je vous prie de me mander ce qu'il faudroit faire pour remplacer ce qu'il y auroit de perdu, et vous pouvez cependant prendre les deux cens chevaux des vivres.
Je croy qu'avec la farine que vous a menée le dernier convoy et celle qui est à Landrecy où au Quesnoy, vous aurez de quoy faire subsister l'armée tant que vous voudrez à l'endroit oix vous estes, et, pour vous . ouvrir mon cœur, j'aimerois bien mieux que vous vous advançassiez une lieue ou deux, en cas que cela se pust faire sans risque, que de reculer un pas.
S'il y a, dans vostre armée, quelques capitaines aux gardes^ dont
' D après sa manière d'agir.
* Il 8*agit ici des capitaines au régiment des gardes, le premier régiment de France à cette époque. 11 se composait réglementairement de 3o compagnies de 900 hommes chacune; soit un effectif de 6,000 hommes (une petite armée), et même davantage. En
MAZARIH. — fil.
effet, la jeune noblesse venait alors y débuter comme dans la meilleure et la moins coûteuse des académies. Le mestre-de-eump du régiment des gardes avait payé sa charge 900,000 livres. Une compagnie s'y vendait 3o,ooo livres, une lieuteuanoe 9i,ooo , une enseigne de 19,000 h 90,000. Un mémoire
mrBINCMI lATIOlAU.
Juillet i656. les compagnies aient été deJOTaites, je croy que le mieux sera que vous les renvoyiez iey pour travailler à les remettre; on leur en donnera le moyen.
Tescrivis hyer au ^ Talon du Quesnoy ^; il vous dira que j'estimerois à propos que vous retirassiez de Gondé ce qui s'y est sauvé pour y envoyer d'autres troupes, et par ce moyen Ton pourvoieroit d'autant mieux à la seureté de la place, et Ion pourroil donner moyen à ces troupes^là de se remettre en bon estât. Je réplique la mesme chose, me remettant neantmoins à ce que vous jugerez plus à propos.
Apres d'autres détails sur le moyen de fortifier Tarmée, Mazarin continue ainsi :
Quoy qu'il soit inutile de parler du passé, je ne veux pas finir cette lettre sans vous dire que j'ay un sensible déplaisir de n'avoir pas ozé vous mander une pensée que j'avois communiquée icy diverses fois à MM. les mareschaux du Piessis et de Villeroy et à M. Le Tellier, lorsqu'il me chagrinoit de la crue des eaux qui rendoit si difficile la communication des deux armées, et qui, comme tout le monde vous dira, m'a tousjours faict douter du bon succès de l'entreprise : c'estoit d'assembler toutes nos forces une belle nuit, sortir par le quartier des Lorrains pour couper la retraite aux ennemis du costé de Bouchain et les combattre, car il y avoit beaucoup d'apparence qu'on leur auroit donné un grand eschec; mais il n'y faut plus penser que pour trouver moyen . de reparer la chose; et présentement, je vous conjure d'avoir l'esprit en repos, et pourveu que nous conservions Gondé, je vous responds que vous serez en estât de finir la campagne avec advantage.
Je vous prie de faire vostre possible pour avoir moyen de faire visiter M* le mareschal de La Ferté pour luy dire la satisfaction que
du temps de Louis XIII proposait de rendre qui coimuande à cette troupe se regarde
obligatoire, pour les gentilshommes « un non seulement comme égA^ mais même
service de six mois aux gardes avant de comme supérieur au mestre-de-eamp d'un
pouvoir obtenir aucun grade. De fiât, sur «rpetit riment» qui, recruté hier, dispa-
95o hommes, telle compagnie des gardes raltra demain.
compte alors tr quatre-vingt cadets de bonne ^ Commissaire des guerres au Qoetnoy.
maison, en bel équipage»; et le capitaine (Voy. ci-deseos, p. 19& et t3t.)
Leurs M^^ ont de luy, f asaeurer que l'on aura soin de sa liberté et luy Joâtet i65g. faire aussy mes coroplimens en la meilleure forme qu'il se pourra, ainsy qu'à tous les officiers, au comte d'Estrées, comte de Morel, chevalier de Riberpré, Gadagne^ et La Cardonniere.
GLKXVU.
ffibl. nat, HI8. f. fr., MiUmgtê de Colbert, t. 5i, f* i8i; minute, et t. a3,9oa , f* soo. — Autographe.
À L'ABBÉ FOUQUET
La Fère, 19 juiHe( 1666.
(bitrait.)
Après ravoir remereië de Taffection qu'il lui tëmoigoe, Masartn lui parle de l'effet que Téchec de Valenciennes a produit à Paris :
Vous ne sçauriez pas empescher que la canaille et des partisans du prince de Gondé et du cardinal de Reti ne partent mal à propos; mais ils recognoistront bientost qu'ils se trompent dans leur calcul et que Ton a autant de douceur dans les prospérités que de fierté dans les malheurs qui nous arrivent, et vous pouvez croire hardiment que l'on en usera ainsy. Gependant, si Ton peut arrester quelqu'un, à Paris, de ceux qui paroistront plus mal intentionnez , il sera bien utile.
Gourville a esté icy de la part de M. le prince de Gonly et a tasché de m'engager à me déclarer pour luy ^ ; ce que j'ay évité, et j'ay escrit au prince que j'esperois de le voir bientost et que je remettois alors de m'expliquer avec luy de toutes choses. Je fais eslat de luy parler de la manière que son service requiert, et je suis persuadé qu'il se confor-
' Charles Faix de Gak^, comte de 6a- nac {Mémoà*e$, t I , p. 910 et sniv.) in-
dagne, maréchal de camp en i65i, lieule- dkjue les cabales qui divisaient la maison
naut gënënil en i665. du prince de Gonli, mais avec une confu-
* Gourville parie de son voyage à la Fère sion qui résulte surtout de ce que les événe-
dans ses Mémoires (p. 619, ëdit. Michaud meots ne sont pas datés. Les Lettres de Mà-
et Paujoulat), mais il ne dit pas un mot du zarin permettent de rëtaMir la chronologie
véritable motif de ce voyage. Danid de Gos- et de rectifier les erreurs des Mémoin$,
Juillet i656. uiera à mes conseils, puisque je n'ay d'autre but que son advantage et le soustien de sa réputation.
Je vous remercie de ce que vous avez faict pour M. le comte de Bristol K
Ayant escritjusqu'icy, arrive M. de Navailles^ qui me faict cognoislre la nécessité qu il y auroit d'avoir un bon nombre de chevaux pour remonter des cavaliers. C'est pourquoy je vous prie de faire marché, si c'est possible , avec des maquignons pour en avoir cinq cens harnachez , à condition qu'il les amèneront par la route quon envoyera sans qu'ils soient obliges^ de faire aucune despence dans ce voyage et à condition aussy que l'on pourra rebuter ceux qui auroient quelque deffaut. Je croy qu'on 'ne devroit pas les payer plus de cent cinquante livres la pièce ^, mais en cela je me remets [à vous], et à mesure qu'il y en aura de prests quatre vingt ou cent, il les faudroit envoyer; car si la chose ne peut estre exécutée promptement, elle ne nous apportera pas grande utilité.
Je vous prie aussy de dire, de ma part, au sieur Golbert d'acheter
^ Probablement Georges Digby de Bristol, un des nobles aurais que Tarticle secret du traite de Westminster bannissait du royaume , et auquel le roi avait fait remettre 9,000 ëcus.
~ Navaiiles paHe dans ses Mémoires de son voyage à la Cour (p. 1 77 de Véd. citée).
^ L'offre de i5o livres (intrinsèquement 9&5 francs) par cheval harnaché était fort raisonnable. Aux environs de Paris, un cheval avec harnais se vendait alors environ 180 francs (de i65i à 1660). Durant les dix aimées précédentes, il ne coûtait que i5o francs. G*était là le prix de bons chevaux de selle d'espèce commune. Les chevaux de ferme ou de labour ne valaient guère plus de ia5 francs et descendaient jusqu'à 70 francs ( &3 livres) pour des bétes de sept à huit ans, c'est-à-dire dans la for<5e
de l'âge. A Paris, un bon cheval de carrosse se vendait 3oo francs. L'obligation de fournir l'animal tout équipé, avec selle, bride, etc., ne constituait pas,* pour le «r maquignon», un supplément de frais bien considérable, attendu l'extrême bon marché des cuirs, autrefois. Une selle de paysan coûtait alors 5 fr. 5o ; une selle simple était cotée 9 francs dans les tariGs de douane; une selle avec équipage montait à 1 8 ftwics en Normandie comme en Alsace. La paire d'étriers communs, dans l'Est, valait alors 1 fr. 5o à 9 francs; une bride, 9 à 3 francs; le mors, 1 franc; la gourmette, 5 à 6 francs; la housse de selle en mouton, à fr. 90. On pouvait, dans les villages, conclure des abonnements avec les bourreliers, pour la fourniture et l'entretien de harnais, h raison de 6 fr. 5o par cheval et par an.
cinq cens paires de pistolets avec les fourreaux et cinq cens paires de Juillet j 656. bottes avec autant d'esperons de la qualité qu il m'en acheta Tannée passée^ H aura tout cela à bon prix et il aura le soin de m'envoyer le tout en diligence. Je vous prie d'avoir recours à M. le Procureur gênerai pour la despense qu'il faudra faire de tout cela, et je m'asseure qu'il trouvera moyen de fournir ce qui sera nécessaire , la chose n'allant pas bien loin.
Je croy que la Maison-de-Ville donnera quelque assistance au Roy en ce rencontre, ayant accoustumé de le faire en d'autres, et d'autant plus que Ton ne sauroit estre plus zélé pour le service du Roy que le sont M. le mareschal de L'Hospital et le Prévost des marchands'^. 11 seroit bon que M. le prince de Gonty, M. le Chancelier et MM. les Surintendans leur en parlassent, et je croy qu'on leur pourroit demander trois ou quatre cens chevaux pour remonter des cavaliers; ce que l'on convertiroit en soixante mille livres au moins; et si l'on juge que le Roy doive escrire à laMaison-de-Ville, on pourra se servir des blancs', de ceux qu'a le commis de M. de Guenegaud, qui a ordre d'en donner, et les remplir comme on jugera à propos.
H n'y a rien de si obligeant que la lettre que M. le Procureur gênerai m'escrit, et je ne doute pas qu'il ne mette le tout pour le tout pour vous assister en ce rencontre; mais comme la nécessité presse et
* Les ëperons de laxe creosës à la lime, avec agrafes, se vendaient alora k fr. 65 la paire ; les ëperons plats , a fr. 6o , et les ëperons communs, t fr. 96. G'ëtait ëvidemment de celte dernière catëgorie que Mazarin demandait une provision de 5oo paires. — Les botfes de cavaliers, trois fois plus chères que les souliers , coûtaient de 7 à 9 irancs la paire, suivant la nature et la qualité du cuir. — Quant aux pistolets, il y en avait à tout prix. Le feu roi avait paye 936 francs un pistolet dans la crosse duquel ëtait enchâssée une montre et qui, sans doute, ëtait nn objet d'art. En i65i, des pistolets d*ë-
bène, garnis et fiietës d'argent , se vendaient h Saintes, avec leurs fourreaux, 89 francs la pièce. Des pistolets neufs, plus simples, ne coûtaient que i3 francs en Angonmois; on les payait i5 à 17 francs en Alsace et 1 9 francs à Paris , vers la même ëpoque: La fonrnitnre d'équipement demandée par le Cardinal ne montait donc, en totalité, qu'à une quinzaine de mille francs.
' Alexandro de Sève, seigneur de Châtîgnon ville, avait remplacé en i65& Antoine Le Fèvre de La Barre comme Prévôt des marchands.
^ Les blancs-seings.
Juiitpi i656. que M. de Navailles me vient de dire que ia cavalerie vouloit députer pour demander le reste de l'argent qui luy est deub pour le quartier d'hyver; que M. de Turenne ma despesché desja deux fois pour me dire qu il faut donner une demye monstre à Tarmée^; que je ne eroy pas de pouvoir faire fondement sur lafFaire du clergé uy sur celuy (celle) de [ l'Orée ]^ car ils ne peuvent pas produire largent aussy promptement qu'il sera nécessaire, c'est pourquoy je vous conjure de luy dire qu'il rendroit un service signalé au Roy, et je luy en serois obligé au dernier point, si, par quelque expédient, il peut trouver sans delay une somme considérable et la faire partir en diligence. Vous sçave2 que j'avois prié M. Hervart de me trouver deux cent mille escus sur mes pierreries et ma vaisselle d'argent. J'offre la mesme chose et les tapisseries avec très bon cœur.
L'abbé de Roquespine^ m'a dict ce matin, de la part de Mannevil* lelte^, mais en grande confiance (confidence), que, si on avoit affaire d'argent, il advanceroit une bonne somme et en traiteroit en secret avec M. le Procureur gênerai, lequel pourra profiter de cette occasion comme il croira pour le mieux.
' Od appelait montre le jour de la paye, parce que le capitaine devait faire voir ses hommes au commissaire charge d'en vërilier le nombre. Par extension , la paye ellemême se nomma montre. En principe, la montre avait lieu tous les mois. Plus tard, pour diminuer ses charges , le gouvernement espaça de plus en plus les montres; il donna pour 36 jours, puis pour 65; la somme qu'il donnait d'abord pour 3o jours. Cette solde même était, comme on le voit, payëe irr^lièrement, à la domière extrémité, par acompte, quand TÉtat avait de Targent.
Heureusement pour nous, il en était de même à Tétranger. L'Empereur devait, un moment, a ses troupes près de quinxe mms de solde arriérée.
* Je ne puis lire que le mot TOrée, qui signifiait bords des bois ou bord de la mer.
^ Cet abbé était probablement un frère de JLottis Gilles du Bouzet, marquis de Roquépine, maréchal de camp eu i65i, mort en 1679.
* Adrien de Hangvel, comte de Mannevillette, était receveur général du deij^; il mourut à Paris, le 3 novembre i68â.