‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 3)Chapitre 38 sur 100 · CLXXVIII · texte numérisé non relu

CLXXVIII

Aff. étr.f Pays-Bas, t 3^ (sans indicatioii de page ni de Mo); ininate de la main de Rose. — Une grande partie de la minote est soulignée ; ce qoi indique les passages qui devaient être chiffres.

À M. DE TURENNE

La Père, to juillet i656.

(IXTIAIT.)

J*ay enlretenu au long M, de Mavailles et veu la lettre que vous avez pris la peine de m'escrire par luy et une autre que j'ay receue ce matin, du 19. M« le Tellier changera tous les chiffres et vous en envoyera un autre, puisque ceux qu'a voit M. de La Ferté ont esté pris, et pour cette fois je me serviray de celuy de Talon.

J'ay esté tres-ayse de la nouvelle que vous me donnez de la marche des ennemis, car, s'esloignant de Gondé comme ils font, ils tesmoignent de n'avoir pas la pensée de l'attaquer; mais comme vous sçavez le peu de vivres qui sont dans la place, eu esgard à la quantité de monde qui y est entré, il faut pratiquer toutes sortes d'expédiens imaginables pour y en jeter par le chemin de S^ Guiilain, au mesme temps que vous en en envoyerez en ladicte place de S^ Guillain, comme vous avez résolu de faire, et peut-estre qu'il ne seroit pas mal de tascher d'y en introduire dans des sacs portez par la cavalerie; laquelle pourroit au mesme temps servir pour vous ramener les troupes qui, n'estant plus nécessaires pour la deffense de Gondé, y consomment inutilement les vivres.

Je suis asseuré que vous songez incessamment à sauver Gondé, ou, en toute extrémité, le corps de troupes qui y est, lequel, dans la conjoncture présente, est assez considérable pour mettre toutes pièces en œuvre afin de ne le pas perdre. Gontery, qui est iè-dedans avec cinq ou six cens chevaux, à ce que l'on dict, exécutera fort bien les ordres que vous luy donnerez, et au pi^aller je croirois que, les ennemis ayant toutes leurs forces de ce costé-«y, il ne seroit pas impossible de faire la

Juillet i656. retraite du costé de la Bassée ou d'Arras, et si vous le jugez à propos, on pourroit escrire à M. de Mondejeux de sortir avec une partie de sa garnison pour favoriser cette retraite. Je ne doute pas que vous n'ayez desjà songé aux ordres que vous avez eu à donner à Condé là-dessus, et que vous ne les ayez desja envoyez par divers endroits, estant facile d'y faire passer des paysans ou de la cavalerie.

Je ne puis m'empescher de vous dire que Jaquier a eu grand tort de mettre toutes les farines dans le camp, puisqu'elles estoient aussy asseurées à Condé, et vous sçavez combien de fois je vous ay escrit et au s' Talon qu'il ne fatloit toucher aux magasins de Condé qu'à la dernière extrémité.

Vous me mandez que vous estes espuisé d'artillerie, de munitions de guerre et de vivres. Pour les vivres, outre ce qu'il y avoit au Quesnoy et à Landrecy, les deux derniers convoys y ont porté plus de quatre mille septiers de farines; ce qui servira tousjours pour faire subsister l'armée prez d'un mois, et M. de Navailles m'a dict qu'hyer il devoit partir de Guyse un convoy de farines escorté par les regimens de Mondejeux et d'Esquancour et par les recrues de Clerambaut.

Pour les munitions de guerre, j'ay envoyé en dernier lieu vingt-cinq milliers de poudre, vingt milliers de mesche et vingt raiUiers de plomb, six mille grenades et cinq cens outils. Je ne parle pas des sacs à terre et des boulets, car cela ne vous sert de rien présentement. En outre, vous sçavez que j'avois envoyé prez de vingt milliers de poudre au Quesnoy et dix milliers à Landrecy et, en cette dernière place, deux mille outils et deux milles grenades.

J'ay faict partir ce matin deux cens mousquets , six ccyis piques ^ quatre

^ l/effeclif des piquiers, clans chaque régiment, par rapport à celui des mousquetaires, n avait rien de fixe. Le plus souvent, ceux-ci remportaient en nombre , mais, parfois, ils servaient h chiffire ^1, et parfois le piquiers étaient les plus nombreux. La pique demeurait indispensable pour la défense , principalement contre une attaque de

cavalerie. Elle avait à m. 66 de longueur et était très lourde. Le même fantassin ne pouvait donc porter à la fois un fusil et une pique. Le maniement de cette dernière exigeait une grande habitude , pour en tirer tout le parti qu'elle comportait , pour savoir la présenter crde biais, plate, haute et traînante «. Achetées en gros par le gouverne-

DU CARDINAL MAZARiN. 289

mille outils et quatre cens boulets du calibre que S^ Martin a dict, et iuiiiei i656. j'ay donné charge à M. de Bridieu de pourvoir à la seureté du passage; car on n'envoyé d'icy que les quartiers des gendarmes et chevauxlégers du Roy et vingt de mes gardes qui demeureront à Tarmée pour renforcer ma compagnie.

Pour ce qui est de l'artillerie, le trésorier qui vient d'arriver avec les lettres de M. de Cossé \ asseure qu'il y avoit de reste dans l'équipage trois cent vingt chevaux et que Jaquier en avoit donné cent; mais comme, cette année, l'on a augmenté l'équipage des vivres de deux cens chevaux à condition de les donner à l'artillerie toutes fois et quantes qu'on les leur demanderoit, je croy que vous ne devez pas hésiter à obliger Jaquier à le faire, puisqu'il luy restera mille chevaux, qui est le meilleur nombre de Tannée passée, et qui ne doit fournir la subsistance qu'à une armée beaucoup inférieure à celle de l'année passée.

Si l'on faict un peu de diligence au Quesnoy et à Landrecy, l'on y trouvera des charrettes qu'on y laissa l'année passée, et Jaquier, en donnant les deux cens chevaux, en peut donner quelques unes des vivres.

J'ay donné ordre pour avoir, dans huit jours, icy ou à Guyse, trente pièces de canon de 33, 8 et 6, que je lire d'Arras, d'Amiens, de Bapaume et de Sedan.

Mazarin continue, dans cette longue dépêche, à entretenir Turenne de toutes les mesures prises pour fournir à l'armée les munitions de guerre, les vivres, les renforts de troupes et l'argent nécessaires.

ment Y les piques lui revenaient à k francs ^ Timolëon de Gossë-Brissac^ comte de

environ; au détail, dans le commerce, elles Cossé, était maréchal de camp depuis coûtaient le double et même davantage. i65o.

■AIARU. — TIl. 3<j

Jaiiiel i656. __^«.__^

mimai^BB^msm^^mmmmmmaÊmmÊai^mmmmmmmmmmim:tamt

Aff. étr., Pay»*Ba8, t. 38 (sans indication de page ni de folio). —

Billet autographe.

À M. DE CASTELNAU

La Père, at juillet i656.

(sXTaAIT.)

Il est certain que les ennemis n'ont eu d'autre dessein que de pousser nostre armée et attaquer le Quesnoy; car, le prenant, ils prenoient aussy Gondé et Saint-Guillain , mais s'eslant trompez dans leur calcul et ayant peut-estre eu cognoissance de ce qui manque dans les deux places, ils ont résolu de s'en approcher et empescher qu'on n'y jette les choses qui leur sont nécessaires; car je ne crois pas qu'ils songent à les attaquer par force, n'ayant pas ce qu'il faut pour cela, sçachant qu'il y a beaucoup de monde à Gondé, et nostré armée estant si prez de la leur.

Si M. de Turenne ^ avoit affaire de pontons^, on pourroit en faire venir diligemment d'Amiens et d'Arras; vous le luy pourrez dire de ma part, comme aussy de faire venir à Guise, soubs prétexte d'escorter quelque convoy, les reginiens d'Esquancourt et de Mondejeu ; car j'ay envie de les faire venir à Arras pour m'en servir, en cas de besoin, à tenter quelque chose à l'advantage de Gondé de ce costé-là. Je n'escris pas à M. de Turenne, et je vous prie de luy dire ce que dessus.

* Mazarin écrit : M. de Turaùie. taient but one ou deux charrettes, et qui

* On avait inventé depuis environ vingt- facilitaient le passage des rivières ou des cinq ans {Gazette du a 3 avril i63â) des fossés. C'est de ces appareils que Maxarin ponts volants qui, démontés, se transpor- veut parler ici.

Juillet i656.

Aff. ëtr., Angleterre, t. 66, f* 396. — Minute en grande partie autographe.

À M. DE BORDEAUX

La Fère, 9 A juillet i656.

(llTRAlT.)

Vous aurez pu sçavoir d'ailleura ce qui s'est passé à Valenciennes : on avoit faict d'abord ie mal fort grand; mais, en substance, il n'y a pas eu deux cens hommes de tuez sur la place, tant des nostres que des ennemis, et le nombre des prisonniers n'est que de cinq à six cens^ hommes, tout au plus. La plus grande partie des troupes de M. le mareschal de La Ferté se sauva à Condé. 11 y en eut aussy beaucoup qui passèrent dans le camp de M. de Turenne, lequel, s'estant retiré en bon ordre avec toute sa cavalerie, infanterie et bagages et douze pièces de canon, prit son campement à demye lieue en deçà du Quesnoy, dans un poste oix il a faict ferme et tenu tousjours teste aux ennemis ^, sans que, durant quatre ou cinq jours qu'ils ont esté en présence, ils ayent pu l'obliger à faire un pas en arrière. Il sera bon que vous donniez part à M. ie Protecteur de ce petit revers, qui ne laisse pas d'enorgueillir les Espagnols à tel point qu'ils se vantent desja de vouloir detascher un corps de troupe de leur armée pour envoyer^ en Angleterre. Mais ils sont bien loing de leur compte, et j'espère mettre les choses en estât qu'ils s'en apercevront clairement avant la fin de la campagne.

* Ce que je crains à présent, c'est la perte de Gondé et de Saint-

^ A six cenUt a ëtë ajoute en interligne Rabatin, édition L. Laianne, t. II, p. i5.)

de la main de Mazarin. ' Le mot envoyer corrige aller et est de la

* Bussy, qui n'aimait pas Turenne, fait main de Maiarin.

cependant un grand éloge de sa conduite * Ici commence un long paragraphe ,

dans cette retraite. (Voy.Af^aim de Bnasy- qui est tout entier de la main de Mazarin.

Juillet i656. Ghisiain (sic), non pas que les ennemis soient en estât d'attaquer ny l'un ny l'autre par force, tant à cause des fortes garnisons qu'il y a que pour avoir nostre armée à deux lieues d'eux, mais parce qu'il n'y a pas assez de vivres, en ayant esté tiré de Condé plus qu'on ne devoit pour le siège de Valenciennes, nonobstant tout ce que j'ay escrit plusieurs fois au contraire, car on a perdu dans le camp des vivres pour dix-huit ou vingt jours pour toute l'armée , et si l'on se fust contenté d'y en avoir seulement pour quinze, il y en auroit, à Condé, pour deux mois davantage qu'il n'y en a, et l'on s'en pouvoit servir, en cas de besoin, aussy bien estant à Condé comme dans le camp. Car les ennemis ne pouvoient pas en empescher la communication. On mettra pourtant toutes pièces en œuvre pour les sauver ^

Ma maladie et les grandes occupations que j'ay eues tous ces jours passez m'ont empesché de respondre à vos lettres avec la ponctualité que j'avois accouslumé de faire. J'en useray autrement à l'advenir. Ce pendant j'ay tousjours dict à M. le comte de Brienne ce qui se passoit dans les conférences que j'ay eues avec M. le colonel Lockhart, afin qu'il prist la peine de vous en informer; mais, en substance, on n'est venu à aucune conclusion, car nous estions convenus de la prendre lorsque le siège de Valenciennes seroit finy d'une façon ou d'autre ^.

On est icy extraordinairement satisfaict dudict colonel*, estant impossible d'agir plus obligeamment qu'il faict, et véritablement la manière dont il en a usé, dans le malheur qui nous arrive*, mérite que vous en fassiez des remercieraens à M. le Prolecteur, de la part du Roy ^, et que vous lui disiez, de la mienne, que j'ay esté fort touché de toutes les oflres qu'il nous a faictes.

Je vous prie de haster les levées d'Escosse le plus qu'il vous sera

' Les places de Condë et Saint-Gnilhain. ^ Ces mots dans le malkeitr qui wvs ar-

' Id finit le i*' paragraphe autographe. rivent soat autographes et corrigent en ce

^ On avait d'abord écrit du cohnel Lock- rencontre,

hart; Mazarin a rayé ces mots et les a rem- * La fin de ce paragraphe, depuis de la

placés par dudiet eoloneL part du Roy, est autographe.

possible; car ^ on a donné tout l'argent, il y a deux mois, et nous nen Juillet i656. avons aucune nouvelle. Il faudroit escrire à M. Douglas ou au s^ Tompson, en termes bien pressans, leur faisant cognoistre quils rendroient un service signalé s'ils arrivoient bientost avec mille hommes.

Je vous prie, en outre, de faire instance le plus fortement et avec le plus d'eflScace qu'il vous sera possible^, pour avoir permission de lever quatre' mille Anglois, offrant à M. le Protecteur de les luy renvoyer toutes fois et quantes qu'il voudra, et mesme* que vous prendrez les colonels qu'il vous nommera, et que mesme, s il veut envoyer une personne capable et de qualité pour commander tout le corps, le Roy y consentira. Vous ne manquerez pas de raisons pour luy faire cognoistre l'interest qu'il a de nous donner cette assistance, afin que nous ayons plus de facilité de rabattre l'orgueil de nos ennemis communs auparavant que la campagne se passe. On donnera douze escus par soldat rendu en France, et, pour le surplus, je prendray grand soin de les faire bien traiter, et vous pouvez hardiment vous engager à M. le Protecteur et luy donner toutes les seuretez qu'il vous demandera, afin qu'il ne puisse pas douter que toutes fois et quantes qu'il aura à faire de ce corps ^ nous le luy rendrons, et il sera embarqué sans aucun delay sur les vaisseaux qu'il enverra pour cet effecl à Calais, ou autre lieu qu'il voudra.

Je voy tant de motifs qui doivent obliger M. le Protecteur à nous accorder cette demande et tant d'advantages qui luy en résultent, que j'en espère une bonne yssue, et, en ce cas, il faudra travailler à la levée sans perdre un moment de temps; car, à l'instant que j'en recevray la nouvelle, je vous envoyeray en lettres de change^ et argent

' Toat ce qai suit, depuis car on a domU, est autographe.

' Ces mots, depuis k plus fortement jusqu'à possible, sont autographes.

^ On avait d*abord écrit deux; Mazarin a efface ce mot et mis au-dessus ([ualre,

* Depuis et mesmes jusqu'à à proportion du nombre^ tout ce passage est autographe.

' Ijes payements en lettres de change étaient alors d'autant plus usités entre la France et l'Angleterre, que ce pays était à peu près le reul en Europe avec qui la place de Paris lut en correspondance di^ reete.

Pour lltalie et l'Orient, il fallait acheter des traites à Lyon et à Mai'seille; pour l'Ai-

Jiiitieti656. comptant ce qu'il faudra pour toute la levée, me confiant que vous l'employerez et prendrez vos précautions de telle sorte que le Roy aura les quatre mille hommes ou qu il conservera Targent, qui ne sera donné qu'à proportion du nombre ^ d'hommes qui sera levé. Surtout cette levée se doit faire ^ avec tant de diligence, qu'elle soit' passée en France avant la fin du mois prochain. Car, autrement, elle seroit inutile tout-À-fail^.

^Javois oublié de vous dire que M. le Protecteur, pour faire la grâce accomplie, pourroit donner quelque nombre d'hommes de l'armée; car il les remplaceroit sans peine, et, par ce moyen, on pourroit promptement avoir en France le corps qu'on désire.

Apres vous avoir escrit la lettre cy-jointe, j'ay veu M. le colonel Lockbart et je luy ay dict que je vous despeschois un courrier en diligence pour vous prier de faire instance à M. le Protecteur de nous permettre [cette* levée] et nous assister pour venir promptement à bout de ladicte levée. 11 a fort approuvé les raisons qui dévoient obliger mondict s^ le Protecteur à le faire et m'a promis d'en escrire de la bonne manière et mesme de proposer l'attaque de quelque place des ennemis du costé de la mer, ainsy que nous en avons discouru. J'ay voulu adjouster cet article à ma lettre afin que vous soyez informé de tout; et je vous diray aussy que sy on ne pouvoit lever quatre mille Anglois, il se faut contenter de trois mille, voire de deux mille ^.

iemagiie et les Étals du Nord, il fallait pas- ^ Ce paragraphe et le suivant sont auto-

ser par Amsterdam ou Anvers. Au point de graphes.

vue du (aux, le change ëtait au pair, ou en- * On a pu voir, par la note ci-dessos,

viron, enti*e Paris et Londres, tandis que, page âgS, que Mazarin avait, en fixant le

pour la plupart des autres ElaU , il était à chiffre demandé à FAngleterre , écrit d'abord

notre désavantage. le mot detus qu*il avait remplacé par le mot

^ Ici se termine le morceau autographe quatre. C'était demander le plus pour avoir

qui a commencé aux mots et mesme, le moins. De £sdt, ce ne (îit pas seulement

' Les mots doit faire sont de la main de quatre , mais six mille hommes que Maza-

Mazarin. rin finit par obtenir de Cromwell , dix-huit

' Le mot «01/ est autographe. mois^lus tard; et ce renfort contribua au

^ Le mot tout-â-fait est autographe. gain de la bataille des Dunes.

JaiHet i656.

GLXXXL Bib). nat. ms. f. fr., t. qS^soq , f*' ao5 et suiv. — Autographe sigoé.

À L'ABBÉ FOUQUET

La Fère, 9 & juillet i656.

J'ay esté surpris de l'effort que M. le Procureur gênerai a faict, et je recognois de plus en plus qu il faict bon d'avoir des amys si zelez et effectifs, comme luy et vous. Je suis fort touché de la manière dont il en a usé; et quoyque je luy fasse mes remerciemens, je vous prie de les vouloir faire encore de ma part. Il eust esté bon de laisser à Paris une partie de la somme qu'il a envoyée icy; car il y faut faire plusieurs dépenses pour les chevaux et pour les autres choses que le s' Colbert doit acheter, et quelque chose pour l'artillerie, et je doute qu'on trouve, à point nommé, ce qui peut estre nécessaire pour cela.

J'ay veu et entretenu de Vaux* que j'ay trouvé un homme bien agissant. Je luy ayt dict ce que je vous avois escript pour les deux compagnies.

Rien ne nous est si nécessaire pour remettre le corps de cavalerie de l'armée de M. le mareschal de LaFerté, qui est, pour la plus grande partie, desmonté, que d'avoir promptement un grand nombre de chevaux. C'est pourquoy je vous conjure de redoubler vos soins, afin que j!en puisse recevoir promptement^ et vous pourrez employer de nos amis à cela, qui en ayent cognoissance, et les envoyer à mesure qu'il y en aura cent ensemble. Je vous réplique de nouveau de faire tous vos efforts pour cela.

Si vous en pouvez trouver cinquante ou environ de deux cens livres et jusques à deux cens cinquante livres, vous les pouvez faire acheter;

^ Probablement Louis-Nicolas Fouquet, comte de Vaux , fils du procureur général Nicolas Fouquet D vécut jusqu'en 1705.

Juillet i656. car ils serviront pour donner à des capitaines et autres officiers qui sont à pied^

Aff. étr., Pays-Bas, t. 38 (sans indication de page ni de folio); minute de la main de Rose. — Plusieurs passages sont soulignés oooune devant être cbifiës.

À M. DE TURENNE

La Fère, 97 juillet i556.

J'ay reçu vos lettres du a 5 et du 36. Je m'estois resjouy* d'apprendre, par la première» l'entrée à Condé de quatre cens chevaux chargez de farine; mais ma joye a été diminuée, voyant, par la dernière, que Ton n'y en avoit jeté que soixante septiers^. Je me souviens d'avoir pratiqué en semblable rencontre un expédient pour obliger les cavaliers à estre soigneux de porter ce qu'on leur donne, qui est de leur promettre à chascun un escu, Voire deux pistolles, en rendant effectivement au lieu où ils sont envoyez ce qu'on leur a consigné en partant. C'est pourquoy, si vous le trouvez à propos, il seroit bon d'en user ainsy à l'advenir, et vous aurez de l'argent pour cette dépense» laquelle peut devenir utile au dernier point.

' On a vu ci-dessus ( p. â8& ) que Mazarin u oflrait cpie 1 5o livres pour les chevaux des simples «rmaitresn; il va jusqu'à q5o livres poinr ceux des officiers. A ce prix ( A08 francs intrinsèques de notre monnaie), on avait une béte de qualité moyenne, mais rien encore de luxueux ni même de fin. Turenne avait paye 6a & francs un ttcheval de bague i», fort beau et forl glorieux; une «rhaquenëen que son propriétaire déclare «r admirable» était vendue 1,177 (î^^i^cs. Quant aux chevaux qui se recommandaient aux connaisseurs par certaines rares qualités, nous voyons à cette époque un «rgenét d'Es-

pagne», du prix de 3,iao francs, offert k l'ambassadeur d'Angleterre; un cheval de 5,000 francs donné par La Ferté au commissaire de l'Empereur. An commencement du règne de Louis XIII, Goncini avait payé 11,000 francs un chevd de cérémonie {di rispeito),

* C'est-à-dire, 7,2100 kilos; chiffre qui, divisé par A 00 chevaux, ne donnerait pour chacun d'eux qu'une chai^ invraisemblable de 1 8 kilogrammes. Il est clair, comme le soupçonne Mazarin, que cette farine avait été détournée ou dissipée en grande partie pendant le trajet

Tay travaillé tout hyer avec M. Le Tellier et le s' Talon, et j'en Juillet 1 656. feray encore autant aujourd'huy, afin que ledict s' Talon puisse partir demain avec langent et les autres choses destinées pour l'armée et pour le payement des troupes. On a faiçt Testât suivant ce que vous m'en avez escrit; mais sur tout ce qui regarde cela et la manière en laquelle se devra faire la distribution de l'argent, soit dans les places, soit dans vostre armée , soit dans ce qui s'est rassemblé des troupes de M. le mareschal de La Ferté , soit dans les corps lorrains , je me remets au mémoire que vous portera le s"" Talon et à sa vive voii. Je vous diray seulement qu'outre l'argent qu'on envoyé, nous dépenserons prez de cinq cent mille livres pour la remonte de la cavalerie de l'armée qui a receu l'eschec, pour remettre l'artillerie et pour toutes les autres dépenses que l'on faict en mousquets, pistolets, habits^ et mille autres choses, auxquelles il faut absolument pourvoir.

M. le Procureur gênerai s'est obligé en son particulier et a faict tous ses efforts pour nous assister en ce rencontre, et, en effect, il nous a envoyé une somme assez considérable, et outre cela M. Hervart^ m'a preste, en mon particulier, cent mille escus de la meilleure grâce du monde.

Il faut, s'il vous plaist, faire donner aux soldats des compagnies des gardes, qui ont souffert dans le dernier malheur, les armes qu'il leur faudra, et d'ailleurs j'envoyeray par le s' Talon une quantité de justaucorps, de bas et de souliers, pour leur en faire un présent, qui sera distribué par les officiers à ceux qui, estant revenus de prison ou ayant esté despoaillez, se trouvent tout nuds.

Ce pendant on travaillera incessamment à Paris et ailleurs pour faire des levées, afin de remettre promptement les compagnies en bon

* L'uniforme n'existait pas encore, sauf sait de temps à autre quelque distribution

dans quelques compagnies de gendarmes, de Tester et de hauts-de-chausses, de ma-

pourvus d'un riche hofuelm, et pour les nière qu'ils ne fussent pas, comme les gens

gardes à la Uvrée du roi ou d*un prince. de pieddn siècle précédent, vêtus «rplus à la

Les soldats s'habillaient donc à leurs (irais, pendarde qu'à la propreté», et partant à leur giûse. Cependant, depuis * Barihâemy Hervart. ( Voy. 1 1, p» 933 ,

un quart de siède environ, l'État leur fai- des Lettru de Matarin,)

u — Tii. 38

IUrBiatlII «ATlOliLS.

Juiitet 1656. estat. J ay escrit pour faire donner deux mille livres par compagnie aux officiers des quatre compagnies qui ont esté maltraitées et s'en sont tous allez à Paris après avoir promis au Roy qu'ils m^ettront le tout pour le tout pour revenir au plus tost avec de bons soldats.

Je suis fort persuadé que vous pratiquerez tous les moyens imaginables pour jeter des vivres dans Gondé, ne croyant pas que les ennemis prennent en aucune façon la résolution de l'attaquer par force, quoyque je ne voye pas à quoy ils puissent avoir destiné une si grande quantité de pionniers que vous verrez, par la copie de la lettre cy-jointe \ qu'ils assemblent, si ce n'est qu'ils la veuillent employer à fortifier des postes pour empescher avec plus de seureté qu'il n'entre des vivres dans la place.

Mazarin eontiniie de donaçr des détiûb 8ur les recours en hommes, en vivrez; et en munitions qu'il se propose d'envoyer à Condë. Il termine en ajoutant :

Apres avoir escrit ce que dessus, examinant la pensée que pourroient avoir les ennemis dans les commandemens qu'ils ont donnez d'assembler tant de paysans, je trouve qu'apparemment ce ne peut estre pour autre chose que pour garnir tous les postes de l'autre co^é de l'Escaut, par lesquels on pourroit jeter du secours dans Gondé, et pouvoir au mesme temps demeurer avec toute l'armée Où ils sont san» s'affaiblir; et quoyque ce ne soient que des paysans, je craindrois qu'il n'arrivast quelque malheur à M. de Mondjejeux exécutant son dessein^ avec mille cavaliers qui seroient empeschez de bien combattre, ayant leurs chevaux chargez. C'est pourquoy je le supplie de faire réflexion là-dessus et voir si vous pouvez rien faire de vostre costé qui puisse remédier à cet inconvénient. Si M. du Passage pouvoit estriller (sic) quelque nombre de ces paysans, attaquant un des postes oi^ ils seraient en garde, le plus prez de -Gondé, je croy que les autres prendroient l'espouvante et que les ennemis auroient bien de la peine à les faire

* Cette copie qe se trouve pas daas le ms. primes, de tenter de pénétrer dans Gendé

* Le projet de M« de MoBdejeux ëlait, avec an certaio nombre de chevaux qui comme Mazarin Ta dit dans les passages sup* porteraient des sacs de liEiriue.

tenir boû à la garde des autres postes; et si vous, pouviez coueerter Joiiiei i656. avec M. de Mondejeux d'envoyer un corps de troupes de Tarmée à cet endroit où vous avez faict recoguoistre ce gué, pour faire attaquer les paysans qui le gardent, au inesme temps que ledict sieur de Mondejeux seroit entre l'Escaut et la Scarpe, je ne doute pas que le secours n'entrast dans Gondé avec seureté; car il ne faut pas appréhender une grande résistance du costé des paysans, s'ils sont attaquez vertement.

CLXXXUL

Aff. ëlr., France, t 278, f" 172 v*. — Copie du temps.

AU CARDINAL BICHI

La Fèi-e, 97 juillet i656.

(bxtbait.) ,

lo cominciando da quello (capo) délia rivocatione del vicariô^ dirô à V. Ëm., con ogni sincerita, che il cardinale di Retz non vi potevà rendere il maggior servitio di quello hà fatto con questa novita , la quale è riuscita cosi odiosa communemente à tutti, che il clero la détesta corne zizania seminata da un spirito diabolico per turbare la quiète délie conacienze et riempire la sua diocèse di confusione e di disordini, ed il Parlamento hà appresa corne cosa pregiuditialissima allô Stato che un huomo , dichiarato dal Re criminale di lésa Maesta e che si ritrova fuggitivo e contumace fuori del regno, pretenda di essercitar e la giurisdittione in Parigi per mezzo di persone sospetté e ripit)vate da S. Maesta, e di rivocare e pervertire à sga voglia, senza cognitione di cause, le cose stabilité frà il Papa, il Re et il clero per il buon govemo délia chiesa.

Per il contrario, tutti generalmente si sono rallegrati di sentire che S. S^ habbii disapprovata l'attione del dello cardinale, e se ne sià

' Voyez, sur la révocation par Retz de Fadmioistrateur général du diocèse de Paris, CHdessiu, p. »^7, note 3.

Juaiêii656. apertamente dichiarata, et V. Em. potrebbe difficilmente rappresentarsi l'aniversale approvatione con che è stato ricevuto qua questo giusto sentimento e questa buona dispositione délia S^ Sua, desiderando tutti gi' huomini da bene che il mondo resti disingaanato di quel concetto che il cardinale di Retz havevà procurato di guadagnarsi con le sue arti d'essere padrone assoluto délia volonta di N. Sig^ e di caminare di concerto seco in tutte le cose che offendevano il Re, sperendo i ben' intentionati che con qualche ragionevole sodisfattione , che si darà à S. M^ in questo partieolare ^ ch'è la sola pietra di scandalo trà il padre ed il figlio , sià per ristabilirsi fra di loro una perfetta amicitia e confidenza tanto necessaria al publico bene.

Mazfirrin parle ensuite de Tintention du Roi de remettre laffaire entre les mains du Pape.

Si le Souverain Pontife ne peut exiger que le cardinal de Retz se dëmelte de soii archevéchë, il devrait, du moins, Texpulser de Rome, avec dëfense d'y rentrer. Cette mesure et le changement de Nonce rétabliraient la bonne intelligence entre le Roi et le Saint-Siège. On pourrait alors s^entendre avec le Pape pour traiter de la paix. Mazarin indique ensuite plusieurs prélats, qui pourraient être chaigës de la nonciature en France. Il insiste sur la confiance que les puissances étrangères témoignent au Roi. Il demande :

Che S^ Sua facesse reflessione alla fede inalterabiie che si è tenuta à tutti, ed al credito in cui si trovà hora la Francia. Gromvel hà per questa consideratione preferita Tamicitia délia Francia à quella de Spagnuoli, non ostante che abbiâmo la regina d'Inghilterra in casa, sua inimica capitale. Per questo il re di Suetia ricerca di nuovo [nostra] allianza e consente alla mediatione nostra frà lui ed il re di Polonia. Per questa medesima causa habbiamo più tosto voluti essere abbandonati che abbandonnare gl' Olandesi. Per questo i prencipi d'Âlenoagna, tanto cattolici, come ugonotti, concorrono unitàmente à dimandare la protettione del Ke. Il duca di Baviera riconosce la conservalione e laugumento délia sua grandezsa da questa corona; liduehi di Savoia e di Mantoua, di queste armi. La sincera interpositione di S. M^ hà estinto il fuoco che si accendevà frà cantoni suizzeri et frà il medesimo

duca di Savoia e le valli^ che bavrebbe faeilmente abbruciata Juillet i6S6.

tutta ritalia , et in Y. Ëm. si conserva la memoria del zelo ehe hà il re di Francia per la pace et unione de prencipi italiani^.

Aff. étr. , Pay»-Bas, t. 38 (sans inclicatioo de page ni de folio); mioute de la main de Rose.

— Nombreux passages soulignés pour être chiffinés.

À M. DR TURENNE

' La Fère, 98 juillet i656.

(miAir.)

Je Toas escrivis hyer assez au long, et comme je vous^ envoyay ma lettre avec le duplicata pat deux différentes voyes, je ne doute pas que vous ne layez receue et que vous n'dyez veu toutes mes pensées à Tesgard de Gondé.

A présent, je reçois celle que vous avez pris la peine de m'escrire du 27, par laquelle je vois que vous n'espériez pas pouvoir en aucune façon sauver Gondé ny mesme Saint Guiilain , et que vous estiez aussy contraint de prendre un poste sur la Sambre aujourd'huy ou demain.

Vous pouvez croire qu aprez toutes les peines que je me suis données et toutes les grandes dépenses qu'on a faictes pour mettre ces places en bon estât, je dois avoir une sensible douleur de les voir perdre, faute de vivres; mais il se faut consoler par l'impossibilité que vous me mandez qu'il y a d'y remédier. Je suis tres-persuadé que vonis* n'en avez pas moins de déplaisir que moy, et que si M. du Passage' pouvoit tenir plus longtemps qu'il ne vous a faict espérer, et que,

* Le nom est laissé en blanc dans le ma- avait, sous la mëdiatioa du roi de France, nuscrit On a vu plus haut qu'il s'agissait rétabli la paix en Italie. (Voy. t I, IntriH des vallées habitées par les Vaudois. Jbuition, p. lxXtiu, des LeUrei de Mazarin,}

* C'était le cardinal Bichi, qui, en 1 6ih , ^ Gouvoiieur de Gondé.

Juillet i656. nostre armée estant fortifiée, vous voyiez jour à faire changer la face des affaires, vous ne unissiez toutes pièces en œuvre pour en venir à bout. U seroit bon de mander, par diverses voyes, à M. du Passage de chasser les habitans, afin de se prévaloir de tout ce qu'il use pour leur subsistance.

Il faut aussy que vous examiniez, s'il vous plaist, si vous devez envoyer ordre à M. du Passage de pratiquer quelque expédient pour sauver les troupes qui sont dans la place, lesquelles forment une petite armée, M. de Schomberg m'ayant dict qu'il y avoit trois mille cinq cens hommes de pied, grande quantité d'officiers et six cens chevaux , M. du Passage en ayant retenu cent de ceux qui avoient porté la farine. Il y a, outre cela; prez de cinq cens blessez, et vous devez tenir pour asseuré que tous seront prisonniers de guerre, si l'on ne prend de bonne heure quelque bonne résolution pour l'empescfaer. Je vous dis de bonne heure, parce que, s'il esl impossible, quelque chose qu'on puisse faire, de sauver la place, il vaut mieux que M. du Passage la rende présentement, afin d'avoir une bonne capitulation, par laquelle toutes les troupes qui y sont puissent joindre l'armée.

Il faudra voir aussy, les ennemis n'attaquant pas la place par force, s'il seroit praticable de n'y laisser que mille ou douze cens hommes avec La Haye, qui commanderoit, et que M. du Passage, feignant de vouloir faire une sortie, avec toute la cavalerie et le reste de l'infsmterie se retirast à costé d'Arras ou à Saint Guillain; car peut-estre que, avec ce renfort et d'autres que vous auriez d'icy, vous seriez en estât d'entrepi'endre sur Tarmée ennemie, et ce pendant ces mille hommeslà auroient moyen de subsister d'autant plus longtemps qu'ils auraient pour eux seuls les vivres de toute la garnison.

Il seroit bon aussy de voir si , n'y ayant rien à faire à Gondé , nous pourrions entreprendre quelque chose tandis que les ennemis sont occupez de ce costé-là, pour reparer en quelque façon cette perte; et quand ce ne seroit que pour prendre la Capelle, il semble que cela vaudroit tousjours mieux que de ne rien faire du tout. Quoyque estant en estât de vous fournir canon, munitions de guerre, outils, grenades

et tout ce que vous sçauriez souhaiter, je croirois qu avec les forces que Juillet i656. nous avons, nous pourrions venir à bout de quelque entreprise de plus grande importance, et particulièrement dans le temps que les ennemis sont occupez ailleurs.

Je ne pense pas qu'il faille hésiter à jeter beaucoup de vivres dans S' Guiilain, si vous le pouvez, puisque, par ce moyen, nous tiendrons tousjours autant de temps cette espine dans le pied des ennemis, et peut^atre que ce pendant il s'offrira des occasions où nous pourrons de plus en plus nous en asseurer la conservation.

Mazarin prie ensuite THrenne de différer l'exécutioa de son projet de retraite sur la Sambre, dans ia crainte que M. de Mondejeux ne soit exposé à un grand danger s'il tente de réaliser le projet quïl a formé ^. Le cardinal termine en annonçant à Turenne une lettre destinée à tromper les ennemis. Il en indique le sens dans le passage suivant :

J'ay songé qu'il pouvoit estre utile de Vous escrire une certaine lettre, dont j'ay faict faire quatre copies, afin qu'il en tombe [sic) quelqu'une entre les mains des ennemis, par laquelle je prétends leur faire adroitement cognoistre qu'il ne manque autre chose que de la poudre dans Gofldé. Nous feignons qu'on y manque de vivres, de peur qu'ils ne se résolvent à l'attaquer de force. Elle est de mesme date que celle-cy et commence par ces mots : Vous sçavez mieux qtie personne, etc. Je vous en doqne advis, afin que vous la considériez comme un pur stratagème et que vous ne vous arrestiez point à ce qu'elle contient.

* Voy. cÎHieMttf, p. 998, note a.

30â LETTRES

Jiiillet i656.

Bibl. nat, ms. f. fr., Milangeê de Cofbert, t 61, f* igS v*; minute,

et t 93,909, f* 907.

À L*ABBÉ FOUQUET

La Fère, 99 juillet i656.

(nniiT.)

Mazarin exprime le regret de ne pouvoir obtenir autant de chevaux qu^il aurait dësiré. Après avoir parié de la Maison-de-Ville, il ajoute :

L'affaire du petit Guitaut^ n'est pas dé conséquence, et Félix' m'a asseuré qu'on me renvoyera tout aussytost quelqu'un de ceux qui sont à moy^. Je vous puis asseurer que le malheur de Yalenciennes n'est pas une forte raison pour me persuader de rechercher des moyens pour gaigner les bonnes grâces du prince de Gondé, lequel et tous ceux de son party auroient grand tort de croire autrement , et en tous cas le temps les esclaircira. Ge qui me desplaist, c'est que je ne voy pas jour à sauver Gondé, les ennemis ayant trop de facilité d'en venir à bout, puisque la place manque de vivres et de munitions de guerre. Si nostre corps de cavaliers démontez estoit remonté , on pourrait faire quelque effort.

J'apprends que le prince Eugène^ ne parle pas bien des affaires. Si vous trouvez que cela soit vray, je vous prie de ne songer plus à ce

^ Guitaut-Peicbperoa. (Voy. ci-dessus, * Bogène-Manrice de Savoie, comte de

p. 1^0.) Il était, dit Bussy, «rfils d'un nom- Smsena, né en i635, était fib pnkié dn

mé Péchepeyroux , gascon que personne ne prince Thomas de Savoie-Gadgnan et de

croyait gentilhomme quand il épousa la sœur Marie de Bourbon-Soissons. 0 épousa, en

du commandeur de Guitaut, Françoise de lôSy, Olympe Mancini, nièce du cardinal

Comminges, mais à qui on la donna parce Mazarin, et mourut ~ en 1673. Un des fils

qu'il avait du bien et qu'elle n'avait rienn. d'Eugène-Maurice de Savoie fut le prince

Le fils prit le 90m d^ Guitaut en entrant, Eugène-François, né en 1 663, qui fut ccMuià

comme wgè^ Aen le cardinal de Richelieu. d'abord sous le nom d'abbé de Savoie et

' Félix Tassy. (Voy. ci-dessus, p. «58. ) devint généralissime des années de Tempe-

' En échange de ce Guitaut. reur Léopold.

que M. de Bournon ville ^ you8 a dict^, et vous le prierez conBdemment, Juillet 1666. de ma part, d'en user de mesme.

Je vous prie de dire à M« le Procureur gênerai que l'archevesque de Sens' ne va pas bien; j'en suis asseuré en sorte de n'en pouvoir douter, non seulement pour la conduite qu'il tient dans l'assemblée [du clergé], mais par d'autres advis que j'ay; mais il ne luy faut rien tesmoigner et continuer tousjours à l'engager de bien servir.

Aff. ëtr., Angleterre, U 66, T 967. — Minute.

A M. DE BORDEAUX

(lITlAIT.)

La Fère,3o juillet i656.

Vous sçavez de quelle conséquence est la grâce du député de Bordeaux^ et les pernicieux effets qu'un exemple de cette nature est capable de produire. Il n'y a eu personne, dans le Conseil, qui ne soit rescrié, lorsque j'en ay voulu faire la proposition. Neantmoins, puisque

' Ambroise, marquis, puis duc de Bournonville, avait été nomme marëchol de eamp en 16A9; il obtint, en 1687, la survivance du gouvernement de Paris qu'avait le maréchal de UHôpital et lui succéda en 1660. 11 se démit de toutes ses charges en 1663, se fit prêtre après la mort de sa .femme en 1678 et. mourut en 1693, le id décembre. (Voy. sur sa moii, Journal de Dangeau, tome IV, p. /kib.)

* C'était pi'obablement une ouverture pour le mariage du prince Eugène avec une mèee de Masarin.

^ Louis-Henri de Pardaillan de Gondrin , né en i6ao, nommé coadjuteur de Tarchevéque de Sens en i6&4, devint titulaire de

MAIAmK. — TU.

cet ai*chevéché en 1 6&6 et mourut en 1 67a. Les appréciations sur ce prélat sont très diverses : il est loué dans le GalUa Christiana, dans le Néerologe de Poti-Royal et dans le Supplément de Moréri par Gouzet. Le jugement défavorable de Mazarin est confirmé par les Mémoires du père Rapin. (Voy. entre autres, 1. 1, p. 1 58- 169 de ces Mémidree.) Mazarin lui-même se louait pourtant de cet archevêque dans sa lettre du a 5 novembre i655 et parait vouloir se servir de lui. (Voy. plushaut^ p. i5o.)

^ Les députés envoyés de Bordeaux k Londres avaient été exceptés de l'amnistie accordée à cette ville. Il s'agit ici, je crois, de Franca, conseiller au parlement de Bordeaux.

laruBiaii xatioials.

Août i6M. cela est une chose que M. le Protecteur piMioane^ je ne me rebuteray pas. J'ay desja eu Thonneur d'en parler au Roy en particulier. Je vous diray mesme que, quelque inoonvenient qnû puisse y avoir à la chose, je voy Sa M^ disposée à l'accorder, à la considération de M. le Protecteur, qu'entre-cy et la semaine prochaine vous luy en pourres donner des nouvelles selon son souhait.

GLXXXVII.

Bibi. nat., ms. f. fr. , Mélmgei de Cùlbert, t 5i, V 909 y*; minafe,

€ti. fi3fioa,f* 809.

k L'ÀBBÉ FOOQUET.

La Fère, 1 août i656.

(vnâir.)

Je suis bien aise de ce que vous me mandes des chevaux , que je vous ay prié de faire achepter. Plus il y en aura, ce sera le mieux ^

On a bien faict de £aire arrester les imprimeurs et le gazetier de ces petites gaiettes que les escrivains débitent à Paris, M. Le Tellier escrira, de la part du Roy, à M. le Chancelier que l'intention de Sa M^ est qu'on punisse avec la dernière sévérité ceux qui en feront doresnavant, et sur ce sujet je vous envoyé l'extraict d'une lettre qu'on m'a escrite de Paris, afin que M» le Procureur gênerai en parie à M. le lieutenant civil ^ et fesse faire au moins une rude réprimande au commissaire qui a laissé aller pour de l'argent Tescrivain et sa femme qu'il avoit arrestes.

Quand je vous verray, vous pourres me dire ce que Tonloit pro* poser pour ses amys la dame qui est à Paris ^. Cependant, à Tesgard

' Voy. ci-dessiifi, p. â8A. Les lettres anih * Dmix*DiiDbi«y flit MeiitenanC civil de

lyaées de la fia de juillet et du ooumeaoe- 16&S à i6M. C'est h père de la marquise

ment d'aoAt i$£6 prouyenl que Maiaria de Brinvilliers. Il fut empoisomië par sa

donnait partout des ordfes pour Tadiat de filia

chevaux destioA à remonter la cavalerie * ProbaUemeat M** de Ghfttilkm» (Voy.

après réchec de Valendeonea. tV,p. iBB.mtBi.ie^LmméêMmmrm.)

de M. le marasdial de La Ferté, yom voules que je yous di^e quU Mt i656. ne faut pas me faire acheter une chose desja vendue. Dez le premier jour que ledict 8^ Mareschal fut priaoumer, le prince de Coudé luy promit qu'il le laisseroit revenir aur sa parole avant la my-aou8t, et un trompette du Roy\ qui revint hyer de Mous, m'a apporté < une lettre, de sa part, qui conGrme encore la mesme chose, de sorte que, si cette dame luy veut rendre quelque office, il luy en aura obligation et audict sieur prince, qui en a usé généreusement; mais je ne dois pas mettre sur mon compte uue faveur qu'on a accordée à un autre. Je ne sçay si cette lettre vous trouvera encore à Paris; en tous cas, on la rendra à M. le Procureur gênerai, parce qu'il sera bon qu'il voye l'article des gazetiers. J'escris à MM. les Surintendans qu'il est très- important qu'ils viennent icy, ou tous deux ensemble, ou l'un aprez l'autre. Si M. le Procureur gênerai ne vient pas avec M. Servien, il est absolument nécessaire quil vienne aprez, quoyque, quand je vous verray, j'aye beaucoup de choses à vous dire, que vous luy rapporterez.

mammmmmmesmimmmmimmmtm:mmimi»i^iri^mmmimmmmmmm^mtimf*'mi'^''immi9m

CLXXXVIIL

Aflf. ëtr., Pàys-B«8, t 38 (aans indication de page ni de folio). —

Minute de la main de Rose.

À M- DE TURENNE-

La Fera, h août i656.

(iXTBAIT.)

J'ay receu vostre billet du 3 de ce mois, avec les copies des lettres de M. du Passage et de M. le chevalier de Crequy du 3"^ de juillet. Je n'ay rien à répliquer à vos raisonnemens. Je recognois bien que les desseins que vous proposez sont grands^; mais je suis tres-persuadé

' On peut c^oaiifter lur ces fidts lea ' Je peoaeqiji'il £puut eoteod^ ici la mot

Mémoirêê de Paysëgi«r, qui était lui^-ioéme grand» àtm le sens de : dtffMht i etpkui^, priaonnier. ( Voy. t. II , p, $|33 , de Tédition C'est ee qui ex(Aque le mot mm,qm vient citée.) enauite.

Aoét 1666. que vous ferez tout ce qui se pourra, et que, si vous ne tentez rien pour secourir Condé, c'est qu'il n'y aura pas de moyen de le faire.

Pour vous dire ma pensée en peu de mots, me remettant tousjours à ce que vous jugerez à propos, il me semble que la principale chose que nous avons à faire est de sauver Condé , si nous pouvons, et, encore qu'on ne le puisse, il faut, à quelque prix que ce soit, sauver la gar-

nison

Aff. étr., Pays-Bas, t. 38 (saas indication de page ni de folio). —

Minute de la main de Roassereau.

A M. DE TURENNE

( IXTBIIT. )

La Père, i3 août i656.

On vient présentement de recevoir des nouvelles de Bethune, qui m'apprennent que le chevalier de Crequy est à Tournay, gardé exactement et de sorte qu'il n'a pas eu la liberté d'escrire; et tout ce qu^il a pu faire sçavoir a esté qu'il a eu un passeport des ennemis, à condition qu'il subiroit les mesmes (conditions) que l'on feroit à la garnison de Condé. Il en est sorty le 1 0 , et il est aysé d'inférer de la conduite que les ennemis ont tenue à l'esgard dudict chevalier, qu'ils prétendent ne faire une capitulation à Condé que celle de recevoir tout ce qui y est prisonnier de guerre^.

* Cette dernière pensée, sur laqudle Mazarin revient dans plusieurs lettres, fat réalisée. Le gouverneur de Condé, du Pas* sage, obtint une capitulation qui lui permit de sortir de la place avec sa garnison et de se joindre à Tarmée française.

* L'adoucissement des mosurs, en matière de capitulation et de prisonniers de guerre, est caractéristique, sous Maxarin. La rançon d*un soldat d'infanterie était d'en-

viron 35 francs; peu d'hommes pouvaient la payer; et s'ils n'avaient pas la chance d'être enrôlés par le vainqueur, ils risquaient fort, après avoir été dépouillés de fond en comble, d'être envoya en masse aux galères. S'ils sont riches, Us doivent redouter le sort du marquis de Senecey, pris à la tête du r^^iment de «Piémont et tué de sangfroid par ceux qui disputaient à qui l'au* raitpour en tirer une forte somme.

Il faut donc songer à pratiquer tous les moyens imaginables pour Août i656. . Tempescher; car ce seroit une chose bien dure, aprez le malheur qui est arrivé à Yalenciennes et la perte de Gondé, que nous perdissions en outre plus de quatre mille bons hommes, lesquels, estant joints avec vostre armée, vous mettroient sans doute en estât de chercher lennemy partout.

Je suis asseuré que vous songerez à prendre la resolution la plus propre pour contraindre les ennemis à accorder une bonne capitu* lation à M. du Passage. Neantmoins, pour vous dire ma pensée avec toute la liberté dont j'ay accoustumé d'user avec vous, je croy que rien ne pourroit plus contribuer à cette fin que de vous en aller du costé de la Lys pour attaquer Saint- Venant ou Armentieres, et mesme, estant arrivé de ce costé-là, de destacher deux ou trois mille hommes de pied et douze ou quinze cens chevaux, commandez par M. de Gastelnau ou tel autre que vous jugerez à propos, et tenter la surprise de Gourtray où il ^'y a personne; et cette alarme obh'geroil asseurement les ennemis, pour se délivrer de rengagement où ils sont à Gondé, d'accorder une bonne capitulation à la garnison, ou, ne le faisant pas, ils vous donneroient infailliblement lieu de faire des progrez de ce costé-là, assisté, comme vous le seriez, d'Ârras, de la Bassée et de Bethune, lesquels progrez repareroient la perte de Gondé et de la garnison.

n seroit pourtant bon, en ce cas, qu'auparavant que vous approchiez de la Lys, vous destachiez quelque corps de cavalerie pour investir la place que vpus voudriez attaquer, adressant le tout à M. de Mondejeux, lequel y joindroit celle qu'il a, et, estant pratique du pays \ [il] pourroit mieux prendre ses mesures qu'aucun autre, et je m'asseure que, luy en escrivajit dans le sens que vous pourrez faire, il mettroit le tout pour le tout pour faire réussir l'entreprise que vous résoudrez. Je ne manqueray pas de luy escrire à l'instant que je sçauray que vous aurez pris le party que je vous propose.

Mazarin termine en. annonçant à Turenne Tenvoi de Saint-Martin avec Téqui- * Connaissant parfaitement le pays.

\oM i6S6. page d'artillerie et beaucoup d'outils. Du côté d'Arras, de la Ba^sëe et de B^thone, Turenne trouvera de gros canons et des boulets. Prière de faire counattre le plus t6t possible la résolution qu'il prendra.

Aff. ëtr. , Pays-Bas , t. 38 (sans indication de page ni de fdio) ; minute de la maiD de Roussereau. — Passages soulignes pour être chiffres.

A M. DE TURENNE

(bktbait.)

La Père, 17 aoàt i656.

Le bruit court que les ennemis sommèrent dimanche passé le ^ du Passage, luy déclarant que, s'il navoit trois sepmaines de vivres, ou quinze jours au moins, il n'auroit nulle capitulation ^ Si cela estoit, il y a apparence qu'il aura une capitulation, et que la marche que vous avez faicte ^ aura beaucoup servy à luy faire accorder les conditions qu'il aura demandées.

Je vous despesche ce gentilhomme, afin que, par luy, vous me puissiez mander promptement la resolution que vous aurez .prise.

Le sieur de Vandy ^ vous aura dict qu'il n'y avoit personne à Saint- Ve* nant et à Armentieres. Le premier [Saint-Venant] est un poste de grande

* D'après les lois de la guerre en vigueur à cette ëpoque, le droit moral d'un gouverneur de place forte de résister à Tennemi était en proportion des moyens de défense dont il disposait S'il excédait ce droit, il n'avait pas de quartier à attendre. Malheur au commandant d'une petite forteresse qui ne se rendait pas à la rr sommation n o6Scielle, bite par un hi^raat d'armes. S'il se laisse (rforcem, et qu'il soit pris, il sera pendu ou fusillé «rpour avoir été assez fou d'endurer le canon». Aussi se contente- ^-il parfois d'une résistance fictive. Dans le cas actuel, le fait d'avoir des vivres pour

quinze jours impliquait, aux yeux de l'adversaire, pour le gouverneur de Coudé, une raison suffisante de tenir bon. Ces pratiques, en un temps où la guerre se composait surtout de nègoa, prenaient leur source dans le désir réciproque des belli* gérants d'éviter les défenses désespérées.

* On a vu, dans la lettre précédente, que Mazarin conseillait k Turenoe de marcher vers la Lys.

' D est question de lui et de sa sœur. Mademoiselle de Vandi, dans les Mémoires de Bussy-Rabutin. (Edition Lalanne, t H, p. i35.)

conséquence; mais il est si bien fortifié, qu'à moins de le trouver sans Août i656. garnison , on ne le peut pas attaquer. Armentieres estant une place qoi feroit le mesme effect pour nous, et [qui] peut estre insultée par Tesboolement des fortifications, je crois que vous ne sçauriez mieux faire que de vous arrester à cette entreprise , d autant plus que , Tarmée estant postée en ce lieu-là , vous seres plus à portée de faire tenter la surprise de Gourtray ; mais tout est remis à vous qui , estant sur les lieux et vous devant régler selon les advis que vous recevrez de Gondé, poorrez prendre les resolutions que vous estimerez les meilleures pour le service du Roy. Je vous advoue pourtant que je souhaiterois fort que nous fissions au plus tost quelque chose qui nous fist remonter sur Dostre beste.

Le Roy est tousjours dans la mesme passion d'approcher l'armée ^ C'est pourquoy je vous prie de me faire sçavoir sans aucun delay s'il y auroit inconvénient que Sa M^ allast à Arras par Peronne, menant avec elle toute la cavalerie qu'on pourra rassembler aux environs , qui formera tousjours un corps de plus de mille chevaux; et comme il faudra que, dans dix jours au plus tard. Sa M*^ revienne à Gompiegne pour recevoir la reyne de Suéde , son voyage à Arras et à l'armée ne pourra pas estre de longue haleine.

Aft élr., Pay»*Ba8, t. 38 (sans indication de page ni de folio). —

Minnte autographe.

À M. DE TURENNE

LaFère, iS aoftti656.

J ay receu une lettre de M. de Fabert qui m'oblige à vous depescher ce courrier, afin que vous soyes promptement informé de ce qu'elle contient, d'autant plus que je crois, par d'autres raisons, que Tadvis

^ La nÛDute porte faien : toffroduer

Août i656. est fort bon; car outre que le prince de Gondé, qui n a Hen à perdre, a tout interest d'engager D. Juan et Garacene à tout bazarder, leur faisant croire que nostre armée est foible et abattue, je sçais qu'il est au desespoir depuis qu'il a appris , par les dernières nouvelles d^Espagoe , qu'il ne doit rien attendre dans la conclusion de la paix générale que le restablissement dans son bien et non pas dans les gouvememens, places et charges qu'il avoit^ [Je sçais] ^ aussy que, pendant qu'il n'oublie rien pour rompre, par le moyen de Fiesque^ et de Malauze^, la négociation qui se fait à Madris , de porter toutes choses à l'extrémité de ce costé-cy, recognoissant bien que ses affaires ne peuvent empirer par un mauvais succez et qu'elles pourraient bien changer de face si les armes d'Espdgne en avoient encore un aussy heureux que celuy de Valenciennes.

Il n'est donc pas. permis de douter que ledit prince n'ayt employé toute son adresse pour faire prendre à D. Jouan la resolution de you3 combattre toutes les fois qu'il le pourra, ainsy que M. de Fabert prétend

^ Durant les conférences qui venaient d'avoir lieu à Madrid, pendant tout le mois de juSlet, entre H. de Lionne et don Louis de Haro, la question du prince de Gondë avait été Tobjet de contestations sans fin. Lionne avait consenti au rétablissement du prince dans ses biens, environ 600,000 ëcus de rente, mais avait nettement refusé de lui rendre ses gouvernements et ses places fortes de TEst. Louis de Haro soutenait, de son c6té, que Thonneur de TEspagne était engagé à faire restituer au prince français tout ce qu*ii avait sacrifié pour elle. H est probable, quoiquen dise ici Mazarin, que Ton serait parvenu h s entendre dès 16&6, sur le sujet de Condé, si la nouvelle de notre échec devant Valenciennes, arrivant h Madiîd ie 3i juillet, n'avait refroidi les Espagnols. La preuve c'est que, dans la paix définitive de 1 689 , le prince de Condé obtint la restitution de son gouvernement de Bour-

gogne et la charge de grand-maître de France pour son fils , le duc d'Enghien.

* Ce mot ajouté sur la mai^ est douteux. ^ Charies-Léon, comte de Fiesque, qui

avait épousé Gilonne d'Harcourt. Condé l'avait envoyé en Espagne.

* On trouve à cette époque un Louis de Bourbon-Malause ou Malauze, comte de Lavedan, mort en 1667, dans sa soixantième année. Comme ce personnage ne figure pas dans les troubles de la Fronde,, je pense que le nom a été altéré et qu'il fiiudrait tire M^tzerolles. Louis du Pas, marquis de MaseroUes, est cité, dans les Mémoires de Pierre Lenet, comme an des personnages que Condé envoyait aux puissances étrangères pour solliciter leurs secours {Mim. de Lenet, p. 611, édition Michaud et Poujonlat). Le comte de Fiesque est souvent cité dans les mêmes mémoires comme un des principaux de Condé en Espagne.

sçavoir, et il est fort vraysemblable que D. Jouau y ayt consenti par la Août i656. grande envie qu'il a d'acquérir de la réputation. La prudence ne luy permet pas encore de faire reflexion sur les suites malheureuses pour la Flandre que produiroit la perte d'un combat.

J'ay creu qu'il estoit à propos de vous mander tout cecy, quoyque vous soyez en lieu où M. le prince de Gondé ne peut pas vous forcer à combattre, si vous ne le voulez ^ Si j'adjoustois foy aux pronostics ^, je vous prierois de chercher Tenuemy partout, puisque l'envoyé d'Angleterre est venu icy exprez pour me dire qu'on luy avoit mandé de Londres, il y a trois mois, une prédiction qu'on avoit trouvée, laquelle portoit qu'un fils du roy d'Espagne^ viendroit en Flandres; que, a son arrivée, il remporteroit une grande victoire, mais que, six semaines ou deux mois aprez;, il perdroit un combat dans lequel il demeureroit prisonnier, et deux personnes de grande qualité avec luy.

GXCIL

Aff. ëti'., Pays-Bas, t. 38 (sans indication de page ni de folio). —

Minute de la main dé Rose.

À M. DE TURENNE

La Fère, 18 août i656.

( UTRAIT. )

Eu vous envoyant le duplicata du billet que je vous ay escrit ce matin, je vous diray que j'ay advis de bon lieu que les ennemis ont plus d'impatieuced'accorder une bonne capitulation à M. du Passage que luy n'en a de la recevoir, et que, le chevalier de Crequy ayant faict quelques

* Turenne, qui avait quitte Chariemont parvint à Lens, où il séjourna ensuite huit

le 1 A août , était venu camper à Gateau-Gam- ou dix jours.

brësis ; le 1 5 , Tarmëe. s'établit près de Tab- ' Ce mot écrit en marge corrige horo-

baye de Vaucdies; le 16 , à Fampou, sur ia scapes,

Scarpe , à une lieue d'Arras ; le 1 7 , aux en- ' Don Juan était fds naturel de Philippe IV

virons de Saint- Venant, que le maréchal fil ^ et d'une comédienne. Il était né en 1699

mine d'assiéger. La leltre de Mazarin lui et mourut en 1 679.

HAZ4BIK. VU. ItO

tMPniliElllK RJtTIO^tLS.

A(M&t i6$6. propositions pour faire recevoir M. du Paeiage à se rendre dans trois semaines, en eas qu'il ne soit pas secouru, ils sont en peine que iuy ne se tienne ferme ià-dessus, de façon que, ne doutant point quil ne de* pende de M. du Passage [de sortir], avec la garnison et mesme avec du canon, quand il voudra, il y a apparence que, s'il n'a pas traité encore à présent, il le fera bientost, si ce n'est qu'il n'ayt beaucoup plus de vivres qu'il nous a mandé.

J'ay aussy advis que les ennemis ont eu appréhension que vous ne prissiez résolution d'attaquer le quartier du prince de Gotidé sur ce qu il estoit fort esloigné des autres et qu'on n'y pou voit aller pas défilé, et qu'ils n'ont pas ti*ouvé dans l'attaque des deux forts la résistance à laquelle ils s'estoient attendus.

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cxcra.

Aff. étr. , Pays-Bas, t. 38 (sans indication de page ni de folio) ; minute de la main de Roasserean. — Passages h chiRrer sooJignës.

La Fère, ai août i656.

Aussy tost que nous avons sceu la capitulation de-Condé^ on a bien jugé que vous ne seriez plus en estât d'attaquer aucune place et quainsy le voyage du Roy à l'armée ne pouvoit produire aucun effect; il falloit le remettre à un autre temps, de sorte que Sa M** s'est d abord conformée aysement à l'advis que vous Iuy donnez là-dessus. Elle persiste pourtant tousjours à vouloir voir l'armée auparavant que [cette campagne]* soit achevée, et E31e voudroit bien le faire avec le corps qu'amènera M. du Passage, lequel Blondeau^ m'asseure estre de trois mille hommes de pied, compris les officiers et trois cens cinquante ca-

^ La capitulation de Condë fut signée )é qu'k qu*(t y a; la minute est écrite sur la

18 aoAt, le jonr même où Mazarin écrivait marge,

ce t»llel à Ttoreme. 'Ce nom est écrit ordinairement BUm-

' Mots douteux depuis mit achevée jus- dot

valiers en outre et deux cens à pied\ tous fort bons hommes^. H est Août i65«. bon que nous sçachions ce qu îi y a à envoyer au devant dudict s' du Passage , pour luy recommander de prendre grand soin de la conservation des troupes; et pour luy en donner plus de moyens, outre la route qu'on luy a adressée pour venir [de Dampvilliers]^ icy, on luy a donné de l'argent pour payer aux estapes, avec asseurance que, quand les troupes seront arrivées, elles recevront une monstre* et seront bien traitées; ce qui fera qu elles augmenteront plus tost que de diminuer. Je vous prie de songer de bonne heure si, joignant les autres troupes à celles-là que je grossiray le plus que je pourray, on pourroit leur faire investir quelque place , ou faire quelque chose à quoy les ennemys ne s'attendissent pas.

Mazarin parie ensuite des munitions et troupes quH! a envoyées à Tarmee. Il insiste sur ia nécessite de se venger des ennemis, dont il signale Torgueil et les violences.

Aff. éir, , Pays-Bas, t. 38 (sans indication de page ni de folio); minute de la main de Rose.

— Passages à chiffi'er soulignés.

A M. DE TURENNE

( BXTKAIT. )

Compiègne, f>6 août ]656.

M. de Navailles me donna hyer au soir ad vis, par le moyen du mar-

* Deux cents cavaliers démontés.

* Monglat {Mémoù^, p. 3i5, édit. Michaud et Poujouiat) dit que du Passage sortit de Coudé ertambour battant , enseignes déployées, avec cinq mille hommes n.

^ Ce nom est indiqué par une lettre postérieure. (Voy. la feltre à M. de Bordeaux du 98 aoAt ) La lettre porte Durequevilliers qui ne se trouve pa-i dans le DMotuMtirv det communes. Turenne, dit dans ses Mémoires

(p. 4 80 de Tédition Miehand et Poujouiat), que la garnison de Condé fut ramenée en France par le pays de Luxembourg. Damvilliers est compris maintenant dans le département de la Meuse, arrondissement de Montmédy.

*' Solde nominale d*un mois, et effipctivement de &5 jours, pafyée d'ailleurs à des dates indéterminéet» ( ^of* pl^i* htoA, sur ce sujet, la note de la page 986.)

Août 1 656 quis HocquineourtS. que les ennemis passoient le pont d'Âipre (sic)^ entre Gambray et Bouchaîn et qu'ils dévoient venir camper à Marquion'; que M. de Navaiiles envoyoit tout sur Theure un parti pour estre asseuré de leur marche; qu'il croyoit que, prenant ce chemin, ils se vouloient aller poster dans le Vermandois* pour obliger Tarmée du Roy à se retirer du lieu où elle est; qu'il vous donnoit le mesme advis, adjoustant enfin que, si les ennemis n'alloient pas dans le Vermandois, ils pourroient bien prendre le poste d'Arleun *, qui leur est très commode.

Je considère que, prenant ce chemin-là, qui est le mesme que vous avez pris pour aller au lieu où vous estes, ils pourroient bien avoir la pensée de s'approcher de vous pour voir s'ils auroient occasion de vous combattre advantageusement, puisqu'ils neprôsnent autre chose dans leur armée que de vouloir combattre la nostre à quelque prix que ce soit. Mais^ comme par les advis que j'ay, qui sont confirmez par la conduite que les ennemis tiennent, je vois que c'est le prince de Gondé qui est le maistre de toutes les resolutions, et que les Espagnols, oubliant leurs vieilles maximes, se laissent persuader à faire beaucoup de choses qu'en d'autres temps ils n'eussent pas seulement escoutées, je croy, en premier lieu, que ledict prince les aura faict consentir à faire une irruption en France, leur faisant accroire, parles advis mesmes qu'il leur aura communiquez de ses correspondans de Paris, que, cela s'executant, l'on verra de grands desordres dans le royaume et quelque soulèvement dans la ville capitale, et que M. de Turenne venant pour l'empescher seroit forcé de le combattre et donner lieu aux armes d'Espagne de remporter une plus grande victoire et plus décisive que celle qu'ils ont eue à Valenciennes.

^ FSsdn maréchal d'Hooquineourt.(Voy» ^ Cette partie de k Picardie avait potir

t. V, p. 5â 3 , note 4 , des Lettrée de Matarin. ) capitde Saint-Qaentiiit

' Ce pont, dont la position est nettement ^ Arlenx-en-Gobelte, aujourd*hui village

marquée, n*est pas indiqué dans. les Die- du Pasnle-Caiais , arrondissement d'Arras.

tianmires géographiqueê. * La minute porte bien maU, quoiqu'il

^ Marquion est maintenant un village n*y ait pas opposition de pensées, et senlo-

du dép. du PaMle^aiais , arr. d' Arras. ment une suite de la même idée.

Cela est confirmé par lettre de Bouteville^ qui a esté veoe d^uis peu , Août i(')5C. par laquelle il mande qu àsseurement ils entreront en France. H y a de plus des medisans qui soutiennent qu'une belle dame ^ presse ledict prince à y faire un voyage, croyant que ce seroit une bonne occasion pour se confirmer de vive voix ce qu'ils s escrivent tous les jours et donner matière à de beaux romans.

Je croy donc que la première pensée du prince de Gondé sera d'en^ gager les Espagnols à entrer dans le royaume; sinon, je ne doute pas qu il ne les porte à s'approcher de vous pour tascher de vous combattre; car quelque chose qui puisse arriver, ledict prince ne peut rien perdre et peut beaucoup gaigner,* et mesme il espérera avec fondement d'estre plus considérable qu'il n*est à présent aux Espagnols, s'ils perdoient une bataille. C'est pourquoy il faut tenir pour constant qu'il n'y aura artifice dont ledict prince ne se serve pour tout bazarder et porter les choses à l'extrémité, adjoustant aux advis qu'il peut recevoir de Paris tout ce qu'il croira le plus capable de leur persuader qu'il n'y a rien de si facile et de si seur que de remporter de grands advantages, soit en fijïtNRit en France, ou en vous cherchant pour vous combattre; et, de faict, je sçay qu'il presche continuellement que vous n'avez que dou^e ou treize mille hommes, et que tant les officiers que les soldats sont dans une extrême espou vante ^.

Cela présupposé , il faut, à mon advis, se conduire avec la dernière sagesse, et ne parlant dans l'armée généralement, sans en excepter aucun , que de combattre', prendre en vous-mesme la resolution de ne le faire pas, à moins que l'envie que le prince en a l'oblige à vous venir cher- cher en des lieux où il vous fust advantageux d'estre attaqué. Car, par cette conduite , il y a grande apparence que nous profiterons de quelque

^ Voy. ci-dessus, p. 66, note* i. ^ Les conseils de Condë ne forent cepen-

* Très probablement M*"* de ChAtillon, dant pas suivis, comme on le verra par la

sœur de Bouteville, qui, parmi ses nom- ooiTespondance du mois suivant, et il en

breux amants, avait compte le prince de résulta de vives altercations entre lui et

Condë. (Voy. t. V, p. i38, note 4, des les gëuëraux espagnols don Juan et Cara-

Lettret de Maxarin,) cène.

Aouii656. bonne occasion, dans laquelle peut-estre les ennemis se [mettront]' au liazard de perdre la Flandre, ne doutant point que, s'ils se laissent aller, comme ils font, aux persuasions dudict prince, il ne les fasse tomber dans des fautes capables de leur causer ce malheur-là; et quoyque le prince de Gondé , estant uu grand capitaine, cognoisse Uen ce qu il faut faire et ce qui convient aux Espagnols, ueantmoins, son interest Tobligeant à tout faire bazarder, quand mesme il y auroit quelque chose contre les règles de la guerre, il ne se souciera pas de porter les choses aux extrémités par toutes les voyes qui luy seront possibles. Et, dans la conjoncture présente , il redoublera ses efforts pour entrer en France, ou pour [avoir lieu]^ de combattre, afin de donner chaleur aux négociations que Ton a mises, de tous costez, sur. le tapis pour son accommodement, sans parler de ce qui se traite en Espagne avec M. de Lionne ^.

Vous voyes de quelle conséquence il est de tenir tout cela secret, et principalement le point est de ne faire pas ce que voudroit le prince de Gondé qui, par son interest, s'attache autant à tout risquer que vous^ à n^ le faire pas, vous souvenant pourtant de ne rien obmettre pour bien imprimer dans larmée, à commencer par vos plus confidens, que vous ne songez qu'à combattre et que vous en avez receu ordre de la part de Sa Majesté*.

Mazarin parle ensuite des mesures qu^il a prises pour mettre les places à Tabri d'une attaque et rassembler des troupes.

' On peut lire : se mettent,

^ Mots douteux.

^ Voy. ci-dessus , p. 3 1 s . La n^ociatioo d'Espagne, a laqndle Mazarin fait ici allusion, ne continuait plus alors que pour la forme. L*abbë Vittorio Siri , que Lionne ramena avec lui en France, à la fin de septembre, raconte que cet ambassadeur loi déclara que Mazarin n'avait pas eu Tintendon r«^elle de conclure la paix avec TEspagne. Le fait parait incontestable, en

ce qui concerne la période postérieure au 3i juillet, parœ qu'alors les conditions de l'Espagne étaient devenues inacoeptabtes, en raison de Téchec de Valenciennes.

* Le sens est : que noue avone d'itOêrit â ne le faire pae,

^ On peut suivre, dans les Méamree de Turmme (p. &8o et A8t, édit Micliaud et Poujoulat), le pian qu'il adopta et le soin avec lequel il sut éviter de livrer bataiUe. (Voy. aussi une lettre du Hseptanbie i6S6,

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Aoâl i656.

Air. étr., France, t. 988, f* 999. — Original signé.

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