A ROME
(bitiuit.)
Gompîègne, 97 août i656.
Mazarin se réjouit de voir la résolution prise par le Pape contre le cardiual de
' Ce dernier membre de phrase n'est nullement conforme à la vérité historique. Depuis ie commencement de la troisième race, oii Ton démembrait du royaume, en faveur des fils cadets du Roi , de vastes pro* vinoes qui leur étaient concédées en toute souveraineté et propriété , jusqu'à Louis XV I , où les princes qui sont revêtus des titres de comtes de Provence et d'Artois n'ont rien à voir dans les provinces dont ils portent le nom, leurs domaines réels étant situés à l'autre bout de la France, le système des apanages a constamment varié. Le droit de propriété des provinces apanagées disparut ie premier : on ne *ies concéda plus qu*avec retour au domaine de la couronne, faute d'héritier mAle. Devenu usufruitier, ie cadet demeura investi d'une sorte de royauté via-
gère. Le duc de Guyenne fut le dernier des apanagistes de ce genre , sous Louis XI. Depuis lors , les rois ne donnèrent plus , comme le dit Mazarin, qu'une autorité fort réduite sur les fiefs dont ib les investissaient. En 1 656 , Gaston , frère de Louis XIII , jouissait depuis trente èns des duchés d'Orléans , de Chartres, de Valois et de Montargis, ainsi que du comté de Blois. On y rendait la justice en son nom. Il avait droit de collation aux bénéfices ecclésiastiques, sauf aux évéchés, et la nomination aux offices, à l'exception des prévAtés de maréchaussée. U avait un conseil, une chainbre des comptes, et rendait des ordonnances en son nom à rintérieur de ses fieb. Moyennant ces concessions, disaient les lettres-patentes d'investiture, Gaston nremmçaù à tout droit *ur la
DU GARDIFfAL MAZARIN. 321
Retz {nd tfêdere ta rigohuùme cfae hà presa N. S** coûtro il card^ di Rets) ^ B espère Août i656. que ce sera un moyen de rétablir la concorde entre le SaintrSiège et la cour de France. Il parle ensuite, dans une addition autographe, des démarches faites par la France pour obtenir la paix :
Doppo il seccor8o d'Arras^, vedendo che la riputatione del armi deî Re veniva non meno ad essere ristabiiita nel di fuori per tanti gloriosi successî, che la quiète e tranquillita ne! i^egno, credei di non peter dare migiior consiglio à S. M^ che di rendersi il soUeccitatore délia pace per corrispondere cosi aile gratie, che si abbondantemente piacevà alla divina bonta di versare sopra la sua real persona , onde 6n dair hora s'introdussero negociationi secrète trà il sig'^ D. Louis d'Arc ^ e me, nelie quali è assai facile il far vedere la passione ch'io haveva di concluderla per le facilita , che si apportavano alli punti più essentiali, e chetoccano più vivamente gl* inter.essi del re Gattolico, e D. Louis medesimo puo testificare se li feci sapere air assuntione délia S^ di N. S" al pontificato, che il Re pretendevà che tutta la gloria délia conclusione délia pace fosse délia S^ Sua , se Dio benedica Tavanzamento di una cosi grand' opéra, e nel tempo che senza alcuna intermissione io travagliava percondurla à fine, e per la gloria di S. S^, la malignita de miei emull prevalse à segno nella sua santissima mente, che mostrô, in mille rin* contri e con diverse persone, aversione contro la mia persona, e dichiarô ch'io era sempre alienissimo délia pace.
Ma questo non hà impedito che, nella missione fattasi di M. di Lionne, non li sia stato ordinale di far iutendere al sig'D. Louis che il Re pretendevà sempre che il Papa havesse la parte che gF è dovuta nel ne* gotio délia pace, e tanto più che S. M^ speravà di riportare un intiera sôdisfattione da S. S^*, havendo fatto di gia conoscere che non appro-
terres échues par le trépas du roi son père»; Guy^ofy, p. i3i, édition Michaud et Poupreuve que ridée de l^ancien partage da joulat.)
royaume n*était pas si oubliée qu'on aurait * Voy. sur Ja délivrance d'Arras en i65â,
pu le croire. le tome VI, p. 3i3 et 353, des Lettres de
* On a déjà dit que le Pape, irrité de la Mazarin. révocation de M. du Saussay, avait enjoint à ' Don Louis de Haro. De Lionne avait été
Rets de sortir de Rome. (Voy. Mimoires de envoyé à Madrid pour ces négociations.
■AXABlir. — TU. k 1
iflrtmeiktK ii4T>raAU.
Août 1666. vavà la condotta d^l Gard^ di Retz e che desiderata di vivere in ona perfetta intelligenza con la M** Sua.
Ma quello mi dispiace è di vedere , per un dispaccio di M. di Lionne ricevuto otto giorni sono, che, non ostante le dichiarationi che me n evàno statte fatte per parte di D. Louis, che, potendo ie ottenere da Sua M^ di far passare a quella corte in aecreto persona confidente con potere di conferire e di convenire sopra li punti piu ioiportanti e contentioai, in brevissimo tempo si sarebbero potuti aggiustare, non cooc^isse speranea alcuna d'ell' accommodamento, non trovando nel sig' D. Louis la corrispondenza , che si era pix)aie8sa, alla £acilita che M. di Lionne apportavà dal suo canto , voiendo in due parole tutto per il Be suo padrqne e per li suoi coUegati, e che noi sacrifichîamo li nostri, e ci conteutiamo per tutte le conquiste fatte in Fiandra, in Gâtalogna, e neila Franoia-Gontea , di cinque sole piazze, che sono Arras, Hesdin, Bapaume, Landrecies etLeQuesnoy ^ Si è rispedito il corriero con le ultime risolutioni di S. M^^, e se non producono TeiTetto cbe si desiderà, M. di Lionue ritoroerà e si attenderà miglior congiontura per rîpigliare il trattato, poiche il successo di Valentienne deve per aventura baver inorgogliti gl' animi de nemici e fattoli sperare continui e maggiore pi'ogressi nel maneggio delle armi, bencb' io non sappià vedervi alcun fondamento , e che non sià perdita considerabile il las* ciare di guadagnare in ogni luogo. Il Be haverà Tavantaggio d'essersi esposto à tutti li pregiuditii che li possono arrivere dalla delta missione per le gelosie che n'havranno coneepite gFamici di questa coronna, che non hanno interesse alla conclusioue délia pace, per fare vedere al monde con quanta passione S. M^ la desideri, e havrà la gloria di baver inviato M. di Lionne In tempo che le sue armi essendo in isEato di attacare Tinimico per tutto non potrà dai più critici addursi, per ragione di questa missione, qualche mal successo, ma Tardente et siu-
' Nous aY0D8 dit plas haut que, dfqpuis pao leurs deroièroB propositioQs. G*68t dooe
notre échec à Vaienciennes, les Espaguois très injustemeat que plusieurs coutempo-
ne négociaient plus que pour la forme, sa- rains, et nelammeut Qhoisy, ont accusé Ms*
chant bien que M. de Lionne n accepterait zaïin de mauvaise foi en cette circonstance.
tero desiderio deila M*^ Sua di far tutti gl'avami e di contribuire tutto Août i$S6. per il riposo deila Glmstianita. Supplico Y. Ëm. di non divulgare queiio le scrivo in questo propoaito, e di compiareersi sdamente dmformare eonfidentemente la 8^ di N. S'^.
Dans une nouvelle addition à cette dëpéche, Mazarin parle des mesures prises contre ies jansénistes et, entre autres, de la suppression d^un passage du Gallia QirMana des frères de Sainte-Marthe, qui contenait un ëioge de Tabbé de Saint- Gyran.
JlXJUt.
Aff. ëtr., Angleterre, l. 66, f* 373. — Mioate.
À M. DE BORDEAUX
Gompiègne, [98]^ aoât i656.
(extrait.)
Gomme après avoir bien examiné tout ce que vous m*aviez escrit et ce que M. le colonel Lockhart m'avoit dict de la part de M. le Protecteur, je ne voyois pas que i'onpust sfe set^ir utilement de la permission qui vous estoit donnée de faire la levée de quatre mille hommes^, puisque, d'un costé, il n'y avoit pas apparence qu'elle pust débarquer sy tost en France que l'on disoit, et que, de l'autre, la face des affaires cbangeroit, les ennemis estant à la veille de prendre Gondé et de pouvoir agir ensuite avec toute sorte de liberté, je pris la resolution de m'advancer à la frontière pour m'aboucher avec M. de Turenne et voir encore avec luy plus à fond s'il y avoit apparence d'entreprendre
' Cette lettre porte dans la minute la Mazarin ëtait à la Fère le 8 aoât : il ne se
date du 8 août, mais cette date doit être rendit à Compiègne que dans la première
changée, puisqu'il est question dans la lettre pai-tie du mois d'aoAt. En quittant la Fère,
de la capitulation de Condë, qui eut lieu le Mazarin avait été h Guise pour y conférer
18 aoAt. Cette lettre est probablement do avec Turenne, comme il Tindique dans la
96 aoAt. On trouve une nouvelle preuve de suite de cette lettre. Terreur de la date dans Tindication de lieu. * Voy. ci-dessus, p. 396.
kl.
koùi i656. quelque choBe de considérable, moyennant ladii^te levée; mais il fat entièrement de mon advis qu'il n y avoit rien à faire, et que 5 pendant que nostre armée , assistée des troupes d'Angleterre , feroit un siège du costé de la mer avec incertitude du saecez, les ennemis viendroient aisément à bout de tout ce qu'ils entreprendroient sur cette frontière, et qu'ainsy, au lieu de tirer revanche de la disgrâce de Yalenciennes et de la perte de Condé^ nous nous exposerions à recevoir des préjudices irréparables, lesquels rejailliroient en quelque façon au désavantage de Testât présent des affaires d'Angleterre.
II fut résolu seulement que, puisqu'il estoit impossible de secourir Gondé ny d'obliger les ennemis à accorder une capitulation honorable à la garnison qui estoit dans ladicte place, tandis que M. de Turenne demeureroit avec l'armée sur la Sambre, où il ne donneroit pas la moindre jalousie^ aux ennemis, il marcheroit en diligence sur la Lys, afin que l'appréhension que les ennemis auroient d'exposer leurs places lesportast, malgré eux, à accorder des conditions raisonnables à M. du Passage, et surtout à se désister de la prétention de les faire prisonniers de guerre'.
On a veu, par l'événement, que nous n'avions pas mal pris nos mesures; car, à peine les ennemis virent-ils tenir cette route*là à nostre armée, qu'encore qu'il n'y eust dans Condé que pour dix jours de vivres, et que c'eust esté nous faire beaucoup plus de mal que nous n'en avions receu à Valenciennes, de prendre prisonniers quatre mille soldats qui estoient dans la place, ils tombèrent d'accord de toutes les conditions que M. du Passage leur demanda, jusqu'à luy accorder une pièce de canon, s'obligeant seulement à prendre le chemin de Dampvilliers pour se* joindre à l'armée *.
Avant que de partir de la Fere pour voir M. de Turenne à Guise,
' La vfflede Condé s'était rendue, comme près les usages de la guerre, celle qu'obtint
on Ta dit, aux Espagnols le 1 8 août. la garnison de Condé, consistait ë sortir de
^ Apprâiension. la place, suivant la formule : crmèche allu-
' Les troupes de la garnison de Condé. mée, balle en bouche, enseipies déployées,
* La ^capitulation la plus honorable, dV le chien des pistolets abattu*.
où je lavois faiet veair^ je vis M. Lockhart» et^ après luy avoir tesmoigné Aoûi i6&6. les sensibles obligations que j*avois à M; le Protecteur de toutes les marques qui! a données au Roy de son affection et de la part qu'il prenoit dans les interests de cette couronne par les facilités qu il avoit apportées à toutes les choses qu'il avoit demandées de la part de Sa M^, je luy fis cognoistre que je ne croyois pas que, dans la conjoncture présente, on peut profiter de la levée qu'on avoit projeté de faire eu Angleterre, ny des autres offres qu'il me faisoit de l'armée navale pour entreprendre sur quelque place considérable des ennemis du costé de la. mer; mais que je me remettois à luy donner une response plus predse lorsque j'aurois veu M. de Turenne ^
Je le Gs donc venir, il y a deux ou trois jours, où je l'entretins au long^ en le priant de remercier M. le Protecteur de la part du Roy, comme si la chose avoit esté effectuée, luy disant que vous aviez aussy ordre de le faire dans les termes les plus exprez qu'il vous sera possible et luy tesmoignant neantmoins que Sa M^^ prétend se prévaloir de la permission qui luy a esté accordée de lever ces troupes et projeter promptement quelque grand dessein contre les Espagnols à l'advantage des deux nations, pour l'exécuter lorsque le temps le permettra ; ce que nous lombasmes d'accord qui pourroit estre dans le mois d'avril ou de may ^.
Je luy dis ensuite que je pretendois commencer à remettre l'argent dans le mois d'octobre pour les levées et pour d'autres provisions que nous voulions faire à Londres, et que j'esperois que nous pourrions prendre si bien nos mesures, que nos ennemis communs recognoistroient bientost qu'ils sont bien esloignez de donner, comme ils disent, la loy à la France et à l'Angleterre. Vous pourrez parler en celte mesme conformité; car, en effect, on [s'japplique plus que jamais à faire une
' Maiarin, tout en voulant se servir de grë ies caresses de Mazarin, à entretenir la
l'Angleterre, redoutait de la voir prencbe défiance de Gromweli contre la France, pied mr le continent Lockhart n'ëtait pas * 11 s'agit ici des projets formés pour la
dupe de ce manège; h en croire Bordeaux, campagne de 1657. Ik ne forent exécutés
il continua pendant quelque temps, mal- qu'en i658«
Aoùl itô6.
granée ievée d'Anglois et d'Ëseosacm et concerter avec M. le ProteeCeur quelque entreprise considérable à ladvantage de TAngieterre et de cette couronne, et, lorsqu'on commencera à vous remettre.de Targent, vwts recevrez aussy les ordres du Roy pour coAvenii* des cendiiioûsdes levées que vous aurez à faire.
Je vous diray seulement, par advanice, que la despense pour Tentretenement des officiers et des soldats anglois est trop forte , et il inidra bien travailler pour la modérer^; car je craindrois autrement qiie le payement ne pust estre si ponctuel, comme il seroit à souhaiter pMir la [convenance] ^ du corps qu on auroit levé. Il me semble aussi qoe Ton n a jamais donné pour toutes les levées qu on a faites en Bscosse que douze escus^ par homme desbarqué en France; qu'il n'est pas juste de donner la mesme [solde] ^ à ceux qu on lèvera en Angteterre,
' Le soldat anglais était , dès cette ëpoque , très exigeant sur Tarticle de la nooriiture. Celte rr nation carnassière» ne se contentait pas de la ration de viande qui suffisait aux autres soldats de TEurope. L'Espagnol et le Suisse supportaient la fiinn beaucoup plus padeRunent, mais le second était intraitable sur ie chapitre de la solde. Le proverbe «pas d*argent, pas de Suisse d ne mentait pas. L* Allemand était le plus facile èi contenter de tous les mercenaires, rr parce que, dit Fontenay-Mareuil , on n'était pas obligé de le payer si ponctuellement». C'est pour ce motif qu'il y avait tant de soldats de cette nationalité dans les armées de tous pays.
* Ce mot est douteux, il est écrit en abrégé; on pourrait lire : conservation,
^ Le mot douze est douteux , mais le cliifTre du manuscrit me parait bien être 13. Dans le projet envoyé d'Angleterre par Bordeaux, on lit : rrLe Roy des François payera icy (en Angleterre) trois livres sterling et douze schdliogs par teste ë chaque soldat pour la levée et transport. » Bordeaux a décrit en
marge : «rMonoyede France, quarante-nept livres dix sols. » (Aff. étr. , Ang^terre, 1 5^« fol. 333.)
La livre sterling qui , pendant plusieurs siècles, avait été seulement une monnaie de compte, ainsi que notre livre toojmoia, et qui avait vu sa valeur décroître de 76 fraHcs dans la seconde moitié du xul* siècle è 35 francs dans la seconde moitié du xvi*, se fîxa, en 1 569 , sous les espèces rrdu souverain 1 d'or, et demeura immuable, comme poids et comme titre depuis le règne d'Ëiisabeth, au prix ou nous la voyons en 189a. En i58o, la livre sterling valait 8 livrés toumofs ; au début du règne de Louis XIII , elle en valait 10; en i656, comme on le voit par le calcul de l'ambassadeur Bordeaux , elle valait environ 1 3 livres 5 sols tournois. Plus tard elle valut, à la fm du règne de Louis XV, jusqu'à 97 Kvres tournois, parce que la livre tournois ne cessa de baisser en valeur intrinsèque, tandis que la livre sterling ne bougeait pas.
* Mot douteux.
dont la stibuBilanee pour le trajet ooustera bien moings, puisqu'ils Ao6t i656. peuYent paner en dix heures en France.
Ce qui nous oblige dje n escouter pas les propositions qu'on nous faict de lever des Irlandois, c'est leur légèreté naturelle et la grande pn^ension qu'ils ont à se desbander; mais, ce qui est encore pis, c'est que quantité d'officiers et soldats des régiments que nous avons de oetle nation vont trouver le roy d'Angleterre, qui employé le marquis d'Ormond^ pour leur faire abandonner ce service, escrivant aux mestres de camp et aux principaux officiers pour cest effect, sans se souvenir de toutes les civilitez et assistances qu'il a receues dans ce royaume , et que, par toutes sortes de raisons, il ne devoit pas espouser les interests d'Espagne jusqu'au point d'offenser le Roy et desbaucher des troupes qui ont preste serment. à Sa M^ et qu'elle a levées à ses despens. C'est pourquoy il faudra songer de bonne heure à choisir jusqu'aux officiers sulbaternes des levées qu'on fera en Angleterre et en Escosse, inca-paUes de quitter ce service quand ils s'y seront engagez; et comme c'est un point de la dernière conséquence, il faudra que vous ayez recours à la laveur de M. le Protecteur, afin de prendre bien vos mesures là-* dessus.
Pour les autres levées que vous m'avez proposées, il faudra que vous fassiez espérer à ceux qui vous ont offert de £iire des regimens escossois et anglois qu'ils seront employez lorsque l'on commencera à y travailler, si tant est que vous croyiez qu'ils puissent bien exécuter ce qu'ils vous promettent , et jeseray bien aise que, des a présent, vous me mandiez à peu près les conditions auxquelles ils s'engageront à faire leurs levées.
Le duc d'York arriva hyer icy pour prendre congé de Leurs Majestez, disant qu'il a voit receu des lettres tres-pressantes du Roy, son frère, par lesquelles il luy mande de l'aller trouver en diligence, et je croy qu'il pourra se mettre en chemin dans trois ou quatre jours^. On dict
^ Jacques Butler, né en 1610, était de ' On voit en effet, par les Mimmres du
ranctenne et iltuatre fimûlle des Ormond. Il duc d'York (p. 5^5), qu'il aiia servir en vécut jusqu'en 1688. Flandre, dans rarroëe espagnole.
Août i656. que iedict roy a de grandes espérances; mais si elles sont fondées mt les assistances d'hommes, de vaisseaux et d'argent que les Espagnols luy promettent, je respondrois bien que ces progrez seront petits. On me mande que la ratiflScation de son traité avec TEspagne estoit arrivée^; qu'on luy avoit assigné trois mille escus par mois; qu'on de&seignoit^ de faire de grands arméniens à Dunkerque, et qu'il y avoit beaucoup de HoUandois qui s'engageoient au service dudict roy avec des vaisseaux pour l'armement audict Dunkerque. De quoy il me semble que M. le Protecteur auroit juste sujet de faire des plaintes à MM. les Ëstats [des Provinces-Unies].
J'ay parlé à fond à M. le colonel Lokhart du voyage et de la négociation de M. de Lionne ', afin qu'il en pust escrire en détail à M. le Protecteur^. Sur quoy, je vous diray, en deux mots, que quoyque nous fussions bien asseurez que les Espagnols n'estoient nullement disposez à la paix, on jugea pour [chose] ^ absolument nécessaire de faire cette mission, afin que leur intention fust cognue de tout le monde, d'autant plus qu'ils publioient hautement que , si le Roy eust seulement consenty à envoyer une personne en Espagne, la paix auroit esté conclue en deux jours, le roy Catholique estant tout-à-fait disposé à y apporter les dernières facilitez; et ça esté un grand bonheur pour nous d'avoir pu faire paroistre à tous, nonobstant ces artifices des Espagnols et les autres [artifices] dont ils se sont servis pour persuader au Pape et à tous les princes de la Ghrestienté qu'ils souhaitoient avec passion de contribuer à son repos et que la France seule en empeschoit l'establis-
* Ce traité avait été signe le i a avril i656, d'après M. Guizot, Histoire du proteciotai d'Olivier Cromweli, t. II, p. 33a (seconde ëdit).
' Avait dessein.
^ Voir Tavertissement en tête de ce volume et la lettre Ja cardinal Bichi en date do 97 août ]656.
* Mazarin avait en efiet prévenu Loekhart de Tenvoi de liwine en Espagne, mais
c'était depuis Téchec de Valendennes, k Fépoque où il sentait que les négociations de Madrid n'aboutiraient pas. Or Lockhart avait déjà pénétré ces négociations auparavant; il en avait, de son propre mouvement, informé Cromweli et, naturellement, avec avis de se tenir sur ses gardes k l'^fard da la France.
' Ce root est douteux; il est écrit en abrégé.
dément, qu'ils en sont, en effect, pins edoignez que jamais, prétendant Août i656. des condition? si injustes, que le Roy fera la guerre toute sa vie, avec une approbation générale , plustost que de les accorder. Nous attendons le retour de M. de Lionne avec Tesclaircissement en bonne forme pour faire advouer aux plus critiques et à ceux qui sont le plus mal intentionnez pour la France que, si la paix ne se faict pas, la seule injustice des Espagnols en est cause.
Mazarin termine par des recommandations pour l'achat de salpêtre fin et pour le renvoi des deux navires qui lui appartenaient et que les Anglais retenaient. Enfin il exprime le dësir de savoir si l'ambassadeur a donné le présent qu^il lui a envoyé pour le Protecteur.
GXCVm.
Bibi. nat., ms. f. fr., Mélangée de Cplbert, t 5i, f* 916; minute. —
Passages à chiffrer soulignés.
À M, DE TURENNE
Gompiègne, 3i août i656.
(SXTRAIT.)
Les nouvelles que j'ay eues de Paris de divers endroits m'obligent de vous despescberen diligence pour vous en donner part. Elles portent, et toutes sortes de raisons le confirment, que les ennemis, n'estant pas en estât ny d'entrer en France, ny d'assiéger aucune place sur la Somme, ny de vous combattre, employeront le reste de cette campagne à l'attaque de SaintrGuislain par force; et comme M. de Schombèrg^ tourmente beaucoup le pays aux environs de Mons, et que leur armée s'est bien rafraischie au lieu où elle estôit encore la nuict passée, je ne doute pas qu'elle ne prenne sa route sans aucun delay pour aller exécuter la susdicte entreprise.
Vous devez donc faire vostre compte là-dessus et résoudre de bonne
^ Gouverneur de Saint-Guilhain.
■AUKm. TU. h%
MmUltRIl lATIOSiLS.
ÀoAt t6§6. heure ce que vous aores à faire, afin de ne perdre pas iin momeat de tempg à Teiecuter, lorsque tous verres les ^memb- engages à ce dessein.
S'il y avoit lieu de secourir la place, èomme on pourroit peutr-estre prendre la revanche de Valenâennes, je prefererois cela à toute aulre chose; mais il a y peut rencontrer des difficultez que vous sçavez odieux que moy, lesquelles ne vous pourront pas permettre de songer à c^. En ce cas, je croirois que vous ne sçauriez mieux employer le temps qu'il Faudra aux ennemis pour prendre Saint-Guislain quà Tattaque d*Armentieres, et, si Ion en prenoit la resolution, il faudroit ne perdre pas un moment à préparer toutes les choses nécessaires pour faire le siège, et je pourrois faire advancer d'icy à Arras de la poudre, de la mesche , du plomh et des grenades.
Si vous voyez jour à quelque autre entreprise plus importante et de plus grand esclat, je ne doute pas que vous ne la fassiez; mais surtout je vous conjure, à quoy que vous vous déterminiez, de ne pas perdre un instant à l'exécuter ^
Pour la cavalerie et Tinfanterie qui est à la frontière , on en usera en la manière que vous me le manderez, et si vous pouviez envoyer à Peronne un régiment d*infanterie où il y eust beaucoup d'officiers *, je tascherois de le faire passer à Saint-Guislain , pourveu qu'il y pust arriver à temps. En tous cas, il remplaceroit ce que le Roy a ordonné à M. de Beauvau de destacber de la garnison du Quesnoy pour fortifier celle de Saint-Guislain.
^ Ainsi qa*on le verra plus loin , Tnrenne se décida k mettre le siège devant la Gapelle, ce qui oUigea les Eq>agDols k lever cdai qu'ils avaient mis eux-mêmes devant Saint-Guilhain.
* Ces mots troà il y e«it beauooup d*offieiers* confirment ce que nous disions plus haut sur la variété de reOectif des compa* gnies dans chaque régiment Un r^iment où 3 y avait beaucoup d'officiers, c'était un r^iment où lea compagnies étaient nom-
br^Qses et peu garnies , parce que le cfaiflre des officiers de chaque compagnie ne variait pas; il était toujours de trois : le capitaine, le lieutenant et renseigne ; mais ces officiers ne commandaient parfois qu'à une poignée de soldais, ce qui faisait dire plaisamment à l'ambassadeur de Venise que rie tiers de l'armée française se composait réellement d'officiers», en comprenant sous cette dénomination les Iburriers et sades.
J aysoDgé à tons les mojens pour assister M. de Schomberg, et Sepi. i65«. fais estât de faire partir demain quelqu'un de mes gentilshommes et de mes gardes avec Blondcau et un fonds de bourse ou quinze cens pistoUes S pour pourvoir aux nécessitez les plus pressantes qu ils auront, et je donne advis, par deux différents endroits, à M. de Schomberg de se tenir sur ses gardes et se préparer à soustenir un siège ^.
cxax.
BîbL aat , ma. f. fr., MHangu de Colbert, t 5i, f* S17 ; minute. — Passages k ohiflrer soulignés. — Aff. ëtr., Pays-Bas, t. 38 (sans indication de folio; copie du temps).
i M. DE TURENNE.
€oaipiègtte, i** septembre 1666.
(iXTBAIT.)
Je vous escrivis hyer, par deux voy es différentes « Topinion que j avois que les ennemis iroient à Saint*Guislain. A présent, on a nouvelles de la frontière qu'ils marchèrent hyer et prirent la mesme route par laquelle ils estoient venus en deçà, c est-à-dire le chemin pour aller audict Saint-Guislain. C'est pourquoy je vous despesche de nouveau pour vous mettre encore en considération de quelle importance il est que vous preniez sans delay vostre resolution ; et si c'est celle d'aller aux ennemis^ aprez les avoir laissé engager au siège, vous pourriez vous fortiflSer de plus de deux mille bons hommes de pied des garnisons de Bethune, la Bassée et Bapaume, et de huit cens chevaux, y comptant les regimens de Mondejeux et d'Equancourt, et ceiuy de Broglio, qui doit estre à présent en bon estât par le moyen de l'argent que je luy ay envoyé de la Fere pour remonter ses cavaliers à pied, et il n'y aura pas peine à persuader les gouverneurs de donner toute leur ca^-
^ Environ ving^-cinq mille francs tntrm- ' Voir, aux Analyses , la lettre du 3 1 août
tiques, et, en tenant compte de la valeur à M. de Schombei^.
rdative des métaux, 5o,ooo francs d*au- * TurenneqnittaLensetaifa, dans la nuit
jototThoi. d« 1 *' sept , se poster h une iîeusde BAhune.
Sepi. i656. vaierie, puisqu'elle ne leur sera aucunement nécessaire et qu'ils ne sçauroient recevoir de préjudice de n'en avoir point pendant huit oo dix jours«
Vous pourrez avoir de plus environ mille hommes de pied et quinze cens chevaux, y compris les compagnies de gens d'armes et de che* vaux-legers que le Roy vous donneroit, et le régiment d'Ëspense que vous prendriez au Quesnoy, et mesme vous pourriez tirer de cette place six cens hons hommes de pied et quantité d'officiers. L'on pourroit aussy espérer, si on ne de voit [pas] attaquer les ennemis avant le 10 de ce mois, que le corps qu'amené M. du Passage seroit de la partie.
J'ay mesnie songé qu'estant fortiffié de ce que nous avons à la frontière et de ce que vous retireriez desdictes places, vous pourriez, par une marche plus courte et plus aisée par un pays plus abondant, prendre la mesme route que prit le chevalier de Grequy pour aller à Tournay, faisant porter avec vous des bateaux pour faire deux ponts sur l'Escaut, dans l'endroit que vous jugeriez le plus propre; et s'il vous falloitdes chevaux pour cela, comme pour porter plus de munitions, vous en trouveriez tousjours à Arras^ les payant à tant par jour, comme j'ay accoustumé de faire, et, en tout cas, si vous en aviez affaire de soixante fort bons, en me le faisant sçavoir, je vous les envoyerois aussytost.
Si vous preniez ce chemin, on pburroit faire advancer le corps de M. du Passage au Quesnoy, y faisant joindre tout ce que l'on tireroit de la frontière de Landrecy et du Quesnoy, et il agirôit conformément aux ordres que vous lui donneriez; mais si vous avez des raisons qui vous empeschent de songer à aller attaquer un quartier des ennemis» lorsqu'ils seront postez à Saint-Guislain, et que vous résolviez d'assiéger quelque place, je vous conjure de nouveau de ne pas perdre un moment de temps à l'exécuter.
Je ne sçay pas si M. le chevalier de Grequy est en estât de servir; mais, en ce cas, il seroit bon que vous l'eussiez avec vous.
Nous avons nouvelles d'Allemagne que, nonobstant la victoire rem-
portée par le roy de Suéde sur les PolonoisS l'Empereur avoit cédé SeçL i656. aux pressantes instances des Espagnols et donné ' ordre de marcher à Tarmée ; qui estoit destinée contre le duc de Modene et qui estoit desja ' assemblée à Lintz ^. C'est pourquoy, quelque chose qu'on puisse an* noncer de Valence^, on est obligé d'envoyer des troupes eu Italie, soit pour la conservation de cette place, si nous avons le bonheur de la prendre, soit pour assister ledict duc [de Modene]. On fera ce que l'on pourra du costé du Lyonnoili , du Daupbiné et du Languedoc ; mais , si vous pouviez destacher des deux années six ou sept regimens de cavalerie de ceux qui sont moins en estât de servir, ayant la plus grande partie de leurs cavaliers à pied, de façon que vous n'en fussiez pas a£foibli de plus de deux ou trois cens chevaux , il seroit important que vous le fissiez sans delay, et il faudroit les envoyer icy sans dire à qui que ce soit la raison de leur destachement, déclarant seulement a celuy qui les commandera les intentions du Roy, lorsqu'il sera sur la firontiere.
ce.
6ibl. nat., iii8.f. fr.. Mélange* de Colbert, t. 5i, f* aSa. — Minute.