À M. DE GRAVEL
Gompiègne, 13 septembre i656.
(eitrait.)
Je vous diray que vous avez bien faict de ne vouloir pas parler des interests de M. le duc de Modene^ à M. l'électeur palatin^, que M. le
Mi y a plusieurs localités de ce nom. Il pereur avait an corps d'armée préparé pour
est ici question de Pont-Lévéqae sur l'Oise, marcher contre le duc de Modène.
arr. de Gompiègne, canl. de Noyon. ^ Charles-Louis, électeur palatin de 1 048
' On a vu ci-dessus, p. 334, que TEm'- à 1680.
Sepi. iG56. prince Robert^ ne fust présent; mais, lorsqu'il y sera, je vous prie de n'abandonner pas cette affaire, car elle est trop juste pour n espérer pas que S. A. El. n'oblige son frère à faire raison audict duc.
J ay veu ce que vous in'escrivez de fun des deputea de M. 1 électeur palatin et de l'engagement qu'il a avec les ministres de l'Empereur. Il seroit bon que vous fissiez cognoistre adroitement à cette Altesse qu'estant dans ces sentimens, et pensionnaire du premier^, il n'y a pas d'apparence qu'il exécute fidèlement les ordres qu'il pourra recevoir d'elle^ à l'advantage de cette couronne..
Je vous puis asseurer qu'on n'a icy aucune disposition k croire les advis qu'on vous pourro.it donner au préjudice de l'affection sincère que nous croyons fermement que M. l'électeur de Mayence^ a pour les interests de cette couronne, et d'autant plus que le Roy n'a autre visée que de maintenir la paix dans l'Empire et empescher, autant qu'il peut despendre de luy, que MM. les Ëlecteui*s et autres princes ne soient blessez dans leurs libertez et privilèges; mais, avec tout cela, je ne veux pas laisser de vous advertir ponctuellement de tout ce qu'on nous dira contre la conduite du dict sieur Electeur, afin que S. A. El. en soit informée et soit par là de plus en plus asseurée de l'entière confiance que Sa M*^ a en elle.
Je vous diray donc qu'en dernier lieu, quelque ministre de l'Empereur a lesmoigné que tous les Electeurs ont dissuadé TEmpereur de la resolution qu'il a prise contre M. de Modene, hors Mayence et Raviere^ qui l'ont approuvée secrètement, quoyque, en apparence, ils ayent faict semblant d'estre du sentiment des autres Electeurs; mais, quelque serment qu'on nous fasse que c'est la pure vérité, je la crois la plus grande imposture du monde.
' Robert, princepaiatin, père de Charles- ^ Philippe de Schœoboro. (Voy. ci-des-
Loaîs, était fils de Tâecteur palatin Prédé- nus, p. ^46.)
ricVetd'Élisabeih, fille de Jacques, roi d'An- ' Les Électeurs de Mayence et de Ba-
g^eterre. Le prince Robert mourut eo 1 58 a. vière. U a ëtë question d-dessus de fé-
* C'est-lndire. de TËmpereur. leoteor de liayenœ; Télecteur de Bavière
^ Le pronom Elle représente les mots était Ferdinand* Marie, qui r^nt de i65t
Sa M'^ omb par le copiste. à 1679.
Vous pouvez asseurer toujours MM. les princes de Bade, père et Sept. i656. fils^ que je m'employeray, avec tout le soin imaginable, afin qu'ils puissent recevoir satisfaction dans une chose si juste que celle qu'ils demandent; mais si je ne reussissois pas silost à les servir de la ma-^ niere qu'ils désirent, je m'asseure qu'ils auront la bonté de m'excuser, sçachant bien qu'il n'est pas fort aisé de persuader [à] M*^ la princesse de Garignan^ ce qu'on veut.
BîM. nat , ms. f. fr., Mélanges de Coibert, t. 5i, f" a3i ; minute. —
Passages è diiffi*er sodignës.
À M. DE TURENNE
Gompiègne, 19 septembre i656.
(bxtbait.)
Il se peut faire que les ennemis, qui ne voudroient pas, en atta*»quant Saint-Guislain , vous donner lieu de prendre une place plus importante, et sçachant d'ailleurs qu'on y a jeté du monde, eussent changé de resolution, dont nous serons bientost esclaircis; mais ce pendant j'eusse bien souhaité que, sans pensera l'attaque de la Gapelle, si ce n'est qu'autant qu'il estoit nécessaire pour y tenter une surprise , ainsy que vous m'aviez proposé, vous fussiez venu, avec l'armée, vous y poster entre le Gastelet et Gambray, afin qu'en vous esloignant de la Lys, vous eussiez osté aux ennemis la jalousie^ qu'ils ont que l'on y veuille entreprendre quelque chose. Apres quoy, ils auroient apparemment pris la resolution d'aller à Saint-Guislain ; et quand mesme
* Guillaume, margrave ou marquis de prince Louis de Bade, quia ëtëun des plus
Bade, mort en 1677, à 64 ans. Son Sis, graads capitaines du itii* àède. Ferdinand-Maximilien(L VI), avait ëpousë, * Voy. sur la princesse de Carignan,
en i653, Louise-Ghristiane, fille du prince Marie de Bonrbon-Soissons, t. IV, p. ^5,
Thomas de Savoie-Garignan et de Marie noie 1, des Lettre» de Mmtarin, Botirbon-Soissons. De ce mariage naquit Je ^ L^inquiëtude.
Sep». 16F6 vostre marche luy auroit donné le soupçon que vous en voulussiez à la Capelle ou au Gastelet, je vous responds que cela ne les auroit pas empeschez d'aller à Saint-Guislain , veu qu'ils sont persuadez sans beaucoup de raison que la prise [de cette place] leur seroit plus advan* tageuse qu'ils ne recevroient de préjudice de ia perte de Tune des deux places, lesquelles estant au prince de Condé ne tiennent pas tant au cœur des Espagnols que les leurs.
Peut-estre que vous aurez encore faict scrupule de marcher en deçà à cause que vous aviez esté aifoibli, laissant un corps de troupes assez considérable du costé de Bethune et de la Bassée, et que les ennemis auroient pu prendre la resolution de vous venir combattre avec toutes leurs forces; mais à présent cette raison cesse, puisque le corps de M. du Passage, qui couche ce soir à Laon et qui seroit tout prest à vous joindre, est beaucoup plus considérable, et en quantité et en qualité de soldats, que celuy que vous avez laissé de delà.
Je vous représente toutes choses à mon ac'coustumée ; mais vous ferez tout ce que vous jugerez à propos, avec asseurance qu'il sera approuvé.
Lorsque S* Martin^ sera arrivé, j'adjustera y tout avec luy et j'envoyeray des ordres, afin que le corps de M. du Passage prenne le poste que vous me marquez.
Ce sera assez de prendre la resolution d'envoyer des bleds et des farines à Saint-Guislain dans sept ou huit jours; car, entre cy et là, on verra bien si les ennemis persistent dans le dessein de l'attaquer par force, parce qu'en ce cas^ il seroit hors de propos d'y en envoyer présentement. Il faut pourtant que vous considériez de bonne beure qu'en quelque temps qu'on veuille faire cette voiture^, qui sera grande, elle sera fort diOicile, si on ne se sert de la plus grande partie des charrettes des vivres. -
Vous pourrez respondre, de ma part, à M. d'Humieres* qu'il ser-
^ yoy. ci-dessus, p. 2189. ^ Ce convoi de farines.
* Dans le cas où les ennemis ne persis- * Loais de Grevant, manjuis d'Uunières,
teraient pas dans leur projet. fut nomme marëchal de camp en i65o,
vira en la campagne prochaine en la manière qu'il désire, pourveu Sept. i656. qu'il tienne la chose secrète. Je voudrois hien le contenter encore par le moyen que vous me proposez; mais si Ton songe seulement à faire la moindre démonstration là-dessus, cette année, nous aurons trente personnes sur les hras, dont les uns, estant considérables par leurs services et la plus grande partie par leur naissance, nous donneroient beaucoup d'embarras à vous et à moy. Nous y pourrons peut-estre trouver quelque expédient, quand nous nous verrons.
Je suis très-fasché de la mort du s' de Ragecourt\ car cestoit un gentilhomme de mérite et un bon officier. J'en escris à M. Fabert, afin qu'il songe à choisir' quelqu'un qui puisse bien remplir sa place.
GGIX.
Aff. ëtr., Pays-Bas, t. 38 (sans indication de page ni de folio). — Minute corrigée de la main de Mazarin.