X AVERTISSEMENT
Alexandre VII (Fabio Chigi), bien loin de faire droit aux demandes de Louis XIV, avait accordé le Pallium, insigne de la dignité archiépiscopale , au cardinal de Retz.
Le pape persista à éluder toutes les instances de Lionne pour le jugement du prélat rebelle ; à l'abri de la protection pontificale , Retz ne cessait de troubler le diocèse de Paris par les mandements de ses vicaires généraux, et principalement de Chassebras, curé de la Madeleine. Alexandre VII , vivement pressé par le représentant de la France et par plusieurs cardinaux, finit par adopter une mesure propre à rétablir un calme relatif. Sur la demande du souverain pontife, Retz nomma pour administrer ce diocèse, dont il était exclu, mais où son influence dissolvante s'infiltrait toujours, M. du Saussay, curé de Saint-Leu-Saint-Gilles. Le roi se déclara satisfait de ce choix, et, pendant plusieurs mois, les intérêts spirituels de la capitale furent pacifiés. La modération et la prudence de du Saussay ne convinrent d'ailleurs pas longtemps au cardinal de Retz. Il le révoqua brutalement en i656, sans aucun motif, par pure bravade, et rétablit ses anciens vicaires généraux. Cette conduite blessa profondément le pape, qui avait approuvé le choix de M. du Saussay, et dont la patience commençait à se lasser des difficultés que lui créait son terrible hôte.
Retz fut réduit à sortir de Rome et se condamna à traîner une vie nomade et peu brillante en Franche-Comté, en Belgique, en Hollande. Malgré tout, il conservait en France de nombreux partisans, et la correspondance de Mazarin prouve avec quelle inquiétude le ministre tout-puissant suivait les allées et venues de son ennemi fugitif ^
Ces soucis n'empêchaient pas le cardinal de s'occuper activement des affaires générales de l'Europe, au premier rang desquelles il
* Voy. p. 3a 1 et 35 S du présent volume.
AVERTISSEMENT. xi
plaçait le rétablissement de la paix entre nos deux alliées du Nord , la Suède et la Pologne.
On a vu, dans le tome précédent \ que, malgré tous ses efforts, la lutte avait commencé en juillet i655 entre Charles-Gustave et Jean-Casimir. N ayant pu la prévenir, Mazarin chargea d'Avaugour, ambassadeur de France en Suède, d'accompagner Charles-Gustave dans ses courses rapides et triomphantes à travers la Pologne ^. Sa mission était principalement de rendre la guerre moins cruelle pour les vaincus et de protéger les églises catholiques de Pologne contre les violences des Suédois luthériens^. Il devait aussi représenter à Charles-Gustave le danger d abuser de sa victoire, et lui montrer les peuples qui entouraient la Suède, et qu effrayait la rapidité de ses conquêtes, prêts à se coaliser contre elle^.
D'Avaugour exécuta de son mieux les instructions qu'il recevait de Mazarin. Mais comment arrêter un roi ambitieux, qui, en quelques mois (août-décembre i655), avait conquis la Pologne, pendant que Jean-Casimir et Marie de Gonzague se réfugiaient dans la province autrichienne de Silésie? Au milieu de Tenivrementde la victoire, Charles-Gustave parut froissé des remontrances de l'ambassadeur de France. Il répondit que Mazarin se laissait entraîner par les sollicitations du pape, qui voulait former une ligue des puissances catholiques pour la défense de la Pologne^. Il rappelait que la reine de Pologne, Marie de Gonzague, avait, à la cour de France, des parents influents®. Sa sœur, Anne de Gonzague, qui avait un grand crédit auprès d'Anne d'Autriche, la pressait, supposait-il, de secourir des alliés malheureux. De là les plaintes et les accusations de Charles-Gustave.
Le roi de Suède ne tarda pas cependant à reconnaître la sagesse
* Voy. t VI des lettres de Mazarin, p. x de l'Avertissement. — * Voy. p. 1 16 du présent Yolame. — ^ Voy. p. 1 1 8. — * Voy. p. 1 78 et ao5. — * Voy. p. 1 8A. — • Voy. p. 1 Sa
xiî AVERTISSEMENT.
des conseils du baron d'Avaugour. L'Autriche , qui voulait lui enlever ses possessions d'Allemagne (Poméranie, duché de Brème, Wismar), forma contre lui une coalition dans laquelle entrèrent les Moscovites, le Danemark et l'électeur de Brandebourg. La Pologne se releva; Jean-Casimir rentra dans Varsovie (juin 1 656), et ses palatins polonais, qui l'avaient abandonné l'année précédente, reprirent les armes pour la défense de leur roi et de leur patrie.
Charles-Gustave était trop opiniâtre pour ne pas faire tête à l'orage; il chercha cependant à diviser les coalisés et entra en négociation avec l'électeur de' Brandebourg, Frédéric-Guillaume. Il conclut avec lui, le 1 5 juin 1 656 , le traité de Marienbourg, par lequel il lui cédait plusieurs palatinats de la Pologne. A cette condition, l'électeur s'engageait à joindre ses troupes à celles du roi de Suède , pour combattre Jean-Casimir. Les armées ennemies se trouvèrent en présence près de Varsovie et se livrèrent une bataille qui dura trois jours (38 au 3 o juillet i656)^ La victoire, longtemps disputée, resta enfin aux Suédois. Charles-Gustave aurait voulu en profiter pour reconquérir la Pologne; mais son allié, Frédéric-Guillaume, était un politique rusé, qui redoutait la trop grande puissance de la Suède et l'empêcha de profiter du succès de Varsovie.
Il représenta avec force le danger de s'enfoncer dans la Pologne, au moment où le Danemark se préparait à la guerre et où les Moscovites envahissaient la Livonie. Charies-Gustave craignait une nouvelle défection de l'électeur de Brandebourg, et, pour le retenir dans son parti, ne recula devant aucune concession. Frédéric-Guillaume s'était reconnu vassal de la Suède, pour la Prusse ducale^. Il obtint, par le traité de Labiau, signé le 10 no-
' On peut consulter, pour les détails, YHiHoire de Charles-Gitstavê par Puffendorf. — ' Le traité de Kœoigsberg, signé le 17 janvier i656, avait formeilf'ment stipulé cette vassalité de l'électeur.
AVERTISSEMENT. xni
vembre i656, que Charles-Gustave renonçât à ces droits de suzeraineté.
A cette époque, la France, qui venait d'essuyer un grave échec à Valenciennes ^ ne joua qu'un rôle secondaire dans les affaires de l'Europe septentrionale. Elle ne pouvait intervenir que par ses conseils, tandis que sa rivale, la maison d'Autriche, qui, par la Silésie, confinait à la Pologne, agissait beaucoup plus activement.
Après la mort de l'empereur Ferdinand III (avril iGBy), son fils Léopold, qui n'était encore que roi de Hongrie et de Bohême, signa avec Jean-Casimir le traité de Vienne (97 mai 1667). 11 s'engageait à envoyer une armée pour chasser les Suédois de la Pologne, et espérait ainsi assurer à un archiduc d'Autriche le bénéfice futur de la couronne polonaise. Douze mille Autrichiens se joignirent aux Polonais pour enlever Cracovie aux lieutenants de Charles-Gustave. En même temps, les émissaires de Léopold excitaient le roi de Danemark, Frédéric 111, à envahir le duché de Brème qui appartenait à la Suède. La Hollande, qui craignait que Charles- Gustave ne lui fermât l'entrée de la Baltique, poussait aussi le Danemark à se déclarer contre lui. Frédéric III céda à ces conseils et commença les hostilités.
Ainsi se réalisa, en 1667, le danger que la France avait plus d'une fois fait entrevoir à la Suède, et qu'avait provoqué l'ambition de Charles-Gustave.
Voy. p. 375.
Aff. étr., Pays-Bas, t 34 (sans indication de page ni de foUo). —
Minute.
À M. DE TURENNE
Soîssons, û juillet i655.
(bxtbait.)
Je suis si tourmenté de mon mal^ que je ne puis pas vous faire Juillet 1655. grand discours. Oroide ^ n'a pas esté à Saint-Quentin ; il a passé à travers les ennemis et est venu droit icy; mais on a donné à Tinstant les ordres nécessaires pour satisfaire à vostre mémoire, et j'ay envoyé à M. le mareschal de Gramont la copie de ce que vous m'avez escrit. Je croy que, si M. de Gastelnau avoit un plus grand corps de cavalerie, il pourroit à présent faire quelque chose en entrant dans le pays ennemy et prenant la revanche de ce que le prince de Gondé faict présentement à la frontière, estant sorty de son camp aprez que le retranchement a esté achevé, avec quatre ou cinq mille chevaux, à ce qu'on me mande, trois mille hommes de pied et deux pièces de canon pour attaquer les châsteaux ojk il apprendra qu'il y a des vivres, et il mené à cet effect avec iuy. quantité de chariots vuides. On croid mesme qu'il pourroit bien aller à Vervins et à Marie, oji il ne trouveroit pas grande résistance.
* On a vu que le mal dont souffrait Ma- Maxarin dit, dans une autre lettre, qu'Oroide sarin était la goutte. ou Qrvide ëlait un de ses maréchaux des
* Ou Orvide. Ce nom est peu lisible. logis.
MAZABiir. — f n. 1
lartiHcaii bativau.
Juillet i655. M. de Gastelnau pourroit aussy incommoder les ennemis dans les convoys qu'ils font venir de Valenciennes à Gambray, et de Gambray à leur camp. Gar, dans le mesme temps, toute la cavalerie que f ay faict présentement assembler à Saint-Quentin, et qui formera un corps considérable , puisqu'on retire celle qui estoit dans toutes les places et que les regimens Golonel, de Ghamboy, Lislebonne, Goulas et d'autres sont arrivez, cette cavalerie, dis-je, pourroit contribuer au mesme dessein; et je croy que tout cela pourra estre prest dans deux jours, parce que auparavant que recevoir vostre lettre, voyant bien que le but des ennemis n'estoit autre que de prendre un poste pour vous incommoder, je depeschay à Ghasteau-Porcien pour faire advancer Sainte-Maure avec ce qui estoit arrivé , et [ j'ordonnay] à RoncheroUes de retirer le régiment d'Herbouville et toute la cavalerie extraordinaire des places, et de marcher avec Picardie^ et le reste de Rambures droit à Saint-Quentin.
Je conclus donc que, si vous et M. de La Ferté faisiez sortir un " bon corps de cavalerie du camp, on pourroit incommoder bien pins les ennemis qu'ils ne nous incommoderoient, et vous ne devez pas appre* hender qu'ils attaquent les lignes, vous respondant qu'ils n'y ont pas seulement pensé ny à assiéger aucune place, estant hors d'estat de faire une si grande action de vigueur, et dans une si grande misère qu'ils sont eux-mesmes d'accord qu'il ne s'en sçauroit jamais trouver une pareille en quelque armée que ce soit.
Aff. ëtr. , France, t tSS, f 170; copie du temps.
À L'ÉVÊQUE D'ORANGE
SoÎMM, l juillel t65S.
Je ne sçaurois assez m'estoimer de ce que vous me mandez, par
^ Le régiment de Picardie.
vostre lettre du sa de ce mois S de iâ facilité avec laquelle M. de Yen- JoîUct s 655. dosme ^ continue à se laisser aller aux importunitez des officiers de la marine au préjudice de Tœconomie et du bon mesnage qui est nécessaire pour pouvoir subvenir aux despenses plus importantes et plus pressées. Je luy en escris dans les termes que je dois, mais je vous prie, outre cela, de luy remonstrer les conséquences de cette sorte de conduite qui nous mettroit dans l'impossibilité de faire sortir l'armée navale et nous reduiroit à la nécessité d'abandonner toutes les despenses que l'on a faictes jusques à présent pour mettre en estât ladicte armée. Il luy faut parler avec respect, mais il ne faut [pas] pour cela laisser de luy parier ferme et s'opposer de cette soiie aux largesses qu'il voudroit faire, luy déclarant nettement que, s'il veut les faire, vous serez obligé , pour vostre descharge , d'en donner advis à Sa M*^. Vous pourrez aussy avoir recours, en ces occasions-là, à M. de Mercœur, a6n qu'il agisse de son costé auprez de M. son [père]', et mesme je seray bien ayse que vous [le] fassiez explicquer doucement sur le parti qu'il prendroit en cas que M. de Vendosme voulust opiniastrer {sic) à passer par dessus vos remonstrances. Car enfin cela ne pourroit pas durer longtemps de la sorte , le service du Roy m'estant plus cher que quelque amitié et quelque alliance^ qui se puisse estre.
Mazarin eBbre ensuite dans des détails minutieux sur ies dépenses à faire pour la poudre, pour la garnison de Toulon qu'on doit réduire à quatre compagnies, pour les galères y etc.
^ Uestëvîdetttqu^flfinit lireduasjuiD. {aute ëridente. Tout le monde sait que
* On a vu que le doc de VendAme étail le doc de Merooenr âait fils du duc de
grand amiral de France et prétendait, en VendAme et jErère du duc de Beaufort
celle qualité, avoir une autorité supérieure * On a dk, t IV, p. 3i5, note 3, que
à celle des représentants des ministres. le due do lieroosnr amt épousé Laura
' La copie porte am frèrt; c'est une Mandni, nièce de Maiarin.
Jaillet i655.
in.
AE ëtr. , France, t. 971 , f* a6a ; copie du tempe.
MËMORU