‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 3)Chapitre 53 sur 100 · AU MARQUIS DE CARACÈNE · texte numérisé non relu

AU MARQUIS DE CARACÈNE

[PariB]i 8 décembre i656.

Dans le doute où je suis que V. Exe. n*ayt pas receu les trois passeports qu'elle avoit demandes, rfen ayant nulle nouvelle, je n*ay pu m'empescher de luy faire sçavoir par ces lignes qu'il y a desja quelque temps que je les luy ay envoyez, et que^ si elle en désire d'autres, en cas que ceux-là soient perdus, elle n'a qu^à prendre b peine de m'en donner advis, et elle sera servie aussytost. Ce pendant j'en ay faict donner icy à trois ou quatre domestiques du seigneur don Juan qui vienneoit d'Espagne.

N'apprenant pw qu it y ayt encore de resolution prise touchant les prisonniers, V. Exe. trouvera bon que je la prie de s'en souvenir et de

' On voit que Antoine de Bordeaux était dent qui ëtait vénal « et ddnt le titulaire

pourvu de plusieurs charges : il était pré^ ëtait propriétaire au même titre que d'une

aident an Grand Conseil et intendant de maison ou d'une rente sur Thôtei de ville ,

Picardie, en même temps qu'ambassadeur et une commission d'intendant, toujours ré-

en Angleterre. Seulement il y avait une vocable et temporaire, comme le décret] de

grande différence entre un office de prési-* nomination d'un préfet, de nos jours.

Décembre 1 656. me vouioîr mander les intentioûs du seigneur don Juan ^ et les siennes

sur ce sujet-là, estant assez juste d*avoir soîn de ceux qui exposent ainsy leur liberté et leur vie mesme pour le service de leur prince^, d'autant plus que l'en me mande que la rigueur dé la saison faict beaucoup souffrir les pauvres soldats, qui manquent de ce qui leur est nécessaire pour se bien couvrir et se bien nourrir.

Et puisque j'entretiens V. Ëxc. sur la matière des prisonniers, elle me permettra, s'il luy plaist, que je luy représente que l'on détient prisonnier à Naples depuis sept ans un nommé Valpergue qui est à moy, et que, ayant faict diverses fois instance pour sa liberté, j'ay esté asseuré depuis quinze mois, plusieurs fois , tant par M. le comte de Fuensaldagne que de la part de M. le comte d'Ognate^ et marquis Spinola, que le seigneur don Louis [de HaroJ avoit eu la bonté d'envoyer les ordres pour l'en faire jouir, ayant faict au mesme temps promettre celle de don Inigo de Tolède; mais je ne sçais pas par quel malheur la chose n'a pas esté exécutée. Je supplie donc V. Exe. de prendre la peine de me faire sçavoir quel biais il faudra que je prenne pour solliciter que les intentions du seigneur don Louis ayent effect; et comme j'apprends que V. Exe. faict l'honneur à D. Inigo de s'interresser à ce qui le regarde, je luy procureray la liberté à l'instant que je sçauray qu'elle souhaite ainsy, et qu'elle fera en sorte que Valpei^ue soit renvoyé promptement en Provence ou à Rome.

^ Don Juan d'Autriche^ gënëralissime nute est entièremeot de la main de Maiann. des années espagnoles en Flandres (Voy. ' Inigo Vêlez Ladron de Guevara, comte

ci-dessus, p. 3â/i.) d*Ognate, était vice-roi de Naples. (Voy.

' Ajpartir des roots d'autant pluê, la mi- t. VI, p. 17 des Lettres de Matarm.)

Décembre i656.

CGU.

Aff. ëtr., Suède, t. ai, f* 936. — Origiiud signe et en grande partie chiflW.

À M. D'AVAUGOUR

Paris, i5 décembre i656.

(un AIT.)

MazanD lui recommande de travailler à rétablir la paix entre la Suède et la Pologne. Il doit surtout

faire ouvrir les yeux au roy de Suéde et luy faire considérer que la cause pour laquelle l'Empereur ne sest point déclaré ouvertement contre luy, n'est point par principe d'amitié ny de bonne intelligence qu'il désire d'entretenir avec la Suéde, mais afin d'estre plus libre d'agir dans l'Empire et principalement pour employer ses forces contre nous en Flandre^ et en Italie, soubs des prétextes apportez que ce sont les Espagnols qui donnent le mouvement et la pente à toutes les resolutions qui se prennent au conseil de l'Empereur ; et comme ils ont desjà envoyé une armée en .Italie soubz le gênerai Enquefort, ils y en destinent encore une autre de douze mille hommes, de sorte que tant s'en faut que le traité de Munsler doive apporter quelque soulagement à la France dans la guerre qu elle a avec les Espagnols, qu'il luy produit un nouveau faix d'affaires et l'expose à une dépense excessive et extraordinaire, l'obligeant à soustenir en mesme temps non seulement les forces d'Espagne, mais encore celles de l'Empereur, au lieu que, durant la guerre de l'Empire^, les forces de ce dernier estoient toutes occupées par celles des Suédois et des autres confederez, qui agissoientde concert avec la France.

Je vous prie de faire bien considérer tout cecy au roy de Suéde et

' n y a bien ici en Flandre et en Italie. TEmpire n*avait commence qu'eu 1 635 ,

(Voy., ci-deB8U8, la lettre du i" décembre, dans la dernière période de la gueire de

adressée k d*Avaugour, p. âag, note a.) Trente ans ;eUe avait été terminée en 16/18,

* La lutte directe de la France contre par la paix de Westphalie.

MAZABin. TU. 55

Ï)iécembpei6i56. à M. Télecteur de Brandebourg et leur représenter que ia France uc

peut souffrir en cette guerre, sans qu'il s'en fasse ensuite une notable reflexion sur ses amys et confederez, et que, par conséquent, sy le roy de Suéde veut ag^r s>elon ia loy de son véritable interest, il doit apporter toute facilité à se débarrasser de la guerre de Pologne pour porter ses pensées à des applications qui luy seront plus utiles.

Je n'oublieray pas de vous dire encore, pour vous faire voir comme les Espagnols ne laissent aucune machine pour nuire aussy bien à la Suéde qu'à la France , que le re&s que ceux de Dantzig ont faict d'entrer dans le traité d'Elbing^ et les gens de guerre que les Hollandoîs oui laissez à cette vill&*là, tout cela a procédé de l'iaduction des Espagnols et s'est faict plus pa^ l'opération de quelques pia^tiçuliers dominans, suj: lesquels les Espagnols exercent leurs artîGces, que par la participation et l'agreement des Etats de Hollande, dont plusieurs sont formalisez, comme nous en sommes avertis.

GGLII.

Aff. ëtr., Angleterre, t. 66, f* 397. — Minute *.

À M. 0£ BORDEAUX

Paris, 16 décembre i656.

Il seroit bon de sçavqir à quelles conditions l'on voudroit faire la liaison, qui vous a esté proposée de delà (en Angleterre) parie secrétaire d'Estat', eqtre la France, l'Angleterre, la Suède, le Danemark

' Les Provinces-Unies avaient arrêta Vetfort de Gharies X Gustave pour se rendre mattre de la Baltique; dies lui avaient im* posé, le 1 1 septembre i656 , le traite d'Elhing garantissant leurs intérêts dans celte mer. (Geffiroy, Recueil des Instruetions , t. II, Sijiède, Paris, Aiean, i885, p.xkix.) Ce traité se trouve dans le Corps diploma-

tique de Dumont, t. VI, n* partie, p. 147.

* Cette minute a dû être rédigée d après ane note autographe de Mazarin, qa*on trouve au folio 9 4 du même volume, sans indication de date ; die commence ainsi : ff Escrire k Tambaseadeur , qui est à Londres , qa*ou. nous donne advia de Hollande, etc^

' Thuiioë ou Turloë, d*abord avocat,

et les Provinces^Unie», si cest simplement pour se deffendre ou pour Décembre 1 656.

attaquer la maison d'Autriche. Et^ à dire le vray, M. le Protecteur a

grand interest de songer de bonne heure à prendre ses précautions

contre cettô maison-là, mais je ne vous puis rien respondre que nous

ne sçachions premièrement quel but M. le Protecteur se propose en

faisant cette liaison , et s'il est asseilré , ou non , de tous les autres

Ëstats qui y doivent entrer. Ce que je ne demande pas satis raison à

l'esgard des Provinces-Unies; car je doute fort qu'elles fussent en cette

disposition, puisque la Hollande ^ qui est la principale d'entre elles et

qui donne le bransle aux autres, adhère visiblement à l'Espagne.

Et, à ce propos, je vous diray que j'ay advis de Hollande ^ et de si bon lieU) que l'avis est indubitable, que l'ambassadeur d'Espagne, ayant recognu que la perte que son maistre avoit faicte en dernier lieu estoit très sensible en ce pays*là, et que l'on y craignoit qu'il narrivastld mesme chose à une autre flotte qui est attendue à Gadiz^ dans la fin du mois de janvier^ il avoit faict diverses brigues avec les plus accréditez de la province de Hollande et particulièrement avec le président de T Admirante, qui réside à Amsterdam, pour leur faire cognoistre qu'ils avoient grand interest à l'empescher, et ces instances ayant esté favorablement receues, il avoit, à la fin, obtenu et adjusté avec eux que le vice-admiral Ruyter*, qui devoit partir, il y a trois ou quatre jours, avec huit bons vaisseaux pour s'en aller droit à Cadix joindre quatre autres vaisseaux et passer ensuite dans la mer Méditerranée, aul^oit une instruction secrète, iaqudle il ne pobrroit ou-

fut secrëtaire des commissaires du Parlement au traite d*Uxbridge, puis charge de l'ambassade près des Provinces- Unies , en i65i, et fît partie du cabinet de i65a à 1687, puis du Conseil de Gromwell. C'est lui qui découvrit le complot de Harrison. (Voy. t. VI, p. i33, des Lettrée de Mazarin.) ^ A partir de ce paragraphe , la minute reproduit presque textuellement la note de Masarin indiquée ci-dessus, p. â3&, note a.

* I/e manuscrit porte ici et plus bas ÇaUz, ' Micbiel Adnaenszoon de Ruyter, ce* lèbre marin hollandais, né en 1607 à Fies* singue, en Zëlande, engagé comme matelot , parcourut tous les grades, jusqu'à cehii de lieutenant -amiral général. Il mourut en 1676, des suites d'une blessure reçue h la bataille de Messine. En 16&1, Ruyter avait commandé,* en qualité de contre- amiral, la flotte auxiliaire mise par la Hollande à la

Déceinbi 0 1 656. vrîr qu'en entrant dans le port de Cadiz, par laquelle instruction il

auroit ordre de conférer avec le duc de Medina-CeliS ou avec celuy qui tiendroit sa place dans ladicte ville, pour voir ensemble et concentrer les moyens d'asseurer l'entrée dans ledict port de la flotte qu!on attend et d'exécuter tout ce qui sera jugé à propos pour cet effect, jusques à aller au-devant de ladicte flotte pour l'escorter, et prendre mesme l'argent dont elle seroit chargée pour le porter sur ses vaisseaux en tel endroit que le roy d'Espagne voudroit.

Je vous conGrme de nouveau que cet advis est très véritable, et il sera bon de le faire sçavoir sans delay à M. le Protecteur, ou directement, ou par le moyen du colonel Lockhart, afin de faire moins d'esclat, tirant parole de M. le Protecteur que personne ne sçaura qu'il ayt receu cet advis de France. Au reste, il sera de sa prudence de porter l'affaire en Hollande, afin que l'on empesche cette province-là de s'engager ainsy avec les Espagnols en point si décisif et -si important à leur interest, estant mesme à craindre que la Hollande, après s'estre engagée avec eux en une chose si délicate, ne se porte aysement à le faire en toutes les autres qui regardent leur service^.

Vous pouvez faire sçavoir aussy que ledict Ruyter est tres-affectionné à l'Espagne, ayant esté d'autres fois à Cadiz, où il a receu un tres-bon traitement.

Mazarin termine par des recommandations sur les levées à faire en Angleterre.

disposition du Portugal dans sa guerre avec * Macarin craignait déjè, en i6&6, que

TEspagne. Lorsqu'en 1 65& , la guerre éclata la Hollande ne se déclarât en faveur de TE»-

entre la Hollande et l'Angleterre, il servit, pagne contre la France, comme elle le fit

durant toute la campagne, sous les ordres quelques années plus tard en formant la

de Tamiral Tromp. Il fut, à son retour. Triple Alliance pour arrêter les conquêtes

nommé vice-amiral. de Louis XIV. Mazarin prévit et prévint le

* Gouverneur de Cadix. danger.

- - - - - Décembre 1 656.

Aff. étr. , Pays-Bas, t. 38 (sans indication de page ni de folio). -^

Copie do temps.

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