‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 3)Chapitre 59 sur 100 · CCLXVIII · texte numérisé non relu

CCLXVIII

Bibl. Dat, ms. f. fr., t. q3,qos, f" aaa; original. — AiT. étr., France, t 97^, P a^o;

copie du temps.

À L'ABBÉ FOUQUET

Gompiègne, 16 mai 1667.

(bxtkait.)

Je suis persuadé que M. le Procureur gênerai faict au delà de ce qui est possible, et je suis au desespoir lorsque, pressé des nécessitez indispensables, je suis contraint de le solliciter. Il y a icy cinq cens ofliciers à qui on a promis des gratifications, et on est obligé de les laisser consommer^, faute d'argent. L'artillerie, voitures, les travaux, l'hospital et la subsistance des Ang^ois, Suisses et Italiens demandent un payement ponctuel tous les mois, comme aussy les despenses d'Italie et de Catalogne, et je voudrois, une fois pour toutes, n'avoir pas à solliciter le fonds que M. le Procureur général est convenu de fournir tous les mois. Je vous conjure de faire en sorte que cela s'exécute ainsy. Car vous ne sçauriez vous imaginer la [répugnance]* que j'ay à faire ce mestier, et qu'il n'y a rien de sy constant que ma conduite^ à donner plus tost jusques au dernier sol qu'à importuner avec mes poursuites.

^ La copie porte bien ici !e Ckofieelier, ^ Les mots tna conduite sonl très lisible-

' Après que vous aurez considéré. ment ëcrits. lis ont ici le sens de ma disposi-

^ C'est-à-dire , s*ëpuiser et dëpërir» tion à donner. Peut-être y a-t-ii une allë-

* La copie porte la résistance. ration dn texte?

Mai 1657. Je suis satisfaict au dernier point de M. le ProcitreBr général, et fay une entière confianee en luy, m'ayant parlé aussy bien et auasy sincèrement que je pouvois souhaiter. C'est pourquoy je vous eseris ce que dessus avec liberté, comnie je feray toujours. Je m'asseure qu'il n'ou* biiera rien pour me sortir des advances que j'ay faictes en dernier lieu ; car, effectivement, je u ay pas un sol.

Mazarin termine par quelques détails sur des affaires particulières et par des protestations d'amitié pour Tabbë Fouquet.

Aff. ëtr. , France, t 379 , f** 1 10. — Copie du temps.

k M. DE THOU,

AMBASSADEUR PRàs DES PROTINCBS-ninBS ^

Gompiègne, 17 mai 1667.

(lITHAIT.)

Jay esté bien aise de voir ce que vous avex dict à MM. les États'. Je m asseure que vous u aurez pas oublié de faire respandre parmy le peuple les mesmes choses que vous avez représentées devant eux; mais je n aurois jamais creu que les personnes dont vous me parlez vous deussenl abandonner si fort, puisqu ayant tousjours tesmoigné beaucoup de zèle pour les interests de cette couronne, de laquelle ils ont receu, en tout temps, des traitemens assez favorables, il y a voit appa* rence qu'ils profiteroient de cette occasion pour donner au Roy des marques de leur recognoissance , d autant plus qu'agissant pour faire donner à Sa Majesté la juste satisfaction quil demande, ils auroient rendu un service tres-<onsiderable à leur patrie.

^ Le président de Thou venait d*étre en- de lai succéder et acquit rapidement une

Yoyë en Hollande, en remplacement d'un grande influenoe, qui lui sorviti faire réussir

diplomate éminent, Pierre Chanut, qui sa négociation.

avait été successivement ambassadeur à * UassemUée des Étata^jénénuix des

Stockholm et à La Haye. U se montra digne Provinces-Unies.

Le8 nouvelles que nous recevons de Flandre ne sont pas con- Mai 1657. formes à ce que vous me mandez, par un billet séparé, vous avoir esté dict par un de vos amis, de la part du sieur Witt^; car elles portent que les Estats ne repareroient pas l'injure qu'on avoit faicte au Roy, et que bien que la Zelande et quelques autres provinces lesmoigndssent de la disposition à le faire, neantmoins la province de Hollande, estant mal intentionnée et la maistresse des autres, les rangeroit toutes à son advis. Op attend toutefois l'esclaircissement de tout cecy par la depesche que nous recevrons de vous cette semaine, mais cependant je vous repliqueray, en deux mots, que Sa Majesté est tousjours inesbranlable dans ce qui a esté escrit, de sa part, qu'Ëlle ne lèvera pas les saisies et n'entrera en aucun traité avec MM. les Estats, qu'Elle n'ayt eu satisfaction sur l'insolence de Ruyter^. El, si MM. les Estats ne* se disposent pas à la luy donner, vous n'avez qu'à votis en revenir, vous servant de la lettre que je vous ay envoyée pour avoir un passeport de don Juan d'Austriche. Peut-estre ces Messieurs s'apercevront-ils bientost, à leur dommage, quils sont aussy peu en^tat de donner la loy sur mer que sur terre, et qu'au lieu de venir fermer les embouchures de nos rivières, ils verront possible' pratiquer contre eux quelque chose à laquelle ils ne s'attendent pas.

Nous prenons nos mesures pour armer, dans trois semaines ou un mois , quarante vaisseaux de guerre en Angleterre , et l'on en armera , en France, vingt et quatre de ceux du Roy, dont l'Admirai est de deux mille tonneaux^, et je vous puis dire sans exagération que, de Bretagne, la

^ Jean de Witt, grand pensionnaire de Hoikiide,néeQ i696,iiiorteni679^.(yQy.

Y Histoire de Jean de Witt, par M. Antonin r^fèvre-Pontalis. )

' Cet amiral hollandais avait saisi les tmmmxn français, dont de Thou réclamait la restitution.

• Peut-être. ^ ''

* G^était le plus fort tonnage qne l'on etA atletat jnsi^e-là. La eonstraction du

premier îaisseao anûrai d^ 9,000 toaneaux , la CoMTotme, sow le mimstère de Rirbeiif u, avait éié an ëvënement européen. Même sous Mazarin , la plupart de nos vaisseaux de guerre ae dépassaient pas 5 à 600 tonneaux. €*était lae exception s'ib alaieat à 1,000 ou i,âoo. On sait qu*aujourd'hui on ëralue le tonnage des navires, dans la marine militaire, extérieurement, par ie nombne de mètres eubes d'eau déplacés,

Mai 1657. RocheUe, Normandie et Provence, l'on faicl desjà des propositions pour armer près de cent vaisseaux, aux despens des particuliers; et ce qu'il y a de bon, c'est que nous trouvons plus de fonds qu il ne nous en faut pour la despense de nos armemens dans les saisies qui sont desjà faites, après avoir desdommagé ceux à qui il est retenu des biens en Hollande.

Enfin, si ces Messieurs-là sont sages et si, sans vouloir pointilier avec un grand Roy, auquel il ont les obligations que tout le monde sçait, ils se portent à luy donner une satisfaction, qui est si juste et qui ne leur couste rien, ils seront bien heureux; car, aprez, ils rece* vront, dans le traité qu'ils feront avec cette couronne, tout le conten* tement et tous les advautages qu'ils peuvent souhaiter. S'ils en usent autrement, et que, pour leur malheur, ils adhèrent aux suggestions des Espagnols, qui, en les piquant d'une fausse générosité pour les porter à une rupture avec nous, n'ont autre but que de nous jeter sur les bras un nouvel enuemy, lequel, à la vérité, ne nous fera pas grand mal , mais qui demeurera exposé à leur mercy, quand ils l'auront ainsy despouillé du principal appuy qui les empeschoit de l'opprimer, vous pouvez déclarer hardiment qu'ils commenceront une guerre dont ils ne sortiront pas de sy tost, quand même ils voudroient, après cela, donner des satisfactions, dont l'on se contenteroit à présent.

L'ambassadeur d'Espagne, à ce qu'on me mande, se vante de pouvoir gagner, par argent, le pensionnaire Witt et de le porter autant contre nous qu'il semble nous estre favorable. Je ne sçay pas ce qui en est; mais si, pour conserver au Roy le service dudict Witt, il falloit employer quelque somme, vous pouvez vous y engager, et j'auray soin qu'elle soit payée très-ponctuellement.

Si l'on vient à une rupture, à laquelle la province de Zelande et autres favorables à la France scient entraisnées par la puissance de celle de Hollande, vous pouvez tascher de les séparer et leur tesmoigner le gré que le Roy leur sçait de leur affection , en les asseurant

tandis qu^on l'ëvaluait autrefois par ie jau- de ces deux modes d'ëvahiatîon est d* geage intérieur, comme on le fait encore viron un quart, 3,000 1' de jauge intâieure dans la marine de commerce. La différence correspoodanl à 9,5oo t' de dé[dacement.

DU CARDINAL MAZARLN. 465

que Sa Majesté ne laissera pas de continuer à vivre avec elles de niesme Mai 1657. que cy-devant; que leurs effecls leur seront rendus, et que leur profict sera encore plus grand qu'il nestoit auparavant, puisqu'elles pourront seules faire le commerce que les Provinces-Unies faisoient toutes ensemble; mais, en ce cas, il faudroit être asseuré que, de leur costé , elles concourroient aussy à ce bon traittement par une resolution constante de demeurer tousjours dans les interest de cette couronne. Et, à propos de commerce, j'adjousteray que Ton n aura pas grande peine, la rupture arrivant, de mettre les Anglois et ceux de Hambourg en possession de tout le commerce que faisoient les Hollandois; ce qui me faict juger que les Anglois mesmes, au lieu de travailler à raccommodement, pourroient bien, sous main, travailler à porter les choses à la rupture.

Aff. ëtr., France, t. 276, f" a/i-j. — Copie du temps.

AU PROCUREUR GÉNÉRAL

Gompiè^rno, 18 mai 1657.

(eytrâit.)

J« n'ay rien à répliquer sur le faict de la bulle S si ce n'est que je ne croy pas à propos que l'on donne l'arrest du Conseil, ou lettres du Roy sans adresse qu'on a proposé [de donner pour] qu'on ne précipite rien au Parlement, et que ^us preniez le soin d'asseurer M. le Nonce que la bulle ne sortira pas de vos mains, et qu'il ne doit pas appréhender qu'on hasarde rien qu'on ne soit entièrement asseuré que la chose se passera en la manière qu'il peut souhaiter.

Ce que M. Talon ^ a adjousté aux conclusions est artificieux et don-

* Voy. les Mémoires du Père Rapin. Il * Denis Talon, fils d'Orner Talon, avait

s'agissait de ia bulle qui déclarait que les succède à son père dans la charge d avocat

cinq propositions condamnées se trouvaient général au Parlement de Paris. (Voy. ci-des-

dans tAugvêlmis de Jansénius. sus, p. 3^6.)

H.4ZAniff. TH. 59

mrsiiiciiB MATioiiLr.

Mai 1667. nera lieu sans doute à fornidr des Ad vis qui ne vaudront rien; car il semble qu il y ayt quelque chose, dans la bulle « contraire aux libertés de rÉg^ise gallicane.

Apres avoir rappelé ce qu'il a écrit à Tabbë Fouquet sur sa confiance absolue dans le Procureur gënéral (voy. la lettre précédente), Mazarin continue ainsi :

J ay supplié le Roy de vous donner deux cens mille livres à prendre sur le fonds que Ton aliène S afin que vous ayez quelque revenu sur les rentes pour vous âyder à soustenir la despense que vous estes obligé de faire, et Sa Majesté a eu k bonté de vous accorder cette grâce, comme aussy à M. Le Tellier, pour cent mille livres. Je croy que vous trouverez bon que, en attendant que je vous procure quelque autre assistance, M. vostre frère l'abbé ayt sur ledict fonds cinquante ou soixante mille livres. Je vous prie que personne n ayt cognoissance de cela , et de me mander quelle expédition il faudra faire pour l'exécution.

^te

Gcaxi.

Aff. Ar. , Angleterre, t. 69 , f" 86 et soi». — Copie du temps.

À M. DE BORDEAUX

(extrait'.)

Oompiègfi^) 18 mai 1657.

Si les HoUandois rompent avec nous, à quoy il n'y a pas grande

^ Que f on place en reàtes petpétu^lleft. Oci revient à dire qu'on lear remettait, à titre de gratification, des rëc^piss^ de versements , supposés faits par eux , de a 00, 000 , 100,000 et 60,000 livres. Théoriquetn^t, les rentes sur Thôtel de ville étant émises en ce tempe-Ui sur le pied 4e 6 oii 5,5o p. 100, ced titres leur auraient «eulemeat donné droit à des rentes variant de 1 â,oao à 3,600 tivres. Mais les rente8> à la fin

du ministère de Mioarin, ne se capitalisaient plus efiàUvemeiU qu'au denier dix (10 p. 100). Le versement d'un capital de 100,000 livres procurait donc au souscriptem*tm revenu de iô,-ôôo livres, fl est vrai que plus tard il y eut de très fortes réductions dans les arrérages.

* OntroaveauxméttiBsarèhivcs^Fnmcey i. ^pis p* to8, ane «opie dke eette lettre, sous la date du i5 mai 1667.

apparence, pourveu que les artifices des Espagnols ne pre vaillent pas Mai 1667* aux bons conseils, non seulement û faudra prêter le nombre des vaisseaux que vous me marquer, mais plus de trente et des meilleurs. Il est vray qu'il faudra les avoir à bien meilleur compte que vous ne proposes, qui est beaucoup plus haut que le prix que lambassadeur en a demandé.

Au reste, je ne doute pas que M. le Protecteur ne soit bien informé de tout; mais il est certain que les Hollandois favorisent ouvertement le passage de la flotte des Indes (d'Amérique) et travaillent sans aucun scrupule à remédier à tout ce que M, le Protecteur tasche de faire pour la prendre. C'est une chose publicque, et dont ils ne font pas la petite bouche.

Mazarin parle ensuite de chevaux anglais qu'il désire avoir à un prix peu élevé, ainsi que d'un diamant dont il voudrait connaître cria qualité et le prix^. A la fin de sa lettre, il revient encore sur la nécessite de se procurer, en cas de rupture avec la Hollande, des frégates anglaises armées en guerre.

Aff. étr., t. 37^,^ a 53. — Billet autographe.

À J.-B. COLBERT

Compile, so mai 1687.

J ay perdu icy treize ou quatorze mille livres » pour le payement desquelles je tireray des billets sur vous, que je vous prie d acquitter, et j'entends que cette somme soit remplacée lorsque vous retirerez ce qui m'est deub par les héritiers du feu s*" Gargan , qui retireront bientost le prix de la charge d'intendante Je serois bien ayse que l'ordon-

' Intendaiii ài» fioasces, ( Voy. iMessus, avee la ewmwH^ dVintesubot de justice, sur Gargant, la note de la page loi.) I4 police et fiiMOQcei«, oi avec Toffice de pr^ charge dVintendaot des fioanoes», dent il dent d*na bureau de géoéralil^, que Toa est ici question , ne deil pas être eoofiMdae nonaiait qoelquefoi» wuO/v^iêoi général des

Mai 1057. nance de trois cens mille livres, que vous avez pour le payement de la garnison de Brisach, vous peut servir pour prendre des rentes pour cette somme dans l'occasion présente, qui en faict une grande aliénation ^; et M. le Procureur gênerai, qui a permis d acquitter cette partie, sera bien ay^e de le faire par ce moyen. Vous luy en pourrez donc parler, si vous croyez la chose bonne; mais j'entends qu'il paye en argent comptant une bonne partie du courant pour la subsistance de ladicte garnison, comme [il] nous a faict si positivement espérer plusieurs fois.

Le reste de ce qui proviendra de l'argent de Gargan aprez les billets payez, j'entends qu'il soit mis avec le fonds pour l'achapt des meubles.

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