À M. L'AMBASSADEUR LOCKHART
Montreuil, 97 mai 1667.
V. Ëxc. me permettra de luy dire qu'on ne pouvoit employer autrement ce qui est contenu dans le traité, pour le payement des officiers du corps anglois, qu'en la manière qu'on a fait. Au moins, je puis re»pondre que l'intention des Ministres, qui y ont travaillé, n'estoil de payer autre chose auxdicts officiers que ce qui estoit porté par Testât, qui a esté mis ez-mains du sieur de Toucheprez'; mais, comme il s'agit de donner ce contentement aux principaux officiers de ce corps, et que je vois que Y. Ëxc. y prend beaucoup de part. Sa M^ a trouvé bon que Ton [adjoustast^] audict payement ce qui est nécessaire pour leur satisfaction, et le commissaire, qui s'en retourne, porte avec luy l'argent pour exécuter la chose.
^ Henry de Bourbon-Gondé, mort en pour les enseignes, 10 s. pour les sefgents,
1 ^àj. 7 s. pour les caporaux , 5 s. pour les simpleB
* Le fi*ère du prince de Conti était Louis soldais, auxquels on devait, en outre, fournir
de Bourbon, prince de Gondë. le pain. Cette solde ëtait plus ëlevëe, d'un
' L'ëtat, ou tableau, indiquant la solde quart ou d'un cinquième, que celle des
qui serait payëe aux auxiliaires ang^is, rëgiments français. L'usage de payer les
pour chaque grade, portait : 3o livres par troupes étrangères plus cher que les natio-
jour pour le général, 13 livres pour chaque nales persista d'ailleurs jusqu'à la fin de
colonel de régiment, 6 livres pour les lieu- l'ancien r^ue.
lenant»-coionels, 5 livre» pour les.oapitaines, ^ La oppie porte a^uaitut; mais le sens
a liv. 10 s. pour le^iieutenante, 1 liv. i5 0. exige a^'cmtati.
Le temps g'escoule, et les ennemis se mettent à tous moments plus Mai 1657. , en estât de s'opposer aux desseins qaon voudra entreprendre contre eux. C'est pourquoy je ia conjure de faire tout son possible, afin que les troupes puissent commencer demain leur marche, quand ce ne seroit que pour faire une petite journée, et de trouver bon de dire audict sieur de Toucheprez ce que j'en dois espérer, afin qu'il me le fasse sçavoir en toute diligence et que je puisse ensuite envoyer la route qu'ils devront tenir.
Le Roy apprend de fous costez, arvec grand plaisir, ia qualité et ia bonté des troupes, leur discipline et leur adresse à Caire exercice; et Sa M^^ a grande impatience de \es voir.
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GCLXXVIII.
Aff. étr., Angleterre, t. 69, f* 99. — Minute.
À M. DE BORDEAUX
Montreuil, â8 mai 1*657.
(UTAÀIT.)
Il ne se peut voir de gens mieux faits, mieux disciplinez, ny plus adroits aux armes que les troupes angloises qu'il (le protecteur d'Angleterre) a envoyées au Roy. Aussy ne se peut-il rien adjouster à la satisfaction que Sa M*^ en a. Il y avoit eu quelque petit différend sur le sujet du payement. Mais on leur a donné ce qu'ils demandoient, nonobstant toutes les raisons que nous pouvions avoir de nous en deffendre , et ils doivent marcher des demain, fort contents du bon traitement qu'ils reçoivent icy.
On avoit tousjours bîencreu qu'il y auroit peine i entreprendre sur qvdque place du costé de la mer, suivant ce qu'il avoit esté projeté, parce que les Espagnols ont esté advertis de tout le contenu du traité. Neantmoins, pour ne rien oublier de ce qui pouvoit faire réussir ce dessein, le Roy n'avoit laissé de faire advancer M. de Turenne jusqu'auprès de Saint^Omar avec une année de vingt-quatre mille homanes en
Mai 1657. intention de passer le Neuf-Fossé pour aller attaquer Dunkerque ou Gra vélines, et Sa M**^ estoit venue icy à dessein de le suivre de prez, avec tous les gens de guerre qui raccompagnent d'ordinaire, pour appuyer l'entreprise. Mais, aprez avoir recogneii que ce seroit s'exposer à recevoir un affront, veu la quantité de monde que les Espagnols y ont jeté, l'on a jugé à propos de la remettre à une autrefois et de tourner cependant vers quelque autre endroit, où l'on puisse agir avec plus de succez contre Tennemy commun. Et comme M. l'ambassadeur Lockhart a esté tesmoin oculaire de tout et a touché au doigt l'impossibilité qu'il y avoit de rien faire du costé de la mer, je ne doute pas qu'il n'en ayt escrit en cette conformité. Je n'ay pas voulu différer pourtant à vous en advertir, afin que vous en puissiez donner part à M. le Protecteur par le moyen de M. le secrétaire d'Estat, ou en telle autre manière que vous adviserez pour le mieux.
Au surplus, nous sommes en peine de ce qu'il n'y a pas nouvelle que le chevalier Reynolds soit encore arrivé ; mais peut-estre qu'il le sera à l'heure que j'escris cecy, et je me persuade qu'en tout cas il ne sçauroit tarder.
CGLXXIX.
Aff. étr., Pays-Bas, t. 38 (sans indication de page ni de folio). —
Copie da temps.
À M. DE TURENNE
Montreuil, 99 mai i657«
(SXTBAIT.)
Un mareschal des logis du régiment de Fabert vient d'arriver, qui m'a rendu le duplicata de vostre depesche escrite d'hyer matin du camp de Galonné ^ Le Roy a esté bien ayse de sçavoir la resolution que vous
^ Le départ da Pas-de-Calais renferme thune. Bussy, dans ses Mémoires (II, 98),
deux localités du nom de Caionne : 1* Ca- dit que Turenne s^avança tr jusqu'auprès
lonne-Ricouart; â* Calonne-sur-la-Lys. Ces d'Aire, à un village nomme Caionne, doù
deux localités font partie de Tarrond. de Bë- fl détacha, le 98 mai, Castdnau La Mauvis-
avez prises et nous espérons que vous serez assez heureux pour em- Mai 1667 pescher quHl n'entre rien dans ia place ; car, quand mesme le prince de Ligne et le prince de Gondé n'en seroient pas loing, ils pourroient croire que çest le mareschal de La Ferté qui a investi Rocroy ou quelque autre place dans le Luxembourg, et que vous marchez pour [la]^ prendre. En tout cas, il n'y a pas apparence que le prince de Condé soit avec un grand corps de troupes à Douay, pendant que le mareschal de La Ferté est si proche de Rocroy, de Montmedy et de Luxembourg^
Mazarin donne ensuite des détails étendus sur les mesures prises pour envoyer à Tarmée des renforts et des munitions de toute nature. Il ajoute :
Les Anglois partiront aujourd'huy de Boulogne pour venir loger à Neufchastel^ et demain aux environs de cette place [de Montreuil], après avoir passé la rivière. Leur gênerai * arriva hyer, et ils ont le nombre complet de six mille hommes sans les officiers.
Les Anglois ne feront pas de grandes journées, et il est bon de les mesnager et d'en avoir grand soin. C'est pourquoy je ne croy pas qu'ils puissent estre que mardy à Peronne.
sière atec trente escadrons pour aller investir Cambrai, et lui, avec quarante, marcha en si. grande diligence, qne le lendemain, 99, il arriva deçà FEscaul devant la même vffle ...»
^ Torenne devait assiéger Cambrai.
' La copie porte h.
^ Maxarin se trompait, comme on le voit par les Mémoires de Turenne ( ëdit. Michand , p. 489). Ce dernier, venant du côté de la Flandre, avoue qu'il «me savait rien de H. le Prince qu'il crojoit vers la Meuse».
Mais les Espagnols pressaient Condë de couvrir la Flandre, qu'ils tenaient avant tout à sauver, préférant tr laisser courir hazard« aux places du- Luxembourg. Ce fut ainsi qu'il arriva à Bouchain, où il vit Tannée du Roi déûler vers Cambrai; et, devant le danger couru par cette ville, il n'bésita pas, sans attendre de renforts, k s'y jeter avec les 3,000 cbevaux qu'il conduisait *
* NeufchAtel ( dép. du Pas-de-Calais , arr. de Boulogne).
' Le chevalier Reynolds»
kn
Mai 1657.
BiU. nat., ois. fonds Baluze, t. 176'.
A J.-B. COLBERT
COLBERT ï MaZARIN.
Paris, 37 mai 1657.
(kztrait.)
Le pauvre Girardin, que V. E. sçait avoir este enievë dans les fauxbourgs de Paris, implore dans sa disgrâce la boute de V. E. et la conjure ou de le redamer comme ayant Thonneur de le servir dans ses afiaires domestiques, ou de luy faire donner sa liberté pour quelque temps pour venir donner ordre à ses affaires, ou d'interposer £ton hom en l'iavouant pour son domestique pour obliger les ennemis à convenir promptement de sa rançon à un prix raisonnable et à le renvoyer. Tay ct*eu estre obligé de faire ces propositions à Y. E., Croyant que la protection qu elle peut donner à ceux qui ont Thonneur de la servir peut tousjours contribuer quelque chose à sa gloire.
MiZARlN A J.-B. CoLBEItT.
Abbeviile, 3o mai 1667.
(bxteait.)
Je feray tcvut ce qui peut dependre de moi en faveur de Girardin, mais il doit considérer qu'étant entre les mains de M. le Prince, mes offices, au lieu d'aider à sa liberté, luî seraient très préjudiciables. Parlez-en avec M. Tabbé Fouquét, voyez ce que je puis faire et mandez le moi, et à l'instant je m*employeray de là bonne manière pour le faire revenir. Cependant il faudroit user de la dernière rigueur contre ceux qui ont trempé dans une si abominable lâcheté.
Mai 1657.
Bibl. nat., ms. F. fr.. Mélange» de Colbert, L 5i A, f* 97 v°; minute, et t laS, f* 198.
Aff. étr., Fraace, t. 978, f* 980; copie du temps.
À UASBÈ POOQUBT.
(bitbait.)
Abbeville, 3i mai ]657«
J ay parié au Roy de la proposition qu oa vous a faicté de permettre au 8' de Ghemerault ^ d'aller trouver son frère pour persuader de mettre Girardiu en liberté^. Sa M*^, aprez Ta voir examinée, n'a pas jugé à propos de le &ire sortir pour cela de la Bastille; mais Elle trou* vera bon que Tabouret', quil peut charger d'une lettre de créance, fiasse ce voyage , prenant les seuretez nécessaires qu'il viendra se remettre à la Bastille, en cas qu'il ne puisse rien obtenir pour la liberté dudict Girardin; et comme la Cour s'en va à Péronne, et que c'est le chemin pour aller au Gastelet, ledit Tabouret, en passant, prendra son passeport et n'aura qu'à s'adresser à M. Le Tellier pour cet effect
Je croy que vous aurez desjà sceu que Cambray est investy d'avanthyer au matin. Je m'asseure que M. le Procureur gênerai, considérant l'importance de cette entreprise , fera effort pour nous assister en cette
^ ChemeranU-Barbezières. (Voy. note 3.) ' Le sens est : afai que ce dernier lui persuade, etc.
^ Cbeinerault9uCheinei*aut-Tabouretétait frère de Ghemeraalt-Barbezières qui avait enlève le Goancier Girardin et Tavait livre au prince de Condë. Ces deux Ghemerault Gguceoi dans les Hietariettes de Taflemanl des Rëaux. Le second avait épousé Madeleine Tabouret, jGlIe d'un Goander, Martin Tabouret, qui est cite dans les paBiphlets du teoipa. Quant à Chemeraoit-Barbesières, condamné
à mort une première fois pour avoir enlevé MP de la BaKÎpière, sa cousine — fille de cette belle ChemarauUjSurftommëeJa «rbeiie g[ueuse«, qui 9vait épousé le trésorier de rÉpargne La Bazinière , — il avait obtenu sa grâce par Tintervention du prince de Conti , dont il avait été le favori. Arrêté de nouveau pour Teidèveinent de Girardin, il fiit condamné à mort et eut la tète trancbée en place de Grève. Outre TaSemant des Réaux , Daniel deG>6ttac founat des rensejynejneato siir Ghem«i^ult-Iabourel,etGbemwauli-6vbeziàres»
Juin 1657. occasion et faciliter, en ce qui peut dépendre de luy, le succez d'un dessein si glorieux.
Je vous envoyé la copie d'une lettre^ que je viens de recevoir, que vous prendrez la peine de faire voir à M. le Chancelier, à MM. les Surintendans el à M. le mareschal de L'Hospitd , s'il est à Paris*. Il ne faut pas faire tant de fondement sur les nouvelles [qu^elle]* donne, que l'on en conçoive d'abord de grandes espérances , car asseurement cette affaire sera remplie de beaucoup de difficultez; et les ennemis vraisemblablement ne devant rien oublier pour y jeter de petits ou de grands secours, il pourra bien y avoir quelque combat considérable. Ce que je puis vous dire, c'est que j'ay faict, de mon costé , tout ce qui pouvoit dépendre de moy. L'entreprise a esté bien conceue; le secret s'est gardé fort exactement; on a faict tous les préparatifs nécessaires pour le siège, et la place ne se trouve pas si bien munye qu'elle l'aurait esté , si les ennemis eussent tant soit peu pénétré nostre dessein.
CGLXXXII.
Aff. ëlr., France, U 374, f' a8a. — Minute.
k L'ABBÉ FOUQUET.
Amiens, i** juin 1657.
(bxtbait.)
Je ne trouvay pas hyer vostre courrier à Abbeville, quand mon pacquet fut fermé, et depuis nous avons receu des nouvelles qui rendent inutile ce que je vous mandois touchant le siège de Gambray ^ et la liberté de Girardin. Je ne laisse pas de vous>envoyer ma lettre, où vous verrez que j'avois quelque raison de dire qu'il ne falloit pas trop
* Il s'agissait probablement d'une lettre raine, avait suocëdë an duc de Montbaaoo
annonçant quelque projet de livrer la place dans le gouvernement de Paris, aux Français. * La copie porte â, mais le pronom doit
' Le maréchal de L'Hôpital, prëcédem- se rapporter à lettre, ment gouverneur de Bresse, puis de Lor- * Voy. ci-dessus, p. 479.
se flatter par les belles apparences du commencement de cette entre- Jn»n 1657. prise, parce qu'il pourroit se rencontrer dans la suite plusieurs difficultez et aiTiver des accidents impreveus, qui en empeschent le succez. En effect, il s'est trouvé, par le plus grand hazard du monde, que le prince de Gondé passoit à Valenciennes, avec un grand corps de cavalerie, pour aller en diligence du costé de la mer, le mesme jour que M. de Turenne estoit arrivé devant Gambray; et ayant sceu que cette place estoit investye, il résolut de détacher deux ou trois mille chevaux et de les y faire entrer la nuict; ce qu'il exécuta, comme il luy estoit fort aisé, la circonvallation n'estant pas encore commencée. Il perdit quelque monde en passant, et M. de Turenne me mande qu'il y a bien trente officiers prisonniers, mais qn'aprez ce secours, il a voit creu ne devoir pas former le siège et s'estoit retiré avec l'armée à Crevecœur^
Ça esté encore une estrange fatalité en cette rencontre que, parmi le peu d'ojSiciers que l'on a pris, Barbesieres^ se trouve du nombre. J'ay mandé à M. de Turenne de le faire bien garder, et quoyque ce soit un homme qui meritast d'estre roué, je voy qu'il s'en faudra servir pour délivrer Girardin', dont la liberté apparemment est assurée par ce moyen, sans qu'il luy en couste rien que quelque présent à celuy qui a pris ledict Barbesieres.
Je ne sçay pas si les ennemis auront l'effronterie de dire qu'ils nous ont faict lever le siège , puisque M. de Turenne n'estoit arrivé que le matin avec sa cavalerie, et son infanterie seulement^ le soir du mesme jour, qu'ils jetèrent la nuict le secours dans la place; mais ce qui est vray, c'est qu'ils ont empesché de le faire. Nous songeons à quelque
^ Aujourd'hui village du dëpartemeut du rardin , ce qui entraîna la condamnation et
Nord, arrondissement de Cambray*. Texëcution de Chemerault-Barbezières.
* Chemerault-Barbezières. (Voy. d-des- * Le sens est que son infanterie n'arriva sus, p. 479.) que le soir, tandis que la cavcderie ëtait ar-
* ' Condë refusa de rendre la liberté k 6i- rivée le matin.
* BuMy, dans ses Ménurires, dit qae le Maréchal Tint camper le i" jain à Vauchelles et le a i Fonsommes (département de l'Aisne).
■AZAKin. — Tii. 61
mrtlMtRIl lATIOllAU.
luio 1657. autre projet, et nostre armée estant en estât de tout entreprendre, quelque soin et quelque vigUance que les ennemis apportent pour se couvrir de tous costez, nous leur donnerons encore de la besogne.
GCLXXXIIf.
AS, ëtr., Angleterre, t. 69, f" 98. — Minuie.