AU ROY DE SUÈDE
[La Fère], 9 a juin 1657.
Sire,
11 m'est impossible de garder le silence, lorsque j'apprends, partant d'endroits, l'honneur qu'il plaist à V. M*^ de me faire, tesmoignant si
L*empereur Ferdinand III était mort le * On a vu qu'il suivait le roi de Suède
a avril 1657. dans ses campagnes.
obligeamment d'agreer les petites marques que jetasche de luy domier Juin 1657. de mes respects et de mon très humble service. M. l'ambassadeur et le chevalier de Terlon m'en ont escrit en termes qui m'ont donné de la confusion; mais comme je ne sçaurois satisfaire par une lettre aux reraerciemens que je lui en doibs, je supplie V. M^*^ que je m'en puisse remettre à la vive voix dudict ambassadeur et à ce que luy mandera ie sieur Courtin, que j'ay entretenu particulièrement sur ce sujet et sur tout ce qui peut regarder les interest de V. M*^ et le service commun des deux couronnes dansfes conjonctures présentes. J'espère aussy que le gentilhomme *, qu'on depesche de delà pour le sujet dont Elle sera informée par ledict sieur ambassadeur, pourra avoir l'honneur de faire la révérence à V. M^^ et luy présenter cette lettre, qui luy servira, s'il vous plaist, de créance pour l'informer de sa commission. Apres quoy il ne me reste qu'à la supplier de croire que je ne perdray aucune occasion de luy tesmoigner la singulière vénération que j'ay pour sa personne et de me conserver le bonheur que j'ay d'estre, etc.
CGGII.
Aff. ëtr., France, t ayi, f 33. — Autographe.
À J.-B- COLBERT
La Fère, 99 jain 1657.
L'ordinaire est arrivé, sans que M. Le Tellier, ny moy, ayons receu de vos lettres, et nous en sommes en peine; car vous deviez avoir receu un paquet du s' Rossignol^ pour nous envoyer. Je vous prie de nous
* Blonddl. divers oflSces. Plus fard, il bâtit la belie
* Rossignol était connu par son habiletë maison de Juvisy, oii Louis XIV Talla vipour la traduction des lettres chiffrées. Il siter. Tallemant» dans ses Historiettes, prés'enrichit vite à ce métier; dès Tannée 1 6âi , tend que Rossignol ne déchiffra jamais nous le voyons posséder 6,000 écus de qu une seule lettre, et par hasard; que son rentes (environ 36,000 francs intrinsèques, talent supposé n'était qu*un épouvantai!, qui valent 90,000 francs aujourd'hui) en dont se servait le Gouvernement pour faire
Juin 1657. sortir au plus tost d'inquiétude. Si vous avez retiré les soixante mille livres de M. le Procureur gênerai pour le remboursement de pareille somme qui a esté donnée par Gravel à M. de Mayence, je vous prie de la remettre, ou par lettre de change audit GraveP, ou en argent comptant à vostre frère ^, avec la somme que vous devez avoir retirée dudit Procureur gênerai pour la garnison de Brisach; mais prenez garde de ne faire aucune mention de l'électeur de Mayence.
Je vous conjure de faire diligence pour remettre, d'une façon ou d'autre, ces deux sommes, c'est-à-dire à vostre frère, si vous les envoyez en argent comptant, et à Gravel, si c'est par lettre de change; et comme cette voye-cy* est la plus courte et qu'il importe d'eiecuter cela promptement, je voudrois bien que vous eussiez le moyen de vous en servir.
Vous verrez M. le mareschal de Gramont de ma part etluy rensettrez les passe-ports que le marquis de Caracene m'envoye. D les examinera avec M. de Lionne; mais il me semble qu'ils sont en bonne forme^.
croire à ses adversaires qu'il hii était facile de décbifirer toutes les lettres qui tombaient entre ses mains. Cependant il semble, aussi bien par la correspondance de Richelieu {Lettres et papiers d'État) que par celle de Mazarin , que la singulière aptitude de Rossignol , en ce genre, ne fut pas niable. ( Voy. t. VI, p. 47, des Lettres de Mazarin,)
^ Masarin a écrit plus haut Gravel, et ici Gravelle. Je ne fais cette remarque que pour montrer à quel point Torthographe des noms propres était variable.
* Charies-Golbert, intendant d'Alsace.
* L'envoi par lettre de change.
^ Ces passeports avaient été d'autant plus aisés à obtenir de don Juan d'Autriche, que le Gouvernement espagnol en demandait an même moment à la France, pour son ambassadeur, le comte de Peneranda, qui se rendait aussi à la Diète. Gramoot voulait demander en outre des passeports spéciaux au prince de Condé, craignant, ditril, frde le trouver en telle humeur qu'il ne porterait pas grand respect aux passeports de don Juan d'Autriche t»; mais Mazarin s'y opposa.
- , Jnin 1657.
CGGIII.
Bibl. nat., dis. f. fr. , Mélanges de Gtlbert, t. 5i A, f° 5 v*. — Minute.