‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 3)Chapitre 71 sur 100 · DE MAZARIN A UNE LETTRE DE GOLBERT · texte numérisé non relu

DE MAZARIN A UNE LETTRE DE GOLBERT

(UTIAIT.)

Lettre de Colbert.

RiPONSB ]>R MlEàRIN .

Paris, 99 juio 1667.

J ay envoyé par une charrette de Vincennes qui est partie aujourd'huy et qui arrivera dimanche à la Fère un veau gras avec les dindons, pigeons, faisandeaux et fruits mentionnez au mémoire cy*joint; aussitost que les mêlions com-

La Fère, 95 juin t657«

Il ne faut plus envoyer ni pigeons, ni faisandeaux, et il faut faire multiplier les premiers. Pour les fruits et les melons, il sera bon d'en avoir le plus qu'on pourra,

Sur la mort de son père, Ferdinand III. — ' Omis dans le recueil de M. P. ClëmeDC

menceront à estre bons, j'auray soin d'en envoyer toutes les sepmaines une fois ou deux.

Juin 1657.

M. le mar'^ de Gramont prie V. £m.

de se souvenir de luy envoyer copie des lettres du roy de Suéde, de M. lelecteur de Brandebourg et autres d'Allemagne que V. E. luy a promis.

Je fais travailler ie s' Levau au grand dessein de V. E. *.

M. le Procureur g** m'a dit qu'il faisoit estât de donner, sur une affaire qu'il avoit proposée à V. E., qui regarde les intendans des finances, 3oo m.^ pour le roy de Suéde, le remboursement de ce qui reste deub à V. E. de l'année dernière et les 100 m^ du pain de Piedmont.

^ Louis Le Vau , architecte , mort en 1 6 7 0 . C'est sur ses dessins qu'on âeva une partie des Tuileries et la porte d'entrée du Louvre. Il donna les plans de l'hôtel Colbert et du eoll^ des Quatre-Nations. C'est à ce dei^ nier travail que Colbert fait ici allusion; il

■AZABin. — VII.

J'enverrai toutes les copies dont M. le maréchal parle, et seront adressées à M. Servient.

Bon, car aussi bien il ne faut rien attendre de Rome, mais peutêtre il serait bon de donner quelque gratification à celui que le Benedetti ^ escrit avoir fait un beau dessin; je m'en remets à vous.

Vous pourrez dire à M. le I^"' g** qu'il eut été bon que j'eusse été remboursé de ces dernières avances sur des affaires faites et non pas sur celles qu'il projette de faire ; et il me semble que sans présomption je pourrais être considéré comme les autres qui ont faict des avances et qui ont esté remboursez sur les dernières affaires qu'on a fait et qui sont payés des intérêts jusques au dernier sol

n'était alors qu'en projet , et la construction n'en lut achevée qu'en i68à.

* Sur l'abbé Elpidio Benedetli, qui était h Rome l'agent d'affaires du Cardinal, voy. le tome V, p. 6o5 , note 3 , des Lettres de Mazarin,

pendant que je ne sais pas ce que c est d'avoir un denier d'iuterets et qu'en effet je ne prétends et je n'ai jamais prétendu.

Pour ia garnison de Brisak, il m'a dit que toutes les rentes estant engagées, il n'en avoit peu retirer que pour 99,5oo^ de rentes faisant i5o m^ en principal ^ et qu'il me feroit payer &o m^ dallent comptant.

Pour le pain de Catalogne, ledit s" p«r g*i ^^^ jij q^'JJ jjg pouvoit donner

autre chose que Fassignation sur les menues monnoyes, et quand je Tay pressé de radvance que Ton a accou»tumé de faire, il m'a dit qu'il offiroit d'en donner les interests, mais qu'il luy esloit impossible de donner de l'argent comptant

Pour le donatif sur l'allaire des menues monnoyes dont M. l'abbé Pouquet a parié à V. E., je trouve que c'est la mesme chose dont le s' Cenamy a parlé, et, l'ayant pressé sur ce mesme sujet, il m'a dit que sa compagnie pounroît porter cette grntiffication jusqu'à 3o m. escus.

M. le P«»'*g** m'a fait payer une somme de 1 3,53o** qui restoit deûe d'un comp-

Je ne puis vous dire autre chose sur cela, si ce n'est que Jacquier'^ qui gagne, et dans le pain et dans les assignations, des trésors, est mieux traité que celui qui avance l'argent sans aucun intérêt pour ménager au Roi ia moitié de ce que ledit Jacquier tiroit.

Savoir si on peut (aire état de ce donatif, et s'il sera comptant et payé d'abord.

^ Gomme on le voit, oes rente»>ià n'ëlaient même pas capilaiisëes sur le pied de 10 p. 0/0 dont noos avons parlé ci*-de8sus (p. &66 , note 1), mais sur le taux de i&

p. 0/0 environ. Tel était alors le cràlit de rÉtat français.

' Munitioonaire des umëes de ïEtiàfiA il a été souvent question ci-dessus.

tant de aa in^ pour divers prësens faits Tannëe dernière par V, E.

Je ne vois pas guères d'apparence que je puisse avoir assez tost les 3oo m^ d'argent comptant, ny les aoo m^ du courant du mois pour m'en servir à ac> quitter les promesses^ de Mad*de Chevreusc et celle de la reyne d'Angleterre; celle de Ao m.tt eschoit à la 6n de ce mois et les autres le 8 du prochain; je suplie très humblement V. E. d'y penser tout de bon, par ce qu'asseurëmenl je sera y pressé.

Je feray les solicitations que V. E.

m'ordonne pour M. l'ambassadeur d'Angleterre.

Pour ce qui est pièces de la negotiation de Munster, V. E. doibt estre, s'il lui plaist, persuadé que ce qu'elle m'a donné a toujours esté soigneusement conservé soubz la clef, qne je ne me suis pas mesme confié à mon frère pour vérifier les années AS, &&, &5 et &6, lez ayant verifBé moy-mesme, mais en un mot V. E. doibt tenir pour constant et véritable que c'est une négotiation fort imparfaite, y ayant trouvé une infinité de depesches et de pièces qui

' Le mot promesse est pris ici dans le sens de billet à ordre, dont il était aloi-s synonyme.

* Cet argent réservé connu, semble-l-il, du seul Golbert, et dont parle ici Mazarin, est de nature à confirmer on passage des mânoires de Tabbé de Cboîsy (édition Michaud, p. 570) disant qu'après la mort du

Inin 1657.

Au pis aller, il faudra se servir de Targent réservé ^ et tacher de se faire prêter par M. Hervart la moitié delà somme, comme il m*a offert, lui donnant s*il voudra les diamants en gage.

Je crois qu'il n'y a rien de Ai certain que ce que vous me dites sur ce sujet, et je vous remercie de la diligence que vous avez faite pour assembler toutes les pièces; mais je voudrais bien savoir ce que M. de Lionne dit sur cela , car je n'ai jamais perdu un papier et je sais qu'à mesure que je les ai eu , je les y ai donné et que je ne

Cardinal, Goibert informa Louis XIV que Son Érainence avait en différents lieux près de 1 5 millions d'argent comptant et qu'apparemment, puisqu'il n en avait pas parlé dans son testament, son intention n'était pas de les laisser h ses héritiers, mais à TEtat. Cet argent fot effectivement versé dans les coffres de TÉpargne.

Join 1657. manquent, en lisant toutes celles qui y sont; et V. £. verra par la fin une preuve indubitable de ce que je iuy dis, veu qu^elle se souvient bien de ne m'avoir donné qu une malic pleine de ces papiers là; et lorsqu'elle sera achevée, outre la copie qui aura esté faicte, sy je trouve tout ce qui manque, je Iuy rendray une autre malle aussi grande et aussi pleine avec celle quelle ma donnée; par Ik elle connoistra la vérité de deux choses : Tune, que nous lui rendrons la mesme quantité de papiers qu elle nous aura donnez, et la seconde, que nous en aurons amassez une autre fois autant.

M" le mareschal de Gramont et de Lionne m'ont demandé sy V. E. m'nvoit envoyé quelques ordres pour des présens d'espées, baudriers, montres, chapeaux de castor et . autres choses qu'ils doivent porter.

Je viens de voir M. de Senneterre de la part de V. E., sa snnté est bonne • grâces à Dieu; il m'a tcsmoigné beaucoup de reconnoissance de la bonté que Y. E. a pour Iuy et pour M. son filz. Il m'a dit que M. le m'^ d'Estrée estoit malade et qu'il avoil eu la fiebvre toute la nuit; je le verray de la part de V. E.

J'envoye l'extra ict d'une lettre de mon frère concernant les mœurs du s*" de La Neuvelle. Je puis asseurer V. E.

^ Sun le bénédictin Vittorio Siri, qui se montra toujours dans ses ouvrages d'histoire grand partisan de la France , voy. le tome V, p. 599 , des Lettres de Mazarin,

veux pas croire que Tabbé Siry^ en ait retenu aucun.

Vous avez bien fait et je vous prie de visiter aussi M. le niar*^ d'Albret*^ de ma part.

11 faut faire veuir La Neuvelle sur quelque prétexte.

* César-Phœbus d'Albret, comte de Miossens, qui 6t ses premières armes en Hollande sous Maurice d*Orange, devint maréchal de France en i653, gouverneur de

qu^il ne sçait rien de la proposition Jnîn 1657.

que j'ay faicte à V. Ë. Si elle désire

qu'on le fasse venir pour le connoistre

encores plus parliculièrement, Ton ne

manquera pas de prétexte pour cela.

Tay t4Misjours trouve M. de Flein fort

sage, mais je le trouve un peu jeune

pour un employ de cette qualité^.

CCGVIIL Afil ëlr., France, t. aGi, f* s&6. — Autographe signe.

À J.-B. COLBERT

La Fère, 27 juin 1667.

J'ay promis à M. le cardinal Antoine^ de luy faire payer une ordonnance de cinquante mille livres, que Sa M*^ luy lit expédier à Paris sur lestât^ [en] moins de ce qu'il est deub à S. Ëm. pour ses pensions ^. C'est pourquoy je vous prie d'aller voir, de ma part, MM. les Surintendans, et particulièrement M. le Procureur gênerai, afin de faire donner, au moins, la moitié en argent comptant, et l'autre payable dans la fin de l'année, estant impossible de moins faire pour ledict s' cardinal, qui sera à Rome pour y servir le Roy, obligé à faire de grandes despenses dans son voyage et dans la demeure qu'il fera dans ladicte ville; mais, en cas que nos diligences ne produisissent l'effect que je désire et qui seroit très juste, il faut que vous preniez, dans le plus clair de mon argent, vingt-quatre mille livres pour les donner à

Guyenne en 1671 et mourut en 1676, ne France et archevêque de Reims. (Voy. 1. 1,

laissant qu'une fille. Son nom s'éteignit avec p. 910, des Lettrée de Matarin. )

lui. ' 11 but peut-être lire : h toia, an lien

^ Q s'agissait, comme on Ta vu, de Tem- de Festat. ploi de gouverneur d'un neveu de Mazarin. * Le sens est, je crois, en déduisant cette

' Antonio Barberini, grand aumônier de simme de ee qui lui est dû pour ses pensions.

Juin 1667. S. Ëm. , et que vous asseuriez le payement du reste jusques à cinquantequatre mille livres dans le cours de Tannée courante, faisant mesme une obligation particulière pour cela en la manière que S. Era. vous fera entendre, par le s' abbé Bracheze, qu elle désire.

L'on a parlé d achepter, pour le bois de Vincennes, les tapisseries de soye et d'orque ledict cardinal veut vendre, et Leurs M*"* les veulent avoir. C'est pourquoy il faudra que vous les voyiez et conveniez du ])rix avec le s^ abbé Bracheze S pour le payer en argent comptant à reprendre sur le mois prochain de ce que M. le Procureur gênerai est obligé de donner. Bernardin en a faict l'estimation Tannée passée, mais il faut prendre garde qu'il estoit question de les donner en eschange d'une tapisserie de haute-lisse, que M. Servien estimoit soixante mille livres et qu'il donneroit pour trente-six mille en argent co'mptant, qui est une chose qui mérite d'estre bien considérée^.

Il y a encore quelque autre tapisserie de soye qui n'a pas esté estimée, et S» Ëm. s'en voulant deffaire, il faudra convenir du prix.

S. Em. a aussy un miroir enrichy de pierreries et d'autres choses, desquelles, à ce qu'il m'a dict, [il] se defFeroit volontiers ; vous li* verrez, et si les prix seront {sic) raisonnables, on les pourra achepter. Le miroir luy a cousté six cent soixante escus de Rome^ et je sçay qu'il ne prétend pas y gaigner, puisque, en efFect, à le vendre, on n'en trouve-

' Gel abbé, dont le nom est écrit Umtôt Bracheze, tantôt Braccès, est souvent cité dans les lettres italiennes de Mazarin.

* Une tapisserie de 60,000 livres, oa même de 36,ooo ^^ cette dernière représentant au poids 58,5oo francs et, en tenant compte de la valeur de l'argent, 1 1 7,000 de nos jours environ . — était une chose tout à lait exceptionnelle au xvii* siède. C'est ainsi qu'il n'y en a pas une seule estimée à ee prix (et les prix d'estimation, comme le dit Mazarin, sont toujoQiv plus élevés que les prix de vente) dans l'inventaire dressé après k mort de la rebe Anne

d'Autriche, que H. le vicomte de Groochy vient de publier dans le Bulletin de la Soteiété de Fhistoire de Paris (mars 1899); les plus chères, sur brocart d'or et d'argent, ne passent pas h ou 5,ooo^. Cependant il fut payé, en i635, 90,000 ëcus — cest4dire 60,000** du temps et 3oo,ooo firancs actuels environ — une tapisserie destinée à la Sainte-CfaapeUe de Parts, composée de t6 pièces, faisant ensemble yS mètres de long et représentant ries principaux mystères de la rehgioa ».

' Mazarin a écrit le pronom italien k, an lieu de hs. .

roit pas ee prix. Une pistolle d'Ëspagae vaut trente et un Julee ^ et J«o 1657. demy, et Tescu vaut dix Jules^.

Voilà tout ce que j*ay à vous dire sur ce sujet, attendant que vous me ferez sçavoir ce que vous ferez en tout cecy.

Bibh nat, ms. f. fr., Mélanges de Colbert, i St A, f* 7Ô.

À MM. DE TURENNE ET DE LA FERTÉ*

Lb FÀre, sB juin 1657.

(extrait.)

MM. de Turenne et de La Ferté verront bien qu'il n'y a plus lieu de douter de la marche de toutes les forces ennemies, et j'ay nouvelles de Bruxelles tout présentement qui me confirment qu'ils n'ont jamais eu la pensée d'aller à Montmedy. M. de Gastelnau ne laissera pas de marcher, et le Roy partira aussy demain pour* aller coucher à Roye.

Nous prendrons bien nostre party si les ennemis attaquent la Bassée ou Bethune, comme l'on dict, et que je croys parce qu'ils ne manqueront de rien pour faire le siège; mais il faut que M. de Turenne, sans perdre un moment de temps, s'en revienne avec tout son monde pour nous venir joindre , sans pourtant harasser les troupes , et M. de La Ferté continuera le siège ^ avec asseurance qu'il en viendra bien plus toet à bout lorsque les assiégez sçauront qu'ils n'ont aucun secours à attendre. Je me resjouys de tout cecy, car j'espère que la conduite des eone-

' Monnaie italienne dont la valeur en ëcus ' Une note indique qu'on leiur envoyait

de France eat dëterminde par ce passage. copie d^une dëpéclie de MM. de RoncheroSes

* Le mmir dont il s'agit aurait ainsi et de Gastelnau <lu a8 juin k % heuees du

coûte au cardinal Barberini 3,66o francs. matin, et que la lettre jointe était de la main

L*écn romain était ane pièce d'ai^gent , grosse de Mazarin.

à peu près comme une de nos pièces de * De Montmedy. 5 francs actudles.

Juin 1657. mis nous ouvrira le chemin de faire quelque chose de ires-considérable •.

Aff. ëtr., Allemaffoe, Supplément, t 17 (sans pagination). — Original signe et en partie chiffirë.

À M. DE LUMBRES,

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