‹ Lettres du cardinal Mazarin pendant son ministère (volume 3)Chapitre 72 sur 100 · AMBASSADEUR RN POLOGNE · texte numérisé non relu

AMBASSADEUR RN POLOGNE

La Fère, 99 juin 1607.

Je suis marry d'estre obligé de dire une chose contraire à ce que la reyne de Pologne vous a asseuré; car je sçay de science certaine, comme si j'avois veu le traité, que non seulement la succession du roy de Pologne est asseurée au frère du roy de Hongrie^» mais que Sa Majesté mesme a fait tesmoigner à Vienne qu'elle ne souhaitoit rien avec tant de passion que de pouvoir avoir auprès d^elie lediet prince, duquel elle pretendoit prendre un tel soin qu'elle ne doutoit point de l'obliger à luy donner son amitié toute entière, en sorte que, s'il venoit faute du roy de Pologne, elle eu pust faire estât comme d'une chose qui ne luy pouvoit manquer. Et, sur ce propos, je vous diray que, m'ayant esté envoyé de Vienne une copie de la lettre que cette reyne a escrite à l'ambassadeur, qui y avoit esté depuis peu, et par luy communiquée aux ministres de l'Empereur et à lambassadeur d'Espaf[ne, je vous l'envoyé', et vous diray que Leurs Majestez ont esté un peu surprises des termes avec lesquelles elle est conceue et des plaintes continuelles que ladicte reyne faict de la France, puisque nous sçavons fort bien qu'elle en a esté servie en tout ce qui a esté possible; et, sans parler des soins qu'on a tousjours pris pour cela, il vous sera bien aisé de faire cognoistre à cette Majesté qu'on

^ Une addàion placée à la page 76 indique * Voy. ci-dessus , p. && 1 .

que le Roi ne marchera pas , conune Mazarin " Cette copie est, en eiFet, jointe à ia

Tavait d'abord annonce. dépêche de Mazarin.

ne pouvoit rien ajouster à la douleur sensible qu'on a eue icy lorsque Juin 1667. le roy de Suéde fit la rupture avec la Pologne , qu'on n oublia aucun notoyen imaginable pour l'en divertir, tesmoignant audict roy que la France en estoit touchée du dernier point; qu'elle ne pourroit jamais y prendre aucune part et continueroit incessammeot d'interposer ses offices pour terminer au plus tost cette guerre. En effect, je me souviens d'avoir faict, par ordre du Roy, des despesches si pressantes à M. d'Avaugour à ce sujets que le roy de Suéde s'est plus d'une fois emporté contre luy, ainsy que vous en pouvez estre informé; et la passion que Ton a icy pour cet accommodement a esté à un tel point, que j'ay faict offrir au roy de Suéde le payement de quatre cent mille risdales en argent comptant pour l'obliger à se rendre plus facile aux conditions qui auroient pu estre de satisfaction pour le roy de Pologne; et, quelque chose qu'on ayt voulu dire, il ne se trouvera pas que le Roy ayt jamais faict espérer la moindre assistance au roy de Suéde, quelque instance qu'il en ayt faict faire, luy ayant esté tousjours déclaré que Sa M^ ne se departiroit jamais de la neutralité et continueroit à s'interposer pour la paix.

Il est vray que, lorsqu'il nous a faict entendre que la maison d'Austriche luy suscitoit [des] ennemis^ de tous costez; que le roy de Danemark estoit prest à luy faire la guerre, à sa sollicitation, et qu'oti estoit sur le point d'envoyer contre luy l'armée qui estoit en Silésie, Sa M^^ l'a faict asseurer que, la maison d'Austriche venant à se déclarer contre luy, on luy enverroit toutes les assistances possibles; et en effect, depuis que l'on a sceu que non seulement le traité a esté ratifié à Vienne, mais qu'en suite de cela l'armée de Silesie marchoit contre le roy de Suéde, Sa M^ a donné des ordres pour luy envoyer promptement quelc^ue assistance d'argent et continuera à le faire autant que Testât présent de ses finances et les grandes dépenses qu'Elle est obligée de soustenir ia^ pourra permettre, sans que personne puisse trouver

^ On a donne ci-dessus, p. &i s , &ao, 639 et 433, plusieurs de ces dépêches de Mazarin. D'autres, en plus grand nombre, sont résumées dans les Analyses. — ' Le déchifirement porte d'ennemis, au lieu des ennemis. — ^ La se rapporte à assistance d'argent,

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IWPRIHCIIII KATIORALK.

Juin 1657. à redire à la conduite de Sa M^^ laquelle u'a jamais songé à assister le roy de Suéde contre la Pologne, mais bien contre la maison d'Âustriche luy faisant la guerre. Vous voyea, par le récit véritable que je vous fais de ce qui se passe , que les avis qu'on avoit donnez à la reynede Pologne de l'argent qu'on avoit donné au comte Tot^ pour son maistre et pour luy sont faux.

L'homme du monde le plus plein d'artifices est Isola ^, et il y a longtemps qu'il est brouillé avecque la vérité. C'est pourquoy, dans toutes les choses qu'il avance, il n'a autre but que de persuader ce qui n'est pas, et je ne suis nullement surpris de tout ce qu'il a conté à la reyne de Pologne; car il avoit interest de la porter à s'unir aveuglement avecque la maison d'Âustriche.

GGGXI.

Bibl. nat., ras. f. fr., Mélange» de Colbert, t. 5i, f"" 8â; minate. — Aff. étr., France,

t. 39, P 355; oi*iginaI signé.

À SERVIEN

La Fère, 3o juin 1657- (extbait.)

Mazarin entretient Servien d*un projet d'emprunt pour les affaires d'Allemagne :

Si vous jugiez que Sa M**" en deust escrire à M. le Chancelier et à MM. les Surintendans pour leur représenter le besoin qu'Elle a de

cette assistance, vous m'envoyeriez une minute de la lettre que J^ ferois aussytost expédier; et en un mot, toute cette affaire consiste à voir si, par les moyens dont nous avons parlé ensemble, on peut trouver trois millions de livres, payables dans un an, avec l'interest

^ Ambassadeur de Suède en France. — * Le baron de Lisola. ( Voy. sur ce dipioin*^' ci-dessus, p. &âi.)

à dix pour cent\ et que vous adjustiez^ avec M. le Procureur gênerai, Juin 1667. quel fonds on peut affecter à ce payement dans ce temp&-là.

Je croy aussy que, pour donner l'exemple, M. le Chancelier, vous, M. le Procureur gênerai et moy, pourrions donner cinquante mille escus chacun, et mettre après MM. les secrétaires d'Estat, hors M. de Brienne» qui nest pas en estât de cela, les intendans, les trésoriers de TEspargne, de l'extraordinaire et des parties casuelles, les secrétaires du Conseil et d'autres personnes dans les finances, qui peuvent aysement faire ce prest au Roy, dans Tasseurance d'estre remboursez avec un înterest considérable. Je croy mesme que les trésoriers de l'Espargne pourroient donner aussy chacun cinquante miHe escus, estant, ee me semble, assez bien traictez d'ailleurs pour faire cette advancé^.

Quand on aura résolu de quelle manière on devra parler ou escrire pour demander ce secours, si l'on juge qu'il soit bon d'envoyer d'icy quelque personne exprès pour cda, on le fera. Je vous prie donc, et M. le Procureur gênerai aussy, de conférer promptement et à fond sur

' Quelque exorbitant que soit ee taux de 10 p. 0/0, même pour le milieu du XYU* siècle, où la constitution des rentes privées (foncières et mobilières) se faisait sur la base de 6 i/a p. 0/0 environ, et ou les États provinciaux et les villes empruntaient souvent à un moindre taux , il n était guère possible pour FÉtat, en raison du cours des rentes sur Yh6te\ de ville, pendant raimée 1 667 , de se procurer de rarginl à 10 p. 0/0, ainsi qu'on Ta vu ci-dessus, p. &63, note 1.

* De tous les officiers de finance , le trésorier de répargne — caissier-payeur central du Trésor, dirions-nous aujourd'hui — qm avait brevet et rang de conseiller d'État, élaît k plufl imporiant. Maxarin parie de oea fMeioBDaires au pluriel, peree que, bien qu'il n'y en eut qu'un en charge ài la

fois , ils étaient au nombre de trois , et même de quatre à cette époque, travaillant chacun pendant une année, è tom* de rAle. Ces trésoriers faisaient, pour leur compte et à leur profit, la plupart des opérations que le ministre des finances fait aujourd'hui pour le compte de l'État. Sous le nom de promesses , billets, récépissés ou rescriptions, ils émettaient des valeurs analogues k nos bons du Trésor actuel. Gomme ils n'étaient soiunîs à aucun contrôle, pendant leur gestion, ils ne se faisaient pas faute de pécher en eau trouble.

Aussi, malgré les appointements offidds ftH't modiques attachés à cette charge, environ 3,000 livres, on la voit monter à des chifires énormes et se vendre couramment 9 milSons de livres, soit 6 èi 7 mil- KêM de noira «lonnaiei.

5âO LETTRES

jain 1667. cette matière et de me mander ce que vous jugerez que Ton dom faire d'icy, qui sera exécuté à l'instant.

CGCXII.

Bibl. nat, ms. f. fr., Milangês de Colbert, t. 5i A, f* 87 v*; minute. —

Passages à chifl&«r soulignes.

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