AU COMTE CARLO BRÔ6LIA
[Guise], 3o juillet i65ô.
J'ay receu vos deux lettres du 07 juin et du 1 1 de ce mois et veu les nouvelles que vous m'avez escritea, dont je vous remercie. Vous avez bien faict de vous modérer^ dans l'occasion du chagrin que vous avoit donné la course du party d'Arras au-delà de la rivière [de la Lys] \ et il ne faut rien faire qui puisse altérer la bonne intelligence si nécessaire entre ceux qui commandent dans les places voisines les unes des autres. Vous continuerez donc, s'il vous plaist, à en uzer ainsy, et l'on verra d'accommoder la chose pour l'advenir, en sorte que la justice soit conservée à chacun*. Vous sçavez que j'ayme assez M. le comte Broglio (stc)* pour ne pas souffrir qu'il luy soit faict tort, et je sçay aussy qu'il n'aura pas de peine à se. contenter de la raison.
Je me resjouis avec vous de la gloire que vostre frère a acquise au passage du Thesin (sic). J'espère que nous aurons tousjours de meilleures nouvelles de ce costé-là, et pour ce qui est d'icy, je vous res-
^ On voit, par un billet de Mazarin à La- Yogadre, date du même jour et indiqué aux Analyses, que cMtait Lavogadre qui avait, par ses conseils, empêche le comte Caiio Broglia de s'emporter.
* La copie porte du Lise,
^ Les gouverneurs des places frontières avaient le droit de lever des contributions sur le pays ennemi dans certaines limites. Comme il parait que retendue de ces limites n'était pas bien déterminée, il en résultait de» querelles entre les gouverneurs et les
partis qu'ils envoyaient pour rançonner l'ennemi. C'est ainsi que Cario Broglia, ou le comte Caile de Broglie, se trouvait en lutte avec le corps que M. de Mondejeux, gouverneur d'Arras, avait envoyé au delà de la Lys pour lever des contributions de guerre. * Victor-Marie de Broglie, gouverneur de k Bassée, servait alors à l'armée d'Italie. 11 était frère atné du comte Carie, qui le remplaçait provisoirement dans le gouvernement de la Bassée. (Voy. sur ces deux frères le t. III , p. 1 1 &3, des LeU. de Mazarin.)
ponds de la conservation de la Bassée, non pas seulement parce que, Joâlet i655. vous y estant avec de si braves officiers, les ennemis y recevroient un affront s'ils osoient l'attaquer, mais parce que malaysement y songeront-ils, le Roy entrant en personne avec une armée de trente quatre mille hommes dans leur pays.
Aymez-moy toi^sjours et croyez que le meilleur amy que vous ayez, c'est, etc.
S^S^HB
Aff. ëtr., France, L896, f* i5o. '>- Copie du temps.-
À LA REINE
Guise, 3i juilfei i655.
Vous trouverez bon qu'auparavant de monter à cheval pour accompagner le Confident au voyage dont j'ay eu Thonneur de vous informer, je vous renouvelle les asseurances de mes tres-humbles respects, et vous dise que jamais on n'a veu une joye pareille à celle que le Cot^ dent tesmoigne. Je crois seulement qu'elle se pourroit augmenter si les ennemis nous vouloient venir au rencontre. Je vous rends grâces des essences; mais, à vous dire vray, je soupçonne qu'elles ne vous ayent pas contenté. Je le seray^ au dernier point, toute ma vie, si je^ puis vous servir une fois comme vous méritez et [comme] je suis obligé.
^amsta
Aff. étr. , France, t. 97a, f* 18, et t. 896, f* iSa; copie du temps. — Bibi. nai,
ms. f. fr., Mélanges de ùM^ert, t. 5i, f* 76; minute.
À LA REINE
Du camp de Marolles', le 3i juillet i655.
Le Confident est infatigable; il a marché toute la journée avec
* Je serai content au dernier point. — * Voy. ci-dessus, p. ai, note a.
■AXABIll. Tll. A
Jaafot i655. l'année, et ea arrivant icy pour se reposer, il est ailé voir toutes les gardes avancées du > corps que M. le mareschal de La Ferté commande, c est^Mlire bien prez d'ÀTesmes. U vient de retourner, et ce que j admîpe, cest qu il n est pas las après astre resté quinze heures à die val; mais s'il continue de la sorte, il est impossible que ceux qui le suivent paissent fournira Toute nostre espérance est qu'il se lassera à la fin.
Demain, on partira de bonne heure. Nostre armée campera* entre Emery ^ et Maubeuge et le Roy logera à l'abbaye d'Aumont', et je crois que, lundy, on prendra absolument la resolution de ce qu'il y aura à faire. L'espouvante est tousjours grande dans le pays. On n'oubliera rien pour en profiter, et vous serez informée de tout ce qui se fera.
Je vous supplie d'assister de vostre authorité Seyron pour ce que je luy escris, estant de la dernière importance qu'il le fasse sans perte de temps, pourveu qu'il y ayt escorte pour faire [conduire] le convoy en seureté à Guyse.
Je viens tout présentement de recevoir la lettre qu'il vous a pieu me faire l'honneur de m'escrire*. Le Confident l'a veue et vous est extrêmement obligé du soin que vous prenez pour tout ce qui le regarde. II vous escrit luy-mesme. Je ne vous en diray pas davantage et je finiray en vous disant que les charrettes ^ ne sont pas encore arrivées à dix heures du soir. Je vous laisse à penser si nous ferons un bon souper. Le Confident n'en faict que rire; mais ce pendant nous mourons de faim et l'affaire ira tousjours en empirant, car les officiers et valets de la maison du Roy et les miens ne s'accoustumeront pas sy tost à ce
^ Tel est bien le texte des deux manuscrits. Le sens est : prissent aontenir de fareiUes fatigues.
* Tel est le nom donné par les manuscrits. D faut lire probablement Emmerin, aujourd'hui village du royaume de Belgique.
' La petite ville d'Aumont est maintenant comprise dans la Belgique et située au sud de Charieroy.
^ On trouve h la Bibl. nat., niss. fr. f. Glairembaut, t. iii^, trois lettres autographes d*Anne d'Atririche à Mazarin, datées de la Fèi*e. Je les ai publiées dans le tome II, p. 899 et suiv. de l'Htêtaire de France sous le miuisthre de Mazarin. ESles sont datées du 1 a et du i3 août i655. Quant à celle dont parle ici Mazarin, je n*en ai découvert aucune trace.
^ Qot portaient les pnnmnnB ded'armée.
tracas. L'équipage de M* de Villeroy eat encore derrière, et l'on a haàx i655. nouvelles qu'une charrette a esté pillée. Je vous liasse à penser le l'esté et à quel point je suis, etc.
Je vous supplie de me permettre que j'asseure Monsieur de mes tres*humbles respects ^
Aff. ëtr., France, t. aya, f* 19; copie du temps. — Bibl. nal., ms. f. fr.,
Mélanges de Colbert, l. 5i, f* 76 v"; minute.
À LA REINE
De Fabbaye d'Auiiiont\ le i*' aoât i655, à dix heures du soir.
Je n'ay pas beaucoup de nouvelles à vous donner, ne s'estant rien passé digne de vous estre mandé; mais tousjours vous recevrez avec plaisir celle du bon estât de la santé du Confident, qui est ravi de joye de se voir dans l'armée et si avant dans le pays ennemy. Je vous escrivis de Marolles et j adressay ma lettre au gouverneur de Guise pour vous la faire tenir. J'en fais de mesme de celle-cy, mais j'ay grand subjet de douter quelle ne soit prise, y ayant quantité départis ennemis derrière nous. Au moins je vous escriray tous les jours, et je prendray toutes les précautions que vous recevrez mes lettres^; mais je ne puis pas respondre quîl ne s'en perde quelqu'une, et que vous les receviez sy tost comme le Confident et moy le voudrions bien ; car nous somines assez loin de la Fere, et il n'y a pas de poste. Lorsque j'auray à vous mander quelque chose bien secrète, je me serviray du chiffre que j'ay avec l'abbé Ondedei.
A présent je vous diray qu'on séjournera icy demain, où les troupes
^ Il y a toqonn dans les phrases de * Voy. einlessus, p. &6, note 3. Mazarin, qui s'adressent au firère du Roi, ' Tel est bien le texte des deux manuune ironie qai se dëguise sous des formes scrits. Le sens est : pour que vous rteme^ respectueuses. mes lettres,
Août i655.
seront fort bien, estant le meilleur et le plus fertile pays que j'aye veu , et l'on ^'assemblera pour prendre la resolution de ce que nous aurons à faire dans le temps qu'on aura des nouvelles de tous costez des ennemis. Celles que nous avons desja appris sont qu'ils marchent vei^s Mons, tousjours l'Escaut entre deux^ Il ne lient qu'au Roy d'aller à Bruxelles; mais comme cela ne serviroit qu'à donner lieu au duc Danville et au chevalier de Gramont^ d'aller voir leurs maistresses*, je crois qu'on ne fera pas ce voyage.
Les soldats, qui d'ordinaire prennent l'avant-garde pour essayer de prendre quelque chose, estant arrivez dans cette abbaye, a voient pillé ce qu'ils avoient pu, à l'exception de l'église; mais les moines n'en ressentiront aucun préjudice, le Roy ayant ordonné qu'on leur paye le double de ce qu'ils peuvent avoir perdu, et M. de Turenne est allé en personne à Maubeuge * pour garantir le collège des jésuites et des monastères de ûlles qui y sont.
J'envoye à Seyron le duplicata de ce que je luy escrivis hyer, et je vous supplie de luy ordonner qu'il ne perde pas un moment de temps pour envoyer à Guyse les choses qu'on a demandées, et d'avoir mesme la bonté de l'assister de vostre authorité pour la prompte exécution de cela.
Je suis en peine de n'avoir pas nouvelles que l'argent soit arrivé à la Fere. Cependant j'adresse à Seyron l'ordre de M. Le Telh'er au commis de l'extraordinaire* de ce qu'il aura à faire.
'^ C^est-À-dire, entre nous et eux,
* U Si été souvent question dans les Lettres de Mazarin du duc de DamviUe.
{Voy. entre autres, t. IV, p. 585, note 3.) Quant au chevalier de Gramont , il se nommait Philibert de Gramont et était frère d'Antoine III^ duc de Gramont. C'est au beaufrère de Philibert de Gramont, le comte d'Hamilton, que Ton attribue le spirituel ouvrage intitule « Les Mémoires de Gramont,
* Ce passage renferme une allusion aux intrigues de la Cour, qu'il n'est pas fiicile d'élucider. M"* de Mennevilie, une des filles
d'honneur de la Reine, passait poiu: la maltresse du duc Damville, qui lui avait fait une promesse formelle de mariage. Quant à la maîtresse du chevalier de Gramont, c'était, «i Ton en «roit TaUemant des Réaux, Gillonne d'Harcourt^ marquise de Piennes.
Comment M"* de Mennevilie et Gillonne d'Harcourt se ti*ouvaient-elles à Bruxelles? C'est le point obscur.
* Maubeuge faisait partie , à cette époque , des Pays-Bas espagnols.
^ Des dépenses extraordinaires de hi guen'e.
Le Confident m'a commandé de vous asseurer de son amitié et de vous dire que sa joye seroit complète s'il avoit l'honneur d'estre auprez de vous, icy^ II faict aussy ses recommandations à Monsieur, de qui je seray tousjours le plus passionné et le plus partial de ses serviteurs , et à vostre esgard le mesme *.
xxni.
Bibl. nat, ma. f. fr.. Mélanges de Coïbert, t. 5i, f* 76. — Minute.
À LA REINE
De Tabbaye d*Aumont, a août i655, à dix heures du soir.
Le Confident vous escrit la lettre cy-jointe, et vous devez estre asseurée que l'absence ne diminue en rien la parfaicle amitié qu'il a pour vous. Il vous donne des nouvelles; mais je ne laissera y pas de vous dire que l'armée marchera demain pour camper à trois lieues d'icy bien près de Thuim*, qui est un lieu appartenant à l'électeur de Cologne, comme evesque de Liège*. On a depesché le marquis de Gastelnau ^ avec cinq mille hommes environ et deux pièces de batterie pour s'approcher de Namur et prendre quelque poste sur la Meuse, et, comme il est impossible que cela n'oblige les ennemis à faire quelque mouvement, je ne doute point qu'ils ne nous donnent lieu d'en profiter d'une façon ou d'autre; mais au moment que je [me resjouis]* de cette resolution, espérant qu'elle produira quelque advantage considérable, je suis en peine de voir que le Confident s'es-
^ Le sens est : s'ilpowait vous avoir ici auprès de bti,
' Thuim ou Thuîn est anjourdliui une petite ville du royaume de Bdgique, sur la Sambre, au sud-ouest de Gharleroy.
' L*archevéque de Cologne ëtail , comme on Ta dé^à dit, Maximilien-Henri de Bavière, au en i65o, mort en 1688.
^ Jacques, marquis de Gastelnau, maréchal de camp en i6/j5, lieutenant général en i65o, fut nommé maréchal de France en i658, au moment où il venait d'être atteint d'une blessure, à laquelle il succomba.
' Ces deux mots sont difficiles à déchiffrer et la lecture est douteuse.
Août 1&55. loigne dé plus .en plus du iieu oà vous estes. Vous devez pourtant avoir Tesprit en repos, prenant à son esgard tous les soins que je dois, et voyant avec grand plaisir que, quoiqu'il S'Osloigne, il est toue^urs près de vous.
En achevant ce biliet, je reçois le vostre daté du premier aoust. Demain j'y feray respouse, et ce pendant je demeure * et tres-hund)le serviteur de Monsieur.
Aff. ëlr., France, t. aya, T ao, et t. 896, f* i55; copie du temps. — Bibi. nat.,
ms. f. fir., Mélanges de Colhert, t. 5i, T 76; minute.
À LA REINE
Du camp de Jamont*, en Hainaut, le 3 août i655, à dix heares du soir*.
Il n y a rien au monde de si tendre que ce qu il vous a pieu de m'escrire à l'esgard du Confident y lequel, ayant leu vostre lettre, m'a tesmoigné estre ravy de toutes les marques que vous luy donnez de vostre amitié, et estant présent lorsque je vous eseris, il m'a corn* mandé de vous asseurer que la sienne ne vous manquera jamais. Pour moy, je suis bien persuadé que, vostre C(n^deni estant esloigné, vous ne prenez pas grand plaisir à tout ce que l'on peut faire de plus divertissant au lieu oi!i vous estes, et le Conjid^nt le croit de la bonne manière. Il se porte fort bien, il se promené continuellement, mais M. de Turenne raccompagne tousjours; et je prends le soin que je dois, afin que vous ayez l'esprit en repos. Ce matiB M. de La Ferté lui a doimé à disner dans un fort beau jardin qui s'est trouvé sur le chemin.
Demain nous séjournerons icy, estant nécessaire d'avoir nouvelles de M. de Gastelnau et de l'effect que sa marche Aura faict à l'esgard des ennemis, qui sont tous assemblez aux environs de nocie, derrière
^ Jumont ou Jeumont, aujomxl'hui vilie farouveoi que dans la ttioxile; il en est de du royaume de Belgique. même pour Tindicatioai de Theure dans les
^ Les mots à dix hewes du soir ^e se deux lettres précédentes.
ai
la rivière d^Ayne ^ A Tinstant que Ton prendra la dernière resolution A«ét t665 da dessein anqael on s attachera, vous en serez informée. En cas que M. le duc de Mantoue arrive sy tost que Ton dict à Paris, je croy qu'il sera à propos que M. de Brienne escrive de la pari du Roy à M. de Moptemart^ de. le visiter de. la part de Sa M^ et luy dire qu'il sçaura au premier jour le lieu où Sa M^ le pourra recevoir; mais* il sera bon que ledict marquis concerte auparavant avec M°^ la Princesse palatine ce quil aura à dire au surplus. Je ne. croîs pas mieux vous asseurer de mes respects qu en vous disant #.
* Addition^ du à tumst î655f à dix heures dumatm^.
Il y a tant de partis des ennemis derrière Tarmée , qu'estant nécessaire d'en destacher un bien fort pour envoyer ce billet à Landrecy pour le faire passer à Guyse, il a esté impossible de le faire partir sy tost que j'aurois souhaité. Je n'ay rien à adjouster à ce que je vous escrivis hyer au soir, si ce n'est que le régiment du marquis de Renei^ a esté battu aux bameres de la porte de Thuyn , après avoir rendu un bon combat; mai» parce qu'il estoît* chargé par cinq cens chevaux, il luy a esté impossible de résister. Les ennemis pourtant n'ont eu ^ que trois officiers prisonniers; et Talon'' et Jacquier*, qui estoient allez pour faire: travailler au pain dans ledict lieu, sont en seureté^.
^ Tel est le texte des deux maniMcriiB. H faat lire la rivière de Haisne. Les enaeoiis s^ëtaient, comme on Ta vu ci-dessus, rapprodftfs de f Escaut, dont la Haisne est un aflueot.
* Gabriel de Rochecbouart, marquis de Mortemart, était premier gentilhomme de la chambre du Roi depuis 1 63 o; il Ait reçu da& et pair eniôôS et moamt le 96 dëoembre 1675, à sobuinte^eiiiq ans.
' G^tie additûm forme une lettre sëparée dans le tome 896, fol. 1 55, des Affaires ârangàMS, Frwee^ La Gn de ïmddkhn manqns^daBS la minaie.
* Les mots à dix keures du tuaUn ne sont que dans la minute.
^ Cienadus de Qermont d*Amboise, marquis de Renel, nomme maréchal de camp en 1669, fut tué en t656 au siège de Valenciennes.
* Le sens est : n'ont fait prisonniers que trois officiers,
' Philippe Talcm, intendant de Tarmëe.
* Jacquier était chargé de la fourniture des vivres.
* Voy. sur ce combat les Mémoires de Bussy^Rabutin (édit. Lud. Lalanne, t. I, p^'isS).
Aoûi i655. Nous n avons pas de nouvelles de Gastelnau, et Ton a destaché ce matin k marquis d'HuxellesS avec quatre mille hommes effectifs, pour se donner la main avec Gastelnau et prendre garde à tous les passages de la Sambre.
Le Confident a voulu coucher à sa tente; mais Forage de la nuit passée Ta obligé, au grand contentement de tout le monde, à changer de dessein pour ce soir, m'ayant promis de coucher au chasteau. Il se porte fort bi^n, et m'a commandé encore de vous faire compliment. Pour les miens (mes compliments), ils ne seront autres que les accoustumez de*.
Aff. ëtr., France, t. 97s, f* aa. — Copie du temps.
k LA REINE.
pu camp de ta Ba»iè^e^ le 6 août i655.
Mazarin, après avoir constate qu'aucune lettre de sa correspondance avec la Reine ne s'est égarée, lui parie du Roi et de la joie qu il aurait de la revoir. Il teranine ainsi :
M. de Gastelnau a pris Bouvines par force; il mande que ce n'est pas un poste qui se puisse accommoder en sorte qu'il soit aysé de le conserver. Les ennemis ont destaché un corps pour la seureté de Namur et ont marché pour s'approcher de la Samhre, et j'ay tousjours creu qu'ils en useroient ainsy; mais quoyquils nous approchent, je vous responds que ce n'est pas pour nous combattre et qu'ils ne se mettront pas en estât qu'on le puisse faire ; car la partie ne seroit pas
* Louis Ghâlon du Blë, marquis d'Hu- la Sambre à la Busdère au mois d*aoàt, xdles ou Uxelles, maréchal de camp en à^afr^les Mémoireide Bus9y-Rabutin{tA^ i6/i3, lieutenant général en i65o, mort p. âSa, édit L. Lalanne). Bussy servait, le i3 aoàt i658. comme on Ta dit, dans Tarmée royale, et
* Aujourd'hui, localité du royaume de fl raconte en détail dans ses Mémoires les Belgique. Une partie de Tarmée avait passé événements principaux de cette campagne.
esgale. Vous serez informée, à point nommé, de la resolution que Ton Aoât i655. prendra, et je ne manqueray pas de vous escrire tous les jours, espe* rant que je pourray envoyer jusques à nostre retour de très-bonnes nouvelles de la santé du Confident. II me mande de vous dire de sa part que l'amitié qu il a pour vous est au dernier point, et qu'il en a beaucoup pour le présomptif S et en mon particulier je suis sans reserve entièrement à vous *.
Aff. élr., France, t aya, f* 27. — Copie du temps.
A LA REINE
Du camp de Maubenge, 10 août i655.
(bxtbait.)
Tout présentement quatre cavaliers de Guyse^ me viennent de rendre vostre lettre. Le Confident et moy l'avons leue ensemble, et il m'a advoué qu'il n'y a rien d'esgal à la complaisance qu'il vous plaist d'avoir pour luy. Il vous est sensiblement obligé et tombe fort d'accord qu'il faut s'approcher afin de vous pouvoir rendre souvent des visites et demeurer encore quelque temps à l'armée, particulièrement si elle entreprend quelque chose, comme on est résolu qu'elle fasse. Gourville ^, que je pretendois faire partir demain, ne partira que de Bavay*, où l'armée campera demain, et vous sçaurez par luy la dernière resolution qui aura été prise, cela dépendant beaucoup du mouvement
^ L'hëritier présomptif, Philippe de France, frère du Roi.
* La Reine ëtait, comme on l'a dit, à la Fera; elle envoyait ses lettres à Guise, et Bridieu, gouverneur de cette ville, les faisait transmettre à Mazarin par des cavatiers de sa garnison.
' Jean Hërauit de GourviUe, nëen 1 635 ,
HAIABlIf. — VII.
mort en fjoS, Il a laissé de curieux mémoires qui font partie de toutes les collections de Mémoires relattfê à l'his^re 4e France»
* Aujourd'hui, vOle du département du Nord, dans l'arrondissement d'Avesnes. Cette ville faisait alors partie des Pays-Bas espagnols.
Aoàt i6S5. que les ennemis feront demain que nous approcherons d'eux, et j'ose vous dire à l'advance que, d'une façon ou d'autre, je crois que le Confident vous pourra voir dans cinq ou six jours. Ce pendant je suis en grande contestation avec luy; car il vou droit faire quelque chose à laquelle je ne puis en aucune manière consentir^ estant contraire à sa dignité, à son service et à sa seureté, et j'espère qu'à la fin il se laissera persuader à la raison.
xxvn.
Aff. ëtr., France, t. 896, f* 169. — Copie du temps.
À LA REINE
Da camp de Bavay, le 11 août i655, à dix heares du soir.
Il n'y a rien de si obligeant que ce que vous m'avez faict l'honneur de m'escrire dans vostre lettre du 9 ; ce que je vous puis dire avec la dernière sincérité [est] que, si ma teste peut produire quelque chose qui vous soit advantageuse et qu'elle satisfasse en partie à tant d'obii* gâtions que je vous ay, je seray le plus content homme du monde. Je ne suis pas encore guery; mais je me porte beaucoup mieux, et M. Valot^ me faict espérer que, dans deux jours, je seray tout-à-£aiict délivré de ce mal qui m'a donné de la joye, puisqu'il me faict ressentir si advantageusement pour moy les effects de vostre bienveillance.
Le Confident vous remercie de tout ce qui est contenu en vostre lettre, qui le regarde, et il m'a permis de vous asseurer que, d'une façon ou d'autre, il aura le bien de vous voir bientost et de vous dire luy-mesme les sentimens de tendresse et d'amitié qu'il a pour moy ', et avec beaucoup de raison ; car asseurement vous n'avez pas oublié
' On voit, par la suite de la correspon- ' Tel est le texie de la eopie; mais,
danee de Mazarin avec la Reine , que le Roi diaprés la suite de la phrase, il semble qu^il
voulait accompagner Tarmëe au passage de faudrait pour vmu, puisque Masmn y dit TEseaut et <{ue Maiarin 8*y opposait. que la Reine n'a rien oublié pour oUiger
* Premier médecin du Roi son fils à l'aimer de UnU son aeur.
jusques aux moindres petites choses poor 1 obliger à vous aymar de Août 16&6. tout son cœur et plus qfue toutes choses du monde.
Demain partira GourvilleS et^ vous portera les nouvelles. La Mer (Mazarin) auroit souhaité dt faire ce voyage, mais je luy ay dict qu'il falloit qu elle se conteutast d'attendre encore un peu.
Aff. ëlr., France, t. aya, f" a8 et 39. — * Copie du temps.
k LA REINE.
Du camp de Bavay« le il août i655.
Après avoir parle de sa santë qui est meilleure et avoir remercie la Reine, au nom du Roi, des sentiments qu^elle témoigne à son fils, Mazarin ajoute :
Vous apprendrez par Gourville, qui vous rendra ce pacquet, la resolution qui a esté prise, la nuit passée, différente en beaucoup de choses de celle qu'on avoit estimée la meilleure, il y a quatre jours. J ay obtenu du Roy, et non pas sans grande contestation , que Sa M^ demeureroit au Qnesnoy durant celte exécution', qui sera faicte ou faillie ^ dans deux ou trois jours. Je ne sçay qud succez aura nostre dessein^; mais je sçay bien que nous allons à gaigner beaucoup sans rien bazarder.
Les ennemis ont marché la nuit passée et se sont postez à Saint- Guillain^ et Gondé. Je vous asseure que, quelque resolution qu'ils prennent , ils seront tousjours plus embarrassez que nous ne sommes.
* Voy. ci-dessus, p. 33, la note 3 sur Jean Hérault de Gourville.
' La copie porte bien et; qui scahienii prëfâ^ble et pins dans les habitudes du style de Mazarin.
' Le passage de TEscaut. D'après les àUmoiret de tkag-Bahain, Tarmëe royale avait déjà franchi la Sambre à la Buflâère
(aujourd'hui Boussière-lèz-Hautmont), à Sors et à Jumont, ou Jeumont
* Manquée.
* D s^agissait d'entreprendre ensuite les siè^ de Saint<juiilaia et de Gondé.
* Mazarin écrit Samt-Ghétin. Saint<>6QiU lain ou Saint-Guislain est maint^ant compris dans le royaume de Bdgique.
Août i655. J avois songé qae le Confident vous pourrait faire une visite durant le temps de cette exécution; mais j'ay changé d'advis, car ce petit voyage feroit un mauvais effect à l'esgard de nostre armée qui le verroit retirer S et des ennemys qui en prendroîent courage ; mais je prétends qu'il vous visite , à quelque prix que ce soit, dans fort peu de ♦ jours. 11 vous escrit ce pendant, et vous devez croire que vous n'avez pas meilleur amy que luy et que vous en serez tres-satisfaite lorsque vous le verrez.
Lorsque je voulois finir cette lettre, on me vient de rendre la vostre du 10, et je ne sçay comment elle a pu arriver sy tost. Il faut que ces cavaliers de Guyse soient des sorciers^, ou que les beaux presens que vous leur faictes les obligent à faire des diligences toutes («te) extraordinaires.
Aff. élr., France, t. 898 , P a45. — Copie du temps.