AK DUC DE VENDÔME
Du camp de Bavay, le 19 août i655.
J'ay esté un peu surpris de voir, par vostre dernière du a 6 juillet, que vous ayez advancé cinquante mille livres pour achever de mettre l'armée navale en estât; car, suivant le calcul que nous avions faict avec le sieur Chapelain mesme ^ lorsqu'on vous renvoya le sieur de FouillouxS ce qui provenait des diminutions faictes sur les bruslots, sur les vivres de l'escadre de Ponant et autres semblables despenses
' Qui verrait le Roi s'ëloigner. le texte complet de cette lettre de la Reine
' I^ Reine, répondant à Mazarin, le dansle tome II, p. &o a et 8uiv.,derfftf foire
t3 août, reprend ce mot. «Je suis bien de France sùus k minisûre de Mazarin.
aise, ëcrit-elle, que les cavoUers de Guyse ^ Ce Chapelain était secrétaire général
s'acquittent si bien de leurs voyages; je de la marine.
crois que j'ay trouvé le charme qu'il faut * Enseigne de la compagnie des gardes
pour les prendre pour sorciers.n J'ai publié du corps de la Reine.
spécifiées en détail dans ma depesche de ce temps- là» joint au rempla- Août i655. cément de la poudre fournie au sieur ColI>ert^ à celuy des sommes diverties du fonds de iarmemenl pour payer des gages d'officiers, au revenant bon de la conduite^ des Ponantois et aux cinquante mille livres que je vous envoyay par le dict sieur de Fouilloux, tout cela, disr-je, mis ensemble faisoit le supplément nécessaire pour achever Tarmement, de sorte que^ sy on venoit à y joindre encore les cinquante mille livres que vous mandez avoir advancées et le retranchement d'un mois de victuailles à tous les vaisseaux , il se trouveroit qu'au lieu du mesnage et de l'espargne qu'on esperoit voir faire de delà, au retour dudict sieur Pouilleux ', par le moyen des munitions qu'on avoit indiquées d'icy, il seroit, au contraire, arrivé que la despense avoit tout à coup esté augmentée d'une somme excessive, comme celle de cinquante mille livres et du fonds dudict mois de vivres. Aussy ne puis-je croire autre chose, sinon que ce qu'on veut dire par cette advance est que, les premières cinquante mille livres que j'ay faict fournir estant consommées , vous avez faict l'advance des secondes cinquante raille livres, afin de remplacer là-dessus tes quarante mille livres diverties du fonds de l'armement, et, cela estant, il n'y a nulle difficulté à cette affaire, veu que lesdictes secondes cinquante mille livres seront payées ponctuellement dans le temps que je vous^ay promis, et mesme, s'il a fallu advancer, outre cela, quelque petite somme pour faire sortir l'armée [navale], je ne disconviens pas de vous en payer. 11 me faudroit un peu plus de commodité et de repos que l'on n'en a dans une armée qui marche en pays ennemy pour vous> entretenir plus au long. Vous agreeres^ donc, s'il vous plaist, que je finisse icy, me remettant neantmoins à ce que j'escris touchant l'ambassade du sieur Chapelain.
' Charles Golbert, firère de J.-B. Golbert, ' Ce mot est écrit tantAt Fouilkux, tan-
était alors intendant de Toulon. tAt FouUloux, La dernière forme est cdie
* Ce mot a, ici, le sens d'escorte. qui est gjénéralement adoptée.
Ao6t i656. Il
Aff. étr. , France, t. 973 , f* 3o. — Copie du temps.
À LA REINE
Du Qucsnoy, i3 août i655.
Je vieDs de recevoir tout présentement vostre lettre du i ^ , avec ie présent pour le Cot^dmt^^ lequel, pourtant, ne le recevra que de* main, l'ayant supplié de se coucher, comme il a faict, pour reparer l'incommodité delà nuit passée, qu'il a esté obligé de passer la plus grande partie à cheval, aCn de se rendre icy de bonne heure et donner lieu à M. de Turenne de s'advancer diligemment au lieu où avoit esté résolu de passer l'Escaut^ et seconder M. de La Ferté, en cas qu'il y rencontrast plus de difficulté qu il n'a pas (m) faict; car nous venons d'avoir de ses nouvelles, qui sont telles qu'on pouvoit soubai* ter, ayant forcé le passage sans perdre un seul homme et mis en fuite tout ce qui y estoit des ennemis pour le défendre, sans qu'ils ayent faict aucune descharge, telle a esté l'espou vante qu'ils ont prise de voir aller hardiment à eux, à la nage, les dragons de M. de La Ferté et ma compagnie de chevaux légers qui marchoit à la teste de l'armée et avoit mis pied à terre pour se signaler en cette occasion. Les ennemis ont laissé de leurs tentes et de leurs bardes dans le retranchement qu'ils gardoient pour se sauver avec plus de diligence.
Nous verrons la suite de ce passage, qu'il y a lieu d'espérer heureuse. Vous serez informée de tout, et sçaurez ce pendant que le Con- Jident est un peu triste d'avoir quitté l'armée, quoy que ce ne sera pas pour longtemps. J'admire que vous sçachiez si bien régler vos passions, que, lorsque vous en avez une très-grande pour le retour de
' On voit, par les lettres de la Reine, que dovic Lalanne), Tarmëe de Turenne passa
ce présent consistait en une botte de coraiL TEscaut sur quatre ponts, à un endroit
* D'après les Mémoires de Bussy-Rabuùn nomme La Neuville, dans la nuit du 1 3 au
(tome I*', p. &33, de Tëdifion de Lu- i& août
vostre Confident, vous la soumettez de si bonne grâce à celle que vous AoAt i655. avez pour ladvantage de ses affaires S jugeant avec beaucoup de raison que rien n*y contribue plus, dans la conjoncture présente, que d'estre en personne dans le pays ennemy; et pour moy^ je crois que Dieu permettra que nous ayons quelque succez considérable, afin de rendre, par ce moyen, plus prompte la conclusion de la paix, sçachant bien que les cœurs du Roy et de la Reyne y sont portez de la bonne manière, et que ce meschant Cardinal, qui ne se plaist quà faire respandre le sang humain et qui ne peut subsister que dans les révolutions et dans la guerre, sera, à la (in, contraint de céder aux volontez de Leurs Majestez.
Je verray les advis qu il vous a pieu de m'envoyer en cbiffi-e , mais je vous rends tres-humbles grâces de ce que vous avez bien voulu m'en escrire en substance. Je persiste pourtant dans la pensée que le Confident vous rende bientost une visite^ et il faut aussy qu'il voye M. de Mantoue^. Vous avez bien faict de luy renvoyer le gentilhomme, et j'auray le smn d'adresser à l'Ondedei la lettre qu'il a escrite au Roy.
J'ay nouvelles, de Guyse, que Gourville en estoit party ce matin. C'est pourquoy je ne doute pas qu'il n'ayt eu l'honneur de vous entre^ tenir de bonne heure. C'est tout ce que j'ay à vous dire pour cette fois. Je suis tres-bumbie serviteur de Monsieur et le vostre au dernier point *.
^ Ce passage de la lettre de Maxarin ré- ' Loret(Voy. sa Aftu^^iûAwiijw»» lettre du
pond h ce que lui écrivait la Reine, en date ih août i6SS) mentionne le séjour du duc
du i3 août-: rrj'ayme mieux ce qui est de de Mantoue à Paiis; il était logé à Thôtd
sa gloire et de son service que mon conten- de Longueville, sitii^i à cette époque rue
tement particulier. « du Petit-Bourhen , on face du Louvre.
Août i665.
Aff. ëtr., France, t 896, f* a56. — Original signe.
A M. DE BRIËNNE.
Du Quesnoy, i& aodt i655.
( IITRIIT.)
L'esclailcissement que je désire de mondict sieur de Vendosme , touchant la conduite qu'il devra tenir à la mer, ne peut regarder que ce qu'il aura à faire, en cas qu'il rencontre la Qotte de Black seule ^; car, estant jointe à celle d'Espagne, elle seroit trop supérieure à celle du Roy pour hésiter à se retirer, et en cas qu'il trouvast à l'escart quelques vaisseaux espagnols mezlez avec des Anglois, que le mauvais temps, ou autrement, eust séparez du gros de leurs Sottes, il n'y auroit pas à mettre en doute qu'il ne dust charger les Espagnols et ceux qui les voudroient assister, si tant est qu'il fiist le plus fort, comme je le présuppose ; mais il n'y a pas d'apparence que les Espagnols et les Anglois se joignent, veu que Black a embarqué à Cadis (Cadix) tous les Anglois qui y estoient et le consul mesme de la nation, de peur de représailles dont on auroit voulu user en Espagne quand on y sçauroit les nouvelles de ce que la Qotte de Penn a faict aux Indes ^.
Il ne reste donc qu'à régler ce que M. de Vendosme doit faire en cas de rencontre de l'armée navale, que commande Black, seule, et l'intention de Sa M^^ est qu'il ne commence pas la querelle et ne se rende pas l'agresseur; mais qu'il se deffende vigoureusement et ne les espargne pas, s'ils ozent l'attaquer. Vous lui escrirez donc, s'il vous plaisleu cette conformité; et comme j'espère que, dans peu de jours, nous serons de retour à la Fere, je remets alors à vous parler de
^ On voit par cette lettre qu'au moment * Aux Indes occidentales, ou Âmërique.
même où Ton n^ociait les articles du traite Penn s*ëtoit empare de la Jamaïque (i655),
de Westminster, on se tenait toujours prêt après avoir ëchouë à Tattaque de Saint-
à combattre les Anglais. Domingue.
toutes les autres choses contenues dans vos depesches, et je me con- Août i655. tente dadjouster icy que je suis, etc.
Post-êcriptum autographe,
M. Le Tellier ma parlé des diverses autres choses de vostre part, et je me remets à ce qu il vous en mandera, vous priant seulement d'estre asseuré de mon amitié et de me croire , etc.
AIT. ëtr., France, t. 97a, f" 3i. — Copie du temps.
À LÀ REINE
Du Quesnoy, i h août 1 655.
J ai receu en raesnie temps vos deux lettres datées du 1 3 ^ et je ne m'estonne plus de la diligence des cavaliers de Guyse, voyant ^ par la letti*e du comte de Nogent^, les bons traitemens que vous leur faictes; ils sont extraordinaires, mais fort bien employez. Je crains seulement quils ne se plaignent de moy, que je ne leur fais pas de si grandes liberalitez.
Le Confdmi m'a assisté à la leicture de vos lettres et a esté ravy de tout ce que vous mandez à son advantage. Je vous puis respondre que l'absence ne diminue en rien l'amitié, et je suis bien trompé si, en toute vostre vie, vous avez le moindre sujet de vous en plaindre; car il est aisé de cognoistre qu'il vous aime plus que toutes les choses du monde. Il a grande impatience de retourner à l'armée; mais il m'a promis que, deux jours aprez, il vous ira visiter. Demain, il fera ses dévotions, et comme, partout où nous allons, il y a grand sujet d'exercer la charité, et particulièrement en ce lieu, oit il y a beaucoup de reli-
* J'ai publie ces deux lettres dans VHU' * Voy. cette lettre de Nogent dans le
tme de France sous k ministère de Mazarm, même ouvrage, p. &i3 et suiv., et la note t. II, p. Aoi et suiv. sur Nogent, ci-dessous, p. As, note 6.
MAXAIIH. — TU. 6
MPRimiriS lATIOlkLI.
ai
Aoât i655. gieux et religieuses qui meurent de faim, le ùmfideni ne perd aucune occasion de faire des aumosnes , et j exécute avec plaisir tous les ordres qu'il m'en donne.
Nous attendons avec impatience des nouvelles de l'armée. Il est certain que, la nuit passée, elle a esté delà l'Escaut, et que par les coups de canon qu'on a tiré de Valenciennes ^ depuis midy, nous croyons qu'elle a passé à la veue de cette place ; mesme un prestre de cette ville, qui est parti de Valenciennes à quatre heures, nous asseure que l'armée ennemie, qui s'estoit commencé à retrancher devant ladicte place , avoit quitté avec quelque confusion ^. Nous en sçaurons bientost la vérité, et je prie Dieu qu'elle soit telle qui' vous donne du contentement, et vous devez estre bien asseurée que je ne vous la retarderay pas d'un moment.
Le Roy faict response à M. de Mantoue et luy envoyé M. de CrequyS qui la luy présentera. Sur quoy, je me remets à [luy] et à ce que j'escris à l'Ondedei.
Ce pendant je fais partir celle^y par les cavaliers de Guyse, afin que vous la receviez demain de bonne heure , et M. de Crequy portera toutes les autres lettres. Le Cov^deni est embrassé continuellement de vostre part, et il est entièrement à vous. Il faict ses recommandations au présomptifs, de qui je suis tres-humbie serviteur. La lettre du comte de Nogent^ a esté très bien receue, et je suis tousjours, etc. .
* L'armée eqiagnole avait occupe cm camp retranche sous les murs de Vcienciennes; mais die l'abandomia à rapproche des Français. (Voy. mon Histoire de France wu$ le ministère de Mazarin, t. II, p. 999.)
' La oonfiiaion fut tdie qne, sans la négligence du lieutenant général de Gastelnau, Tannée enneuiie aurait éprouvé de grandes pertes. (CL les Mémoires du duc J^Tork, p. 590, édit. Michaud et Poujoulat.)
^ La copie porte bien qui, au lieu de qu'dh.
^ Gbaries de Blanchefort de Bonne, mort en 1687.
• A niilippe de France, héritier présomptif de la couronne.
* Armand Baatru, comte de Nogent, était un des courtisans renommés pour leur esprit enjoué. Il fut tué an passage du Rhin (qq juin 167a).
XXXUL Aff. ëtr., France, t. 896, f* 1 85. — Cofàa du temps.
Do QiMsaoy, i4 aoât i655.
(bitrait.)
Après avoir entretenu le Pracureur géaënl de questions financières, Mazarin lui parle des ressources que peuvent fournir les États provinciaux:
Le Roy est résolu de pousser l'affaire de Bourgogne ^ M. Le Tellier escrit, de la part de SaM^^ à M. le Chancelier de tenir une assemblée , dans laquelle vous verrez ensemble ce qu'il sera à propos de faire làdessus. Apres cela, son inteatitm est quon exécute sans delay la resolution qui sera ainsy prise , et prenez garde seulement à ne vous pas relascher; car vous estes asseuré que d'icy Ton vous soustiendra juscpi» au bout.
Si vous jugez qu il soit mieux de tenir les Ëstats [de Languedoc] en quelque autre lien qu'à Narbonne, où ils sont convocquez, Sa M^ don* nera volontiers les mains à ce changement, et l'on a fisict convocquer, au 3 5 du mois d'octobre, l'assemblée générale du clergé, exprez afin que M. l'archevesque de Narbonne^, qui est député et qui en sera le presidefit, puisse servir le Roy auidicts Estats.
Addition de la main de Son Éminenoe ^
Après avoir exprimé le regret que lui a causé rimpertinenoe de llioninM chai^gé de réclamer une somnœ due à Fabert» Mazarin continue ainsi :
Je suis persuadé qu'il y a encore plus de difficulté que vous ne me dictes à trouver de l'argent en cette saison; mais, nonobstant cela, il
^ On voulait obtenir des États de Bout- deRebë,dontilaëtéque8(ioii, t.IV,p. &6, gogne une somme {dus considérable que note 3, des Lettrée de Mazarm, «die qn*ils avaient votée. ' dette addition se tnMve au folio 186
* L'archevêque de Narboone était Glande du mène manuscrit
Août i655. est impossible de s'en passer et, sans exagération, tout demeureroit, si on ne peut faire estât de ce que vous devez de reste du quartier d'hyver, d'icy au quinze de septembre. Je vous jure que j'ay faict advancer tout ce que j'avois et que j ay pu trouver. M. Le Teliier a faict fournir, ou de son argent, ou de ses amis, plus de deux cent mille livres, et, en mon particulier, j'ay praticqué tous les moyens imaginables jusques à boursiller^ dans la Cour, M. de Crequy m ayant preste, entre autres, deux mille louis d'or, que je serois bien ayse qu'on luy rendist, s'il estoit possible, à son arrivée à Paris. J'espère que, de l'affaire de Bretagne, vous pourrez tirer promptement une bonne somme. Sy on pou voit payer le régiment des gardes suisses, on feroit un grand mesnage; car ces compagnies, qu'on paye à prez de deux cens hommes, n'en ont pas cent effectifs.
Je vous suis fort obligé des advis que vous m'envoyez, et ayez l'esprit en repos que personne, sans exception, n'en aura cognoissance ny ne les verra. Vous me ferez grand plaisir de m'envoyer les factum en latin, auxquels vous faictes travailler. Du surplus, il n'y a rien de sy certain que ce que contiennent les dicts avis, c'est-à-dire que le cardinal de Retz parle à Rome et escrit à ses amis en France, ainsy qu'on vous mande; mais jamais [il] n'a tenu au Pape ces discours qu'il rapporte, ny le Pape [ne] luy a faict les responses qu'il dict, et vous verrez bientost ces inventaires [sic) ^ et tous les artifices dont il se se sert afin de conserver un peu de crédit, descouverts avec beaucoup de confusion pour luy.
J'ay faict escrire à M. le Prévost des marchands de vous aller voir pour vous informer de tout ce [qui a esté trouvé, et]* La Bachelerie* vous fera sçavoir aussy quelque chose d'assez précis et important; car c'est de vous de quy le Roy attend que le tout soit mis en ordre. Sur
^ Ce mol est pris ici d^ns le sens de et le copiste a évidemment sliéré le texte.
tirer de V argent de la bourse des autres. J'ai cherche à le rétablir, en indiquant par
* Dans le sens dUnventions, des [ ] ce qui a ët^ change.
^ La copie porte : tout ce qu'il a trouvé ^ On a vu que La Bachellerie ëtait gou-
à la bachelerie. Cette [)hrase n'a aucun sens, vemeur de ia Bastille.
DU CARDINAL MAZARIN. àb
quoy je me remets à ce que M. Le Tellier vous mande. Pour les nou- Août i655. velles, je me remets à ce que je mande à M. l'abbé Fouquet, et je demeure, etc.
Aff. ëtr., France, t. 896, f* 197. — Copie du temps.
À LA REINE
Du Quesnoy, i5 août i655 '.
C'est moy que je dois (sic) appréhender de vous importuner avec mes lettres; mais comme elles vous apportent tousjours des nouvelles du ConJOenty j'espère que vous n'estes pas faschée de les recevoir. Je vous ay escrit depuis hyer au soir deux fois^ : la première, par des cavaliers de Guyse, comme je fais à présent, etl'autreparM. deCrequy.
Je vous envoyé la copie d'une lettre que M. de Turenne m'a escrite, à l'instant que je la reçois, et je m'asseure qu'elle ne tous desplaira pas, puisque vous y verrez les ennemis retirez en grande^ diligence et avec quelque confusion, et que malaysement [ils] pouvoient se résoudre à défendre la rivière*, et peut-estre qu'ils seront aussy contraints d'abandonner Coudé. Sans vanité, je vous puis dire que la chose est réussie , comme je l'avois prédite.
Je m'en vas présentement estre bien tourmenté du Confident pour rejoindre l'armée ; mais cela ne se peut que nous n'ayons d'autres nouvelles de MM. les généraux. Nous commençons à mourir de faim. Je me suis recommandé à Seyron de nous prester quelque chose ; car je vous asseure sans exagération que nous manquons de tout.
^ Première lettre du 16 août i655. La Nous n'en avon^ pasi^etrouvë d'autre adres-
seconde est datée de minuit. sée à la Reine et AviXèe du 1 /i aoûi
* Voy. ci-dessus, p. &t, une lettre du ' L'Escaut. (Voy. sur le passage de TE»-
i& août envoyée par les cavaliers de Guise. caut la lettre suivante.)
i6 LETTRES
Ao&t i655. ■
Aff. ëlr., France, t. 973, f* 33. — Copie du temps.
k LA REINE.
Du QuesDoy, i5 aoât, à minuit (kztbait.)
Arrivant présentement M. du Passage ^ depesché de MM. de Turenne et de La Ferté, je suis obligé de vous dire que les nouvelles qu'il porte au Roy sont que lés ennemis nont pas [disputé]^ le passage de TEscaut du costé de Tournây, s'estant retirez, la nuit passée, en diligenee et sans bruit, laissant seulement dans Gondé huit cens à neuf cens hommes, à ce qu'on a pu juger, de façon que MM. les generanx, ayant faict plusieurs ponts sur ladicte rivière , à gauche et à droit (sic) de Condé, l'ont passée; et le premier^ a formé le siège de Gondé, et l'autre^ s'en est allé, sans peindre un moment de temps, pour attaquer Saint-Guiliain, espérant d'en avoir meilleur marché pendant que les ennemis sont en confusion , qu'ils ont leurs forces séparées et qu'on ne leur donne pas le temps de se redognoistre ^ M. le Prince a couru grand risque à un deGlé, poursuivi par M. de Gasteinau, lequel, s'il eust eu seulement cent mousquetaires, auroàt, à ce qu'on m'a dict, empesché sans doute M. le Prince de se sauver *•
^ Âimard de Poisieiix, marquis du Pa6- poar prendre cette place, après que la vâle
nge* (V^. )d tome II, p. ^07, de* LetUm de Condé fie fut readen» dé Mazarm.) * Tel fut le bniit rëpandu par Gasiekaa
* La copie porte depesehé. Mais le sens pour excuser la faute que lui reproche le exige disputé, qui se trouve dans la lettre duc dTYorlL dans ses Mémoires (voy. ci-dessuivante adressée à Tabbë Fouquet sus, p. &q). Turenne, dans une lettre
^ Turenne. adressée k Mazarin, disait que les ennemis
^ La Ferté. se retirèrent avec précipitation et fiirent
* Cette espérance ne se rédisa pas, au poursuivis Jusqu^h la viHe de Condé. Cette moins pour Tattaque de Saint-Guillain. H lettre tomlm entre les mains du prince de fallut que les deux armées se réunissent Condé, qui en fut piqué et le témoigna par
M. du Passage est venu icy, avec mille chevaux, pour escorter le A«ût 1655. pain à TanDée et y faire porter aussy des munitions de guerre et autres choses dont on a affaire pour lesdicts sièges.
Je me resjouis d autant plus dun si bon acheminement à quelque chose de grand , de Testonnement des ennemis et de la consternation des peuples de Flandres, que je sçay que la présence du Roy y contribue beaucoup. 11 me tounnentera bien demain pour aller à Tannée ; mais je croy que je m^en deffendray, le corps de cavalerie, qui est icy, n estant pas assez grand pour pouvoir aller en seureté. Je croy qu il sera à propos que M. de Brienne escrive soigneusement à Paris ce qui se passe; et je demeure vostre serviteur sans aucune reserve ^ #.
Bibi. nat, ms. f. fr. a3,Q09 , P i6q ; original. — Aff. étr., France, t. 896, f* âoo;
copie éa temps.
À L'ABBÉ FOUQUET
Du Qnesnoy, 1 5 aoât 1 6&5.
(iXTBAIT.)
Il a esté impossible à Magné de me joindre plus tost, parce que la communication de la frontière à larmée estoit fort diflScile. J ay esté pourtant tres-ayse de recevoir de vos nouvelles et de sçavoir en détail tout ce qui s'est passé à Tesgard de Tabbé Viole, lequel il faut qu'il ayt perdu Tesprit lorsqu'il dict que je luy ay permis d'entretenir une correspondance en Flandres, et je ne sçay pas s'il y a rien de plus criminel que d'informer avec la ponctualité qu'il faisoit les ennemis du Roy. Je vous prie de faire bien garder les papiers qu'on a trouvez, et taschez de trouver les lettres qu'il recevoit de son frère ^ et les minutes
une r^nse adreuëe à Turenne. Les deux moires de Busty-RAorn (t I", p. &io, de
lettres ont été pobliées dans les Mémoiree ie Tëdition L. Lalanne).
Twerme (p. 470 et &71 de TëditioiiMichand * Le président Viole. (Voy. le tome IV,
et PoDJoolat). On peut compawr les Mi^ p. 936, note 9, des Lettres ds Matarin.)
Août i655. de ses responses, et sy vous prenez ]a peine de bien instruire Marsac, peut-estre avec 4e temps ii y ^ réussira d'en tirer quelque chose.
Il seroit fort important d'avoir quelque lettre de celles que le curé de la Magdelaine escrit en pays ennemy, et ce pendant je m'asseure qu on n'oubliera rien pour le trouver et arrester.
Je vous remercie de la visite que vous avez faicte à M"^deTurenne, et je vous prie de prendre encore la peine de la voir de ma part et Mademoiselle de Bouillon et [de] leur lire la copie que je vous envoyé de la lettre que j'ay receue ce matin de M. de Turenne, de laquelle je vous prie aussy de (aire part à MM. les Chancelier et Garde des Sceaux, à MM. les Surintendans et à M. le Premier Président, comme aussy de tout ce que Magné vous dira de la santé du Roy et de Testât de nos affaires en ce pays icy.
Si on pouvoit descouvrir les faiseurs de libelles, ce seroit un grand coup pour beaucoup de raisons.
On m'a escrit de Paris que Capelle-Cheron , dict Bacon, garde de M. le Prince, estoit de retour de Flandres et demeuroit à Merlou^, comme aussy un de ses valets de chambre, appelé des Bareaux. Ce "commerce n'est pas trop bon et ne respond pas aux protestations que la personne' a faictes de ne vouloir entretenir aucune correspondance, de façon qu'ayant veu encore l'autre advis, je vous prie de me mander s'il sera bon que j'escrive une lettre pour me plaindre fortement de ce procédé.
Addition de la main de San En/iinence.
Apres avoir escrit, -nous recevons nouvelles de MM. de Turenne et de La Ferté, que le premier a formé le siège de Gondé et l'autre s'en alloit à Saint-Guillain. Les ennemis n'ont pas disputé le passage de l'Escaut vers Tournay et se sont retirez, la nuit passée, sans bruit. Magné vous dira le reste.
^ Il faudrait probablement lui au fiea de ChâtiHon. U porte maiiitèMiit le aom de
de y. Cependant comme le texte s'entend, je Mello, dëp. de TOise, arr. de Senlia; * i ne lai pas change. ' La doehesse de CbâtiUon^ fVqy.ie.t^V^
' Ce château appartenait à la duchesse p. 1 38 , note & , des LeUree de.
xxxvn.
Aff. ëtr., Pays-Bas, t. 3& (sans indication de fage ni de folio). —
Copie du temps.
k MM. DE TURENNE ET DE LA FERTÉ.
Du Qtiesncfy, 16 août i655#
Le Roy a esté ravy des bonnes nouvelles que MM« de Turenne et de La Ferté luy ont envoyé par M. du Passage, comme aussy de voir qu'ils ne perdent pas un moment de temps pour profiter de la conjoncture, et Sa M^ m'a comn>andé de leur faire sçavoir qu'Ëlle ne perdra pas le souvenir des services qu'ils luy rendent en ces rencontres. Sa M*^ a fort approuvé qu'ils se soient attachez à Gondé et à Saint*- Guilhain^ [sic), sans poursuivre davantage les ennemis. Elle est en peine que l'armée souffre, dans une si grande marche, en un si mauvais temps et du peu de fourrage que trouve la cavalerie.
On renvoyé M. du Passage avec soixante cinq mille rations de pain et tout ce que M. le grand maîstre [de l'artillerie]^ a demandé pour l'artillerie, ayant faict fournir par Jacquier* les charrettes nécessaires pour le porter.
Sa M***, ainsy qu'Elle vous a desja faict cognoistre, a résolu de joindre* l'armée, et, pour cet effect, Elle désire que vous donniez ordre à l'escorte nécessaire pour cela, en envoyant icy un officier pour informer le Roy du chemin qu'il devra tenir et du lieu oik ladicte escorte l'attendra.
On fera partir en mesme temps tant de pain et de farines que MM. de Turenne et de La Ferté demanderont, pourveu qu'il y ayt des charrettes pour les porter. C'est pourquoy il faudroit ne renvoyer pas
^ Tai dëjà fiiit remarquer que le nom de grand mattre de l'artillerie, une Addition
cette ville est ëcrit de diverses manières, au tome V, p. 7 55, des Lettres de Matarin.
tantôt Saint-Guittain, tantôt Saint-Guiikain ' Jacquier était, comme on Ta dit, le
ou Saint-Ghiêlain. mimitionnaire de Tarmëe.
Voy. sur Annand-^lharles de La Porte, ^ Dans le sens de rejoindre formée.
■AlABIR. — YII. 7
MPfttHXE» RATIORàU.
Août i655. seulement celles que M. du Passage amené , mais tous les chevaux que Jacquier a prestez à Tartillerie, desquels M. le Grand Maistre se pourra servir de nouveau, s'il en a affaire, à leur retour.
On a depesché en diligence à Guyse pour faire venir une grande voiture de farines et l'argent qui nianquoit pour donner la demymonstre que Sa M*^ fera porter à l'armée, a6n qu'elle en soit promplement assistée.
Il seroit bon d'envoyer icy tous les vivandiers qui voudront faire des provisions à Guyse, et on leur donnera, en arrivant, escorte pour y aller en seureté.
MM. de Turenne et de La Ferté n'auront pas grande peine à croire que l'impatience du Roy pour leur rendre promptement une visite n'est pas ordinaire, et Sa M*^^ espère que, si Elle ne part pas aprez^demain , Elle le pourra faire sans faute jeudy. Ce pendant nous donnerons ordre à tout et attendrons de vos nouvelles, me remettant à M. du Passage et au s^ Talon, qu'on a jugé à propos de vous envoyer, pour le détail de toutes choses.
AIT. ëtr., Pa^s-Bas, t 36 (sans indication de page ni de folio). —
Minute de la main de Roze.
À M. DE TURENNE
Da QoesDoy, t6aoât i6S5.
(extrait.)
M. du Passage estoit party ce matin avec du pain pour deuï joui*s et tout ce que M. le Grand Maistre avoit demandé concernant l'artillerie; mais, estant à une lieue d'icy, il a eu des ad vis, de divers endroits, qui luy ont esté confirmez par un party qu*il avoit destaché pour mieux recognoistre la chose, qu'il y avoit dix sept escadrons des ennemis postez sur le chemin qu'il devoit tenir, de façon qu'il a esté
obligé de ramener ie conv^^y, n ayant que six cens chevaux en huit es- Aodi i6S&. eadrons et trois eess mousquetaires eommandez de cette garnison.
Nous sommes en très-grande peine de cet accident, et ii nous est impossible d'y remédier. Je vous depesche, par trois endroits diflerens, pour vous en donner advis, afin que vous et M. le mareschal de La Ferté y donniez ordre, estant impossible de vous envoyer ce convoy en seureté sans que vous destachie^ des deux armées un corps plus considérable que celuy que les ennemis peuvent assembler à Valen-^ ciennes pour s'opposer du passage dudict convoy. L'affaire est de telle conséquence que je ne doute pas que, sans perdre un moment de temps, vous ne destachierledict corps, lequel naura pas grand chemin à faire, et que peut-estre vous ne jugiez à propos de venir en personne, vous ou M. le mareschal de La Ferté. L'on tiendra icy toutes choses prestes pour les faire partir à l'instant que l'on aura de vos nouvelles, et, si ce que nous attendons de Landreey, est ialors arrivé, le convoy sera d'autant plu6 fort.
Apres avoir escrit ce que dessus, je viens de recevoir le duplicata de vostre lettre d'aujourd'huy, et je suis d'autant plus fasché du retard du convoy, que je juge bien que vous ne serez pas en une petite inquiétude de ne le voir paa arriver ce soir; mais je n'ay riea à adjouster sur ce sujet. S'il part demain , Ton vous envoyera plus d'outils, et j'auray soin de £aire apporter icy ceux qui sont à Landreey.
Je suis marry d'apprendre qu'il y ayt neuf regimens dans Condé , et que M. de Vautoumeux soit blessé dangereusement, et l'ingénieur angloÎB awsy, auquel le Roy fera quelque grâce s'il guérit de cette blessure, comme je respere.
Au reste, taut ce que je vous puis dire, c'est que, si vous voyez que l'affiaire; puisse aller de longue, ainsy qu'il y a sujet de le craindre, y ayant tant de monde à la défense de la place^ il faut s'appliquer à faire conduire au camp en seureté le pain et toutes les choses nécessaires pour ce siège. Car, cela estant faict, la chose ne pourra plus manquer, et il semble qu'il dépend de vous d'asseurer un ou deux grands convoys, puisque, y employant plus de forces que les ennemis n'en peuvent
AeAt i655. assembler à Valeûciennes, ik n oseront les attaquer ny rien entreprendre contre le corps qui demeurera devant Gondé, leurs troupes estant dispersées comme chacun sçait.