CXCV1I
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 90 verso.
A M. LE MARESCHAL DE GUEBRIANT
[Paris,] 18 aoust i643'.
Monsieur,
Vous verrez, par une monstre que je viens d'obtenir de la Reyne pour les vieilles troupes de vostre armée, et par une somme de quarante mille escus qu'elle a aussy accordée, pour supplément à cette monstre et à la passée, en faveur des nouvelles troupes, et une autre de <lix mille escus pour estre fournis à bon compte au sieur de Tracy. que le siège de Thionville n'a point l'ait oublier les affaires d'Allemagne; mais aussy je vous supplie de considérer que ce sont des efforts presque incroyables en cette conjoncture, où il y a si grande disette d'argent . el
Le Laboureur (Histoire du mareaehal de n'estoit rebelle et qu'elle ne fermoit ses
GuébriatU, p. G08). qui avoit secoué le joug portes qu'à la tyrannie. » (Voyez ci-après
de l'Empereur pour conserver ses privilèges une lettre de Mazarin du 22 mai 16/16.) de libre et d'impériale, voulut faire voir. ' Cette lettre a été imprimée dans Yllix
en cette occasion de l'entrée du maresrbal toirc du mareschal de Guébriani par Le La-
p| de la mareschale de Guébriant, qu'elle booreur, p. 671.
aoùi i643. où il nous en faut en tant d'endroits où les armes du Roy agissent. C'est ce que vous sçaurez bien représenter aux officiers de l'armée, et leur faire comprendre, par l'exactitude qu'on apporte de deçà à les contenter, l'obligation qu'ils ont de bien servir et de vivre avec plus d'ordre et de discipline qu'ils n'ont fait jusques icy. Ceux qui ont veu les autres armées d'Allemagne sçavent assez la différence du service de celles-là d'avec celle du Roy, et M. le marquis de Baden, qui a esté quelque temps dans la Suédoise, leur en pourra faire une fidèle relation i.
Vous aurez appris le succès du siège de Thionville, au bonheur duquel vous n'avez pas peu contribué en poussant au loin l'armée bavaroise, de laquelle, si elle eust esté près, quelque corps considérable eust pu se destacher pour venir joindre les Espagnols et tenter le secours de cette place. Aussy vous devez croire que la Reyne considère bien cela, et que je ne manqueray pas de le faire valoir comme je dois auprès de Sa Majesté.
Je travailleray pour vous faire envoyer le renfort le mois prochain , et d'autant que je le juge nécessaire pour le bien des affaires du Roy, et affin que vous ayez le moyen d'agir avec plus de vigueur et de faire des progrès dignes de vous et de la réputation de l'armée. C'est de quoy je me tiens tout asseuré, et, prenant part comme je fais à tout ce qui vous touche, j'espère que j'auray le contentement de voir prospérer les armes que vous commandez, avec l'accroissement de vostre gloire. On taschera aussy de vous soulager le plus tôt qu'il se pourra pour vostre diversion du costé de la Franconie, par les offices qu'on doit faire pour procurer la jonction des troupes de Kœnismark '2 avec celles de madame la Landgrave, à laquelle le Roy fait, pour cet effet.
1 Grotius dit également : rr Est autem réclamations de Colmar, dont il est question
omni licentiœ suetus ille exercitus, ita ut plus haut (p. 286-287). inirum non sit magna sentiri damna a Ben- * Jean -Christophe, comte de Kœnigs-
féldensihus ( habitants de Benfeld, aujour- mark, né en Allemagne en 1600, était en-
d'hui dép. du Bas-Bhin), ab Argentorato tré en 1 63 0 au service de Gustave-Adolphe:
et ab omni Alsatia.» (H. Grotii epistolœ il continua, après la mort de ce prince, de
inédit (P, p. 72.) De là étaient venues les commander une partie de l'armée suédoise.
des assistances notables. Enfin soyez certain qu'on ne s'est jamais Août i643. appliqué plus soigneusement qu'on va faire aux choses d'Allemagne, de la prospérité desquelles on est tout persuadé que doit naistre la paix, telle que les gens de bien la désirent, c'est-à-dire honorable et asseurée pour le bon party. Je remets à madame la Mareschale * à vous faire sçavoir la passion avec laquelle j'ay espousé vos interests, et je désire vous faire voir qu'il est impossible que personne soit plus que moy, etc.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n" 1719, lom. i, f° 91 recto.
A M. LE COMTE DELAIS,
LIBOTENMfT GEISERM. DE PROVEN'.E.
[ Paris, 1 1 9 ao:isl i 663.
Monsieur,
Je suis surpris des difficultés que vous m escrivez qui se rencontrent, du costé des habitans de Provence, pour l'eutretènement de la garnison de Mourgues2. Si elle leur apportait une augmentation de despense, il y auroit peut-estre quelque sujet de plainte; mais puisque ce qu'on exige d'eux n'est qu'un esebange de ce que la province ^'■sioit obligée de payer aux troupes dont elle est deschargée et qui servent au dehors, je ne vois pas comme quoy ils puissent manquer à une obligation à laquelle ils se sont soumis et où l'on ne leur demande rien de nouveau, mais où l'on change seulement l'employ des deniers qu'ils doivent fournil' pour un sujet [dus important au bien de celle province que de tout le reste du Royaume. Vous pouvez donc juger que ce desordre procède de quelque autre cause que du
1 Renée du Bec-Crespin , 6He du marquis ' .Mourgues, Morgues ou Monaco, rapi-
de Vardes, avait été mariée, en 1 639, a Jean- laie de la principauté de Monaco. Celle ville Baptiste Budes, comte «le Guébriant. <;iait alors au pouvoir de la France.
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V ùi i643.
zèle du bien public, cl je m'asseure que vous apporterez tout ce qu il faudra d'autorité et de prudence pour le faire cesser.
Quant à l'affaire du président Du Bernet, elle est résolue à vostre contentement, et on luy destine la charge de premier président au parlement de Guyenne.
L'abbé de la Victoire ' ne m'est pas encore venu parler de l'affaire dont vous l'avez chargé; lorsqu'il en prendra la peine, il me trouvera frès-preparé à l'escouter, et vous connoistrez par expérience que rien ne m'est plus cher que vos interests, et que je suis passionnément, etc.