‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 113 sur 335 · A M. LE DUC DE ^EUBOURG · texte numérisé non relu

A M. LE DUC DE ^EUBOURG

[Paris,] 29 aoust i643

onsieur

Je fais trop profession d'estre vostre serviteur, et chéris trop l'honneur de vostre amitié, pour laisser passer beaucoup de temps sans vous en raffraischir la mémoire. Il est vray que l'employ dont il a pieu à la Reyne de m'honorer en me commandant de servir le Roy en qualité d'un des chefs de ses Conseils ne me donne point tout le loisir que je desirerois pour entretenir le commerce des personnes que j'honore comme je fais Vostre Altesse; mais aussy le devoir que cet employ m'apporte, se rencontrant en cecy avec mon inclination, m'a obligé à vous rendre quelque compte de Testât véritable de nos affaires, pendant que je songeois à demander à Vostre Altesse la continuation de ses bonnes grâces. Elle sçaura donc que la régence de la Reyne n'est pas seulement une suite du gouvernement du feu Roy, et l'exécution continuée de ses desseins et de ses maximes, mais, sans

1 Grotius parle de celte lettre de Mazarin sit , ut euni aconsiliis Westphalica? defensioau duc de Neubourg (Epist. ined. p. 56) : nis abstraheret,» etc. (Voy. sur la ligue de ifMazarinus ad ducem Neoburgicum scrip- Westphalie, l'introduction en lête du volume.)

faire tort au règne de ce grand Prince, qu'elle enchéri! encore par- Août i6't3. dessus, et que la conduite de celte Princesse est si pleine de vigueur et de prudence que, après la bénédiction du Ciel, dont elle a des marques si visibles, on en doit attendre le repos et la seureté où tant de gens de bien aspirent. Elle poursuit la guerre avec le rnesme esprit de justice, sans rien donner à l'ambition; elle ne désire que faire rendre ou asseurer à un chacun ce qui luy appartient, de sorte que nos prospérités ne doivent faire peur qu'à nos ennemis.

Sur quoy je diray en confidence à Vostre Altesse que, la connoissant si sage qu'elle est, et dans la longue expérience que je sçay qu'elle a des choses du monde, je me suis estonné des avis qui nous viennent de toutes paris qu'elle travaille à former une ligue defi'ensive dans la Westphalie, n'cstoit que je m'imagine que ce n'est pas tout de bon quelle s'applique à ce dessein, et que c'est une adresse dont elle se sert pour en divertir quelque autre plus pernicieux et empcscher qu'on u y songe pendant qu'on s'occupera près celuy-cy; car autrement quelle, apparence que Vostre Altesse, ayant désiré si ardemment et gardé si soigneusement la neutralité durant tout le cours de la guerre, vinst à la rompre à la veille d'une paix qui luy sera avantageuse, et s'expose à toutes les conséquences de cette rupture, qui ne luy pourroient estre <pie funestes? Que si elle vouloit dire que ce ne seroit pas pour sortir de la neutralité, ni pour offenser la France, mais seulement pour la deffense des confédérés que la ligue que l'on projette se mettroit sur pied, j'ay à luy respondre qu'elle le pourroit croire ainsy et que sans doute on luy donne ainsy à entendre. Mais je la supplie de croire que, dans l'effet et la voilé, cette ligue offenseroit en deux manières la France : la première, d'autant qu'elle tourneroit au préjudice d'une Princesse qui est en une estroite confédération avec celte Couronne, et pour la deffense de laquelle nous sommes obligés, pour plusieurs et jusles considérations, d'employer jusqu'aux dernières forces de l'Estat; I autre (pie, de quelque prétexte qu'on colore l'establissement de cette ligue, cl quelque fin plausible qu'on luy propose, ses forces viendraient infailliblemenl à la disposition de la maison d'Austriche, et l'Empereur

VUZAflIV I. l>-2

lorti ni'i.!. et les Espagnols s'en serviroient esgalleraent, selon le besoin des uns

et des autres; et par conséquent il est, visible qu'effectivement ce seroit déclarer la guerre au Roy que de former cette ligue. Et qu'arriveral-ii de cela, sinon que Sa Majesté seroit obligée d'envoyer de puissantes forces dans la Westplialie pour la dissiper ou pour en divertir les mauvais succès, et que Vostre Altesse, qui jouit maintenant de la neutralité et possède ses Estais sans trouble, après avoir employé le plus clair elle plus pressant de ses finances pour armer la ligue, ne pourroit esviter d'estre traitée hostilement par les armes du Roy et celles de madame la landgrave de Hesse, et de voir exposer son pays à toute la désolation qu'attirent une juste vengeance et le ressentiment des injures qui sont faites sans nécessité? Que la France deust avoir ce ressentiment, Vostre Altesse est trop judicieuse pour en douter, non plus que de la puissance qu'elle auroit de le faire paroistre, maintenant qu'elle se trouve plus puissamment armée et mieux pourveue de finances quelle n'a esté jusqu'à présent; qu'elle a des forces de reserve pour les tourner du costé qu'il luy plaira, sans desgarnir ses frontières ny affoiblii' les desseins qu'elle a ailleurs; et que la prise de Thionville luy ouvre la communication avec le Rhin et avec les armées de ses alliés de la Westpbalie. Que Vostre Altesse juge si ce que je dis est une vérité ou une apparence, et si c'est une chose faisable ou impossible.

Que si, par un malheur fatal à la Republique chrestienne, il arrivoit que, l'armée de cette prétendue ligue estant sur pied et agissant, comme il seroit inesvitable qu'elle n'agiroit pas, pour les desseins de la maison d'Austriche, celle-cy vinst à regagner le dessus du vent et l'ascendant des armes, qu'en arriveroit-il pour Vostre Altesse, sinon que, dans le dessein qu'elle a d'abolir dans l'Allemagne toute sorte de souveraineté fors la sienne, celle de Vostre Altesse y seroit enveloppée; sinon qu'elle luy fairoit en particulier porter la peine de la neutralité qu'elle a jusques icy observée, puisqu'elle tient cette maxime, que qui riest pour elle est contre elle, et qu'elle seroit moins touchée de ce que Vostre Altesse commenceroit de faire que de ce qu'elle n'avoit pas commencé plus tost; sinon, finalement, que, la paix se faisant à son

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avantage et par conséquent à son gré, elle y fairoit à jamais exclure Aoûl i643. Vostre Altesse, comme elle a fait, des droits et prétentions qu'elle a sur la dignité électorale de la maison Palatine, dont elle est membre1? Et quel desplaisir seroit-ce à Vostre Altesse de se voir ravir le plus bel ornement de sa maison, sans espérance de la recouvrer jamais; et quel reproche ne recevroit-elle pas de sa postérité, de ne luy avoir pas laissé, par sa faute , un droit qu'elle avoit recueilly de ses ancestres! Cela certes seroit inesvitable, comme, au contraire, Vostre Altesse demeurant dans la neutralité où elle est à présent, et ne s embarrassant pas dans les desseins de la maison d'Austriche et de la Bavière, qu'il faut icy considérer dans une communauté d'interests, elle doit s'asseurer que la France sera plus soigneuse que jamais de la conserver dans cet estât, et d'empescher qu'elle ne souffre point de dommage de ses armes, ni de ses alliés; qu'elle n'oubliera pas encore, au traité de la paix, les droits des Princes de la maison Palatine, et de faire revivre avec raison et justice ce qui est mort par violence et par fraude. Ce que j'escris à Vostre Altesse n'est fondé ni sur l'opinion que j'ayc que ce projet de ligue réussisse, ni sur la crainte que nous ayons que nous ne la puissions dissiper. C'est seulement l'inclination que j'ay et que je nourris depuis longtemps qui m'a donné cette pensée, et je luy avoue que, s'il arrivoit autrement que je ne souhaite, j'aurois un sensible desplaisir de ne luy pouvoir rendre dans les occasions les lesmoignages d'amitié, que le devoir de bon François m enmeschcroit de luy rendre. Mais je ne croy pas en devoir venir là, et je me promets (!<• la conduite de Vostre Altesse qu'elle me donnera moyen de la servir auprès du Roy et de ses alliés, avec cette véritable et forte passion avec laquelle je seray tousjours, dans le service de Sa Majesté, plus que personne du monde, etc.

' La maison Palatine avait <:tr dépouillée comprenait les branches de ViiIiouij; . de df la dignité électorale au commencement Zimmern et de Deux-Ponts. F>a branche de de la guerre de Trente ans. et cette dignité Neubourg, dont il esl ici question, arriva avait été Iranférée a la maison <lc Bavière. Outre la branche atnée, la maison Palatine

avait été Iranférée à la maison de Bavière. en i685, à la dignité électorale.

\oùl i643.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, P 100 verso.

A M. LE VICOMTE DE TURENNE

| Paris, | 29 aousl i663.

Monsieur,

Le mérite de M. Du Passage et la considération en laquelle il est auprès de vous me fairont tousjours chercher avec soin les occasions de le servir et de luy procurer la reconnoissance dont il est digue. La Reyne a prévenu vostre demande en celle de la mort d'Espanel. de la compagnie duquel elle avoit disposé en faveur d'un autre; mais ce qui est différé n'est pas perdu. J'ay obtenu de Sa Majesté trois mille livres pour M. Douglas, par forme d'ajuto ai costa]. Cette subvention, à la vérité, n'est pas fort grande; mais elle est faite de si bonne grâce et avec tant de sentiment d'estime pour ce gentilhomme, qu'il a sujet d'en estre satisfait, en attendant quelque chose de plus considérable qui ne luy manquera point avec le temps.

M. Magalotti'2 faira tousjours bien; je suis bien ayse qu'il se fasse

' Aide, gratification que l'on donne à quelqu'un outre ce qui a été convenu. Cette expression revient très-souvent dans les lettres de Mazarin.

1 Magalotti fut tué en i645 au siège de la Mothe; il laissa un neveu, dont Saint- Simon parle dans ses Mémoires (éd. Hachette, (. IV, p. 435) : .r Magalotti, dit-il, [étoit] un de ces braves que le cardinal Mazarin avoit attirés auprès de lui , quoique fort jeune, parle privilège de la nation. Il avoit vu le Roi jeune chez le Cardinal, et conservé liberté avec lui. Le Roi avoit pour lui de la honte et de la distinction, qui pourtant ne le put soustraire à la haine de M. de Louvois, acquise par son intimité avec M. de

Luxembourg, ("étoit un homme délicieux et magnifique, aimé et considéré, et qui avoit été toute sa vie dans les meilleures compagnies des armées où il avoit servi. Il étoit lieutenant général , gouverneur de Vaienciennes, et avoit le régiment Royal-Italien, qui vaut beaucoup; dans sa vieillesse, le plus beau visage du monde et le plus vermeil, avec des yeux italiens et vifs, et les plus beaux cheveux blancs du monde, et portoit toujours le jupon à l'italienne. Louvois, cjui l'ôla du service, l'empêcha aussi d'être chevalier de l'ordre , quoique bon gentilhomme florentin. C'éloil d'ailleurs un trèsbon homme, avec bien de l'esprit, de 1 entendement et de l'agrément.'-

aimer et qu'il gagne, comme vous m'escrivez, le cœur de tout le Septembre

monde.

Je croirois estre fascheux si je vous renouvelois les asseurances que je vous ay données si souvent de mon amitié et de la considération en laquelle vous estes auprès de la Reyne. Je remets à vostre secrétaire à vous faire sçavoir plusieurs autres choses que j'obmets, pour vous dire seulement que je seray tousjours plus que personne du monde, etc.

CGX1X.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine. n° 1719, fom. I, f° 100 verso.

A M. LE MARESCHAL DE LA MOTHE-HOLDANCOURT

[Paris,] 1" septembre i643.

Monsieur,

Les lois de l'amitié dont je fais profession avec vous m'obligent à vous raffraischir l'avis que je vous ay donné par ma précédente, qui est qu'il y a icy un peu d'estonnement de ce que, après les efforts qu'on ;! faits d'argent et d'hommes affin que vous puissiez mettre en campagne, avec les avantages qu'on devoit attendre de si belles forces que les vostres, les effets n'ont pas jusques icy respondu à cette attente. .1 a\ bien soustenu, comme j'en suis très-persuadé , qu'il ne se pouvoit faire autre chose que ce qui a esté fait, et qu'il s'est rencontré des difficultés imprévues, qui n'ont que retardé vos desseins, dont on verroit bientost des effets considérables. C'est de quoy je me suis fait fort pour \<>n>. cl c'est à quoy je vous exhorte pour l'amour de vous-mesme et pour l'amour de moy encore, qui, outre linterest que je prends à ce qui vous touche, pourrois recevoir des reproches de la part du roy de Portugal, qui s est mis en campagne par mes conseils et sur les asseurances que je luy a\ données qu'il seroil soulagé par les puissantes diversions que vous tairiez du costé de la Catalogne; en quov je n'ay pas moins considéré vostre avantage que le sien, par la diversion que j'ay tasché de vous procurer du costé de Portugal.

Septembre Vous verrez, par les desp esches de M. Le TelHer, comme ou songe

fortemenl aux choses qui vous sont nécessaires, et comme on vous prépare, pour cet hiver, l'artillerie que vous avez demandée. Au reste M. de Vallée m'a fait voir des ordres que vous luy avez envoyés pour vous lier encore plus estroitement d'amitié avec moy, et pour y prendre une totale confiance. Sur quoy je vous diray que vous ne pouviez vous adresser à une personne de laquelle vous puissiez attendre une plus véritable et sincère correspondance, ni à qui vos interests puissent estre plus chers. C'est de quoy je vous conjure de vous asseurer cl de croire que vous en recevrez des preuves si certaines, dans toutes les occasions qui s'offriront, que vous n'en pourrez jamais douter, puisqu'en effet je n'ay point de plus forte passion que de vous faire paroistre que je suis plus que personne du monde, etc.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine. n' 1719, tom. I, f 102 recto.

A M. LE DUC D'ENGHIEN

[Paris,] 2 septembre 1 663.

Monsieur.

H y a desjà bien longtemps que M. le mareschal de Guebriant a ordre d'agir de concert avec vous; lorsqu'il se pourra former communication entre vostre armée et la sienne, on luy renouvellera ce mesme ordre, et je ne doute point que, après avoir receu vos avis, il ne prenne le party le plus propre pour le service du Roy et la subsistance de son armée. On ne manquera point de deçà de luy en donner le moyen, et je vous asseure que les affaires d'Allemagne sont celles auxquelles on se va appliquer avec le plus de soin, comme à celles qui importent le plus au bien de cette Couronne. Vous vous estes ouvert un chemin par la prise de Thionville pour continuer les avantageux succès que vous avez obtenus, et affin que vous ayez la gloire

d'avoir apporté les dernières dispositions au traité de la paix, ayant Septembre contraint les ennemis d'y entendre.

Pour ce qui est de la jonction que vous proposez des troupes de Kœnismark avec celles de madame la landgrave de Hesse. elle est sans doute fort judicieuse, et nous en avons desjà efficacement escrit au ministre de Suède. Nous avons encore avis certain (pic le comte d'Eberstein se [tient] dans la YVcstphalie avec un corps de cinq à six mille hommes; ce qui ne sera pas un petit embarras au party ennemy. Enfin tenez pour certain que nous serons plustosl partout ailleurs sur la deflensive que de n'agir pas si puissamment en Allemagne que les armes du Roy et celles de ses confédérés \ deviennent les dominantes. Cependant on n'oubliera rien pour donner moyen à M. le mareschal de Guebriant de s'asseurer des quartiers d'hiver.

Je n'eusse pas manqué, Monsieur, de tesmoigner à M. d Aumont, en l'occasion dont vous m'escrivez, combien les interests des personnes que vous affectionnez me sont chers, et encore combien son mérite m'est considérable; mais, puisque Dieu a voulu que cela fust réservé à une meilleure occasion, et que la vie de M. de Gassion est en seureté, je m'en resjouis pour l'amour de vous, qui prenez tant de part en tout ce qui regarde un si brave homme, pour l'interest de cet Estât, à qui il est si utile, et pour ma considération particulière, le tenant fort pour mon amy, et faisant profession d'estre le sien.

Je tascheray de prendre le temps pour ce que vous me commandez en faveur de M. de Pailuau '; c'est justement toucher mon inclination que de me donner matière de le servir, et je m'asseure qu'il ne doute point (pie je n'aye ce sentiment pour luy.

Pour ce qui est de l'affaire de M. de Ghaulnes2, vous pourrez apprendre, par la lettre de M. le Prince, comme elle a esté terminée à

' Philippe de Clérenibaut, comte de l'ai- vidame d'Amiens, etc. morl le a mai

luau. devint maréchal de France et est connu i 653. Il était frère aîné du duc de Chaulnes

bous te nom de maréchal de Ctérembaut. gouverneur de Bretagne, dont parle sou-

2 Henri-Louis d'Ailly, duc de Ghaulnes, vent M"" de Sévigné.

ifiU.

Septembre son contentement et comme vous avez sujet d'eu eslre satisfait pour le soin qu'on a eu de mettre ses interests à couvert.

Quant aux vostres, que vous me recommandez, je m'exprimera} imparfaitement si je vous dis qu'ils me sont chers à l'esgal des miens propres. Ils le sont certes au delà, et de cela je ne désire point que vous le croyiez que par les effets. Pour ce qui est de vous conserver aux bonnes grâces de la Reyne, j'entreprendrois une chose superflue si je l'a vois entrepris, et je suis asseuré qu'il ne se peut rien ajouster à l'estime qu'elle fait de vostre mérite et à l'affection qu'elle a pour voslrc personne. Ce que je puis faire seulement est de l'entretenir souvent de ce qui vous touche, comme d'un sujet qui luy est fort agréable, et en rencontrant son inclination je m'acquitte d'une partie de ce que je vous dois et me satisfais en la véritable et ardente passion avec laquelle je suis et seray toute ma vie, etc.

GCXX1.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I. f° 101 verso.

A M. LE Dl'C D'ENGHIEN.

[Paris,] h septembre 1 66 3.

Monsieur.

Vous sçavez que tous vos désirs me tiennent lieu de commandement, et que je ne puis avoir de plus parfaite joye que de vour obéir : vous jugerez par là combien il m'est sensible que la prière que vous me faites pour M. de La Moussaye ayt rencontré une conjoncture qui en empesche l'effet, par la resolution que la Reyne a prise, il y a desjà quelque temps, de donner au colonel Chac1 le premier régiment estranger qui vacqueroit, ou de luy redonner celuy de M. de Rantzau , en cas qu'il n'aimast mieux l'autre. C'est une resolution si pleine de justice et si

1 Les noms sont souvent altérés dans les copies. Ce nom est écrit Schaw dans une lettre du 1 1 septembre adressée à Gassion.

nécessaire mesme pour la satisfaction des corps estrangers, et pour Septembre destourner quelques mauvaises conséquences qui en pouvoient naistre, que je suis asseuré que non-seulement vous l'approuverez, mais que vous auriez esté le premier à la conseiller sur les fondemens qu'on a eus icy.

Au reste, Monsieur, vous pouvez croire que coimoissant le mérite de M. de La Moussaye1, et n'ignorant pas sa naissance, mais sçachant particulièrement en quel degré d'estime et d'affection il est dans vostre esprit, de si fortes considérations ne me peuvent qu'apporter un désir violent de rechercher les occasions de le favoriser; je les recherchera} certainement avec soin et les embrasseray avec joye. De cela je vous conjure de n'en pas douter.

Je ne vous escris rien de ce qui s'est passé icy, d'autant que vous le pourrez apprendre d'ailleurs, et que le desplaisir que j'ay que la Reyne ayt esté contrainte de se porter à des resolutions qu'où a lasché d'esviler par tous les moyens que la douceur, la prudence et l'adresse ont peu conseiller, ne me permet pas de toucher à une si fascheuse matière2.

' La Moussaye faisait partie, avec Bouteille. Coligny. Chabot. Jarzay, etc. du groupe déjeunes seigneurs qui entouraient !>' prince de Condé, et que l'on nomma dans la Buite les petits-maîtres. Ils étaient aussi nmés pour leur bravoure que pour leur fatuité et leur insolence.

: Mazarin lait allusion à l'arrestation du duc de Beaufort et à la disgrâce des autres i-l, ois de la cabale dea Importants. (Voyez les Mémoires de La Châtre el de H. de (lampion.) La Chaire élail un des chefs de la cabale, el H. de Campion lui accusé d'avoir tremj compiol contre la vie de Ma-

zarin. Grotius parle aussi de l'arrestation de Beauforl : - Inimos omnium el sermones in ie vertil dus Bellifortius, filins ducis \ endocinensis. dieJovis exacte, clam, mane, cohortibus cl lunnis prœlorianis currum anle-

cedenlibus, cingentibus, subsequentibus , vexillis explicitis, tympanis sonanlihus, duc tus Reginee regentis jussu ad silvam Vicennensem. Cum cardinalis Mazarinus eo consliluissel venire, indicia ad Reginam perlata sunt, per quae credidit Bellifortio midtisque aliis constitutum manus (il y a dans le texte unnnts, ce qui ne donne aucun sens) injicere in cardinalem Mazarinum , odiosum multis ob exempta mareschalli Anchoritani el cardinalis Richeliaci, quorum vestigiis insistera créditer. Dux Vendocineosis bine abiit. Di-

CUntur niulti fuisse consilii. aul illius rpiod

dicitur, aul latentis alicujus, participes. Ksi \ endocinensis et per matrem et (ter sororeni innexus Lotharingie» doraui , quas suspecta ob eteres contra domum Borboniàm molîliones. nunc quoque non immemor credilur ati cvsiiii el comitatis qua eos exlorres

Si | lembiH i6>i3.

Tanl il \ a que vous verrez que cette Princesse n'est pas moins heu reuse à cstoufler les brouîlleries qui se forment au dedans qu'à ranger | mettre à la raison] au dehors les ennemis de cette Couronne. Je suis de toutes les forces de mon ame, etc.

Mannsc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719. loin. II, f* 17 verso.

A M. LE DUC D'ENGHIEN

[Paris,] h septembre i6/i3.

Monsieur,

Bien que vous deviez recevoir en mesuie temps deux de mes lettres. I une par M. de ... et l'autre par M. de . . . , je n'ay pas voulu laisser partir le sieur de Belesbat sans vous dire combien vostre recommandation et son mérite l'ont icy fait considérer, et qu'il n'en part point sans en emporter quelque marque de l'estime que vous en faites , qui est effectivement fort juste. H vous dira beaucoup de choses de vive voix que je ne vous escris point, et particulièrement qu'il ne se peut

coluere Hispani praefecti. Sunt ex ea domo duces Guisius, Elbovius, Ghevreusius; innexi sunt Nemorosius, Mombasonius et alii. Hi pacem cum Imperatore et Hispano desideranl; sed si eam babere possint, credunliii' iœderatos Galliae non niultuni curaluri.» ( //. Grotii epislolœ ineditw , p. 5/i.)

On voit que Grotius ne considère pas ces cabales comme une simple intrigue de cour ; il y voit une suite de la Ligue et de l'opposition de la maison de Lorraine à la maison 'li Bourbon. Plusieurs anecdotes racontées par Sainl-Simon. entre autres sur le grand écuyer, qui était de la maison de Lorraine ( édii. Hachette, l. VI , p. ■? et 3), font aussi ressortir l'antipathie de ces <\ou\ maisons

se prolongeant pendant tout le règne de Louis XIV.

Grotius indique dans une lettre postérieure l'effet que produisit sur les étrangers l'arrestation de Beaufort. Le général impérial Lamboy aurait dit que ce coup abattait toutes les espérances de l'Espagne et de l'Autriche, parce que ces puissances avaient compté sur les troubles d'une minorité : rrLamboius, cum ducem Bellifortium tanto cum strepitu tubarum et tympanoruin in carcerem duci videret, obslupuit dixitque : concidisse spes Hispania? et Viennae conceptas ex pupillari régis Gallise asiate, cum mater, recenti adhuc suo imperio. tantum facinus auderet.» (Epistolœ ineditœ, p. ~'t.\

DU CARDINAL MAZAttIN. 339

rien adjouster à la passion avec laquelle je suis et seray toute ma Septemb

învH vie, etc.

^ CCXXIII.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f" 102 verso.

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