‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 114 sur 335 · A M. DE LIANCOURT · texte numérisé non relu

A M. DE LIANCOURT

[Paris,] '1 septembre iG'iiS.

Monsieur,

J'envoye ce gentilhomme pour sça\oir des nouvelles de vostre sauté et de celle de madame de Liancourt. Vous aurez sans doute appris ce qui s'est passé icy, et comme la Reyne, après avoir inutilement employé la douceur et les bienfaits pour divertir les mauvais desseins de quelques esprits, a esté contrainte d'user d'une conduite plus forte pour les dissipe)' et pour asseurer la tranquillité de l'Estat, qui estoil menacé de brouillerie. Vous pouvez penser combien cette Princesse se doit estre fait de violence, en quittant les mouvemens de la bonté qui luv est naturelle, pour entrer dans ceux de la justice et dans les moyens fascheux d'une précaution nécessaire.

Pour moy, qui suis venu dans le Ministère avec cette ferme et inesbranlable resolution de n'y considérer jamais mes interests et tic n \ faire point desplaisir à personne et d'y faire plaisir à qui je pourrois, ce m'a esté une très-sensible douleur de n'avoir peu m'opposer à un accident qui ne m est pas moins fasebeux qu'à ceux qui le soull'renl 2,

M. de Liancourt étaii premier gen- court resta toujours li<lè!c à l;i cause de

tilhomme de la chambre du roi; il lut nommé Mazarin.

duc el pair en i6&4. Mazarin s'était attachi ' Malgré la modération on peu affectée ;i gagner ce personnage. Il lui avait fait de sou langage, Mazarin profita de la ordonner un brevet de «lue 1 -("carnet, p. go) constance pour accabler el dispersi rsesad 1 les honneurs du Louvre, c'est-à-dire le versaires. Je réunis ici un certain nombre de droit d'entrer en carrosse dans la cour du passages des lettres de Grotius, moins connus Louvre i '1 carnet, p. 17). Leducde Lian- que les Mémoires 'les contemporains. Ces

LKTTRES

Septembre \!ais c'esl trop vous entretenir de cette matière odieuse; il vaul mieux

que je vous asseure que personne ne sera jamais avec une plus véritable et plus forte passion que moy, etc.

GCXXIV.

Manusc. de la iiiblioth. Mazarine, a" 1719, tom. I,f° io3 reclo. — Imprimé dans V Histoire du mareschal de Guébriant, par Le Laboureur, p. 685

A M. LE MARESCHAL DE GUEBRIANT

[Paris,] i\ septembre i643.

Monsieur,

Vous ayant depuis peu escrit fort au long, et M. Le Tellier vous

textes sont relatifs à l'arrestation de Beaufort: 'fDux Belliforlius, sub vesperam diei Mercurii in Lupara (Louvre) relentus, ibi noctem egil, mane sequente ductusin arcem Vicennensem (château de Vincennes). Pater ejus, dux Vendocinensis , quo minus aheat, morbi excusatione utitur. Uxor ejus rogavit Reginam, ut liceret Bellifortio uti suo, quo uti solitus est, coqno. Id sinistre quidam interpretantur. Jussus est ab aula discedere dux Mercurius (le duc de Mercœur), Bellifortii frater; Castellonovius (Châleauneuf), antehac sigillorum custos; Santibarus (Saint-Ibar ou Saint-Ibald), et alii, in villas aut extra regnum. Montresorius (Montre'sor) se subduxit , et alii quidam. Gampio captus. i (Epistolœ ineditœ, p. 58.)

Celte dernière nouvelle n'était pas vraie. Grolius, qui écrivait au moment où les événements s'accomplissaient , est sou vent obligé de revenir sur des faits qu'il a avancés d'après la rumeur publique. Il écrit le 9/1 9 septembre : rrCampio, qui in carcerem ductus

dicebatur, fuga id pâtura intervertit. Amandati multi : Mombasonia remota longius; Chevreusia quoque discedet. Discessit Castellonovius. n [Epist. ined. p. 76.)

Grob'us avait déjà annoncé (p. 73) que les évèques qui inquiétaient surtout Mazarin, les évèques de Beauvais, de Lisieux et de Limoges, venaient d'être renvoyés dans leurs diocèses : irlvere in episcopalus suos Bellovacensis et Lexoviensis et Lemovicensis episcopi . jussu Beginœ. Credunlur liberius ad Beginam loculideMazarino quam auresReginae ferrent, et motuiun timorem incutere 1 1 voluisse ob captivitatem Bellifortii ducis. Al Begina, terriculamenlis non concussa, nibil a se metui dixit praeter fulmen et lonitru. ■•

Une autre conséquence de ces révolutions de cour fut la rentrée de Chavigny au Conseil : ffChavigniacuserit in concilio arcliori . Domine ininistri Status. Ejus loco in Germaniam ad pacis negotium ibit Servianus qui in Ilaliam erat ilurus. In Italiam vero ibit marchio S. Ghaumontius. » (Ibid. p. 79.)

devant escrire fort particulièrement de tout ce qui concerne vostre Septembre armée ', pour ne laisser point partir le courrier qu'on vous despesche sans quelqu'une de mes lettres, je me contenteray de vous dire que dans l'avis certain que nous avons que le duc Charles2 s'est destaché du Bavarois, et qu'il a passé la Moselle pour joindre Melos, et par conséquent dans le besoin que nous avons de tenir nos frontières bien armées, on n'a pas laissé de donner ordre à M. le duc d'Anguien . de destacher deux mille bons hommes de son armée ou de celle de M. d'Angoulesme, pour vous les envoyer, affîn que vous puissiez prendre vos quartiers d'hiver delà le Rhin, et que nous ayons loisir de nous appliquer plus puissamment qu'on n'a encore l'ait aux affaires d'Allemagne. C'est ce que je vous puis asseurer que nous avons maintenant le plus à cœur, et à quoy nous préparons lestât des choses; mais vous sçavez que tous les grands desseins ont besoin de temps et d'estre précédés par d'autres qui en soient les acheminemens.

Je croy que madame la Mareschale n'aura pas manqué de vous escrire ce qui s'est passé à la Cour, et comme, pendant que vous vous opposez avec succès, au dehors, aux ennemis de cette Couronne, la Reyne, après avoir inutilement employé la douceur et les bienfaits pour divertir les mauvais desseins de quelques esprits, a esté contrainte (I user d'une plus forte conduite pour les dissiper et pour asseurer la tranquillité du dedans. Vous pouvez juger combien celte Princesse se doit estre fail de violence3, etc.

On trouve dans un manuscrit de la Bi- Impériaux pour combattre la France. Ce

btiothèque impériale, provenant de Le Tel- personnage est un de ceux dont les Mémoires

lier (Fr. 6169 , \" .'5H). des instructions du temps racontent avec le plus île détails

adressées au maréchal de Guébriant pour les aventures extraordinaires el les saillies

la campagne d'Allemagne en l643. spirituelles.

Charles IV de Lorraine, dépouillé; de La lin de la lettre est textuellement la

ils par Richelieu, s'était l'ail chef de même que celle qui est adressée à M. deLian-

partisans <■! s'était joinl aux Bavaroise! aux court. (Voyez p. 33a. 1

Septembre

Manusc. de la Biblioth Mazarine, n' 171;) loin. I. f'° io3 recto.

\ M. D'ÀRGENSON.

[ Paris, ! '1 septembre 1 643.

Monsieur,

.le vous escris celJe-cj au hasard quelle ne vous trouve point à Barcelone; aussy n'est-elle que pour vous dire que j'auray bien du contentement de vous voir icy, et beaucoup plus de pouvoir vous \ procurer la reconnoissance que vos services méritent.

Nous ne doutons point que l'armée navale estant maintenant sur les costes de la Catalogne1, avec ordre d'appuyer les desseins de M. le roareschal de La Mothe , il ne s'applique à quelque entreprise digne de l'opinion qu'on a de luy et des forces qu'il commande. H est certes nécessaire qu'il le fasse pour oster le prétexte à certains esprits de descrier sa conduite.

Pour moy, qui sçais qu'il ne manque ni de prudence, ni de courage, ni de zèle pour le service du Roy, je suis asseuré qu'il ne se pouvoil raisonnablement faire autre chose que ce qu'il a fait.

Je ne vous escris rien de ce qui s'est passé icy depuis quelques jours, puisque vous le pourrez apprendre d'ailleurs, et que j'en touche quelque chose à M. le mareschal de La Mothe, qui vous faira sans doute voir ma lettre. Je vous asseureray seulement que le temps vous faira connoistre que personne n'est plus que moy, etc.

1 Une lettre deGrotiusdu 99 août [Epist. se dirigeaient vers les ports de lioscs ou de

inédites, p. 69) indique qu'un combat naval Tarragone : rrAd hune portuin [Rosaruni aul

avait eu lieu, et que les Français y avaient Tarragonœ] euntes Hispanorum navesquin

été vainqueurs des vaisseaux espagnols qui que inlercepere Galli; depressere imam.*

DU CARDINAL MAZARIN. 3/i3

GCXXVI.

Manusc. de la Bibliotli. Mazarine, n" 1719. tom. I. ïJ îo.'J verso.

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