A M. DE LA BERCHÈRE
CONSEILLER DD BOY EN SES CONSEILS, MUSTRE DES REQCESTES ORDINAIRE DE SON HOSTEI. ET INTENDANT DE LA JUSTICE, POLICE ET FINVNCES EN CATALOGNE.
[Paris,] i3 septembre i(i6o.
Monsieur,
Je n'ay point besoin de caution pour estre asseuré de vostre mente: outre l'approbation publique, le choix que le feu Roy a fait de vostre personne pour un employ si important que celuy de la Catalogne m'en est une preuve si certaine, que je croirois faire tort à la mémoire de ce Prince si j'en doutois. Je vous suis bien fort obligé de la peine que vous voulez prendre de m'escrire Testât des affaires de ce pays-là, à mesure qu'elles arriveront. Pour ce que vous me mandez de celuy de l'armée, on faira tousjours ce qui se pourra affîn qu'elle ne manque point des choses nécessaires pour agir ; mais il est vray aussy qu'on a jusques icy fait un grand effort pour ce sujet, sans qu'on ayt veu des effets qui ayent correspondu à ce qu'on s'en estoit promis2, bien que je sois asseuré qu'il n'y a point eu de la faute de M. le mareschal de La Mothe; mais tout le monde n'est pas si juste ni si équitable que mov à sa conduite.
Quant à la condition de ces peuples, je sçay qu'il est impossible qu'il ne soit demeuré dans l'aine de plusieurs quelque levain de l'in-
1 Louis Le Goux, seigneur de La Ber- ' Grotius se plaint aussi de l'inaction du
chère, eïait maître des requêtes depuis maréchal de La Mothe-Houdancourt : *Mo-
16.37. " devint premier président du par- (lia Odincurlius nihil agit.» ( Epistolœ ine-
lement de Grenoble en 1 653. ditœ, p. 7/1.)
Septembre clination qu'Us ont eue pour le roy d'Espagne, et que celuy-cy ne fasse jouer divers artifices pour la fomenter et pour desbaucher mesme ceux qui sont dans l'obéissance et fidélité qu'ils ont jurée au Roy. Je ne doute pas encore (comme c'est l'humeur générale des peuples de se promettre, en tous les changemens qu'ils font, plus de bien et de félicité qu'il n'y en peut avoir) que ceux de la Catalogne ne souffrent avec quelque mal de cœur et la disette où ils se trouvent, et les petits desordres qu'on ne sçauroit empescher que les gens de guerre ne fassent. C'est pourquoy il importe de les mesnager avec beaucoup de circonspection et d'adresse, dont je sçay que vous estes capable. Les factieux foibles n'ont besoin que d'estre descouverts, affin que leurs desseins soient dissipés, et les exemples de justice qui se font à la naissance d'un desordre en empeschent infailliblement la suite. Pour les autres., il ne sera pas impossible de les ramener à la raison par la comparaison des autres peuples, et voisins et esloignés, qui ont beaucoup plus à souffrir qu'eux, et en leur représentant Testât où ils tomberont en changeant de maistre, et les biens certains et durables qui leur arriveront après la cessation des troubles presens. Mais en cela la prudence et les conjonctures vous ouvriront assez d'expediens pour bien agir et servir le Roy. Je m'en souhaite où je puisse vous tesmoigner l'estime que je fais de vostre personne et la passion avec laquelle je suis, etc.
CGXLVII.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f" 109 verso.
À M. DE LA THUILLERIE
[Paris,] i3 septembre 1 643.
Lavis que vous nous donnez du renouvellement du traité avec messieurs les Estats ne nous pouvoit estre que fort agréable. Quoyque
la campagne soit sur son desclin, et que les occasions d'agir s'en ail- Septembre lent passées, ce qui nous reste encore nous pourra estre utile, et il ne faut rien oublier pour obliger M. le prince d'Orange à continuer de donner le plus longtemps qu'il pourra de la jalousie aux Espagnols. et d'achever, comme il a commencé, de favoriser nos desseins, qui ne regardent pas moins le bien de nos alliés que le nostre. Il en sçait tous les moyens, pourveu qu'il le veuille, et, soit qu'il tienne son armée en campagne, soit qu'il la loge de telle sorte, dans les garnisons et au voisinage des ennemis, que dans peu de temps il la puisse mettre ensemble, ou toute, ou la plus grande partie, il rendra à cet Estât et au reste du bon party un service considérable. Vous le pouvez asseurer du ressentiment qu'on en aura icy, et pour messieurs les Estats, et pour sa personne particulière, qui sera tousjours estimée et chérie de Leurs Majestés selon son mérite.
Pour moy je ne pense pas avoir besoin de luy renouveler les protestations que je luy ay si souvent faites de l'inclination que j'ay à l'honorer et à mériter par mes services ses bonnes grâces. Vous ne laisserez pas pourtant de l'en asseurer, et de croire aussy, en vostre particulier, que je seray tousjours et avec grande passion, etc.