‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 125 sur 335 · CCXLVIII · texte numérisé non relu

CCXLVIII

Mamisc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 110 recto.

A M. LE DUC D'ENGHIEN

[Paris,] »/i septembre iG/i3.

Monsieur,

Je vous supplie de croire que je reçois avec tout le ressentimenl dont je suis capable les nouvelles asseurances que vous me donnez de vostre amitié. Si elle peut se mériter par une très-parfaite inclination à vous honorer et par un attachement indissoluble à tous vos interests. je crois n'en estre pas indigne. Asseurez-vous donc, s'il vous plaist.

Septembre Monsieur, que vous n'acquerrez jamais de serviteur plus fidèle ni plus passionne que moy, et, si mes souhaits estoient exaucés, que vous n'en auriez point à faire pour quelque bien que vous puissiez jamais désirer au monde.

Je ne vous parleray point du sujet de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'escrire, ni du dcsplaisir que j'ay eu de n'avoir peu m'opposer à la resolution que la Reyne a esté contrainte de prendre pour pourvoir au repos de cet Estât, par une action sans laquelle il ne pouvoitestre conservé. Je vous diray seulement que, si la douceur et les bienfaits eussent peu détourner cet accident, il ne fust point arrivé. Mais c'est trop vous entretenir de cette matière peu agréable; il vaut mieux la quitter pour vous dire que , si vous pouvez retarder vostre voyage de la Cour1, pour en préparer un contre les ennemis, dont le sieur de Tracy a ordre de. vous entretenir, vous rendrez au Roy un troisième service qui sera et plus utile à son Estât et de plus haute réputation pour vous que les deux autres2 que vous avez rendus, quoyque ce siècle n'ayt point veu en une mesme campagne deux actions si considérables.

Vous sçavez assez de quelle importance sont les affaires' d'Allemagne et. à la France et au reste de nos alliés, et il semble que Dieu vous ayt réservé la gloire de les aller relever dans le penchant qu'elles prennent d'oster à la maison d'Austriche la seule espérance qui luy demeure de continuer la guerre.

J'estime, Monsieur, que vous tairez grande considération là-dessus., et qu'il n'y en aura point qui vous empesche d'achever la plus glorieuse campagne que je puis dire sans flatterie qui ayt esté faite fie nostre temps. Je vous puis protester avec vérité que, si cette occasion pouvoitestre négligée sans des conséquences très-funestes à l'Estat, et si mon esprit pouvoit consentir qu'un autre eust un honneur dont il se

Le duc d'Enghien vint à la Cour malgré (H. Grotii epist. ined. lettre du i6/a6 sepcette lettre. ( Voy. le Journal d'Oliv. d'Ormes- tembre 1 643. )

son, t. I, p. 108.) ffDux Anguianus hic est, 2 La victoire de Rocroi et la prise de

et constituit non abire nisi accepta pecunia. » Thionville.

rencontrera difficilement à l'avenir une si haute matière, je ne vous Sepiembn

solliciterois point à esloigner le contentement que j'aurois de vous voir et de vous pouvoir asseurer de vive voix que personne ne m'esgalera jamais en la passion avec laquelle je suis et seray toute ma vie, etc.

CGXLIX.

Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I. f° 110 verso.

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