CONSEILLER DU ROY EN SES CONSEILS
| Paris,] 1 5 septembre if>/i3.
Monsieur,
Vous croirez bien que, ayant tousjours considéré les interests de vostre maison, et particulièrement ceux de M. de Chavigny1, à l'esgal des miens propres, je n'ay pas eu une petite joye de voir que la Reyne se soit voulu servir de ses conseils dans la conduite des affaires de cet Estât. Sa capacité et sa vertu avoient bien mérité cela; mais vous sçavez que l'on n'a pas tousjours ce que l'on mérite, et qu'il ne suffit pas d'avoir de la capacité, si l'on n'est encore agréable. Quelque grande que soit la satisfaction que je reçois de ces deux conditions qui se trouvent en la personne de M. vostre fils, elle seroit imparfaite si elle ne
1 Le comte de Chavigny était fils de Claude Le Bouthillier ou Bouteiller, ancien surintendant des finances, auquel est adressée celte lettre de Mazarin. Chavigny était rentré au Conseil, à la suite de la disgrâce des Importants, qui avaient exigé son éloigneraent. (Voyez ci-dessus, p. 34o, fin de la note.)
A cette époque, Mazarin soutenait réellement Chavigny, qu'il regarda plus tard comme le plus dangereux de ses ennemis. Il écrivait, dans ses notes secrètes, qu'il fallait donner des bénéfices à un fils de Chavi-
gny : trBenefitii per un figlio cli M. di Chavigni.n (2e carnet, fol. 19.) Il représentait à la Reine que Chavigny avait toujours bien servi Sa Majesté; qu'il entrait dans tous les secrets de la France , et que, ainsi , par reconnaissance et par politique, ce ministre devait être en tout temps protégé par Sa Majesté. rrM. di Chavigni ha sempre ben servilo Sua Maestà; entra in oltre in tutti li segreti délia Francia; onde per gratitudinc e per politica deve esser protetto in ogni tempo da Sua Maestà.^ (Ibidem.)
Septembre m'estoit commune avec vous, et si vostre contentement particulier n'en faisoit une partie. C'est pour vous tesmoigner cette vérité que je vous envoyé ce gentilhomme, qui a ordre de vous assëurer encore de vive voix que jamais personne ne prendra plus de part que moy en ce qui vous touche, ni ne sera avec une plus forte passion, etc.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719- tom. I, f 110 verso.