CHANCELIER DES ORDRES DU ROY ET GOUVERNEUR DE TOURAINE
Septembre
[Paris,] 16 septembre 1 663.
Monsieur,
Ce que j2ay essayé de faire en vostre faveur est si peu de chose, qu'il ne vaut pas le remerciement que j'en ay receu par vostre lettre. Je me souhaiterois, à la vérité, ou plus de puissance ou de meilleures occasions pour vous tesmoigner la considération en laquelle j'ay vostre mérite. Croyez, s'il vous plaist, qu'il ne s'en présentera point où je ne vous en rende des preuves si certaines, que vous ne douterez jamais de ma
1 Le marquis de Châteauneuf, compromis dans la cabale des Importants , avait été relégué dans son gouvernement de Touraine. 11 [tarait, d'après cette lettre, que Mazarin avait contribué à adoucir son exil.
Ancien garde des sceaux, le marquis de (iliâteauneuf avait une grande réputation d'habileté. C'était le minisire que les Importants voulaient opposer au cardinal. L'inquiétude que Châteauneuf inspirait à Mazarin se trahit dans les carnets où il déposait îes pensées intimes. Dans le 2e carnet (p. 3) il écril . vers juin 1 643 , à l'époqueoùla Reine paraissait hésiter : «Au nom du ciel, que Su Majesté déclare ce qu'elle veut. Si elle pensée Châteauneuf, qu'elle me le dise... * et plus loin (p. si) : fTout le monde me dit que Sa Majesté a dis engagements en faveur de Châteauneuf. S'il en est ainsi, que Sa Majesté me le dise. Si elle lui veut confier ses affaires, je me retirerai quand elle voudra. . . » — (p. 3i) : rrL'évéque de Beau
vais travaille contre moi de toutes les manières; il reçoit M. de Châteauneuf et se jette dans les bras de M. de Beaufort et de madame de Monbazon.» — Enfin dans le 3e carnet il écrit (p. 29) : tr Madame de Chevreuse et les autres publient que bientôt la Reine appellera Châteauneuf, et par ce moyen ils excitent tout le monde à lui faire visite et à rechercher son amitié. Ils excusent la Reine de tarder à le prendre. parce qu'elle est forcée de se servir de moi pendant un temps. »
Ces curieux passages, qui montrent toute l'inquiétude que Châteauneuf causait à Mazarin, contrastent avec le ton de la lettre qu'il écril à son adversaire exilé. Il semble qu'il n'ait plus que des sentiments d'affection pour l'ennemi vaincu. Du reste, ces protestations de dévouement et d'amitié passionnée sont si fréquentes dans les lettres de Mazarin. qu'on ne peut les prendre an sérieux.
septembre volonté, qui sera tousjours de vous confirmer ce que M. le chevalier de Jars1 vous a dit de moy, et de vous faire voir que je suis passionnément, etc.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 1 1 1 recto.
A M. LE PRINCE D'ORANGE
[Paris,] 17 septembre i043.
Monsieur,
L'action que M. vostre fils vient de faire est trop belle2 pour n'avoir pas touché tous ceux qui prennent part en la gloire de vostre maison. L'amitié et le service que j'ay voués à Vostre Altesse me mettant de ce nombre, elle trouvera bon que je luy tesmoigne la joye que j'en ay receue, et que je luy die qu'elle ne sçauroit avoir de contentement dont il ne se fasse une grande reflexion sur mon ame. Il est certes impossible que celluy de Vostre Altesse ne soit extresme de voir continuer si hautement, en la personne de M. le prince Guillaume, la valeur et la fortune qui ont tousjours accompagné le sang de Nassau.
Je ne parleray point icy à Vostre Altesse de ce qui concerne les affaires, puisque M. de La Thuillerie a charge de l'en entretenir; je l'asseureray seulement que rien ne me faira jamais despartir de la resolution que j'ay faite d'estre toute ma vie plus que personne du inonde, etc.
1 François de Rochcchouart, connu sous embuscade, le 3 septembre 16 kk. (Voyez
Je nom de chevalier, puis de commandeur les Archives de la maison d 'Orange-Nassau .
de Jars, mort en 1670. publiées par M. Van Prinsterer. ae série.
- La lettre suivante indique que le prince t. IV, p. 88 et suiv.) de Nassau (Guillaume), fds du prince d'O- Guillaume de Nassau succéda , en 16/17. à
range, venait de remporter une victoire. son père Frédéric-Henri, en qualité de prince
Il avait taillé en pièces un corps de cava- d'Orange, et fut, bientôt après, proclamé
lerie ennemie, qu'il avait attiré dans une stathonder de Hollande.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, lom. I, f 111 verso.
A MADAME LA PRINCESSE D'ORANGE
[Paris,] 19 septembre i6'i3.
Madame,
Bien qu'il ne se puisse rien ajouster à l'estime que je fais du mérite de Vostre Altesse, je m'estois contenté jusques icy de la conserver dans mon ame, ou d'en faire le sujet de mes entretiens aux rencontres qui m'ont donné lieu d'en parler; mais maintenant j'ay creu que la bienséance vouloit que je rompisse un silence que je ne gardois que par discrétion, et que je fisse sçavoir à Vostre Altesse mesme que, de tous ceux qui font profession de l'honorer, il n'y en a point qui me surpasse en cette qualité; et que, ayant tousjours admiré M. le prince d'Orange, je n'en1 ay point veu de marque plus illustre que lorsqu'il fit dessein d'adoucir ses soins militaires et politiques par une si belle société que celle de Vostre Altesse. Ce fut certes un grand bien pour messieurs les Estais, et il n'estoit pas possible que d'un mariage si, bien assorti et de l'union de deux personnes si excellentes, ebascune en son sexe, il ne sortist des enfans qui perpetueroient la gloire du nom de Nassau et le bonheur de la republique des Pays-Bas. La victoire que M. vostre fils vient fraiscliement d'obtenir nous est une preuve de cette vérité et unearrhe des prospérités que le Ciel a préparées à ce jeune Prince, et qui doivent combler, Madame, Vostre Altesse de tous les contentemens dont les triomplies des enfans ont accoustumé de remplir I aine des mères magnanimes. Quels qu'ils puissent estre, ils ne seront jamais si grands que je les souhaite à Vostre Vitesse, comme personne ne sera jamais avec une plus véritable passion que nio\. etc.
Cette phrase n'est pas régulière. En la phrase : rtJe n'a\ point veu de marque représente le mol méi-iic, auquel Mazarin plus illustre de son mérite,)) etc. songeait, mais qui n'est pas exprimé dans
Septembre
37 k LETTRES
Si p^embre 16/lS.
Manusc. de In Bibliuth. Mazarine. n° 1719, tom. I, f 111 verso.
A M. D'ESTRADES1
[Paris,] 19 septembre i663.
Monsieur,
Je vous suis bien fort obligé du soin que vous avez pris de me faire acheter des chevaux ; vous pouvez croire que je ne vous donne point tant de peine sans beaucoup de ressentiment, et que je n'aurois pas tant de confiance en vostre affection si je n'en avois une bien particulière pour vostre personne. J'escris, suivant vostre avis, à madame la princesse d'Orange, et luy fais compliment sur la victoire de M. le prince Guillaume. Vous accompagnerez celluy de ma lettre d'un autre que vous luy fairez, en mon nom, de vive voix, et à M. son fils aussy, à qui vous tesmoignerez que j'ay pris autant de part que personne au bonheur qui luy est arrivé.
Je croy que vous n'avez pas besoin que je vous exhorte de porter M. le prince d'Orange à allonger, pour l'amour de nous, cette campagne, autant qu'il se pourra, et de luy représenter que c'est une occasion où il peut très-sensiblement obliger la France, et que Leurs Majestés tascheront de s'en revancher, et à l'endroit de messieurs les Estats, et en tout ce qui regardera particulièrement sa personne. Croyez aussy, pour ce qui concerne la vostre, que je seray tousjours et avec plus de passion que personne du monde, etc.
' Cette lettre n'a pas e'té publiée dans le pondance du mois de septembre i6/i3 roule
recueil des Lettres, Mémoires et Négociations sur la victoire remporte'e par le prince Guil-
dn comte d'Estrades (Londres, 17^3 , 9 vol. laume de Nassau et sur un projet de ma-
in-1-2). riage entre le prince de Galles, fils aîné' de
Dans les Archives de la maison d'Orange- Charles I" et de Henriette d'Angleterre, el
Nassau, citées plus haut, toute la corres- la fille du prince d'Orange.
DU CARDINAL MAZAR1N. 375
GCLV.
Manusc. de la Bibliotli. Mazarine, n° 1719, tom. I, f" 11a recto.
A M. DU PLESSIS-PRASLIN
[Paris, | 22 septembre i6h'6.
Monsieur,
Je comraenceray à vous respondre par la fin de vostre dernière lettre, et à vous remercier des sentimens d'affection que vous avez pour moy et des offres que vous me faites. C'a esté un nuage que la Reyne a dissipé avant qu'il ayt esclaté, et après avoir inutilement employé tous les moyens que la prudence luy a conseillés pour l'empescher de se former.
Sa Majesté a accordé au sieur Du Fresnay la compagnie des marins, que je n'avois garde de manquer à luy demander, m'estant recommandé de la part de M. le prince Thomas et de la vostre, outre ses services et. son mérite.
Vous apprendrez, par le retour du sieur de La Noue et par les lettres de M. Le Tellier, les resolutions qu'on prendra icv pour ce qui concerne l'armée, après le siège de Trin1. J'eusse désiré que la modestie ne vous eust point empesché de me recommander le quatrième maistre de camp avec les trois autres qui ont si bien fait leur devoir en la prise du bastion. Outre que je suis bien ayse de connoistre les personnes de valeur, j'ay encore une joye particulière de faire valoir leurs bonnes actions, et de leur en procurer, dans les occasions, la reconnoissance qu'elles méritent.
Croyez que je suis et seray tousjours avec une grande passion , etc.
' Voyez, sur le si(;jje de Trin ou Trino, les Mémoires du maréchal On Plessis-Praslin (êclit. Michaud el PonjouJat, p. 369. a* col.).
Septembn ■ 643.
Septemb i6â3.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, ('" 112 recto.
A M. LE COMTE DE FVOAILLES
[Paris,] 22 septembre 1 663.
Monsieur,
Je n'ay rien à vous dire pour response à vostre dernière, sinon que l'envoy de M. de Langeron ne vous doit point choquer, puisque ce n'est pas une chose particulière pour le Rouergue1, où il n'a commandement d'arrester qu'autant qu'il sera nécessaire pour y maintenir, l'obéissance, et passer de là ailleurs où il faudra faire valoir l'autorité du Roy avec la force; de sorte que, en cela, il n'y va rien du vostre, ledit sieur de Langeron ayant ordre de ne rien faire qu'il n'ayt concerté avec vous, à qui il rendra tousjours ce que le rang que vous tenez en cette province exigera de luy, et lequel, tant s'en faut qu'il doive rien oster du pouvoir que vous y aurez, qu'au contraire il le fortifiera, vous aydant à remettre dans leur devoir ceux qui s'en seront escartés. Je vous supplie de croire que, dans la resolution qu'on a prise de l'y envoyer, on a considéré vos interests, et jugé qu'ils n'en recevroient pas de préjudice par la manière qui doit estre observée. Mettez-vous donc l'esprit en repos de ce costé-là , et asseurez-vous que , tant que j'auray quelque crédit à la Cour, je l'employeray pour empescher qu'il ne s'y passe rien à vostre desavantage ; et que j'attends avec impatience quelque occasion favorable pour vous procurer, auprès de Sa Majesté, la
' Il a été question plus haut (p. 2 83 ) des dentur oppugnanlurque raachinis. Non puto
troubles qui agitaient le Rouergue. tamen nialum fore diuturnum , si non adjun-
Grotius en parle dans une lettre du gant se ex principibus illi quibus prœsentia .
3o septembre (10 octobre) i6/i3 : rflnter ut saepe fit, displicent. . . » (Epist. ineditœ ,
Languedociam et Aquitaniam est regio, dicta p. 89.) — rrSeditio Rovergiorum adeo non
nunc Rovergiaca ; ibi motus sunt contra pu- quiescit, ut in Arvernos se pronioveal.r
blicanos. et a seditiosis ctiam oppida obsi- (Ibid. p. 88.)
reconnoissance que vos longs services méritent, puisque je suis très- Septembre véritablement et plus que personne du monde , etc.
P. S. M. d'Espernon, qui part aujourd'hui pour aller en Guyenne, se promet d'ayder puissamment à remettre toutes choses au poinct où elles doivent estre l. C'est pourquoy j'estime qu'il est de vostre prudence d'empescher ce pendant, autant qu'il se pourra, qu'elles ne s'aigrissent et n'esclatent par quelque accident qui engageroit l'autorité du Roy plus qu'il ne seroit nécessaire.
CGLVII.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. II, f* i65 verso.
A M. LE VICOMTE DE TURENNE
[Paris,] 22 septembre iQk'i.
Monsieur,
Si vostre lettre ne m'eust esté rendue après celle que m'a escrite M. le prince Thomas pour demander la compagnie de marins en faveur du sieur Du Fresnay, je vous eusse tesmoigné combien tout ce que vous affectionnez m'est considérable; mais, puisque de semblables occasions ne reviennent que trop souvent, il s'en pourra présenter où je seray plus heureux à servir ceux dont vous me recommanderez le mérite.
J espère que nous ne tarderons point de recevoir la nouvelle de la prise deTrin, et par conséquent que j'auray bientost le contentement de vous voir icy, et vous, la satisfaction de voir louer et reconnoistre [vos services] par Sa Majesté; qui sera pour mov une seconde matière de joye, puisque je suis, etc.
1 (iroliiis écrit aussi : rrDux Espernonius i vit ad compriinenrium molum illum qui in Hovergia est. « (Epistolee ineditœ, p. 86.)
.M*7.AIII>. I. , a
378 LETTRKS
>epleml>re
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f° 1 13 verso.
A M. DE LA MEILLERAYE
MARESCIIAI. DE FIIANCE.
[Paris,] 22 septembre i663.
Monsieur,
Je croy que vous ne cloutez point de ce que peut sur moy vostre recommandation, et de la passion que j'ay d'appuyer les interests de toutes les personnes que vous aymez; c'est pourquoy je vous supplie de croire que, ajoustant une pleine créance à ce que vous m'escrivez du mérite de M. l'abbé de Tronchet, je contribueray tout ce qui despendra de moy pour porter Sa Majesté à le nommer à l'evesché de Vannes, en cas qu'il vienne faute de l'evesque1.
Si je ne sçavois le soin que prend M. de Saintoct de vous informer de toutes les choses qui vous concernent de deçà, je vous escrirois plus au long et plus souvent que je ne fais; mais, sçachant combien il est exact de ce costé-là, je me contenteray de vous asseurer que je seray tousjours plus que personne au monde, etc.
Entretenant tous les jours MM. de Saintoct et de Choupes, je me dispense de vous escrire beaucoup de choses dont je sçay qu'ils vous tiennent informé, et particulièrement de la forte et véritable passion que j'ay pour tout ce qui vous touche et de la sincère correspondance d'affection que je sçay que vous me rendez.
1 L'évêque de Vannes était alors Sébas- des États de Bretagne , avec le maréchal de
tien de Rosmadec, qui occupa ce siège de La Meilleraye, gouverneur de cette pro-
16/12 à 16/16. Il avait eu, cette année vince. (Voyez le Jovrnal d'Olivier d'Ormesson,
même, de violents démêlés, dans l'assemblée t. I, p. 11.)
CCLÏX.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I, f 1 1 3 verso.