A M. DE CAMPI
[ Paris,] 2(i septembre i643.
Monsieur.
Je vous fais cette seconde lettre, que vous recevrez par la mcsme personne, pour vous dire que, désirant que mon régiment serve d'exemple aux autres, en une occasion des plus importantes qui se pourroient rencontre]' au bien de l'Estat et au contentement particulier de la Reyne, je vous conjure, autant que je puis, de n'oublier rien pour le rendre le plus fort et au meilleur estât qu'il vous sera possible pour l'expédition qu'on va faire vers le Rhin. Pour cet effet, j'estime que vous le devez remplir du plus grand nombre de soldats françois qui s'y voudront enroller; à quoy, à mon avis, vous n'aurez pas grande peine, à cause des exemptions et privilèges qu'a ledit régiment, et des payes plus certaines et en plus grand nombre qu'il reçoit, au prix des autres. Surtout vous exhorterez les officiers de s'efforcer de faire voir en cette rencontre le zèle qu'ils ont pour la France et leur affection pour ma personne; car, pour la vostre, je n'en suis que trop asseuiv. et trop persuadé que vous ne trouverez jamais rien de difficile pour ma satisfaction que les choses impossibles.
Outre la monstre, j'envoye quatre mille livres, que vous distribuerez aux officiers pour se remettre en esquipage, et pour une marque du soin que je prens de ce qui les touche. J'ay demandé à la Reyne une pension pour vous, dont vous recevrez le brevet à vostre retour, et vous n'aurez point de peine d'en estre payé, puisque je me charge de ce soin comme du reste de vos interests. Surtout n'oubliez pas de vous attacher à M. de Rantzau, non-seulement comme à un homme d'un grand mérite et de grand service, mais comme à un de mes meilleurs amis et en l'amitié duquel j'ay plus grande confiance. Je finis, après vous
avoir derechef conjuré de faire en sorte que le inonde voye, par ce Septembre que faira mon régiment, la passion que j'ay.pour le bien de ce Royaume et pour le contentement de la Reyne.
M. le comte Santus vous dira plusieurs autres choses de ma pat4. auquel m'en remettant, je vous asseureray que je seray tousjours plus que personne du monde, etc.
Manusc. de la Bibliotli. Mazaiïne. n° 1719. tom. 1 . f° 1 18 recto.