‹ Lettres du Cardinal Mazarin pendant son ministèreChapitre 146 sur 335 · CCLXXX · texte numérisé non relu

CCLXXX

Manusc. de la Biblioth. Mazarinc, n" 1719- loin. I. I' i->3 verso.

A M. LE DUC D'ESPERNON

PAIR DE FRANCE, COLONEL GENERAL DE L'INFANTERIE FRANÇOISE ET GOOVERNEUR DE GUYENNE.

[ Paris, ) 8 octobre i6fi3.

Monsieur,

Quoyque vous deviez apprendre Lien particulièrement les intentions de Sa Majesté par sa despesclie, je n'ay pas voulu neantmoins laisser partir le courrier qui vous la porte sans vous dire qu'il importe extresmement à son service que vous ne perdiez point de temps pour aller arrester le soulèvement des Crocquans1 de Rouergue2. L'avis que nous avons qu'il n'y a point de noblesse meslée parmy cette canaille nous fait croire que vous n'aurez point beaucoup de peine à la dissiper, et qu'elle perdra cœur dès qu'elle vous sentira approcher; mais tout consiste en la promptitude, sans laquelle le desordre pourroit trop s'estendre et prendre racine comme il a commencé de faire.

Nous avons aussy advis qu'il se fait des pratiques en Touraine contre le service du Roy, et il y a assez de raison de le croire. C'est pourquoy je vous conjure d'empescher que le mal n'approche de vostre gouvernement, et de nous avertir de ce qui viendra à vostre connoissance.

1 On a donné plusieurs étyinologies de gord, du Quercy et de 1 Agénois, qui sui-

ce nom de Croquans ou Crocquants. La plus virent leur exemple. Cette première révolte

vraisemblable le fait dériver du nom du vil- fut étouffée en i5g6. lage de Croq ou Crocq, dans la Creuse. Les ' Voyez plus haut, p. 283. — Le comte de

paysans qui se révoltèrent en i5q2 ve- Noailles, chargé de réprimer le soulèvement

naienl. dit-on , de Croq, et l'on désigna sous du Rouergue, n'avait pas réussi et était as-

le nom de Croquons les habitants du Péri- siégé dans Villefranche-d'Aveyron.

Je ne vous escris pas tant cecy pour escliauiïer le zèle que je sçàv ûciobr. que vous avez pour le repos de l'Estat et pour le bien des affaires de Sa Majesté, que pour vous tesmoigner la confiance entière que la Reyne a en vostre fidélité, auprès de laquelle, si vous en aviez besoin, jo m'offrirois à faire valoir vos services; mais ne se pouvant rien adjouster à la disposition quelle a de les considérer selon leur juste prix, je me contenteray de vous protester que je ne perdray jamais d'occasion de vous faire paroistre que personne ne peut, ni plus hautement estimer vostre mérite, ni estre avec une plus véritable et parfaite passion que inoy, etc.

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