CCLXXXVII
Manusc. fie la Biblioth. Mazarine,n° 1719. toin. I. f° 12^1 recto.
A M. LE DUC D'ENGHIEY
Paris,] -y octobre i663.
Monsieur,
Gomme je ne doute point que vous n'apportiez tout ce qui despendra de vous pour le bon succès du voyage que vous allez faire, je me promets aussy de la bonne fortune du Roy, et de la vostre en particulier, qu'il ne sera pas moins heureux que le reste de vos entreprises. Vous pouvez vous asseurer qu'on nespargnera rien de deçà pour le faire réussir, et l'ordre a desjà esté donné pour faire toucher à l'armée la quatrième demy-monstre.
Si la deffaite de Gallas1, dont vous m'escrivez que le bruit estoit
' Le comte de Gallas était un des généraux envoyés par l'empereur Ferdinand III pour combattre dans le Holstein. Grotius ne parle pas de défaite de Gallas à celte époque. Il n'est cpiestion , dans ses lettres , que des mouvements de troupes sur les bords du Rhin. "Bavarici Rlienum transiere; sequun tur eos Lotharingici. Videntur hyberna quaesituri in Franconia et Suevia. Exspectant auxilia ab Hatzfeldio, et ex iis prœsidiis
quae in Brunsvvicensibus terris fuere *
(Grotii epistoke ineditœ, p. 8cS, lettre du
1 6/2 h octobre. ) — '■ Bavarici pontem adhuc ad Spiram custodiunt, ut et ipsis et Lotharingicis ultro citroque ire liceal. Johannes Wertius copias suas auget, vulgatque se sub ver iturum in terras hostiles." (Epist. ined. p. 90.) — rfDux Carolus (Charles de
Lorraine) Wormatiœ est Beckius in
Luxemburgico , multum se fecisse existimans. quod eam terram et Treviros ab hoste servaverit. r, (Ibid. p. 9 1 , lettre du 2 1/3 1 octobre.) Ainsi, au moment où le duc d'Enghien s'approchait de l'Alsace pour joindre ses
venu à l'armée, se trouvoit véritable, elle faciliteroit sans doute tous nos desseins d'Allemagne, et seroit une grande avance pour la paix que nous desirons; mais, en tous cas, si cest une erreur, il la faut laisser courir, puisqu'elle nous est avantageuse, et ne travailler point à en guérir ceux qui le croyent.
Au reste, Monsieur, je vous conjure autant que je puis de ne douter jamais des asseurances que je vous ay données de la véritable passion que j'ay pour tout ce qui vous regarde, et du soin que je prendrois de faire valoir vos services auprès de la Reyne, si vous en aviez besoin et s'ils ne se recommandoient assez d'eux- mesmes; cela n'empeschera point que je fasse souvent une action superflue, et que je me donne à mov-mesme une satisfaction dont il me seroit impossible de me priver. Elle seroit parfaite si j'avois lieu de vous pouvoir tesmoigner par quelque service d'importance que je suis. etc.
Octobre i643.
P. S. Vous connoissez autant que personne l'importance de l'eipé- < lit ion d'Allemagne, et vous estes intéressé en la gloire du succès. Nous avez, outre cela, pouvoir de fournir à M. de Rantzau les choses nécessaires pour ce succès. C'est pourquoy j'estimerois que ce seroit une chose superflue si je vous exhortois à le faire.
troupes à celles du maréchal de Guébriant, - Bavarois et tes Lorrains occupaient le Palatinat, et attendaient des renforts que devait leur amener Hatzfeld. La lettre du •i-tohre/8 novembre (p. a4) détermine encore avec plus de précision les positions occupées par les ennemis sur les deux rives du Rhin : irBavarus magnoa delectua facil : copias ejus aadimus esse trans Rhenum inler Dnrlachiom et Heidelbergham ; cis Rhe-
num vero, inter Wormatiam etCrucenacum (Kreutznach), Lotharingicus prœfectusFrancodaiiae (Frankenthai) monait ruri habi tantes sua omnia ut in oppidum conferrent. Mogunliacensis Elector munit Gernsheimium | (i'-mersheim, dans la Ravière rhénane), et videtur ibi ad tempus sedem positurus.
Truemullerus * (?) ad Nicrum (iVecker) reiliissc (licitur. impeditus per llassios qnominus se cum Halzfeldio jungeret. -
Il faut lire probablement Trucmtdleru», dont La Rardc parle, dans son Histoire, comme d'un des chefs de I armée impériale, en 16/18 : uTrucmnllenu, uni rompîmes e suis caesos captosque, sequo cum paucis reliclum videt, Straubingam, qua in propinquo ad Danobinm erat. profugit ■• iDerebits Galliciê, |>. .'iôa.)
Octobre i6û3.
ccLxxxvra.
Manusc. de la Bil)liolli. Mazarine, n° 1719, lom. I, f'J iaA recto. \ M. LE MÀRESCHAL DE LA MOTHE.
I Paris,] 10 octobre i6/i3-
.le vous supplie de croire que je reçois les offres que vous me faites de vostre affection avec tout le ressentiment qu'elles méritent, et que je rechercheray tousjours avec grand soin les occasions de m'en revanclier, et de faire voir au monde que ceux qui ont la bonté de m'obliger ne manqueront jamais de trouver en moy une parfaite reconnoissance.
Je suis ravy que la suite de vos actions ayt confirmé les tesmoignages que j'ay rendus à la Reyne de vostre zèle pour le service de Sa Majesté, et comme il ne tiendra jamais à vous que vous n'en rendiez des preuves en toute sorte d'occurrences; de cela je suis très-persuadé.
Vous verrez, par les despesches de M. Le Tellier, les intentions de Sa Majesté aflin qu'on mette un tel ordre pour le payement des gens de guerre, qu'il ne s'y commette plus d'abus et qu'il n'en arrive point de faute à l'avenir; à quoy je vous exhorte de tenir la main autant qu'il sera en vous, et conformément à ce qui est porté par ladite despesche. On a aussy jugé à propos que vous fissiez une reformation de trente ou quarante compagnies, à vostre choix, affin que le reste des troupes s'entretiennent plus fortes et soient mieux payées. Ce n'est pas qu'on ne désire que non-seulement vous soyez assez fort pour vous deffendre et pour vous empescher de souffrir des pertes, mais encore pour entreprendre sur les ennemis et pour faire voir au monde, par les efforts qu'on faira du costé de la Catalogne, que la Reyne ne veut non plus espargner les Espagnols de ce costé-là qu'ailleurs, et que ses inclinations sont toutes françoises. Que si pour cela vous avez besoin d'autres troupes que celles que vous avez, ne doutez point qu'on ne vous en envoyé d'icy tout autant qu'il sera nécessaire. Vous appren-
DU CARDINAL MAZARIN. Ml
drez plus particulièrement le reste, de la despesche de M. Le Tellier, octobre à laquelle me remettant, je vous asseureray que personne ne sera plus que moy, etc.
P. S. J'ay entretenu M. vostre beau-frère de vos interests et de la passion que j'ay pour tout ce qui vous regarde. Je crois qu'il vous le taira sçavoir. Ce qu'on vous escrit pour la reformation de quelques compagnies n'est pas affin que vous vous alfoiblissiez plus qu'il ne faut, mais affin que , durant l'hiver, les habitans du pays soient moins chargés de gens de guerre. [Il faut] attendre le printemps, et l'on vous fortiffiera autant qu'il en sera besoin.
CGLXXXIX.
Manusc. de la Biblioth. Mazarine, n° 171c). tom. I.f" 12^ verso.
A M. LE COMTE DE RANTZAU
LIEUTENANT GENERAL EN LURMÉE D'ILLEMAGNE.
[Paris,] 10 octobre i6ft3.
Monsieur,
Je suis ravy de la disposition que vous avez trouvée à l'armée pour I"1 voyage d'Allemagne; je ne doute point que vous ne la sçachiez bien cultiver, et proparer tellement toutes choses que l'effet que Sa Majesté s'en '>l proposé réussira à son contentement el à vostre honneur. Pour cela on désire que rien de ce qui sera nécessaire ne vous manque, et M. le duc [d'Enghien] a pouvoir de vous le fournir, auquel vous 11 aurez qu'à vous adresser. Il connoist assez l'importance de l'entreprise el aura trop de part à la gloire du succès pour manquer d'y contribuer tout ce qu'il faudra. C'est tout ce que j'ay à vous escrire présentement, remettant le reste à la despesche de M. Le Tellier. Croyez seulement que personne ne sera jamais plus que moy, etc.
lescris à \I. le duc d'Anguien et l'exhorte, bien que je ne croye
Octobre pas qu'il en soit besoin, de vous fourni)- tout ce qui vous sera neces '663. . r . . -,..,..
saire pour taire réussir vostre dessein, puis<|u il en a tout pouvoir.
Manusc. de In Biblioth. Mazarine, n° 1719, tom. I,-f° m h verso et 12.S recto.
A M. DE LA THUILLERIE
| Paris, ] 10 octobre 1 O'i.H.
Monsieur,
J'ay veu, par la vostre du 28 du passé, les oflices que vous avez laits auprès de M. le prince d'Orange et M. le prince Guillaume, sur le sujet de la victoire que ce dernier a obtenue sur les Espagnols. Je vous conjure de continuer d'asseurer Son Altesse de la baute estime que je fais de sa personne, et de la parfaite correspondance que je rends à la bonne volonté qu'il me fait l'honneur d'avoir pour mo\ . J'ay aussy escrit à madame la princesse d'Orange ' pour me resjouir avec elle de cet heureux succès des premières armes de M. son (ils: mais d'autant que cette lettre estoit sous le couvert de M. d'Estrades. je suis en doute si elle l'aura reçue.
Pour ce qui est des irrésolutions dont vous m'escrivez de M. le duc de Neubourg, je ne les trouve point es-tranges, puisque cela est commun à tous les petits princes, qui ne peuvent prendre party entre deux grandes puissances qui se font la guerre. Il a pourtant escrit à celuy qu'il a chargé icy de ses interests qu'il ne taira jamais rien qui peust desplaire à la France, et que la ligue- dont on fait tant de bruit n' estoit pas preste à conclure; pour le moins, il y a de l'apparence qu'elle ne se conclura pas de son consentement que les ambassadeurs qu'il doit envoyer icy, et pour lesquels il a demandé un passe-port, ne soient de retour auprès de luy; par où vous voyez qu'il faut qu'il s'es-
' Voyez plus haut ( p. 3y3 ) la lettre du ' Ligue de Westphalie. (Voyez plus haut .
19 septembre. p. 828, note.)
DU CARDINAL MAZAR1N. 413
coule un grand temps avant la resolution de cette ligue. Cependant je Octobr» luy ay escrit une forte lettre, par laquelle je luy fais voir qu'il ne peut entendre à cette ligue sans violer la neutralité qu'il a avec cette Couronne, et sans s'exposer à quantité de fascheuses conséquences qui résulteront de cette rupture. Je croy qu'il y aura fait reflexion, et qu'il ne se monstrera pas si ardent qu'il a fait à s'embarquer à un part\ où il pourroit trouver sa ruine. C'est ce que vous devez faire valoir dans les occasions et particulièrement sur la resolution qu'on a ic\ prise de s'appliquer plus fortement qu'on n'a fait par le passé au\ affaires d'Allemagne, dont onpeutdesjà voir une preuve fort considérable par le grand renfort qu'on y envoyé, et au commencement de l'hiver, et sous la conduite d'un tel chef que M. le duc d'Anguien. Je ne doute point que vous ne sçachiez mesnager ces considérations à l'avantage de la France et du bon party. Ce qui m'empesche de vous en dire davantage, pour vous asseurer que personne ne sera jamais plus que moy, etc.
GCXCI.
Manusc, de la Biblioth. Mazarine, nu 1719, tom. I, f° ia5 recto.